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AMMONITES

enfants de Jacob osérent lui résister. Holopherne, son généralissime, connaissant les sentiments haineux des Moabites et des Ammonites contre les Juifs, voulut les exploiter à son profit, Il réunit donc les chefs de ces deux peuples, dans l'espoir d'obtenir des renseignements précieux. Achior, « chef de tous les fils d’Ammon, » faillit être victime du beau témoignage qu'il rendit aux merveilles de la Providence divine en faveur des Israélites. Judith, v, vi. Cependant les enfants d’Ammon et ceux d'Édom prirent une part très active au siège de Béthulie, Judith, vu, 1-11; voir surtout le texte plus explicite des Septante. Sous Nabuchodonosor (604-561), les Ammonites, avec les Moabites, les Iduméens, le roi de Juda, etc., cherchérent à secouer le joug et à recouvrer leur indépendance, pendant que le roi de Babylone en venait aux mains avec les Élamites. Mais bientôt celui-ci, reprenant le chemin de l'occident, soumit les révoltés et en finit avec le royaume de Juda, dont il fit une province de son empire, avec Godolias pour gouverneur. En apprenant la nomination de ce dernier, un certain nombre de Juifs, dispersés au moment de la guerre, revinrent dans leur pays; mais à peine la petite colonie eut-elle rassemblé ses membres épars qu’elle courut un nouveau danger. Baalis, roi des Ammonites, fit mettre à mort Godolias. Jérém., XL, 14; xLI, 2. Quel motif le poussait à ce crime Ὁ Peutêtre l'espoir de détruire le dernier soutien des Juifs et de s'emparer ainsi plus facilement de leur pays.

La chute du royaume de Juda provoqua chez les Ammonites une joie féroce, dont le châtiment, prédit par Ézéchiel, xx1, 20-22; 28-32; xxv, 1-7, commencé par les Chaldéens, achevé par les Arabes, subsiste de nos jours dans sa plus évidente réalité. Après la captivité, ils cherchérent, sous la conduite de Tobie, à empêcher la reconstruction des murailles de Jérusalem. IL Esdr., 1v, 1-8. Soumis successivement à l'Égypte et à la Syrie, ils virent leur capitale échanger son vieux nom de Rabba contre celui de Philadelphie, en l'honneur de Ptolémée Philadelphe, qui la restaura. Voir Étienne de Byzance, Leipzig, 1825, t. 1, p. 416. Leurs forces cependant n'avaient pas plus diminué que leur haine; car lorsque, de concert avec les Iduméens, les Samaritains, etc., « ils résolurent d’exterminer la race de Jacob, » Judas Machabée, marchant contre eux, « trouva une forte armée et un peuple nombreux, avec Timothée pour chef; » ce qui le força à livrer beaucoup de combats, mais ne l’'empêcha pas d'obtenir une victoire définitive. 1 Mach., v, 1-7. Gouvernés plus tard par un tyran nommé Zénon Cotylas, Josèphe, Ant. jud., ΧΙΠ, vin, 1, ils tombérent finalement sous la domination romaine. Saint Justin nous apprend que, de son temps, ils étaient encore très nombreux. Dialog. cum Tryphone, t. vi, col. 752. Ils disparaissent de l’histoire au 111€ siècle et se confondent alors avec les autres Arabes qui habitent le désert à l’est du Jourdain.

II. Mœurs, religion, langue. — L'histoire que nous venons de résumer suffit pour nous faire apprécier le caractère des Ammonites. Il répond à la peinture que nous en ont laissée les Prophètes, qui nous les montrent pleins d'orgueil, de haine et de cruauté. Confiants dans leurs plaines fertiles et leurs trésors, les fils d’'Ammon semblent tout braver, Jer., XLIx, 4 ; ennemis séculaires du peuple hébreu, ils applaudissent à sa ruine, Ezech., xxv, 6; pour le mieux détruire, ils égorgent ses enfants jusqu’au sein de leurs mères. Amos, 1, 13. Jérémie a donné à cette nation son vrai nom en l’appelant : « fille rebelle, » XLIX , 4 (c'est le sens de l’hébreu : bat haë#ôbébäh). Cf. Gesenius, Thesaurus linguæ heb., p. 1375. Oubliant ses liens de parenté avec la race d'Abraham, elle a repoussé Dieu etson peuple. Tout en elle manifeste les sentiments du nomade pillard. C’est, en effet, cette vie que menèrent les Ammonites, en se retranchant derrière certaines villes, qui leur servaient de refuge, comme leur capitale. L'Écriture nous le laisse entendre; car, si elle énumère les nombreuses villes de Moab, avec leurs rues, leurs places publiques; si

