‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 292 sur 474 · PR LE · texte numérisé non relu

PR LE

VIII. État actuel des bons anges. — Les bons änges depuis leur épreuve jouissent du bonheur du ciel. ΤῸ ture les appelle non seulement, comme nous l'avons vu, anges de lumière, fils de Dieu, saints, mais encore anges élus, IE Mach., x1, 6; xv, 29; anges du ciel, Matth, xx, 30. Elle dit qu'ils sont en la présence de Dieu, Tob., ΧΗ, 15; Dan., vu, 10; qu'ils habitent le ciel, Marc., xu, + qu'ils sont citoyens de la Jérusalem céleste, Hebr., xt, qu'ils ont le sort qui sera donné aux élus, Lue., xx, 36; que ceux même qui nous gardent sur la terre voient sans cesse au ciel la face de Dieu. Matth., xvi, 10. Puisque les anges du ciel ont le sort que Dieu réserve aux saints ses élus, ils ne perdront jamais le bonheur dont τ iv sent. Du reste Notre-Seigneur dit expressément, qu'ils voient toujours et pour toujours (διὰ παντός) la face de Dieu.

La gloire des anges n’est pas égale, Nous avons déjà parlé de leur hiérarchie. L'Écriture nous apprend en outre qu'il y en a sept d'entre eux qui se tiennent devant le trône de Dieu. Tob., x11, 15, Tout ce qui est vrai du bonheur des saints dans le ciel, de leur connaissance de Dieu, de la manière dont ils l’aiment et le louent, de leur. impeccabilité, de leur connaissance surnaturelle du monde, est également vrai des anges. -Aussi n’en parlerons-nous point ici. Mais nous devons nous occuper dés fonctions qu'ils exercent vis-à-vis des hommes et qui leur Ὁ: fait donner le nom d’anges ou députés.

IX. Fonctions des anges. Les anges gardiens. — Dieu se sert de ses créatures pour accomplir ses desseins. Ce n’est point qu'il ait besoin d'elles ; mais, dans sa bonté, il veut leur donner une part à ses œuvres. C'est pour cela qu’il ἃ accordé à tous les êtres une certaine puissance naturelle, C’est aussi pour ce motif qu'il se sert du ministère des hommes pour nous instruire des vérités révélées et pour nous communiquer la gräce des sacrements. Il n’y a donc rien d'étonnant qu'il emploie le ministère des anges pour exécuter les plans de sa providence, soit dans l'ordre naturel, soit surtout dans l'ordre surnaturel, Il a chargé ces esprits bienheureux de protéger le juste, Ps. χα, 11-43 ; Hebr., 1, 14; d'écarter de lui les dangers, ibid., et Judith, xur, 20; de le défendre contre les em-. büches du démon, Tob., vx, 3; de présenter ses prières à Dieu, Tob., χα, 12; de conduire son âme en l’autre vie, Luc., xv1, 22; il leur réserve aussi le soin de séparer les bons des méchants au jour du jugement général. Matth., xin, 49. Un ange est même député auprès de chacun de nous pour nous aider. On l'appelle pour ce motif ange gardien. C'est une doctrine certaine et qu'il serait téméraire de contredire en ce qui regarde les fidèles prédestinés ; elle est communément admise dans l'Église pour les autres hommes. Elle était déjà crue par les premiers chrétiens ; car lorsque saint Pierre, tiré miraculeusement de la prison, frappait à la porte de Marie, mère de Jean, les chrétiens stupéfaits se disaient les uns aux autres que c'était son ange. Act., χα, 15. Notre-Seigneur avait, du reste, confirmé cette croyance en disant, Matth., xvunr, 10, que les anges des petits enfants voient sans cesse la face de Dieu ; et elle s'appuyait sur les paroles du patriarche Jacob, Gen., xLvt, 16, et de Judith, Judith, xx, 20, qui affirment que l'ange de Dieu les avait gardés.

