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L'Afrique dans les prorhètes

celui de Φθούδ, IV, 1, 3. Saint Jérôme fait la même remarque, et nous donne ainsi la raison de sa traduction, In Is. zxv1, 19, τ, xxiv, col. 667. Du reste, l'Afrique, ainsi nommée par Ennius avant la deuxième guerre punique, ne fut d'abord pour les Romains que la contrée libyenne voisine de l'Italie, le Tell tunisien, appelé maintenant encore Friga. Pour les Grecs, cette terre était la Libye aux bornes ignorées, qui s’étendait au loin vers les régions du sud et du couchant. C’est peu à peu que ce nom est devenu celui du continent, de même que l'Ilede-France ἃ donné sa dénomination à l'ensemble des Gaules. Élisée Reclus, Afrique sept., 1884, pp. 1, 2. Püt, dans Isaie, indique donc bien, comme dans la Genèse, le troisième fils de Cham, ou un peuple africain. Mais il semble, dit M. F. Lenormant, que ce nom « ait un sens géographiquement aussi étendu que Kousch. I désigne tout le vaste ensemble des populations de race éthiopico-berbère répandues au sud de l'Éthiopie kouschite et à l'ouest du bassin du Nil. Ces populations forment deux groupes principaux : d'abord les peuples du Pount des Égyptiens, c'est-à-dire les Somälis et leurs congénères et voisins de la côte orientale d'Afrique, à cheval, comme les Kouschites, leurs proches parents, sur les deux rives du golfe d'Aden; puis la grande famille des peuples libyens et berbères, occupant tout le nord du continent

dans l'Italie (selon la Vulgate; hébreu : Tübal, « les Tibaréniens »), dans la Grèce ( Yävän), et les iles lointaines, vers ceux qui n'ont pas entendu parler de moi. » Le prophète nous montre ainsi les merveilles de la foi se répandant non seulement chez les peuples les plus éloignés et connus des Hébreux, mais chez toutes les races d'après l’ethnographie biblique : Japheth avec Thubal et Javan, Cham avec Phout, Sem avec Lud, Après avoir mentionné l'extrémité occidentale du continent européen, l'auteur sacré passe à l'extrémité septentrionale du continent africain et à l'extrémité occidentale du continent asiatique.

Nahum, 1, 8-9, s'adressant à Ninive et prédisant sa ruine, lui dit: « Vaux-tu mieux que No-Amon (Thèbes)? Assise entre les bras du Nil, entourée par les eaux, la mer lui formait un rempart..; l'Éthiopie (Kü#) et l'Égypte (Migraïm) étaient sa force, sans fin; l'Afrique (Püt) et les Libyens (Lübim) étaient parmi ses auxiliaires, et cependant elle aussi a été emmenée captive. » Comme on le voit, l'énumération des troupes est faite avec ordre : du midi au nord et de lorient à l'occident, si avec Ebers, Brugsch et beaucoup d’autres, on reconnait ici le Pount égyptien; ou simplement du midi au nord, avec un détour vers l'ouest, si l'on n'entend que l'Afrique septentrionale.

À, LEGENDRE

AGABUS (’Ayaëoc), prophète chrétien du 1er siècle, Ce | garda le reste, et laissa la vie à Agag. Le prophète Samuel, -

nom propre est-il dérivé de Aägàb, « sauterelle » (Drusius), ou de ‘ägab, « il aima » (Grotius, suivi par Witsius et Wolf)? La réponse est douteuse. Agabus était originaire de la Judée; il en est question deux fois dans les Actes des Apôtres, x1, 98, et xx1, 10. On a cru, parce que saint Luc en parle la seconde fois comme s’il n’en avait encore rien dit, qu'il y aväit eu deux prophètes de ce nom; mais le nom, la fonction, le pays d'origine, l'époque, sont trop identiques pour qu'on ne conclue pas à un seul personnage.

