DEUIL
la face, c'était comme s'isoler des choses visibles pour n'être pas distrait de son chagrin. II Reg., XV, 30; Jer., xiv, 4; Mich., m, 7. — 9» Se couvrir de cendres. Voir col. 407. — 10» Se couper les cheveux, voir col. 090, ou la barbe, t. i, col. 1455. — 11» .4 lier pieds nus, II Reg., xv, 30, et plus ou moins dépouillé des vêtements ordinaires. Is., xx, 2, 4; Mich., i, 8. — 12° S'abstenir de nourriture. Voir Jeûne. — 13° ATe point participer aux festins des dîmes ou des sacrifices, comme si on se considérait dans un état qui rendit indigne d'approcher du Seigneur. Deut., xxvi, 14; Joël, i, 9, 13, 10.
II. Deuil après la mort dune personne. — 1» Le deuil funèbre en général. — La Bible signale plusieurs deuils mémorables : celui de Sara, avec des lamentations et des pleurs, Gen., xxm, 2; celui de Jacob, que l'on pleure soixante -dix jours dans toute l'Egypte, Gen., L, 3; celui de Moïse, avec trente jours de pleurs et de lamentations dans les plaines de Moab, Deut., xxxiv, 8; celui de Samuel, sur lequel pleure tout Israël, I Reg., xxv, 1; celui de Saiil et de Jonathas, sur la mort desquels David compose une élégie, Il Reg., i, 17-27; celui de Judas Machabée, au sujet duquel tout Israël pleure et se lamente de longs jours. I Mach., ix, 20, etc.
2» Les pratiques du deuil funèbre. — Ces pratiques reproduisaient la plupart de celles qui étaient en usage à la suite d'un malheur quelconque : 1° On pleurait et on se lamentait, on avait même des pleureuses chargées de faire entendre publiquement des lamentations. Eccle., xn, 5; II Par., xxxv, 25; Jer., ix, 17; Amos, v, 16. Voir Pleureuses. Job, xxvn, 45; Ps. lxxvii (lxxviii), 61; Jer., ix, 1; xxxi, 15; xli, 0. Ces lamentations ne consistaient pas seulement en cris inarticulés. On répétait certains mots qui rappelaient le défunt. En ensevelissant un prophète de Juda, mis à mort par un lion, on s'écriait : « Hélas! hélas! mon frère. » III Reg., xm, 30. Jérémie, xxii, 18, prophétise en ces termes, au sujet de la mort de Joakim : « On ne dira pas sur lui la lamentation : Hélas ! frère, hélas! sœur; pas de lamentation : hélas! seigneur, hélas! majesté. » Il annonce au contraire à Sédécias qu'il aura sa lamentation : « Hélas! seigneur. » Jer., xxxiv, 5. Cf. Amos, v, 16; Horace, De arle poet., 431, 432. Des lamentations analogues sont encore en usage en Palestine. Chez les anciens Égyptiens, on en faisait entendre de pareilles. Cf. Maspero, Histoire ancienne, 1897, t. n, p. 510, 518. — 2» On se jetait à terre, Job, i, 20; II Reg., xm, 31, on s'asseyait, et l'on recevait les visites silencieuses des amis. I Par., vu, 22; Joa., xi, 19, 28, 31; Act., IX, 39; Rom., xn, 15. Ces visites ressemblaient à celles des amis de Job, II, 13, et l'on n'y prenait la parole que si les personnes en deuil commençaient à parler les premières. On suivait un cérémonial particulier à ces occasions. « Quand ou revient du sépulcre, on s'avance et on s'assied les uns pour consoler, les autres pour pleurer, les autres pour méditer sur la mortalité. Puis on se lève, on s'approche un peu et on s'assied, et ainsi de suite sept fois. » Baba bat/ira, f. 100 6. Encore aujourd'hui, « dans la plupart des pays d'Orient, à la mort d'un membre de la famille, les amis et connaissances se rendent à la maison mortuaire, saluent en silence les parents du défunt, s'asseyent devant eux sur des sièges rangés autour de la salle, y restent parfois fort longtemps et se retirent sans avoir dit un mot. Ces réceptions silencieuses durent sept jours. » Jullien, L'Egypte, Lille, 1891, p. 259. — 3» On déchirait ses vêtements. Gen., xxxvii, 34; II Reg., m, 31. Dans une cantilène funèbre, encore en usage en Palestine, les pleureuses répètent les paroles suivantes :
Le scheikh arabe dort
Enveloppé dans sa couverture :
Quand le sommeil l'a pénétré de sa douceur.
Elles ont déchiré leurs vêtements à cause de lui.
