‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 203 sur 474 · ALPHABET — ALPHABÉTIQUE (POÈME · texte numérisé non relu

ALPHABET — ALPHABÉTIQUE (POÈME

le peuple qui en fit le premier usage, comme ils se modifièrent ensuite en Grèce et chez les peuples divers qui les adoptérent,

Malheureusement les monuments de l'écriture phénicienne primitive sont perdus, ceux qui nous restent sont de date relativement récente (voir le Corpus inscriptionum semiticarum , t. 1, in-f, Paris, 1881), et il est impossible de suivre l'histoire de l'alphabet phénicien dans les diverses phases de son développement depuis ses origines. Ce n’est que dans les siècles qui ont précédé immédiatement notre ère que l'épigraphie nous fournit ses premiers documents. Nous réunissons ici, dans quatre tableaux comparés, les éléments qu'elle nous fournit pour la reconstitution de l'alphabet phénicien et hébreu et des autres alphabets sémitiques qui en dérivent. (D'après les meilleurs auteurs qui ont traité cette matière, Taylor, Fr. Lenormant, M. de Vogüé.)

Voir le tableau 106 pour les vingt-deux consonnes de l'alphabet phénicien-hébreu, avec les différentes modifications que leur forme a subies dans la suite des temps. Pour la signification et la valeur de chaque lettre hébraïque, en particulier, voir au nom de chaque lettre.

Les autres écritures sémitiques, à l'exception de l'assyrien, dérivent de l'alphabet phénicien. Voir, fig. 107, le tableau de l'alphabet arabe, à ses diverses époques, dans l’ordre des lettres hébraïques ; fig. 108, le tableau de l'alphabet des langues araméennes, également selon l'ordre de l'alphabet hébreu ; et enfin, fig. 109, le tableau des signes alphabétiques yaqtanides et éthiopiens comparés aux caractères hébreux et nabatéens.

L'écriture exerce sur ceux qui l'emploient, comme la langue elle-même, quoique à un moindre degré, une influence inévitable. Elle se transforme aussi insensiblement, comme toutes les choses humaines. Les transformations de l'alphabet phénicien adopté par les Hébreux et l'influence que cette écriture a exercée sur la composition et la transmission des Livres Saints seront étudiées à l'article ÉCRITURE HÉBRAÏQUE, en même temps que la suite de l'histoire de cette écriture, dont nous venons de voir ici l’origine. Pour l'introduction dans la Bible hébraïque des voyelles, qui lui ont manqué tant que l'hébreu a été une langue vivante, voir POINTS-VOYELLES.

IV. Bibliographie. — E. de Rougé, Mémoire sur l’origine égyptienne de l'alphabet phénicien, dans les Comptes rendus de l'Académie des inscriptions, t. 111, 1859, p. 115-124; Id., publié par les soins de M. J. de Rougé, avec trois tableaux, in-8°, Paris, 1874; Fr. Lenormant, Introduction à un mémoire sur la propagation de l'alphabet phénicien, in-80, Paris, 1866; Essai sur la propagation de l’alphabet phénicien dans l’ancien monde, 3 in-8°, Paris, 1872-1873 (resté inachevé); M. de Vogüé, L'alphabet araméen et l'alphabet hébraïque, dans ses Mélanges d'archéologie orientale, Paris, 1868 ; C. Faulmann, Neue Untersuchungen über die Enstehung der Buchstabenschrift, Vienne, 1876; Id., Das Buch der Schrift, enthaltend die Schriften und Alphabeten aller Zeiten und aller Vülker, in-4, Vienne, 1878; Id., Illustrirte Geschichte der Schrift, in-8, Vienne, 1880; J. Taylor, The Alphabet, an account of the Origin and Development of Letters, 2 in-8°, Londres, 1883; 1. C. C. Clarke, The Origin and Varieties of the Semitic Alphabet, with specimens, 2 édit., in-8, Chicago, 1884; 1. Halévy, /nscriptions du Safa, dans le Journal asiatique, 1877, t. x, p. 293-450; E. 5. Roberts, An Introduction to Greek Epigraphy, in-8, Cambridge, 1887, t. 1, p. #4 et suiv.; A. Kirchhoff, Studien zur Geschichte der griechischen Alphabets, 4 édit., in-8°, Gütersloh, 1887.