Au temps où saint Paul et saint Barnabé évangélisaient Antioche, des prophètes vinrent de Jérusalem à Antioche. L'un d'eux, nommé Agabus, éclairé par l'Esprit-Saint, prédit par un acte symbolique qu'une grande famine allait désoler toute la terre. L'événement, disent les Actes, x1, 28, se réalisa sous le règne de Claude. Il y eut, en ellet, à cette époque des famines en diverses contrées : une en Grèce, Eusèbe, Chron., 1, 79, et deux à Rome, Suétone, Claudius, xviu; Dion Cassius, LX, x1; Tacite, Annales, XII, XL. Ἡ est probable cependant que la famine prédite par Agabus est celle qui désola la Judée en 44-48. Le texte grec dit, il est vrai, que le fléau devait s'étendre à toute la terre, ἐφ᾽ ὅλην τὴν οἰχουμένην ; mais on sait que cette expression est employée à diverses reprises par les Saints Livres dans un sens restreint, pour désigner la Judée ou la contrée dont il est question dans le récit. Le verset suivant des Actes indique assez clairement que la famine sévit en Judée seulement, puisque les disciples d'Antioche envoyérent à cette occasion des secours aux frères de Judée, L'auraient-ils pu faire, s'ils avaient été eux-mêmes en proie au même fléau? Josèphe raconte qu'une terrible famine sévit en Judée, Antiq. jud., XX, 11, 6; v, 2, lorsque Cuspius Fadus et Tibère Alexandre étaient procurateurs, fin de 44 à 48; elle dura trois à quatre ans, et fit de nombreuses victimes. Pour venir en aide à la population, qui mourait de faim, Hélène, reine d’Adiabène, qui était alors à Jérusalem, fit venir du blé de Chypre et d'Egypte.

Agabus retourna en Judée, puisque seize ans après on le retrouve à Césarée, venant de ce pays. De Ptolémaïde, saint Paul était venu à Césarée, où il descendit chez Philippe l’évangéliste, l'un des sept: « Et, disent les Actes des Apôtres, xx1, 10, comme nous y demeurions quelques jours, 1l arriva de Judée un prophète nommé Agabus. Étant venu nous voir, il prit la ceinture de Paul, et, se liant les pieds et les mains, il dit: « Voici ce que dit l'Esprit- « Saint : Les Juifs lieront ainsi à Jérusalem l'homme à qui « appartient cette ceinture, et le livreront entre les mains « des Gentils. » L'événement justifia la prophétie. On remarquera qu'ici encore, comme au chapitre ΧΙ, le prophète Agabus annonce l'avenir par une action symbolique, tout en l'accompagnant d'une explication. Cette conduite rappelle celle des prophètes de l'Ancien Testament, ΠῚ Reg., xx, 11; Is., xx, 1, etc.; Jer., ΧΠΙ, 1, οἷς, ; Ezech., [ν΄ 1, etc. Les Grecs croyaient qu'Agabus était l'un des soixante-dix disciples, et qu'il avait été martyrisé à Antioche. Ils avaient fixé sa fête au 8 mars, tandis que les Latins la célébraient, depuis le 1x° siècle, le 18 février : Tillemont, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des cinq premiers siècles, t. 1, p. 206. E. JacQuIER.

4. AGAG (hébreu : ’Agäg, signification inconnue; Septante : ’Ayäy), nom peut-être générique des rois d’Amalec, Num., xxIv, 7, et sous lequel est plus particulièrement connu celui de ces rois qui fut vaincu par Saül dans la guerre sainte entreprise par l'ordre de Samuel. I Reg, xv, 1-8. D'après la volonté formelle de Dieu, cette guerre avait pour objet l'extermination des Amalécites, ennemis jurés d'Israël. Dès lors Agag, vaincu et fait prisonnier, devait être mis à mort avec les autres captifs et tout ce qui avait vie, tandis que le butin devait être détruit. Saül désobéit à cet ordre divin : il passa les captifs au fil de l'épée, détruisit du bulin et des troupeaux ce qu'il y avait de moins bon,