Chaque peuple a aussi un ange spécialement chargé de lui, suivant un sentiment admis par les saints Pères et par les théologiens catholiques. Le livre de Daniel, x 13, 21, fait en effet mention de l'ange des Grecs et de celui des Perses. En outre, la traduction des Septante, Deut., xxx, 8, porte que Dieu a partagé la terre aux nations suivant le nombre de ses anges. Et plusieurs auteurs en ont corïclu que chaque nation ἃ son ange gardien. L'ange du peuple juif était Michel, Dan., x, 13, 21 ; xu, 1; Judæ, 9, qui est maintenant le protecteur spécial de l'Église universelle, Apoc., x, 7, pour laquelle il combat. Il était assez naturel de penser que les Églises particulières ont aussi leur ange gardien. C'est donc un sentiment fort

ANGE

répandu, Il est même des inter prètes qui pensent que saint Jean s'adresse aux anges des sépt Églises d'Asie au début de l’Apocalypse ; mais ceux qu'il appelle anges en -cet endroit sont les évêques de ces Églises, comme le prouvent les reproches qu'il leur fait, La croyance aux anges gardiens n'est point particulière aux Juifs et aux chrétiens ; elle existait chez les Perses, chez les Grecs et thez d'autres peuples ; mais ce n’est pas une raison pour la rejeter.

- Saint Étienne, Act., vu, 53, et saint Paul, Hebr., 11, 2; Gal., 1, 19, déclarent que la loi et la révélation mosaiques avaient été données aux Juifs par le ministère des anges. Saint Paul en prend occasion de montrer la supériorité de la révélation chrétienne qui a été apportée au * monde par le Fils de Dieu en personne, Hebr., 1.

Si la participation des anges aux ouvrages de Dieu ἃ été considérable, il est cependant des œuvres que Dieu s’est réservées à lui seul, savoir : la création et la rédemption du monde.

Cependant Simon le Magicien et après lui Ménandre, Saturnin et en général les gnostiques, attribuaient la création du monde aux anges (Voir Schwane, Histoire des dogmes, trad. Belet, t. 1, 8 31 et 32, p. 251-955). Marcion et les manichéens attribuaient celle des corps au démon. Ces opinions furent toujours rejetées par l'Église, qui, dans ses symboles et ses conciles, proclama Dieu le créateur de toutes choses. Les théologiens se demandèrent même si Dieu pouvait communiquer, dans une certaine mesure, sa puissance créatrice à des êtres finis. Quelques-uns

. crurent cette communication possible ; mais la plupart

admettent avec saint Thomas, 1, 4. 45, a. 5, qu'aucune créature ne peut recevoir le pouvoir de créer.

Basilides et les autres gnostiques faisaient de Jésus- Christ un éon. Ils attribuaient, en conséquence, notre rédemption aux anges. Mais la doctrine de saint Paul, Hebr., 1 et 11, des Pères et des théologiens, voir Klee, Hist. des dogmes, t. 11, p. 4, c'est que l’homme n’aurait pu être sauvé par un ange et qu'il l’a été par le Fils même de Dieu. On trouvera traitées dans les théologiens les questions relatives à la manière dont les anges agissent sur les corps, se transportent d’un lieu dans un autre (voir en particulier Schmid, Quæstiones selectæ ex des logia dogmatica, Paderborn, 1891, 4. 11, p. 128-145), e nous suggérent des pensées. L'Écriture affirme ces buts sans les expliquer. L'Écriture ne nous fait pas non plus connaître si Dieu confie des missions sur la terre à tous ses anges ou s’il n’en donne qu'aux cinq derniers ordres. Un grand nombre de Pères, saint Athanase, saint Chrysostome, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Bernard, après eux Scot, et plus près de nous Petau, Knoll et d’autres auteurs ont pensé que tous les anges remplissent des ministères auprès des hommes. L'Épitre aux Hébreux, 1, 14, dit en effet que tous les anges sont les ministres que Dieu emploie pour le salut des élus. Dieu plaça des chérubins à l’entrée du paradis pour en défendre l’accés, et les anges Michel, Gabriel et Raphaël, qui accomplirent plusieurs missions, sont du nombre des anges qui se tiennent devant le trône de Dieu. Néanmoins, à la suite de l’auteur de la Hiérarchie céleste, connue sous le nom de saint Denys l’Aréopagite, et de saint Grégoire le Grand, les principaux théologiens du moyen äge, saint Bonaventure, saint Thomas et l’école thomiste ont soutenu que les quatre premiers ordres d’anges n'étaient occupés qu'à louer et à adorer Dieu. Suivant cette opinion, lorsque ces anges supérieurs remplissent un ministère parmi les hommes, c'est par l'intermédiaire des anges des cinq derniers ordres. D'après saint Thomas, 1, q. 112, a. 2, quand l'Écriture nous parle d'un ministère rempli sur la terre par les séraphins, Is., vr, 2-6, ou les chérubins, Gen., 111, 2%, il faut regarder ces termes comme une ‘dénomination générale qui ne désigne pas un ordre particulier de la hiérarchie céleste, mais qui s'applique à tous les anges, ou qu'explique la forme revètue par les envoyés de Dieu,

