Plan d'Alexandrie moderne
que celui qui le transporta de Malte à Pouzzoles. Act. xxVIN, 11-13, — Notre Vulgate nomme cinq fois Alexandrie, Jer., xLvi1, 25; Ezech., xxx, 14, 15, 16; Nahum, ur, 8, là où le texte original porte No, parce que saint Jérôme croyait qu'Alexandrie avait été bätie sur l'emplacement de No; mais No est Thébes. Voir No.
La ville actuelle d'Alexandrie (fig. 96) n’occupe qu’en partie l'emplacement de l’ancienne (fig. 94). Les sables qui se sont amoncelés peu à peu sur les deux côtés de l'ancien môle en ont entièrement modifié les proportions, et l'Heptastade ainsi élargi est devenu un isthme. C'est là surtout, et dans une partie de l'ile de Pharos, qu'Alexandrie moderne est bâtie. Des monuments d'autrefois il ne reste absolument rien. Par une digue taillée en glacis, et où des chapiteaux de granit rose et des füts de colonnes brisées servent de moellon, tandis que d'autres dorment encore visibles au fond de l’eau, on atteint le lieu probable où fut le phare célèbre des Ptolémées ; mais de l'œuvre de Sostrate on ne voit plus rien. Deux obélisques dits aiguilles de Cléopâtre, qui sont allés l'un à Londres et l'autre en Amérique, marquaient, jusqu'à ces derniers temps, sur le rivage du Grand Port, le Cæsareum, temple, au dire de Philon, le plus beau et le plus riche du monde, édifié au lieu où Auguste s'était embarqué. Le Posidéion ou
laire, que rien autre n'autorise. Jusqu'à l'heure présente, c'est dans le champ de l'hypothèse qu'il faut se tenir pour semer capricieusement çà et là les grandioses édifices du passé dont il ne reste pas la moindre trace. Les plus importantes indications sur Alexandrie ancienne se trouvent dans Strabon, liv. xvir; Arrien, liv. -vrr; Polybe, ΧΧΧΙΧ, 14; Ammien Marcellin, liv. xx; Diodore de Sicile, xvir; César, B. C., πα, 112; Josèphe, B. J., 1, 28; Pausanias, V, 21; vi, 38; Eusèbe, H. E., 11, 16. Voir aussi A. F. Dähne, Geschichtliche Darstellung der jüdischalexandrinischen Religionsphilosophie, in-8, Halle, 183% ; Matter, Histoire de l’école d'Alexandrie, 2 édit., in-80, Paris, 1840; M. G. Demitsès, Histoire d'Alexandrie (en grec), in-8, Athènes, 1885; Néroutsos-bey, L'ancienne Alexandrie, in-8, Paris, 14888. E. Le Camus.
2. ALEXANDRIE (ÉCOLE EXÉGÉTIQUE D'). La première école chrétienne fut l'école d'Alexandrie, en Egypte. Elle se rendit surtout célèbre par ses travaux d'exégèse sur l'Écriture Sainte, qu'elle interpréta d'après la méthode allégorique. Elle se rattache par les liens les plus étroits à l’école juive de cette ville, et il faut connaître celle-ci pour se rendre historiquement compte de l'origine et des idées de l'école chrétienne,
I. École juive d'Alexandrie. — Lorsque Alexandre le Grand eut fondé Alexandrie en 332, il accorda aux Juifs qui s'établiraient dans la nouvelle cité les mêmes avantages qu'aux Grecs. Josèphe, Cont. Apion., 1,4; De Bell. jud., 11, xvin, 7. Les Lagides suivirent la même politique. Josèphe, Ant. jud., XII, 1; cf. Cont. Apion., 1, 22; 11, 4. Les enfants d'Israël y accoururent done en très grand nombre. Après la mort d'Alexandre, les Ptolémées en firent la capitale du royaume d'Egypte, et, pour lui donner un plus grand éclat, ils y créèrent des bibliothèques et des musées ; ils y attirèrent des grammairiens, des philosophes, des lillérateurs et des artistes de tout genre, et ils la rendirent ainsi bientôt le plus brillant foyer des lettres, des sciences et des arts. Placés dans ce nouveau milieu, au contact de tant d'esprits distingués, les plus intelligents des Juifs se mirent à étudier la philosophie et les sciences des Hellènes. L'influence étrangère fut si puissante, que dans peu de temps les Israélites émigrés ne comprirent plus, pour la plupart, la langue hébraïque, et qu'il fallut traduire à leur usage l'Écriture Sainte en grec. Voir SEP- TANTE. Ils conservèrent néanmoins leur foi monothéiste, mais ils furent insensiblement amenés à comparer leur religion avec celle des Grecs, et c'est ce qui donna naissance à l'école juive d'Alexandrie.