AGABUS — AGAPES

l'ayant appris, en fut très irrité, et, après avoir prononcé au nom de Dieu la réprobation de Saül, il fit amener Agag en sa présence, Ceci se passait à Galgala. I Reg., xv, 26-98. Le captif vint tout tremblant, et il disait : « Faut-il qu'une mort amère me sépare ainsi de tout! » ÿ. 32. C'est du moins la traduction de la Vulgate et des Septante, qui s'éloignent notablement du sens de l'hébreu, d’après lequel Agag, se confiant dans la décision prise par Saül à son sujet, s'approchait joyeusement (hébreu : ma‘adannôt) de Samuel, en disant : « Assurément l'amertume de la mort est passée. » Quoi qu'il en soit, le prophète, s'armant du glaive de la colère divine, prononça sur Agag la loi du talion, Exod., xx1, 23-%5 : « Comme votre épée a ravi les enfants à tant de mères, ainsi, parmi les femmes, que votre mère soit sans enfants! » 1 Reg., xv, 33; et il le frappa à mort « devant Jéhovah », c'est-à-dire en rendant par là hommage à l'ordre de Jéhovah. Cette expression a donné aux rationalistes l’occasion d'attaquer ce récit, sous prétexte qu’elle signifie un vrai sacrifice, d'où l'imputation faite aux Hébreux d’avoir offert à Dieu des sacrifices humains. Max Dunker, Geschichte des Alterthums, Berlin, 1863, t. 1, p. 277-978. Il est facile de constater que cette accusation ne repose sur aucun fondement, car Agag subit la mort, comme tous les autres captifs, en vertu d'une mesure politique ordonnée par Dieu, savoir: l'extermination totale du peuple amalécite, toujours menaçant pour Israël, et d’ailleurs chargé de crimes abominables, qui méritaient ce châtiment. Il suffit d'étudier la législation rituelle des Hébreux sur les victimes à employer dans les sacrifices, pour se convaincre qu'il ne pouvait venir à la pensée de Samuel d'offrir à Dieu en sacrifice un Amalécite, un g6t ou paien, un homme souillé de tous les crimes, par conséquent une victime impure au premier chef. On peut penser avec quelques exégètes catholiques que, par les mots « devant Jéhovah », il faut entendre « devant l'autel élevé au Seigneur à Galgala », sans voir dans cette immolation un vrai sacrifice. Le sens d’un simple hommage rendu à Dieu paraît d’ailleurs plus fondé. , P. RENARD.

2. AGAG. Nom d’une province de la Médie. Esth., 7, 1, 10; 1x, 24. Voir AGAGITE.

AGAGITE (hébreu : ’Agägi), Esth., vin, 3; 1x, 6; cf. πι, 1, 10; 1x, 24. Les Septante transcrivent : Βουγαῖος et Maxeôwvy. Qualification ethnique donnée à Aman, l'ennemi des Juifs. La plupart des commentateurs, à la suite de Josèphe, Ant. jud., XI, vi, 5; cf. Targuin Esther, in loc., ont cru que le mot « Agagite » signifiait qu'Aman était de la race du roi Agag, et par conséquent Amalécite; mais les inscriptions cunéiformes nous ont révélé l'existence d'un pays d’Agag, d'où Aman devait être originaire. « On a longtemps cru, dit M. Oppert, Commentaire philologique et historique du livre d'Esther, 186%, p. 13, qu'Aman, fils d'Amadathi, était Amalécite.. Et puisque déjà dans l'antiquité les noms d'Ésaü, d'Amalec, étaient pris comme les désignations des païens d'Europe, les Septante traduisent l'hébreu ’Agägi par Μακεδῶν, « le Macé- « donien. » Néanmoins le nom d’Aman, ainsi que celui de son père, trahit une origine médo-perse. Nous savons maintenant, par les inscriptions de Khorsabad, que le pays d'Agag composait réellement une partie de la Médie. » Voir AMAN, BUGÉE, MACÉDONIEN.

AGAPES (du grec ἀγάπη; « amour, charité ») désigne les repas communs que faisaient les chrétiens : à l'origine, en union avec la célébration de l'Eucharistie; plus tard, en certaines circonstances seulement, suivant aes usages qui ont varié avec les temps et avec les pays. Ces repas servaient à la fois à exprimer et à entretenir la charité chrétienne; de là leur nom. Qu'ils remontent à l'époque des Apôtres, et qu'ils aient alors accompagné la célébration de l'Eucharistie, c’est ce qui ressort des instructions que

donne saint Paul, I Cor., ΧΙ, 20-99. Le repas qui faisait partie de « la Cène du Seigneur », Κυριαχὸν δεῖπνον, était devenu, dans l'Église de Corinthe, l’occasion d'abus graves, une cause de divisions, au lieu d'être un principe d'union et de charité. L'Apôtre réprouve les abus, mais ne supprime pas le repas, Ÿ. 33, tout en faisant bien ressortir que le rite religieux où se donnent le corps et le sang de Notre-Seigneur est l'objet principal de la réunion. Grâce à ces instructions si précises, qui furent écrites par saint Paul à l'occasion des désordres de Corinthe, nous pouvons comprendre les allusions et les indications rapides qui nous montrent le même usage dès l’origine dans l'Église de Jérusalem, Act., τι, 46, ou en d'autres Églises, à Philippes, par exemple, lors du passage de saint Paul, Act., xx, 7, 11, où la réunion ἃ lieu le dimanche.