X. Culte des anges. — Il était naturel que ceux qui attribuaient aux anges la création et la rédemption leur rendissent le culte qui n’est dû qu'à l'Être suprême. Saint Paul met les Colossiens, Col., 11, 18 ; cf, Matth., v, 34, en garde contre ce qu'il appelle la religion des anges. C'est sans doute à cause de ce culte que l’ange devant qui saint Jean voulait se prosterner, dans l'Apocalypse, lui défendit de le faire, et lui dit de réserver ses adorations pour Dieu. Apoc., xx1r, 9. Cependant l'Écriture ne condamne point les honneurs rendus aux anges en tant que ministres de Dieu, ni les prières qu'on leur adresse pour qu'ils les portent au pied de son trône. Moïse, Exod., m1, 5, et Josué, v, 13, 1%, ôtent leur chaussure par respect pour le lieu où l'ange du Seigneur leur apparait. Daniel se prosterne devant un ange qui se présente à lui sur le Tigre, x, 5, 6. σῇ, Gen., XVIIL, 9; xxx, 90; xLvitr, 16 ; Exod., xx111, 20 ; Ose., ΧΗ, 4. Saint Jean, Apoc., v, 8, nous montre ces esprits bienheureux occupés à présenter à Dieu les prières des saints. Aussi l'Église catholique rend-elle un culte aux anges; mais le culte qu’elle leur rend n’est point celui de latrie, qui est réservé à Dieu, c’est le culte de dulie.

XI. L'ange de Jéhovah. Les apparitions des anges. — C’est ici le lieu de nous poser une question qui ἃ été l’objet de nombreuses discussions. Les anges ont apparu très souvent aux hommes. Parmi les apparitions rapportées dans l'Ancien Testament, il en est un grand nombre où celui qui apparaît est nommé l’ange de Jéhovah. Gen., XVI, 73; xxI, 17; Στ, 11, 15; xx1v, 40 : xxx1, 11; Num, xx, 17; xx, 22; Jud., 11, 4, 4; vi, 11 ; xt, 3; IL Reg, xx1v, 16; III Reg., xx, 5-7; IV Reg, 1, 15; χιχ, 80; I Par., xxr, 45; Ps. xxx, 8; Isai., xxxvIr, 36, etc. Il. arrive aussi assez souvent que le même personnage qui vient d’être appelé ange est ensuite nommé Dieu. Ainsi par exemple, Gen., xvint, 19, lorsque le Seigneur apparaît à Abraham, celui-ci voit trois personnages ; or, dans la suite du récit, tantôt ces personnages sont supposés plusieurs, tantôt ils sont supposés un seul ; deux d’entre eux vont à Sodome secourir Loth, et sont appelés anges ; l'un reste avec Abraham et est appelé le Seigneur. De même encore Dieu, ou l'ange de Dieu suivant l’hébreu, Exod., ill, 2, apparut à Moïse dans le buisson ardent, et saint Étienne, rappelant cet événement, nomme celui qui apparut à Moïse tantôt un ange, tantôt Dieu. Act., vir, 31-35. Or on s’est demandé si l'ange de ces apparitions n'était point Dieu lui-même, avec lequel il semble se confondre, ou le Fils de Dieu, qui est nommé ailleurs l'Ange du Testament. Malac., πὶ, 1.

On peut ramener à trois classes les opinions diverses qui ont été émises à ce sujet. La plupart des Pères ont pensé que dans toutes ces apparitions ce n’était point un ange, mais Dieu lui-même qui se montrait. Leur raison, c'est que ce personnage est appelé Dieu et agit comme Dieu, et aussi que ces apparitions étaient des préliminaires de l’Incarnation. Plusieurs ont vu la Trinité dans quelques-unes de ces apparitions, en particulier dans les trois anges qui visitérent Abraham ; d’autres ont vu une manifestation du Dieu unique dans cette apparition, qui montre l'unité de nature des trois personnes divines, et dans celle où Dieu déclare qu'il se nomme Jéhovah, qu'il est le Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob ; mais ordinairement on à Cru, aux quatre premiers siècles de l Église, que c'était le Fils de Dieu qui se manifestait sous la forme des anges, et préparait ainsi son inçarnation. Cette opinion a été formulée par saint Irénée, saint Justin, Origène, Tertullien, saint Cyrille d'Alexandrie, Eusèbe de Césarée, saint Cyprien, saint Cyrille de Jérusalem, saint Chrysostome, saint Hilaire, saint Épiphane, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise, Elle ἃ gardé d’ailleurs jusqu'à nos jours des représentants très autorisés. Citons Bossuet, Élévations sur les mystères , 10° semaine, Ge élévation, qui s'exprime en ces termes : « Croyons que toutes ces apparitions, ou du Fils de Dieu ou du Père même,