A. Legendre, Une scène de deuil, dans la Correspondance catholique, Paris, 1894, t. II, p. 397. — 4» On re-
vêtait le cilice, les vêtements sombres, II Reg., xiv, 2; Judith, x, 2; on cessait de s'oindre d'huile, II Reg., xiv, 2; on se voilait la tête, II Reg., xix, 4, etc. — 5° En certains cas, on se faisait des incisions sanglantes, Jer., xvi, 6, d'ailleurs défendues par la loi. Lev., xix, 28; xxi, 25; Deut., xiv, 1. Voir Incisions. — 6° Enfin, après les funérailles, on assistait d'ordinaire à un repas funèbre. II Reg., m, 35; cf. Bar., vi, 31. Il était offert par les amis aux parents du mort. On y mangeait le pain de deuil. Jer., xvi, 7, 8; Ezech., xxiv, 17; Ose., ix, 4. On y buvait la coupe des consolations. Jer., xvi, 7. Cette coupe finit en réalité par en comprendre dix, deux avant le repas, cinq pendant et trois après. Jerus. Berakhoth , f. 6 o. A la suite de certains excès, le nombre fut réduit à trois. Babxjl. Berakhoth, f. 18 a. Le repas funéraire existait aussi chez les Égyptiens, et là il était accompagné de danses dont les monuments ont conservé plus d'une représentation. Champollion, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, pi. clxxxvii; Rosellini, Monumenti avili, pi. lxxviii, lxxix, xcvi, xcvih, xcix. — Dans plusieurs passages de la Sainte Écriture sont mentionnées à la fois plusieurs des conditions du deuil. Jérémie, xvi, 4-7, parle en ces termes des Israélites que va châtier le Seigneur : « Ils n'auront ni lamentation ni sépulture... Voici ce que dit le Seigneur : N'entre pas dans la maison du festin funèbre, n'y va pas pour pleurer ni pour les plaindre... Grands et petits mourront en ce pays, on ne les ensevelira pas, on ne se fera pas d'incisions, on ne se rasera pas pour eux, on ne distribuera à personne le pain de deuil pour le consoler de la mort d'autrui, on n'invitera pas à la coupe de consolation, même aux funérailles d'un père ou d'une mère. » Le Seigneur dit de même à Ézéchiel, xxiv, 16, 17 : o Je vais t'enlever par un coup subit la joie de tes yeux (la femme) : point de lamentation, ni de pleurs, ni de larmes. Gémis en silence, ne porte pas le deuil funèbre. Que ta bandelette reste attachée, garde tes chaussures aux pieds, ne le voile pas le visage, et n'accepte pas le festin des autres. » Dans ces deux passages, l'énumération des choses qui sont omises exceptionnellement indique celles qui se pratiquaient d'habitude. Voir Funérailles. — Des recommandations relatives au deuil sont adressées par le fils de Sirach dans l'Ecclésiastique, xxxviii, 10-24: « Mon fils, verse des larmes sur le mort et mets -toi à pleurer, comme quelqu'un qui a été cruellement atteint... Pour éviter les mauvais propos, porte amèrement son deuil pendant tout un jour, puis console-toi dans ta tristesse. Porte son deuil pendant un jour, selon son mérite, ou deux jours, pour éviter les mauvais propos. Car la tristesse fait hâter la mort, enchaîne l'énergie, et le chagrin du cœur fait courber la tête. Quand on emmène le mort, la tristesse passe aussi. La vie du pauvre est contraire à son cœur, [et pourtant il la supporte]. N'abandonne donc pas ton cœur à la tristesse, mais chasse-la loin de toi et souvienstoi de ta fin. Ne l'oublie pas, il n'y a point de retour, et, sans lui être utile, tu te nuirais à toi-même... Quand le mort repose, laisse reposer son souvenir, et console -toi du départ de son âme. » Ces conseils, traduits d'après le texte grec, tendent à modérer le deuil par la pensée de l'inutilité des démonstrations extérieures, et du danger d'un chagrin prolongé. Pour arriver au même but, saint Paul évoque un motif d'un ordre supérieur : « Ne vous attristez pas, au sujet des morts, comme les autres qui n'ont pas d'espérance. » I Tbess., iv, 13.
3» Deuil des prêtres. — Par cela même qu'ils étaient attachés au service du Dieu vivant, les prêtres ne pouvaient porter comme les autres le deuil des morts. Tout signe de deuil était interdit au grand prêtre, même pour la mort de son père ou de sa mère. Lev., xxi, 10, 11; Num., vi, 7. Il continuait alors à remplir ses fonctions, mais toutefois ne mangeait pas la chair des victimes pendant son deuil. Lev., X, 19; Deut., xxvi, 14. Les simples prêtres portaient le deuil de leurs proches, père, mère,