De plus, nous voyons qu'aux temps apostoliques le nom d'agapes était déjà donné à ces repas; qu’il était devenu familier aux communautés chrétiennes, au point que saint Jude dans son Épiître, ÿ. 19, signalait aux fidèles certains héréliques comme « des récifs dans vos agapes », οἵ ἐν ταῖς ἀγάπαις ὑμῶν σπιλάδες. (Dans la Vulgate : hi sunt in epulis suis maculæ; au lieu de ὑμῶν, elle suit la leçon αὐτῶν de certains manuscrits, leçon moins bien garantie, et elle ne rend pas exactement le sens du mot rare σπ'λάδες: l’allusion est perdue.) On trouve une allusion du même genre dans Il Petr., 11, 13, si l'on s’en tient au texte d'anciens manuscrits (B, etc.), qu'a suivi ici le traducteur latin. Saint Pierre parle aussi d'hérétiques dangereux, qui se mêlent aux assemblées chrétiennes : ἐν ταῖς ἀγάπαις αὐτῶν συνευωχούμενοι ὑμῖν, « dans leurs agapes, prenant repas avec vous. » (La Vulgate traduit : in conviviis suis luxuriantes [?] vobiscum; mais elle a bien lu ἐν ταῖς ἀγάπαις, et non ἐν ταῖς ἀπάταις que porte le texte grec reçu.)

Au sortir de l’âge apostolique, au début du 115 siècle, dans les Eglises d'Asie, la célébration de l'Eucharistie reste encore si bien liée avec l’agape, que celle-ci sert à la désigner ; on le voit dans la lettre de saint Ignace, Ad Smyrn.,S8, t. v, col. 713: « Il n'est permis, sans l'évêque, dit-il, ni de baptiser, ni de faire l’agape. » Il n’est pas douteux qu'il parle de l'Eucharistie, surtout quand, au n° 7, il dit en parlant de ceux qui s’en abstiennent : « Il leur importait de faire l’agape, pour qu'ils eussent part à la résurrection. »

Vers la mème époque, la fameuse lettre de Pline, Epist., 1. x, n. 97, édit. Didot, 1881, p. 713-714, nous montre aussi que les fidèles de Bithynie célébraient ces repas communs; de plus, elle nous permet, je crois, de saisir une des causes qui amenérent à séparer l'Eucharistie du repas. Le légat impérial rapporte que les chrétiens se réunissaient aupaavant, à jour fixe, une premiére fois de très bonne heure, stato die ante lucem, dans un but uniquement religieux, pour dire un chant au Christ, comme s'il eût été Dieu, carmenque Chrislo, quasi Deo, dicere secum invicem ; puis de nouveau, le soir sans doute, pour faire un repas; mais il constate que, pour obéir à son édit, les chrétiens ont renoncé à ce repas. Quod ipsum facere desisse post edictum meum quo secundum mandata tua hetærias esse vetueram. Soit que la réunion du matin, ne tombant pas sous les interdictions relatives aux helairies, restàt permise, ou soit qu'elle püt plus facilement échapper à la surveillance, on y transporta le rite essentiellement religieux, l'Eucharistie, dont le repas n'était que l’accompagnement accessoire. Au milieu du 116 siècle, la premiére apologie de saint Justin, nos 65-67, t. vr, col. 498 et suiv., suppose que la séparation est achevée ; elle décrit le service religieux du dimanche, dans lequel l'Eucharistie occupe Ja place principale, et il n'est plus question du repas.

Au delà de cette époque, l'histoire des agapes ne fournit rien qui puisse éclairer les choses de la Bible, 11 nous suflit d'avoir constaté que les agapes ne furent pas, chez les premiers chrétiens, une simple imitation des repas communs, très fréquents chez les païens; mais qu'on se proposa surtout au début de représenter aussi complè-

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