On vit paraitre, parmi les Juifs, de la fin du re siècle au commencement du premier avant notre ère, des historiens qui racontèrent l'histoire de leur nation à la façon de Thucydide, et des poètes qui s'eflorcérent d'imiter Eschyle, Sophocle et les autres poètes de la Grece. Alexandre Polyhistor (90 à 80 avant J.-C.), qu était peut-être d'origine juive, mentionne dans son livre Περὶ ᾿Ιουδαίων quatre historiens judéo-alexandrins, Eupoléme, Artapan, Démétrius et Aristée. Voir Eusèbe, Præp Evw., 1x, 17-39, t. xx1, col. 705-759 ; Clément d'Alexandrie, Strom., 1, 22, t. vint, col. 900 ; Josèphe, Cont. Apion., 1, 23. Ézéchiel composa des tragédies bibliques, dont l'une était intitulée ’Eëxywyn, c'est-à-dire l'Exode des Hébreux ou la Sortie d'Égypte. Clément d'Alexandrie, Strom., 1, 22, t. vins, col. 901; Eusèbe, Præp. Ευ., 1x, 28-99, 1. xx1, col. 736-748. Voir Fr. Delitzsch, Geschichte des jüdischen Poesie, p. 211. Un certain Philon, différent du philosophe, écrivit un poème sur Jérusalem, Περὶ τὰ Ἱερουσόλυμα; Eusèbe, Præp. Ev., 1x, 20, 2%, 37, t. xx1, col. 712, 725, 756; Philippson, Ezekiel, des jüdischen Trauerspieldichter Auszug aus Aegypten, und Philo, des älteren, Jerusalem, Berlin, 1830; et un Samaritain, appelé Théodote, célébra en vers grecs la gloire de Sichem, qu'il appelle « la cité sainte » dans son poème Περὶ ἸΙονδαίων. Eusèbe, Præp. Ευ., 1x, 22, τ. xx1, col. 721.
Mais c’est surtout la philosophie grecque qui frappa l'attention des Juifs les plus cultivés, et qui donna naissance à ce qu'on appelle proprement l’école juive d'Alexandrie, Cette philosophie fut particulièrement étudiée dans la capitale des Ptolémées, et elle y jouit du plus grand crédit. Les Juifs qui s’'initièrent aux doctrines de Platon et d'Aristote y découvrirent, avec un profond sentiment de surprise, un enseignement en partie semblable à celui de leurs Livres Saints. Ils tirèrent de là une conclusion qui devait avoir dans l’Église primitive elle-même une grande importance : c'est que les philosophes grecs avaient emprunté aux livres de Moïse les vérités qu'on admire dans leurs écrits. Convaincus que des hommes vivant au sein du polythéisme et de l'idolätrie ne pouvaient avoir découvert eux-mêmes ce qu'ils enseignaient de vrai et de bon, persuadés aussi que les descendants de Jacob étaient seuls en possession des grandes doctrines religieuses et morales, ils en concluaient que la philosophie grecque venait de la Palestine, et que Platon, qui avait beaucoup voyagé, n'était que Moïse parlant grec. De là leur attachement prédominant pour la philosophie platonicienne.
Cette théorie sur l'origine mosaïque de la philosophie
ALEXANDRIE (ÉCOLE EXÉGÉTIQUE D)
grecque amena les Judéo-Alexandrins à se servir surtout, dans l'explication de l'Écriture, d’une méthode d'interprétation déjà connue des Juifs de Palestine, qui était aussi alors en grande faveur dans le milieu où ils vivaient, de sorte qu'ils lui donnèrent une grande importance et contribuërent à la transmettre aux premiers docteurs chrétiens ; cette méthode était celle de l'interprétation allégorique. Voir ALLÉGORIE. L'emploi de cette méthode, renfermé dans de justes bornes, est très légitime ; mais on en abusa. Comme il n'était pas toujours facile d'accorder dans les détails les enseignements de l'Écriture avec ceux des philosophes grecs, afin d'établir cette harmonie, qu'on avait établie en thèse, on imagina, lorsque le sens littéral des Livres Saints était rebelle à la conciliation, d'en expliquer les passages par la méthode allégorique. Nous voyons de nombreux exemples de l'application de cette méthode dans Aristobule et dans Philon.
