LIT PRÉFACE
M. Le Hir entrer en scène pour briser entre les mains des nouveaux critiques l’arme dont ils prétendaient se servir contre nous. Malheureusement M. Le Hir, vrai puits de science, arrivait trop tard. Sa modestie l'avait toujours empêché de rien publier. Trop encouragé dans cette pieuse réserve par M. Carrière, doué d’ailleurs d’une mémoire prodigieuse, il écrivait peu et gardait sa science pour quelques initiés. Sa mort prématurée mit fin à nos espérances. Heureusement il avait, comme Élie, laissé son manteau à un disciple de son choix, que Dieu avait préparé à continuer l’œuvre du maître. Tout le monde connait le succès des publications de M. Vigouroux. Elles répondaient à un besoin réel; c'était une ère nouvelle qui commençait pour l’apologétique chrétienne. Nous n'avons à faire l’éloge ni de La Bible et les découvertes modernes, ni des Livres Saints, ni des Mélanges, ni du Manuel biblique; ils sont dans toutes les mains studieuses. Il manquait à M. Vigouroux de nous donner un Dictionnaire de la Bible. Il vient de combler cette lacune, grâce au concours très apprécié de nombreux et très intelligents collaborateurs.
Ce qu'il doit être. — Le rapide exposé qui précède laisse deviner la somme prodigieuse de travail qu’exigerait une connaissance complète des questions scripturaires : histoire sacrée et profane, linguistique, chronologie, géographie, ethnographie, biographie, botanique, arts mécaniques et industriels, usages, croyances, théologie ; c'est presque l'infini. Par là aussi on devine l'utilité, la nécessité même d’un Dictionnaire de la Bible. Nous savons qu’un dictionnaire ne saurait remplacer un commentaire, mais tout le monde n’a ni le loisir ni la préparation suffisante pour aborder l'étude d’un commentaire étendu; et puis, il faut bien le dire, nous n’avons pas, en français, de commentaire qui réponde aux exigences et aux besoins actuels. Les malheurs de la révolution ont presque ruiné en France les études bibliques, déjà assez faibles au xvirre siècle, et nous nous relevons à peine de nos ruines. On est vraiment tenté de faire un respectueux reproche à notre illustre Bossuet de sa sévérité d'inquisiteur à l'égard de Richard Simon, dont les hardiesses et les erreurs ne méritaient pas toutes les superbes colères du savant évêque. Les conclusions de R. Simon sont très contestables, quelques-unes complètement fausses, mais sa méthode était bonne. Il fallait la garder et ne pas envelopper le tout dans le même anathème. Le résultat le plus clair de la saisie des exemplaires de l'Histoire critique exécutée par la Reynie, à là demande de Bossuet, fut de laisser aux mains de nos adversaires ia méthode critique, cette arme à deux tranchants dont ils ont été les seuls à se servir, et que nous n'avons appris à manier qu'il y ἃ quelques années.
Enfin, eussions-nous le commentaire français le mieux au courant de la science scripturaire, trouverait-il beaucoup de lecteurs? Tous n’ont pas pour cette étude de loisirs suffisants ni d’aptitudes spéciales. Avec le peu de temps dont nous disposons, -
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PRÉFACE LIIT
il faut nous résigner à ne pas tout savoir, limiter nos recherches à certains points particuliers, tout en ayant une connaissance assez complète de l’ensemble. Il en est des commentaires de la Bible comme des grandes histoires de l'Église, qu'on ne peut toujours lire en entier, et qui, malgré leur étendue, ou plutôt à cause de leur étendue, manquent de netteté, de précision dans les détails. On ne saurait bien connaitre une époque, le rôle d’un grand personnage, qu'au moyen de monographies particulières. À défaut d’un commentaire français que nous n’avons pas, de commentaires latins que tout le monde ne peut consulter, et même à côté d'eux, il faut un Dictionnaire de la Bible qui nous dise nettement, précisément, sans verbiage, sans parti pris, ce qu'on sait actuellement de certain ou de probable sur tel personnage, tel fait, telle théorie. Les articles du dictionnaire doivent être comme des monographies détaillées, quoique concises; ils doivent résumer et condenser à notre usage ce qui a été écrit de plus judicieux sur chaque point particulier.
Les dictionnaires existent pour toutes les branches de nos connaissances : philosophie, sciences, arts, littérature, histoire, religions, hérésies, encyclopédie, ete.; il ne manque qu’un dictionnaire de la Bible; celui de Calmet, réimprimé par Migne, malgré des qualités très réelles, ne fait plus autorité.
L'Angleterre, l'Allemagne, les États-Unis, sont plus heureux que nous, et les dictionnaires bibliques n’y manquent pas. Il serait injuste de méconnaitre le mérite relatif de ces ouvrages, mais ils ont le grave inconvénient de n'être pas écrits en notre langue, ce qui les rend peu accessibles; ils ont surtout le très grave inconvénient d’être écrits au point de vue protestant ou rationaliste, et de ne pouvoir être lus et suivis qu'avec de grandes précautions.
Celui qui se publie sous la direction de M. Vigouroux ἃ l'avantage d’être écrit en . français, d’être aussi savant que les autres, et surtout d’être catholique.
Il va sans dire que je ne prétends nullement canoniser tous les articles du Dictionnaire. Chacun des savants collaborateurs ἃ ses idées personnelles, son degré de science, de culture hébraïque, de connaissances spéciales ; aucun ne se flatte d’avoir la science infuse ou de donner le dernier mot des problèmes. Les articles sont au courant des résultats les plus récemment acquis, et ils restent franchement, complétement orthodoxes, tout en se maintenant sur le terrain de la véritable critique.
Cependant on ἃ dû se borner dans l’exposition des systèmes rationalistes, parce qu'ils changent tous les deux ou trois ans. Était-ce la peine de s'arrêter à des théories qui sont de pure fantaisie, sous prétexte de donner au Dictionnaire un vernis d’actualité? Le Dictionnaire aurait en quelque sorte participé à la fragilité d’hypothèses dont on ne parlera plus dans quelques années. Qui s'arrête, par exemple, aux théories des neptuniens ou des plutoniens? À quoi bon s’attarder à réfuter des théories éphémères, qui ne s'appuient que sur les rêveries de leurs inventeurs, comme sont, par exemple, les innombrables imaginations des critiques rationalistes sur l’Apocalypse Ὁ Ce qu'on veut donner, c’est une science ferme, solidement appuyée, qui ne changera pas demain. Pour cela on n’a pas hésité à prendre, même chez nos adversaires, ce qu'ils ont écrit de bon et qui paraît prouvé. Il ne faut pas être exclusif quand les dogmes ne sont pas en jeu.
Ce que je salue aussi avec plaisir, ce sont les articles spéciaux sur les commentateurs. Comme, en définitive, le vrai sens de l'Écriture se tire de la tradition, 1] a paru bon d'indiquer les idées, les tendances des diverses écoles. Ce qu’on ἃ fait