AMASIAS
ce qui parut à cette époque une marque exceptionnelle de clémence. Cf. Hérodote, πὶ, 119; Ammien Marcellin, xx, 6; Quinte-Curce, v, 11, 20, Dans l'ensemble de sa conduite, sans pouvoir être comparé pour la rectitude et la sincérité à David, son aïeul, IV Reg., x1v, 3 ; II Par., XX, 2; cf. ΠῚ Reg., x1, #, il fit cependant « ce qui était juste devant le Seigneur ». IV Reg., x1v, 3. Sentant que pour affermir son autorité il fallait d’abord réorganiser l'armée, il fit un recensement général de tous les jeunes gens de vingt ans et au-dessus, capables de porter le bouclier et de manier la lance. On en compta trois cent mille, parmi lesquels il établit une puissante hiérarchie, les sectionnant par familles, dont chacune était sous les ordres d’un chiliarque et de centeniers. IL Par., xxv, ©. Le chiffre de trois cent mille ne peut paraître excessif, il est même peu considérable si on le compare à celui que fournit le recensement militaire fait par David, ΠῚ Reg., xx1v, 9 ; 1 Par., XXI, Ὁ ; par Josaphat, II Par., xvir, 14-19, et par Asa, II Par., χιν, 8, à ce point qu'il faut recourir aux guerres sanglantes récemment faites contre les Arabes et les Philistins, II Par., xxt, 16-17, et contre les Syriens, IL Par., xx, 5 ; Χχιν, 23-96, pour expliquer une telle diminution.
C'est peut-être pour combler ce déficit qu'Amasias, avec le consentement du roi d'Israël, enrôla, au prix de cent talents d'argent, environ 850 000 francs de notre monnaie, cent mille mercenaires israélites. II Par., xx, 6. C'est la première armée de mercenaires dont il soit question dans la Bible. Il avait l'intention de les diriger, avec ses propres troupes, contre les Iduméens, qui sous Joram s'étaient rendus indépendants, IV Reg., vit, 20-22 ; II Par., xx1, 10, etmenaçaient maintenant la frontière méridionale de Juda. Un millième de talent d'argent (huit francs cinquante de notre monnaie), par homme, était une somme si minime, qu'Amasias avait dû y joindre quelque promesse formelle d'une large part de butin. Or, sur l'ordre de Dieu, un prophète dont le nom n'est pas indiqué (᾿ξ käëlohim, un homme de Dieu), 11 Par., xxv, 7, intervint, défendant à Amasias de garder ces mercenaires à son service, « parce que Jéhovah n'est pas avec Israël, » adonné plus que jamais au culte des idoles. La force de Juda, ajoutait le Voyant, n'était pas dans le nombre de ses soldats, mais en Dieu, « à qui il appartient de secourir et de mettre en fuite. » II Par., xxv, 7-8. Docile jusqu'à l'héroïsme, Amasias renvoya ses cent mille auxiliaires, et avec ses seules troupes il se jeta sur les Iduméens, qu'il battit dans la vallée des Salines, IV Reg., x1v, 7; ΠῚ Par., χχν, 11; cf. Gen., χιν, 8; I Reg., vint, 13; Ps. LIX, 2, au sud de la mer Morte, et assiégea leur capitale, nommée Séla‘ ou Pétra. IV Reg., χιν, 7. Amasias la prit d'assaut, et, selon un
ancien usage, il marqua d’une manière symbolique sa:
domination sur elle en changeant son nom en celui de Jectéhel (hébreu : iogte’êl, «eonquis par Jéhovah » d'après Gesenius), lui imposant ainsi le nom d'une ville de Juda. Jos., χν, 38. Voir JECTHEL. Dans ces batailles, dix mille Iduméens étaient restés sur le terrain, et dix mille autres avaient été précipités du haut du rocher escarpé qui dominait Pétra, de telle sorte que la puissance des fils de Séir paraissait anéantie. IL Par., xxv, 11-12.
