ALPHABÉTIQUE (POÈME) — ALPHÉE
et l’autre dans le dernier distique. — Le Psaume xxxvir (Vulgate, xxxvr: Noli æmulari in malignantibus) renferme vingt-deux strophes alphabétiques d'inégale longueur : la plupart ont quatre vers, quelques-unes n'en ont que trois. La lettre ain manque dans le texte actuel, mais la traduction des Septante et notre Vulgate, qui renferment un vers de plus que l'original, « les méchants seront punis, » Ÿ. 28, prouvent que le vers où se lisait le ain initial est perdu dans le texte massorétique, où il manque d'ailleurs un vers pour avoir la strophe régulière de quatre vers; il faut suppléer, comme on lit dans le geri : vrow2 m5, ‘avvälim ni$mädü, « les impies seront anéantis. » Dans la dernière strophe, ÿ. 39, on doit supprimer le vav initial pour qu'elle commence régulièrement par un {hav.— Le Psaume CxLY (Vulgate, CxLIV : Exaltabo te, Deus meu'), le dernier des Psaumes alphabétiques, n'a que vingt et un distiques, parce que la lettre noun est omise. Sauf cette omission, il est d’ailleurs régulier.
Tels sont les poèmes alphabétiques encore subsistants dans la Bible hébraïque. L'auteur de l'Ecclésiastique avait aussi terminé son livre, 11, 18-38, par un poème alphabétique d'action de grâces à Dieu, comme l’a prouvé M.Bickell, qui y a découvert quarante-quatre vers, et a essayé de reconstituer le texte hébreu original, dans la Zeitschrift fi katholische Theologie, 1882, p. 326-398.
Les poèmes alphabétiques hébreux ne sont pas seulement intéressants en eux-mêmes à cause de leur forme poétique particulière; ils ont aussi une importance critique réelle. Nous avons vu comment les règles suivies dans leur composition permettent de constater certaines altérations dans le texte et de les rectifier, comme dans le Psaume ΧΧΧΥΠ (xxxvi), 39. Ils ne sont pas moins utiles pour l'étude de la versification hébraïque, parce que plusieurs d’entre eux indiquent d'une manière certaine la division des vers. Voir POÉSIE HÉBRAÏQUE. [15 servirent à Lowth de point de départ pour reconnaitre l'existence du parallélisme et ses lois. Voir PARALLÉLISME. Ils n’aidèrent pas moins Koester dans la découverte des strophes. Dans le Psaume xxxvIt (xxxvI), en effet, chaque lettre de l'alphabet indique le commencement d’une strophe.
F. VIGOUROUX
ALPHÉE, Nouveau Testament : ᾿Αλφαῖος.
1. ALPHÉE, père de Lévi, c'est-à-dire de saint Matthieu. Marc., 1, 14. On ne connaît de lui que son nom.
2. ALPHÉE, père de Jacques. Tout ce que nous savons de certain sur Alphée, c'est qu'il était le père de l’apôtre saint Jacques le Mineur; les quatre listes que nous avons du collège apostolique l’affirment, Matth., x, 3; Marc., 111, 18 ; Luc., vi, 15; Act., 1, 13, et la tradition est unanime sur ce point. Il est donc inutile de se demander si le texte : Ἰάχωδος ὁ τοῦ ᾿Αλφαίου ne signifierait pas : Jacques, frère d’Alphée.