Aristobule est le plus ancien philosophe judéo-alexandrin dont il nous soit resté des fragments. Il vivait à Alexandrie, probablement sous le règne de Ptolémée VI Philométor (181-146 avant J.-C.). Beaucoup pensent que c’est l’Aristobule mentionné II Mach., 1, 10. Voir Anis- TOBULE. Il composa un ouvrage, aujourd'hui perdu, mais dont les débris encore subsistants ont été réunis dans l'AIgemeine Bibliothek d'Eichhorn, t. v, p. 253-959, et dont le titre paraît avoir été : ᾿Βξηγήσεις τῆς Μωνσέως γρατῆς» « Explication de l'écrit de Moïse, » c’est-à-dire du Pentateuque. Eusèbe, Præp. Ev., vn, 14; vx, 10; xx, 12, 1, xx1, col. 548, 656, 1097 ; Clément d'Alexandrie, Strom.., 1, 22,t. vur, col. 893 ; v, 14 ; vi, 3, t.1x, col. 145, 249. Il déclare lui-même dans un fragment de prologue, qui à διό conservé, qu'il ne s’en tient pas à la lettre et à l'écorce, et que c’est en pénétrant au fond et jusqu'à la moelle qu'il explique la doctrine de Moise, c'est-à-dire que la méthode Allégorique est la sienne. Dans son ouvrage même, 1] s'eflorce de prouver que les livres de Moïse, bien plus anciens que ceux des poètes et des philosophes: de la Grèce, sont la source où ces derniers avaient puisé leurs plus belles et leurs meilleures pensées. Nous trouvons donc en lui les deux traits caractéristiques de l’école juive: d'Alexandrie. Voir L. G. Valckenaër, Diatribe de Aristobulo Judæo, in-#, Liège, 1806; Origène, Contra Celsum, iv, 51 et la note 91, ibid., t. x1, col. 1112, où sont reproduits les passages des anciens sur Aristobule.
Philon, contemporain de Notre-Seigneur, soutint les mêmes idées et les exposa dans un grand nombre d'écrits qui sont parvenus jusqu'à nous. Entre Aristobule et lui, bien d'autres Juifs devaient avoir défendu les mêmes opinions ; mais l'éclat que jeta ce philosophe, le plus célèbre des Judéo-Alexandrins, éclipsa tous les autres. Nul ne chercha plus que lui à concilier les doctrines platoniciennes avec celles de l'Écriture; nul plus que lui n'usa et n’abusa de la méthode allégorique. Il en formula les règles, De somn., édit. Mangey, Londres, 1742, τ. τ, p. 632, et il les appliqua. Son traité De la création du monde selon Moïse n'est guère qu'un commentaire allégorique du premier chapitre de la Genèse ; les deux traités Des allégories de la loi en sont la continuation ; tous ses écrits, en un mot, sont pleins d’interprétations du même genre qui paraissent maintenant pour la plupart forcées et peu sérieuses. La réputation de Philon n'en fut pas moins très considérable, non seulement chez les Juifs, mais aussi chez les chrétiens. Saint Jérôme lui a donné une place parmi les auteurs ecclésiastiques, De wir, illustr., 11, t. xx, col. 625, et un historien moderne ἃ pu écrire, non sans quelque vérité : « [Le système allégorique de Philon] absorba, comme un immense réservoir, tous les petits ruisseaux de l’exégèse biblique à Alexandrie, pour déverser ensuite ses eaux dans les rivières et les canaux ἃ mille bras de l'interprétation juive et chrétienne des Saintes Écritures. » C. Siegfried, Philo von Alexandria als Ausleger des alten Testaments, in-80, Iéna, 1875, p. 27. Cf. Mer Freppel, Clément d'Alexandrie, in-89, Paris,
ΑΝΑΝ φυσι ΩΡ LS