étaient aux hornmes un gage certain que Dieu ne regardait pas la nature humaine comme étrangère à la sienne, depuis qu'il avait été résolu que le Fils de Dieu égal à son Père se ferait homme comme nous. Toutes ces apparilions préparaient et commençaient l'incarnation du Fils de Dieu, l'incarnation n'étant autre chose qu'une apparition de Dieu, 1 Tim., 111, 16, au milieu des hommes plus réelle et plus authentique que toutes les autres : pour accomplir ce qu'avait vu le saint prophète Baruch, 11, 37, 38, que Dieu même, après avoir enseigné la sagesse à Jacob et à ses enfants, avait été vu sur la terre et avait conversé parmi les hommes. » Cf. Vandenbræck, qui s'applique à établir cette opinion dans sa Dissertatio theologica de theophaniis sub Veteri Testamento, Louvain, 1851, p. 58-113. >

Cependant saint Jérôme, saint Augustin et saint Grégoire pape s'étaient montrés favorables à un sentiment différent, celui qui attribue ces apparitions à des anges. Ce sentiment fut suivi par la plupart des théologiens et des exégètes scolastiques. Citons saint Bonaventure, saint Thomas, les théologiens de Salamanque, Sylvius, Estius, Suarez, Billuart, Perrone, Tostat, Cornelius a Lapide, Bonfrère, Calmet, Menochius. Suivant ces auteurs, ce

. sont des anges qui ont apparu aux hommes non seulement dans les cas où celui qui apparaît est appelé tantôt Dieu, tantôt ange, mais encore dans les apparitions où il n’est point parlé des anges, et où Dieu seul semble intervenir. Ils s'appuient principalement sur divers passages de l’'Écriture où il est affirmé tantôt que personne n'a jamais vu Dieu, Joa., 1, 18 ; Joa., 1V, 12, tantôt que dans l'Ancien Testament Dieu s’est toujours servi du ministère des anges. Heb., 1, 1; 11, 2; Gal., 1, 19; Act., vir, 53. Voir en particulier saint Thomas, Quæst. disp. de Potentia, 4. 6, art. 8, ad. 3 ; Suarez, De Angelis, VI, xx, édit. Vivès, 1856, τι 11, p. 765 ; Cornelius ἃ Lapide, In Exodum, cap. ΠῚ, édit. Vivès, 1868, t. 1, p. 451.

Une troisième manière d'expliquer les apparitions qui nous occupent consiste à dire que ce sont des anges qui ont apparu, mais que c’est Dieu qui parlait en eux. Elle ἃ été admise par le franciscain Frassen. M. Vandenbræck, De theophaniis sub Veteri Testamento, p. 59, l'attribue aussi à Wouters et aux Bénédictins qui ont édité saint Hilaire. Cette troisième opinion ruérite à peine d'être signalée ; car elle est peu en harmonie avec les textes de l'Écriture, qui dit que les paroles sout prononcées par le personnage qui se montre dans les apparitions.

M. Vandenbræck distingue une quatrième opinion, qu'il attribue à Witasse, et suivant laquelle Dieu aurait apparu médiatement et les anges immédiatement, Mais ce sentiment est celui de tous les scolastiques, qui attribuent ces apparitions aux anges ; car ils font tous observer que ces anges remplissaient une mission de Dieu et parlaient en son nom. C’est pourquoi, suivant eux, l'Écriture affirme tantôt que c’est un ange, tantôt que c’est Dieu qui parle et se manifeste.

Les anges ont apparu sous des formes diverses : sous forme de chérubins à corps d'animaux, à Ézéchiel et probablement à Adam, sous forme de nuée dans le désert, sous forme de voyageurs, de guerriers, de prêtres en habit de lin, parfois avec et le plus souvent sans ailes. On peut se demander s'ils ont pris pour ces apparitions des corps véritables. L'opinion commune est qu'ils se sont formés, ou que Dieu leur ἃ formé des corps véritables pour les apparitions que la Bible présente comme réelles. Il en est autrement dans le cas où les anges apparaissent en songe, comme cela eut lieu pour la vision de Jacob, Gen., xxvui, 12, 13, et pour celles de saint Joseph, Matth., 1,, 90 ; 11, 19.