Au moyen de combinaisons de textes, beaucoup d'exégètes admettent comme probable qu'Alphée était frère de saint Joseph ; il aurait épousé une Marie, laquelle était peut-être sœur de la sainte Vierge ; il eut pour fils Jacques, Joseph, Simon et Jude. Hégésippe affirme, au témoignage d'Eusébe, Hist. ecel., nr, 11, t. xx, col. 248, que Klopas ou Cléophas était frère de saint Joseph et père de saint Siméon, frère de saint Jacques. À moins de supposer que saint Jacques, évêque de Jérusalem, est, comme l'ont soutenu quelques critiques, distinct de saint Jacques, apôtre, ce texte prouve l'identité de Klopas et d’Alphée, question discutée plus loin. Saint Jean, XIX, 25, nous apprend que Cléophas était époux de Marie ; saint Matthieu, xxvI1, 56, que Joseph (Ἰωσῆς) était fils de Marie ; d’après Marc, vi, 3; Act., 1, 13; Jude, 1, Jude était frère de Jacques ; enfin saint Matthieu nomme tous ensemble Jacques, Joseph, Simon et Jude, comme frères de Jésus. Done, si Joseph, Simon et Jude sont frères de Jacques, fils d’Alphée, ils sont probablement aussi fils d’Alphée,
Mais ces combinaisons de textes ont pour base commune l'identité d'Alphée avec Cléophas, époux de Marie. Joa., χιχ, 25. Or cette identité est une question controversée, sur laquelle ne s'accordent ni les exégètes anciens ni les critiques modernes. Voici en résumé les arguments pour et contre : — I. Jacques le Mineur avait pour père Alphée, Matth., x, 3, et pour mère, Matth., xxvII, ὅθ; Marc., xv, 40, Marie, épouse de Cléophas, Joa., xIX, 25; donc, à moins qu'Alphée n'ait été un premier époux de Marie, Alphée et Cléophas désignent le même personnage. On peut expliquer de deux façons comment la même personne a été appelée de deux noms différents. 1° Alphée aurait, d'après une coutume très répandue à cette époque, porté deux noms, un nom araméen, Chalphaï, et un nom grec, Κλωπᾶς ; c'est ainsi qu'on trouve Simon, s’appelant aussi Siméon; Jésus, Jason. Κλωπᾶς viendrait de Κλεόπατρος, comme ᾿Αντίπας de ᾿Αντίπατρος. Nous avons un exemple de cette contraction dans les formes Κλωπᾶς, Joa., xIX, 25, et Κλεύόπας. Luc., XxIV, 18. 20 Les deux noms Alphée οἱ Clopas dériveraient de l'araméen Halphaï. La gutturale araméenne heth peut être remplacée en grec par l'esprit doux, et Halphaï produirait ᾿Αλφαῖος, ou par un X ou un Καὶ, et Halphaï donnerait Κλωπᾶς, comme 21, Haggaï a donné ᾿Αγγαῖος, Agg., 1, 1; non, Hümat, Αἰμάθ. Num., ΧΠῚ, 22, etc.
IT. À ces arguments on répond : 1° Cette hypothèse suppose que Marie, mère de Jacques, était femme de Cléophas. Il est certain que la Marie, mère de Jacques et de Joseph, est bien la même que la Μαρία n τοῦ Κλωπᾶ. La concordance des textes le prouve. Mais cette expression signifie-t-elle nécessairement : Marie, femme de Cléophas ? On pourrait traduire aussi: Marie, mère ou fille ou sœur de Cléophas. Saint Jérôme lui-même ne savait pas pourquoi elle était ainsi appelée. Était-ce à cause de son père, de son surnom de famille, gentilitate famihiæ, ou pour toute autre raison ? Il l'ignore. Adv. Helvid., 13, t. xxvI, col. 196. — 20 ᾿Αλφαῖος ἃ certainement une origine sémitique; mais Clopas est grec, et ne peut dériver d’un mot araméen. M. Wetzel soutient que non seulement le X de Clopas, mais encore chaque lettre et son de ce mot sont inexplicables comme représentatifs de Halphai. Alphæus und Klopas, dans les Theologische Studien und Kritiken, 1883, p. 620-627. Et la preuve qu’à l’origine on tenait ces deux noms pour différents, c'est que la version syriaque traduit Alphée par Halphaï, et Clopas ou Cléophas par Kleopa. Cf. Schegg, Jakobus der Bruder des Herrn, p. 53. Le problème, on le voit, est très complexe. L'opinion la plus commune se prononce cependant en faveur de l'identité d'Alphée et de Cléophas.
On ne sait absolument rien sur la vie d’Alphée, mais il paraît probable qu'il était mort avant le commencement de la vie publique de Notre-Seigneur. E. JACQUIER.