F. ViGouRoux.

ALPHABÉTIQUE (POÈME). Les Hébreux avaient une espèce de poème qu'on appelle alphabétique, parce que chaque vers ou chaque série parallèle de vers commence par une lettre de l'alphabet. C'est donc une sorte d'acrostiche. Nous avons dans la Bible hébraïque un certain

nombre de poèmes alphabéuques parfaitement réguliers ; quelques autres, tout en étant alphabétiques, ne le sont qu'imparfaitement.

lo Les poèmes alphabétiques réguliers sont les Psaumes €x1, ΟΧῚ et ΟΧΙΧ selon l'hébreu (Vulgate, GX, CXI, CXVHI) ; l'éloge de la femme forte, dans les Proverbes, xxx1, 10-31 ; les quatre premiers chapitres des Lamentations. — Les Psaumes ΟΧῚ (Confitebor Domino) et cxI1 (Beatus vir) sont composés chacun de vingt-deux vers, commençant par les vingt-deux lettres de l'alphabet, dans leur ordre ordinaire. Les membres parallèles (voir PARALLÉLISME) soft au nombre de deux dans les huit premiers versets, formés par les seize premières lettres, qui donnent ainsi seize vers. Le parallélisme a trois membres dans les deux derniers versets, et par conséquent six vers commençant par les six dernières lettres. — Le Psaume cxix (Beati ünmaculati) est composé d’une manière différente. Il ne renferme pas moins de trois cent cinquante-deux vers (ou cent soixante-seize, d’après une autre manière de les compter) formant cent soixante-seize distiques, divisés en vingt-deux strophes, c’est-à-dire qu'il contient autant de strophes que l'alphabet hébreu contient de lettres. Chaque strophe a seize vers ou huit distiques. Le premier membre parallèle de chaque strophe commence par la même lettre, de sorte que chaque lettre de l'alphabet est répétée huit fois au commencement de chaque distique de chaque strophe : l'aleph huit fois dans la première strophe, le beth huit fois dans la seconde, et ainsi de suite. De là vient qu'on appelle la première strophe aleph, la seconde betk, etc. Ces noms ont été mis dans notre Vulgate latine, Ps. CxvIn, en tête de chaque strophe. — L'éloge de la femme forte dans les Proverbes, xxx1, 10-31, se compose de vingtdeux distiques (44 vers). Le premier vers seul de chaque distique est alphabétique. — Dans les Lamentations, ch. 1, Hi et 1V, nous avons vingt-deux versets, renfermant chacun plusieurs vers, dont le premier seul est alphabétique. Le chapitre ΠῚ se distingue des autres en ce que la lettre initiale caractéristique a été répétée trois fois, ce qui a fait diviser ce chapitre en soixante-six versets. L'ordre de l'alphabet est suivi dans ce chapitre comme dans les autres, excepté pour le phé, qui est placé avant l’aën au lieu de le suivre. Le dernier chapitre des Lamentations, le cinquième, est le seul qui ne soit pas alphabétique.

29 Les poèmes alphabétiques irréguliers sont les Psaumes XXV, XXXIV, XXXVII, CXLV, et surtout 1x et x (selon l’hébreu). Le Psaume 1x (Confitebor tibi, Domine,.…narrabo) est composé de la manière suivante : le commencement de chaque strophe (généralement de quatre vers) est indiqué par la lettre alphabétique : l'aleph commence les quatre premiers vers, 2-4; le beth, le vers 5 (Ÿ. 4); le ghimel, le vers 9 (ÿ. 6); le hé, le vers 11 (ÿ. 7); le vav, le vers 13 (Ÿ. 85); le zain, le vers 21 ( ÿ. 12), le heth, le vers 2% (ÿ. 14); le theth, le vers 30 (ÿ. 105); l'iod, le vers 35 (.ÿ. 18"). De l’iod, le poète passe au goph, vers 39 {ÿ. 205), et termine son chant. Le daleth manque. Nous avons donc dix strophes alphabétiques irrégulières (2-3; 4-5; 6; 7; 8-11; 12-13; 14-15; 16-17; 18-19; 20-91). Au Psaume x, les ÿ ÿ. 12, 14, 15, 17, sont seuls alphabétiques (goph, resch, schin, thav). — Le Psaume xxv (Vulgate, xx1v : Ad te, Domine, levavi animam meam) se compose de vingt-deux versets formant à peu prés autant de distiques, commençant par les vingt-deux lettres de l'alphabet, seulement l’aleph et le vav n'ont qu'un vers (Ὁ. 2 et 5), tandis que le Leth en ἃ trois (ÿ.7); le beth a été transposé dans le ÿ. 2, et le vau ἃ disparu dans le ÿ. 5, mais le geri a corrigé ces deux fautes; enfin le goph manque et le resch est répété deux fois (Ÿ.18 et 19). — Le Psaume xxxv (Vulgate, xxx1v: Benedicam Dominum in omni tempore) a vingt-deux distiques, selon le nombre des lettres de l'alphabet, qui commencent chacune un distique. L'irrégularité de la forme de ce psaume consiste en ce que la lettre νὰν manque, et que la lettre thé est répétée deux fois, une fois à sa place ordinaire

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