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LIV PRÉFACE

pour les écoles d’Antioche et d'Alexandrie, ne pourrait-on pas aussi le faire pour les grandes familles religieuses de l'Église comme les Bénédictins, les Jésuites, les Dominicains , les Capucins, les Franciscains, etc., les grandes universités comme la Sorbonne, Louvain, Salamanque®? 11 semble que ces grandes familles tiendront à honneur d'exposer leurs traditions, et seront fières de mettre en lumière le rôle intellectuel qu’elles ont rempli dans l'Église. Puisse ce vœu se réaliser!

Ce n’est pas assez de parler de l'utilité du Dictionnaire, il faudrait plutôt insister sur sa nécessité. Les graves dangers que fait courir à la foi la fausse critique montrent l’impérieuse nécessité de se confier à un guide sûr pour se livrer sans péril à ces. délicates et périlleuses recherches.

Les dangers ne viennent pas seulement de la critique négative, — j'en ai signalé quelques-uns; — ils viennent aussi de la critique dite positive, quand on l’emploie mal à propos, avec des idées préconçues, des jugements tout faits, quand on l’applique à des matières sur lesquelles elle ne doit pas s'exercer. Elle ne saurait évidemment être employée dans toutes les questions relatives à la Révélation; il y aurait plus qu'un péril, il y aurait erreur contre la foi, comme aussi il ne faut pas rejeter une critique raisonnable et judicieuse, parce que si l’objet de notre foi est au-dessus de la raison, les motifs de crédibilité doivent être raisonnés et raisonnables, parce que les sophismes de la fausse raison ne peuvent être dissipés que par la vraie, enfin parce qu'en présence de données différentes et contradictoires en apparence, c’est à la raison de dégager les faits véritables et d'établir ce qu’on doit admettre, puisque l'Église ne saurait intervenir constamment pour décider les questions d'histoire.

Il suffira d’un seul exemple emprunté à des rationalistes soi-disant chrétiens pour montrer les périls d’une application fausse de la critique positive.

On peut admettre dans une assez large mesure un développement de la révélation. La lumière du Sinaï n’est pas aussi intense que celle du Thabor ou de la montagne des Béatitudes. On peut sans témérité soutenir que les anciens Juifs n’avaient pas des données bien précises sur l’immortalité de l’âme, sur le bonheur futur, les récompenses ou les châtiments éternels; tout était un peu confus dans leur croyance à la survivance. Mais prétendre, au nom de la critique, que l’idée d’un Dieu unique s’est dégagée peu à peu, que le Dieu d'Abraham n’est pas celui des prophètes ou des Machabées, sous prétexte que le langage un peu anthropomorphiste des anciens auteurs n’est pas aussi épuré que celui des auteurs postérieurs à la captivité, ce serait un abus intolérable; ce serait énerver la force probante des prophéties, briser la longue chaine qui descend d'Adam à Notre-Seigneur, mettre Isaïe, Amos et les autres au-dessous des apocryphes du second siècle avant J.-C. On arriverait bien vite. avec ce système à dire qu'Israël n’a pas été traité autrement que les autres nations, que son histoire est une histoire comme une autre, que tous les peuples ont été aussi amenés au Christ quoique par d’autres chemins, qu’il y a eu un développement religieux indépendant de celui d'Israël; que les prophètes doivent être placés sur le même pied que les autres maîtres de l’humanité, que Platon et Aristote ont été aussi utiles à la religion et à l’enseignement chrétien qu'Ézéchiel et Daniel. N'est-ce pas là, ajoute-t-on, le λόγος σπερματικός dont parlent les Pères de l’Église, la semence évangélique répandue partout? Ceci est la négation presque complète de la révélation, la suppression de l'élément positif de la religion.