XII. Développement de la doctrine des anges. — On peut considérer ce développement soit dans la Bible, soit dans la théologie catholique. L'angélologie de l'Écriture Sainte s’est précisée peu à peu; mais on en trouve tous les éléments en germe dès les premiers récits bibliques.

ANGE

Certaines couleurs de ces récits ont changé, certaines parties des croyances se sont développées, mais le fond est resté le même, La plupart des représentants de l'exégèse rationaliste se sont cependant persuadé que la croyance aux anges avait été notablement modifiée depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ. Voici quelle serait, suivant plusieurs d'entre eux, les étapes de ce développement. A l'origine les Hébreux auraient été polythéistes et auraient adoré les astres. Le monothéisme, qui prit racine en Israël, aurait rabaissé les anciens dieux à un rang secondaire et les aurait transformés en ces anges, serviteurs de Jéhovah, qui forment la milice céleste. Ce serait pour ce motif que le même personnage nous est présenté dans les premiers récits de la Bible, tantôt comme un envoyé de Dieu, tantôt comme Dieu lui-même. Les anges auraient gardé le carac= tère des dieux de l'Olympe dans Job, où ils forment le conseil de Dieu, Job, 1, 6, et dans les passages nombreux où ils paraissent en guerriers. Gen., xxxI1, 1-2; Jos., ν, 14; Ι Reg., xx, 19; II Reg., vi, 17, etc. Ensuite ils auraient pris de plus en plus le caractère de simples messagers. Leur spiritualité n'aurait pas été admise dans les premiers temps, mais seulement plus tard. Ainsi s'expliquerait qu'ils aient bu et mangé avec Abraham, Gen., XVI, 8, tandis qu'ils refusèrent de s’asseoir à la table de Manué, père de Samson, Jud., xt, 16, et qu'ils déclarèrent à Tobie, Tob., ΧΙ, 19, que ce n'était qu’en apparence qu'ils prenaient la nourriture des hommes. Les Juifs auraient adopté pendant la captivité de Ninive et de Babylone diverses croyances des Chaldéens et des Perses, en particulier la distinction entre les bons et les mauvais anges, qui fait le fond du zoroastrisme. C'est aussi à cette source qu'ils auraient emprunté la division hiérarchique des anges, la notion des sept anges qui se tiennent devant le trône de Dieu et les noms de quelques-uns d’entre eux. Plusieurs autres conceptions contraires aux croyances primitives de l'hébraïsme se seraient introduites à partir de ce moment. « Dans l’âge patriarcal, dit M. Haag, Théologie biblique, Paris, 1870, p. 4, Dieu habitait au milieu des tentes de son peuple et protégeait directement la famille du patriarche. Pendant la période de l’hébruïsme (avant l'exil), la Bible nous montre le Dieu national des Israélites trônant entre les chérubins dans la tente-sanctuaire (le tabernacle) et intervenant encore quelquefois dans les affaires de la nation. Depuis l'exil, retiré dans le ciel comme les rois d'Orient dans leur palais, d’où ils ne sortent que rarement pour se montrer à leurs sujets, nous le voyons continuant à gouverner le monde, non pas encore, il est vrai, par des lois physiques et morales établies de toute éternité et immuables comme lui (qu'était donc le Décalogue ?), mais par des ministres de sa volonté, par des anges, et à cet égard les Juifs vont si loin dès la fin de cette période, que déjà les Septante traduisent δὲ dât, Deut., xxxuI1, 2, qui signifie feu de la loi, par ἄγγελοι, les anges, première trace d’une croyance que l’on trouve enseignée dans le Nouveau Testament, comme dans le Talmud. » (Notre Vulgate traduit ’é$ ἀξ par lex ignea ; mais comment M. Haag n’a-t-il point remarqué que, dans le même verset et le suivant, le texte original parle de qôdés, de « saints » qui accompagnent Dieu par milliers, et dans lesquels les rabbins voient les Docteurs qui ont composé le Talmud, pendant que les exégètes catholiques y voient les anges ?) « Cette croyance qui fait intervenir directement les anges dans la promulgation de la loi sur le Sinaï est aussi étrangère à l’hébraïsme que la doctrine des anges protecteurs, qui commence seulement à se produire dans les apocryphes de l'Ancien Testament. » Notre- Seigneur et ses Apôtres auraient accepté les idées courantes parmi les Juifs de leur temps. Voir Haag, Théologie biblique, S 96, 108, 191 et132, p. 338-347, 411-415, 459-460 et 497-502.