Malheureusement ce succès enivra Amasias et fut l’occasion de sa ruine; car, suivant l'usage reçu parmi les païens d'emporter les dieux dés peuples vaineus et de 165 honorer pour se les rendre favorables, il adora les dieux de l'Idumée et leur bràla de l’encens, IL Par., Xxv, 14, ce qui lui valut bientôt ce reproche : ἃ Pourquoi as-tu adoré des dieux qui n’ont pas délivré leur peuple de tes mains ? » IL Par., xxv, 15. Ainsi lui parlait Jéhovah par la bouche d'un prophète ; mais Amasias, aveuglé par l’orgueil, refusa d'entendre, et proféra même contre l'homme de Dieu des menaces de mort, auxquelles le Voyant répondit en lui prédisant la vengeance du Seigneur et une mort prochaine. IL Par., xxv, 16. Alors la présomption d'Amasias devint une vraie démence. Les mercenaires d'Israël, renvoyés par lui, se voyant privés du butin qu'ils espé-
ad
NPA RACE
raient, avaient ravagé la frontière septentrionale de Juda, « de Samarie jusqu'à Béthoron, » tué trois mille horames et mis tout le pays au pillage, IT Par., χχν, 13. Amasias, qui ne cherchait qu'un prétexte pour attaquer Joas, roi d'Israël et, d'après Josèphe, tenter de reconquérir les dix tribus, Ant. jud., IX, 1x, le rendit peut-être responsable de ces déprédations ; bientôt il lui jeta ce défi ironique : « Viens et voyons-nous de plus près, » IV Reg., x1v, 8; IL Par., xxv, 8. Josèphe ajoute même que le roi de Juda écrivit à son rival une lettre menaçante pour lui enjoindre de se soumettre, lui et son peuple, Ant. jud., IX, 1x; ce qui lui attira cette réponse noble et écrasante, dont la couleur orientale atteste l'authenticité : « Le chardon (hébreu: Aahôha, « l'épine, » dans le sens de buisson d'épnes, cf. Job, {xxx1, 40; Prov., xxvI, 9) du Liban envoya vers le cèdre qui est au Liban, et lui dit : Donnez votre fille pour épouse à mon fils; mais les bêtes de la forêt du Liban passèrent et foulèrent aux pieds le chardon. » IV Reg., x1v, 9 ; I Par., xxv, 18. Cet apologue, qui rappelle celui-de Joatham, Jud., 1x, 8, nous apprend qu'Amasias avait demandé en mariage pour son fils la fille de Joas. Le roi d'Israël, malgré ce ton menaçant et ces paroles blessantes, ne voulait pas la guerre; il conseillait à Amasias de rester en paix et de jouir de ses récents succès, IV Reg., x1v, 10 ; [I Par., xxv, 19: conseil plein de sagesse, malheureusement incompris, car le roi de Juda se mit bientôt en campagne. Contre toute attente, la rencontre eut lieu, non en Israël, mais en Juda; car Joas avait pris les devants, et par une marche rapide avait porté la guerre au cœur même des États d'Amasias. Bethsamés, ville sur les confins de Dan et de Juda, beaucoup plus proche de Jérusalem que de Samarie, fut le lieu du combat, dans lequel Amasias fut battu, IV Reg., χιν, 11; II Par., xxv, 22; cf. Jos., xv, 10, « parce que le Seigneur avait résolu de le livrer aux mains de ses ennemis à cause des dieux d'Édom. » II Par., xxv, 20. Fait prisonnier, il fut emmené à la suite de son vainqueur, et dut assister à son entrée triomphale à Jérusalem. IV Reg., χιν, 13; IL Par., xxv, 23.
Joas pilla le palais et le temple, dont les trésors étaient sous la garde d’un certain lévite Obédédom. IV Reg., x1v, 44; IE Par., xxv, 2%; cf. I Par., xxvi, 8, 15. Ces trésors ne pouvaient être considérables depuis que Joas, roi de Juda, les avait employés pour acheter la retraite d'Hazaël, roi de Syrie. IV Reg., x, 18. Le vainqueur, généreux envers Amasias, lui laissa la liberté et même la couronne, Josèphe, Ant. jud., IX, 1x; mais, en garantie de sa soumission, il fit, probablement parmi les familles principales, de nombreux otages, et établit le royaume de Juda dans une sorte de vassalité, IV Reg., x1v, 1#; toutefois Dieu, qui avait ses desseins sur ce royaume, ne permit pas qu’il disparüt.
Les quinze années qu'Amasias régna après la mort de Joas, roi d'Israël, IV Reg., x1v, 17; II Par., xxv, 95, furent sans gloire. Soit découragement, soit sentiment de sa réelle impuissance, il ne fit rien pour rendre à ses États leur ancienne prospérité. C'est alors que s'éleva contre lui à Jérusalem une conjuration dont le texte ne désigne ni le motif ni les auteurs. En réalité ce fut un châtiment providentiel de son mépris pour Dieu et de son idolâtrie. IL Par., xxv, 26; cf. IV Reg., χιν, 3; II Par., xxv, 4%, 20. Ce n’était pas d’ailleurs une révolution politique, mais un ressentiment tout personnel, puisque les conjurés lui donnèrent comme successeur son propre fils. Amasias n'osa tenir tête à l'émeute, sentant sans doute combien peu il avait les sympathies de son peuple, chez lequel subsistait le mécontentement d'avoir été entraîné dans l'entreprise aventureuse contre [sraël, d’avoir vu la cité sainte démantelée et les principaux citoyens pris en otages. Il se réfugia à Lachis, où il fut bientôt rejoint par les conjurés et mis à mort. IV Reg., χιν, 19; IL Par., Χχν, 27, Il était âgé de cinquante-quatre ans. IV Reg,, x1v, 2, De splendides funérailles lui furent faites; son