‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 192 sur 474 · ALLEMANDE (EXÉGÈSE RATIONALISTE · texte numérisé non relu

ALLEMANDE (EXÉGÈSE RATIONALISTE

On donne spécialement le nom d'exégèse allemande à l'interpré{ation rationaliste de l'Écriture qui a été adoptée par un grand nombre de théologiens protestants et d’incrédules en Allemagne. L'expression d’exégèse allemande tout court pour désigner l’exégèse rationaliste d'Allemagne est inexacte, car il y a dans ce pays, non seulement des catholiques, mais aussi des protestants dits orthodoxes qui acceptent l’origine surnaturelle de la Bible, croient à son inspiration et l’interprétent par conséquent comme un livre d'origine divine ; mais, malgré l’inexactitude de cette dénomination, nous prenons ici l’exégèse allemande dans le sens particulier qu'on lui attribue vulgairement c'està-dire dans le sens d'exégèse rationaliste. Elle consiste, en effet, à appliquer à l'interprétation des Livres Saints les principes du rationalisme, qui sont la négation du surnaturel ou, en d’autres termes, la négation de l'inspiration, du miracle et de la prophétie : tout autant de choses dont les rationalistes nient l'existence, soit qu'ils professent le déisme, soit qu'ils se déclarent panthéistes ou athées.

I. Origines de l’exégèse rationaliste allemande. — L'exégèse rationaliste est le fruit du protestantisme. Luther, en proclamant le droit exclusif pour chacun d'interpréter la Bible selon ses lumières naturelles, sans tenir compte de l'interprétation traditionnelle et de l'autorité de l'Église, posa, sans s’en douter, le principe même du rationalisme. Les conséquences du libre examen ne furent point immédiatement tirées par ses sectateurs, mais elles devaient se manifester à la longue, et c'est ce qui arriva en eflet. Les premiers protestants, pour sauvegarder l'inspiration des Écritures, durent l’outrer et l’étendre outre mesure. Luther fut obligé d'admettre qu’elle était évidente, dans l'impossibilité où il était d'en donner aucune preuve démonstrative. « Personne, dit-il, ne peut m'enlever la parole que Dieu m'adresse, et je dois en être aussi certain que je le suis que deux et trois font cinq... Qui me donne cette conviction ? Personne, si ce n'est la vérité seule, qui est si incontestable, que personne ne peut le nier. » Luther's Werke, édit. Walch, t. x1, col. 1889, De même qu'il fallut admettre que l'inspiration était une vérité évidente, il fallut admettre aussi que l'inspiration s'étendait aux plus petites choses, jusqu'à la ponctuation, et qu'il n'avait pu se glisser dans la transcription des Livres Saints aucune faute de copiste, aucune erreur matérielle, même légère; car il serait autrement impossible de discerner ce qui est la parole de Dieu de ce qui ne l’est point. Or ces deux assertions sont fausses : l'inspiration des Écritures n'est pas évidente, elle ne peut être rigoureusement établie que par l'autorité de l'Église, et la Providence n'a point garanti la Bible contre toutes les distractions des copistes et contre les altérations de mince importance. Les protestants finirent par s'en apercevoir un jour, et, une fois lancés sur la voie du doute, ils ne s'arrêtèrent plus en chemin; ils appliquèrent jusqu'au bout les principes du libre examen ; ils niérent l'inspiration, que la raison

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