Ces vues sont absolument exagérées, et par conséquent fausses. Sans doute la connaissance des anges, de leur caractère personnel et de leur nature s'est précisée de plus en plus. Il en est résulté que la part des anges

dans l'œuvre de Dieu a paru davantage ; mais il n'y a eu là qu'un éclaireissement des données les plus anciennes de la Bible. Au temps des patriarches, les anges ne se distinguent point les uns des autres par des noms particuliers. On ne prend presque point garde à eux, mais seulement au Dieu dont ils sont les députés. C'est pourquoi on les appelle tantôt anges de Dieu, tantôt Dieu. Il faut remarquer cependant que la même confusion apparente qui fait donner au même personnage le nom d'ange et de Dieu se retrouve jusque dans les derniers livres du Nouveau Testament. Qu'on lise pour s'en convaincre le discours de saint Étienne, Act., vi, 30, 33, et la fin de l'Apocalypse, xx, 9, 13. Il est certain pourtant que les auteurs de ces derniers livres distinguaient parfaitement Dieu des anges, et que leur croyance sur ces derniers n’avait rien de polythéiste. Dieu, sur lequel toute l'attention se porte dans les premières pages de la Bible, semble par suite remplir en personne les ministères qui seront plus tard attribués aux anges qu'il envoie. Cependant, dès les temps les plus reculés, les anges s'acquittent, à la sortie du paradis terrestre, près d'Abraham, d'Agar, de Loth, de Jacob, de Moïse, de ministères de la même nature que ceux dont ils seront chargés auprès de Tobie, de Daniel, de Marie et de Joseph. Du reste, le nom de messager donné aux anges de toute antiquité montre bien qu'on leur ἃ toujours attribué le même ministère que dans les derniers temps de VAncien Testament.

Les anges n'étant pas distingués individuellement les uns des autres à l'époque des patriarches, on ne pouvait arriver à la conception d'un ange gardien spécial, chargé de protéger les individus et les peuples pendant toute leur existence. Cependant Agar est sans cesse protégée par un ange ; Jacob mourant invoque l'ange qui l’a délivré de tous les dangers, Gen., xLvI, 16, et un ange accompagne et guide le peuple d'Israël dans le désert, avec la même vigilance que Raphaël mit à accompagner Tobie. Sans être formulée théoriquement, la notion des anges gardiens des individus et des peuples a donc toujours fait partie des croyances hébraïques. Quant à la pensée que les anges concoururent à la promulgation de la loi qui fut entourée de tant de prodiges, on voit qu'elle était conforme aux idées reçues du temps de Moïse. Du reste, ce n'est pas seulement d’après la version des Septante, mais encore d'après le texte hébreu aussi bien que d’après la Vulgate, que le cantique de Moïse rapporté au Deutéronome, xxx, 2, parle de la part que les anges ont eue à la promulgation de la loi.

Les démons sont mieux connus et se distinguent mieux des anges après la captivité, mais de la même manière que les bons anges sont mieux connus et se distinguent mieux les uns des autres. L'attention était moins appelée à l'origine sur la différence de ces êtres supérieurs à Yhomme, mais qui n'agissent que par l'ordre ou la permission de Dieu. Cependant la notion de l'esprit mauvais et méchant est dans les plus anciens livres de la Bible. Le serpent qui tente Eve ἃ une personnalité aussi nettement dessinée qu'aucun des bons anges qui interviennent dans la Genèse ; or son rôle est celui du démon. Il en est de même du rôle de Satan vis-à-vis de Job, Job, 11, et de celui de l'esprit malin qui agite le roi Saül. 1 Reg, ΧΥΙ, 1%, Saus doute ces esprits mauvais nous sont présentés, au moins dans ces deux derniers cas, comme agissant par la permission, et d'une certaine manière par la volonté de Jéhovah, tandis que dans les livres postérieurs de la Bible le démon semble avoir plus d'initiative ; mais nous avons déjà fait une remarque analogue pour les bons anges. Du reste, il ne faut pas oublier qu'alors même que la Bible représente le démon laissé à lui-même, elle sousentend toujours cette permission de Jéhovah sur laquelle les anciens récits portent notre attention. Il y a en effet toujours eu une différence radicale entre le dualisme des doctrines zoroastriennes, qui égalent le principe du mal au principe du bien, et les doctrines de la Bible, qui sont

Page 1