elle nous représente les vignes de ce pays, ses pressoirs, les chants de ceux qui foulent le raisin, Is., XV, Xv1 ; Jer., XLVIN, elle se contente de mentionner les vallées d'Ammon et sa forteresse principale, Au licu d'un peuple sédentaire, elle nous met sous les yeux une multitude partant pour ses incursions avec son mobilier et ses richesses, quitte à laisser, au moment de la défaite, un immense butin, ce qui arriva sous Josaphat. II Par., xx, 35. Il ne faudrait pas croire cependant que ce füt ne horde sans organisation. Elle était gouvernée par un roi, Jud., ΧΙ, 12, etc., et par des princes, $@rim. Il Reg., x, 3; 1 Par., XIX, 8.

La religion des Ammonites n'était pas faite pour adoucir leurs mœurs. Des deux sentiments très différents, mais très violents, du cœur humain, qui caractérisent le culte chananéen, c’est-à-dire la sensualité et la terreur, c’est ce dernier qui semble dominer chez les enfants d'Ammon. Leur dieu est Moloch, Milcom ou Malkom, ΠῚ Reg., XI, 7; Jer., xLIX, 3, etc., le dieu du feu, du soleil brülant. En perdant la notion primitive du vrai Dieu, ils le confondirent avec le ciel ou plutôt avec l’astre dont l'éclat frappait leurs yeux, et dont la chaleur produit partout la fécondité et la vie. La terreur engendre la cruauté. Moloch, comme Baal, voulait des rites sanguinaires et cruels. « Il était représenté, d’après la tradition juive, sous la forme d'un taureau d’airain, dont l’intérieur était creux et vide. Il étendait ses bras comme un homme qui se dispose à recevoir quelque chose. On chauffait le monstre à blanc, et on lui offrait alors en holocauste une innocente victime, un enfant, qui était promptement consumé. » Vigouroux, Ouv, cilé, t. 111, p. 255. Voir MoLocu. Malgré la haine qui divisait les deux peuples israélite et ammonite, malgré les défenses et les menaces de Dieu, cette abominable idole eut, à Jérusalem, un temple bâti par Salomon, IL Reg., xt, 7; et des pères de famille ne craignirent pas de lui consacrer leurs enfants. IV Reg., xxur, 10.

La langue des Ammonites était à peu près la même que celle des Hébreux. Nous n'avons pas, comme pour les Moabites, de monuments semblables à la stèle de Mésa ; mais les noms qui nous ont été conservés par la Bible ou fournis par les inscriptions assyriennes peuvent tous s’expliquer par l'hébreu ou se rapporter à des noms hébreux : Achior, « frère de la lumière », Judith, v,5 ; Baalis (hébr. : Bu'älis, «joyeux »), Jer., xz, 44; Hanon (hébr.: Hänün, « digne de miséricorde »), II Reg., x, 1; I Par., xIX, 2; équivalent du carthaginois Hannon ; Moloch (hébr. : M6lék, « roi »), Lev., xvim, 21, etc.; Naama (hébr.: Na‘àmäh, « douce »), II Reg., χιν, 21 ; Naas (hébr.: Nähäë, « serpent »), 1 Reg., xt, 1, etc. Aminadab, des inscriptions cunéiformes, répond à ‘Amminädäb, ï Par., 11, 10 (Voir Revue des Études juives, t. τι, 1881, p. 133) ; Baasa à Ba'e$a”, Baasa, ΠῚ Reg., xv, 16; Puduil à à Pedahe’êl, Num., xxx1v, 28; Sanibu à Sin’ ΤΕ Gen., xIv, 2.

A. L EGENDRE.

AMMONITIDE, pays habité par les Ammonites. Voir

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