4865, p. 195, 498, 429; Grossmann, Quæstiones philonianæ, part. 1, De theologiæ fontibus et auctoritate, 1829 ; H. Planck, Commentalio de principiis et causis interpretationis Philonianæ allegoriæ, Gôltingue, 1806; Bucher, Philonische Studien, 1818; Creuzer, Kritik der Schriften des Juden Philon, dans les Theologische Studien und Kritiken, janvier 1832; Kirchbaum, Der jüdische Alexandrinismus, Leipzig, 1841; M. Wolf, Die Philonische Philosophie, Leipzig, 1849; 2e édit., Gothenburg, 1858 ; F. Delaunay, Philon d'Alexandrie, in-8, Paris, 1867. Voir aussi Lipsius, Alexandrinische Religionsphilosophie, dans Schenkel, Bibelleæicon, t. 1, p. 85-99; Gfrôrer, Philo uñd die «lexandrinische Theosophie, 2 in-8°, Stuttgart, 1831-1835; Dähne, Geschichtliche Darstellung der jüdisch-aleæandrinischen Religionsphilosophie , 1831, τ πὶ, p. 15-16, 27 et suiv., 33 et suiv.; Id., dans les Theologische Studien und Kritiken, 1833, p. 984; Ad. Franck, La Kabale, 85 part., ch. 111, 2 édit., 1889, p. 390-51 ; Hausrath, Neutestamentliche Zeitgeschichte, t. 1, p. 126-148 ; abbé Biet, Essai historique et critique sur l'école juive d'Aleæandrie, in-8°, Paris, 1854. Voir PHILON.
II. École chrétienne d'Alexandrie. — Quand le Christianisme fut introduit à Alexandrie, il se recruta naturellement tout d'abord parmi les Juifs hellénistes. Ceux-ci étaient tout imbus des opinions courantes dans cette ville, telles que les avait exposées Philon. Ils les communiquèrent donc aux païens qui embrassèrent la religion nouvelle, de sorte que, par leur intermédiaire, les idées sur l’origine des doctrines de la philosophie grecque et un goût, parfois exagéré, pour la méthode allégorique devinrent communs parmi les premiers chrétiens d’Alexandrie. Sous ce rapport ils se distinguèrent des chrétiens des autres pays, qui, instruits par le Nouveau Testament, et en particulier par les épîtres de saint Paul, I Cor., x, 4; Gal., 1, 16; τν, 21-31, reconnaissaient qu'il existe dans les Écritures un sens allégorique, mais ne lui sacrifiaient jamais le sens littéral.
Ce qui fit l'importance capitale de la méthode allégorique à Alexandrie, c’est qu’elle fut enseignée à l'école catéchétique de cette ville par les grands docteurs qui en firent la gloire. Cette école, appelée Didascalée (Eusébe, H. E., v, 10, τ. xx, col. 453), est l'institution la plus caractérishque de l'Église d'Égypte. Elle ἃ été le berceau de l'enseignement scientifique de la théologie, le germe des facultés et des universités qui ont fleuri plus tard dans le monde catholique. Fondée par saint Pantène, elle jeta sous Clément, son successeur, et surtout sous Origène, un éclat incomparable. Elle se donna pour mission de montrer aux esprits cultivés, si nombreux dans la capitale égyptienne, la supériorité du Christianisme, non seulement sur les religions, mais aussi sur les philosophies païennes. Les docteurs qui la dirigeaient étaient des maîtres éminents, qui mettaient au service de la religion toutes les ressources de la science humaine, afin de faire briller dans toute sa pureté l'enseignement chrétien ; mais iis Joignaient la subtilité grecque au goût de l’allégorie qui dominait dans tout l'Orient. et, comme les Juifs dont ils avaient recueilli en partie l'héritage, ils admettaient que les philosophes grecs s'étaient revêtus des dépouilles des Hébreux, et ils expliquaient d'une manière allégorique la plupart des passages des Saintes Ecritures, en particulier ceux dont l'interprétation littérale leur paraissait difficile à faire accepter.
Origène, le plus illustre représentant de l’école d’Alexandrie, fut aussi celui qui poussa le plus loin l'application et, il faut bien le dire, les excès de l'interprétation allégorique. Le disciple de Clément en vint, comme Philon, à rejeter le sens littéral d’un certain nombre de passages ‘des Livres Saints. C’est ainsi qu'il prétendit que le paradis
τ terrestre n'avait jamais existé comme tel, et que l'Éden n'était qu'une pure image du ciel. Origène, Selecta in Genesim, τι, 8-9, t. xu, col. 100; Contra Celsum, 1v, 39,