1. ALPHEN (Jérôme Simon van), pasteur protestant hollandais, né à Hanau le 23 mai 1665, mort à Utrecht le 7 novembre 1742. Il fit ses études aux universités de Franeker et de Leyde. Successivement pasteur à Warmond et à Amsterdam, il devint enfin, en 1715, professeur de théologie à Utrecht, et il occupa sa chaire jusqu’à sa mort. Son œuvre principale ἃ pour titre : Specimina analytica in Epistolas Pauli, 2 in-4, Utrecht, 1742. Il avait publié, plusieurs années auparavant, Dissertationes ad historiam Pauli, in-%, Utrecht, 1717-1719. Voir A. Drakenborch, Oratio funebris in obitum van Alphen, in-4s, Utrecht, 1749. «
2. ALPHEN (Jérôme van), théologien hollandais, fils du précédent, né à Amsterdam le,9 mai 1700, mort à Gouda le 20 avril 1758. Il fut pasteur protestant à Leeuwarden d'abord, puis, en 1733, à Amsterdam. On a de lui: De terra Chadrach et Damaso opus, in-12, Utrecht, 1733 (réimprimé dans Ugolini, Thesaurus antiquitatum
ALPHÉE — ALSCHEICH
sacrarum), et un commentaire sur les chapitres xxiv et xxv de saint Matthieu, in-8, Leeuwarden, 1734, Voir Chalmot, Biographisch Woordenboek der Nederlanden, t.1, p. 170.
3. ALPHEN (Jérôme van), poète et théologien hollandais, petit-fils de Jérôme Simon van Alphen, né à Gouda le 8 août 1746, mort à la Haye le 3 avril 1803. Il étudia le droit à l’université de Leyde, devint procureur général à la cour d'Utrecht, et enfin conseiller et trésorier général des Pays-Bas. Il est regardé comme l’un des premiers poètes hollandais. Il est aussi connu par son ouvrage intitulé : Ueber die Vortrefflichkeit der mosaischen Gesetzgebung in Vergleichung mit den Gesetzen Solons und Lykurgs. Ce travail fut inséré dans le t. 1x des Mémoires de la Société Teylerienne de Harlem (1784), qui lui décerna un prix. On doit mentionner aussi de lui : Predigt das Evangelium allen Creaturen, eine Staatsmasæime im Reiche der Wahrheit und Tugend, 1803. Voir Collot d'Escury, Hollands Roem in Kunsten en Wetenschappen, t. 1, p. 155; Kampen, Geschiedenis der Leterren en Wetenschappen in de Nederlanden, t. 1, p. 375; Ersch et Gruber, Allgemeine Encyklopädie, t. πὶ, p. 217; Koenen, Hieronymus van Alphen, Amsterdam, 1844.
1. ALPHONSE, dit d’Alcala, du lieu de sa naissance, Alcala-la-Réal, médecin juif, qui embrassa le catholicisme en 1492. Très versé dans les langues hébraïque, grecque et latine, il fut chargé par le cardinal Ximénès de collaborer à sa Bible polyglotte. La traduction latine des livres hébreux de l'Ancien Testament a été faite par Alphonse d’Alcala et P. Coronel.
2. ALPHONSE, surnommé de Zamora, du lieu de sa naissance, savant rabbin espagnol, qui se convertit et reçut le baptême en 1506. Il mourut en 1531. Ce fut le premier professeur d'hébreu à l'université de Salamanque. 11 possédait si parfaitement cette langue, ainsi que le chaldéen, le grec et le latin, que Ximénès le chargea de la correction du texte hébreu de sa Bible polyglotte, et de la traduction en latin de la paraphrase chaldaïque. C'est ἃ lui que l'on doit le sixième volume, contenant un dictionnaire hébreu et chaldéen, un index des mots latins avec renvois aux mots hébreux correspondants, et une grammaire hébraïque, assez complète pour le temps. Il publia en outre Introductiones hebraicæ : 1° Grammaticæ hebraicæ libri tres (grammaire plus courte et plus facile que celle de la Polyglotte); 2 Nominum ac verborum hebraicorum dictionarium copiosum ; 3° Declarationes vocabulorum artis grammaticæ et commentatorum biblicorum ; 4° Catalogus judicum, regum et sacerdotum atque prophetarum Veteris Legis; 5° Tractatus de vera orthographia hebraicæ descriptionis ; 6° Epistola auctoris ad infideles Hebræos urbis Romæ (où il prouve la venue du Messie), in-4°, Alcala-de-Hénarès, 1526. Du même auteur, on conserve en manuscrits, à l'Escurial, une grammaire hébraïque en langue vulgaire, destinée à initier les Espagnols à la langue sacrée, et une traduction en castillan de l’explication donnée par Kimechi des cinquanteneuf prerniers psaumes. E. LEVESQUE.