Danger aussi d'accepter certaines théories scientifiques aujourd’hui en honneur. La

PRÉFACE LV

Bible n'est pas un traité d'astronomie, d'histoire naturelle, de science révélée, nous le savons. Mais sous prétexte que la Bible ne sanctionne pas la moralité des faits qu’elle raconte, ne serait-il pas bien téméraire de dire qu’elle ne sanctionne pas la vérité de ses récits? Sans doute Abraham est sorti de la Chaldée avec une formation intellectuelle toute faite; il a puisé sous l'inspiration de Dieu, dans les souvenirs de sa famille sémitique, les traditions anciennes, comme une abeille extrait son miel le plus pur de plantes différentes; mais on va beaucoup plus loin et on glisse dans l’abime. On va jusqu'à dire que les récits racontés par Moïse sont des mythes, que Dieu a pu’attacher des enseignements religieux à des allégories et à des paraboles, comme faisait Notre-Seigneur; que ce qui ne nous choque pas dans le Nouveau Testament doit encore moins nous étonner dans l'Ancien; que l'inspiration de l’Écriture, n'étant pas une garantie de la moralité des faits racontés, ne doit pas l’être de leur véracité. I y ἃ là un immense danger que je me borne à signaler. Quoi qu’on en dise, on ne saura où s'arrêter. Qu'il faille interpréter autrement qu'on ne l’a fait certains récits de la Bible, ce n’est pas contestable; qu'il faille tenir compte du génie oriental, si différent du nôtre, admettre des récits symboliques, poétiques, comme certains passages de Job ou autres, ce n’est pas douteux; mais qu’il faille sacrifier la vérité historique des dix premiers chapitres de la Genèse, cela me parait inadmissible. Alors il n’y a plus de raison pour ne pas rejeter le côté miraculeux du livre : tout sautera, même le Nouveau Testament. Les catholiques qui soutiennent ces témérités répondent que l'Église infaillible sera toujours là pour nous éclairer; c'est une erreur, car l'Église ne saurait intervenir à chaque instant dans les questions de faits.

Oui, il faut un guide sûr; il faut un chemin que nous puissions suivre sans crainte d'aboutir à des fondrières;, un livre qui nous mette au courant de l’état actuel de la science, ne nous dissimule aucune difficulté réelle, et nous donne la solution que comporte l’état de nos connaissances. Ne quid veri non audeat, comme dit Léon XIIT.

Le Dictionnaire ne sera pas un manuel, il ne sera pas non plus un traité d’exégèse. Il n'aura ni la belle ordonnance, ni l’enchaïinement des idées qu'on admire dans les ouvrages spéciaux. L'ordre alphabétique s’y oppose; il brise fatalement la suite logique, les intéressantes discussions sur des points controversés. En revanche, il donnera en peu de lignes tout ce que les lecteurs ont besoin de savoir ; il replacera les faits, les choses, les personnages dans leur vrai cadre, leur vrai jour; il résumera les découvertes qui ont été faites en Assyrie, en Chaldée, en Égypte, en Syrie, ce qu'on ἃ pu lire d’intéressant dans les inscriptions cunéiformes ou les papyrus, tout cela débarrassé des difficultés techniques et mis à.la portée de tous les esprits un peu cultivés.

Ce qu'il ne donnera pas. — Ce qu’on ne trouvera pas dans le Dictionnaire, — j'en félicite les auteurs et surtout M. Vigouroux, — c’est la témérité des inventions. Le Dictionnaire n’est pas une arène où l’on puisse exposer des théories plus ou moins fondées; il doit être l’expression de la vraie science catholique, de notre science à nous, et non une succursale des encyclopédies protestantes, un extrait de Graf, de Reuss, de Wellhausen. Indépendant de tout système, de tout parti pris, il nous apprendra ce qui est, et non ce qui pourrait être demain. Sans nous laisser ignorer les idées qui flottent dans l'air que nous respirons, qui pénètrent les esprits, il n’a pas à les faire siennes, à les discuter ex professo. Si, dans des ouvrages spéciaux, destinés à un public restreint et préparé par de fortes études théologiques et cri-

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