‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 291 sur 474 · ANÉMONE — ANGE · texte numérisé non relu

ANÉMONE — ANGE

Ces courriers étaient chargés de porter les lettres et 165. édits des rois de Perse, appelés dans les livres de l'Ancien Testament écrits sous la domination perse, ’iggerôt (sin-

gulier : iggéret ; perse : ss), engäré, « écrit. ») Neh.

(11 Esdr.), πὶ, 7, 8,9; vi, 5,17, 19; II Par., xxx, 1, 6 (Vulgate : epistola, epistolæ). L'organisation de la poste perse. a été décrite en détail par Hérodote, vi, 98. Les rois. Achéménides, pour faire transmettre plus rapidement leurs messages, avaient créé des relais d'hommes et de chevaux, stationnés de distance en distance. Les courriers, montés sur leurs chevaux, n'étaient arrêtés ni par le mauvais temps ni par l'obscurité, et ils se remettaient de main en main leurs lettres, comme les lampadophores grecs se remettaient le flambeau allumé dans la λαμπαδηφορία ou course aux flambeaux. Afin de ne pas éprouver de retard, ils avaient le droit d'exiger de vive force les hommes, les chevaux et les barques qui leur étaient nécessaires. Ces courriers sont nommés dans Esther, vin, 10, 14 : häräsim rokbé häréké$, « des coureurs montant des chevaux rapides » (Vulgate : veredari celeres). Le mot ἀγγαρεία devint ainsi synonyme de contrainte et de corvée forcée pour le service public.

La domination perse introduisit le nom et la chose en Palestine. Le nom se trouve sous la forme ’angaryä’ dans. le Talmud. Voir Buxtorf, Lexicon talmudicum, col. 131 ; Lightfoot, Horæ hebraicæ, in Matth., v, M. Entre autres avantages que Démétrius Soter offrit au grand prêtre Jonathas Machabée pour l’attacher à sa cause, il lui proposa d’affranchir les Juifs de l'obligation de fournir (ἀγγαρεύεσθαι) leurs animaux domestiques pour le service public, d’après ce que raconte Josèphe, Ant. jud., XIII, 11, 8. Tous ces détails montrent que l’’angarya" était odieuse aux populations qui avaient à la supporter ; mais l’organisation perse de la poste était si avantageuse aux gouvernements, qu'elle avait été adoptée par les Séleucides après la ruine de l'empire de Darius, et qu’elle le fut plus tard par les Romains, qui latinisèrent le mot sous la forme angario (cf. Pline, H. N., x, 14, 121, 122), comme les Hellènes l'avaient grécisé sous la forme ἀγγαρεύω. Cf. Xénophon, Cyrop., vin, 6, $ 17, 18 ; Athénée, ur, 91, 122 ; Eschyle, Agamemnon, 982 ; Pers. 217 (ét Dindorf) ; Plutarque, De Alexandro, p. 396.

Le mot ἀγγαρεύω, angariare, se lit trois fois dans les Évangiles : une première fois dans le Sermon sur la montagne, Matth., v, 1 : « Si quelqu'un te force (t'angarie comme un courrier) à faire avec lui un mille de chemin (ou mille pas), fais-en deux autres milles. » Les deux autres passages où se retrouve ce mot sont les deux passages parallèles de Matth., xxvir, 32, et Marc, xv, 21, où il est rapporté comment ceux qui conduisirent Jésus au supplice, ayant rencontré sur leur passage Simon le Cyrénéen, | Cangarièrent », c'est-à-dire exigèrent de lui comme un service public de porter la croix du Sauveur.

1. ANGE. On donne le nom d’anges d'une manière générale à des esprits que Dieu a créés sans les destiner, comme nos âmes, à être unis à des corps. Leur vertu ayant été mise à l'épreuve, plusieurs de ces esprits se révoltèrent contre Dieu et devinrent ainsi de mauvais anges. En punition, ils furent précipités en enfer. Ce sont les démons. D'autres furent fidèles à Dieu, qui les confirma en grâce et leur donna le bonheur du ciel. Ce sont les bons anges, qui sont appelés d'une façon plus particulière anges tout court. C’est de ces derniers uniquement que nous nous occuperons dans cet article.

I. Noms des anges. — Les anges sont désignés dans la Bible par des noms multiples qui ne leur sont pas exclusivement réservés. Leur nom le plus habituel est celui de messager : en hébreu, mal’äk; en grec, ἄγγελος, que la Vulgate a presque toujours traduit par angelus, mais qu'elle a aussi rendu parfois par nuncius, legatus, « messager, envoyé. » C'est ce nom grec ἄγγελος, qui a fourni

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l'étymologie de leur nom latin angelus et de leur nom français ange. Ils sont aussi appelés fils de Dieu, Job, 1, 6; πὶ À ; saints, Dan., vint, 13 ; habitants du ciel, Matth., ΧΥΠῚ, 10; armée des cieux, II Esdr., 1x, 6; esprits, Ps. cL, 6; Hebr., 1, 14. L'Écriture nous indique, en outre, les noms de divers chœurs d'anges. Ce sont les Chérubins, Gen., ur, 24; Exod., xxv, 22; Ezech., x, 1-20 ; les Séraphins, Is., v1, 2, 6; les Principautés, les Puissances, les Dominations, Eph., 1, 21; Col., 1, 16; les Vertus, Eph., 1, 21; les Trônes, Col., 1, 6; les Archanges, 1 Thess., 1v, 15; Judæ, 9.

Les livres inspirés ne nous donnent que trois noms propres d’anges : Gabriel, « Dieu est force, » Dan., vu, 16; ix, 21 ; Luc., 1, 19. 30; Michel, « qui est comme Dieu? » Dan., x, 13, A ; xu1, 1 ; Judæ, 9; Apoc., χη, 7; Raphaël, « Dieu guérit, » Tob., ΠΙ, 35. Le quatrième livre d'Esdras met en scène les anges Jérémiel, 1v, 36, et Uriel, Y, 20, et les rabbins croient connaitre les noms d’autres anges encore; mais l'Écriture ne nous fournit que les trois noms de Gabriel, de Michel et de Raphaël. Aussi les autres noms ont-ils été rejetés par le pape Zacharie au concile de Rome de 745 et par le xvi® chapitre du concile d’Aix-la-Chapelle de 789. Héfelé, Histoire des conciles, traduction Delare, Paris, 1870, $ 367, t. 1v, p. 446, et S 393, t. v, p. 87; cf. 8. 93. Il est clair d’ailleurs que les noms par lesquels nous désignons les anges ne sont pas ceux qu'ils se donnent mutuellement, attendu que leur langage n'a rien de vocal et de sensible. On ἃ remarqué aussi que le nom d'aucun ange n'avait été connu des Juifs avant la captivité de Babylone. Cette ignorance contribua sans doute à les empêcher d’adorer les anges, Jud., xur, 18, comme ils y auraient été portés au temps des Juges et des rois.

Il. Erreurs et opinions sur l’existence et la nature des anges. — L'existence des anges ἃ été niée autrefois par les Sadducéens, Act., xxI11, 8, qui rejelaient également la spiritualité de l'âme et la résurrection des corps. Tous les chrétiens ont toujours cru à la réalité des esprits angéliques, dont il est si souvent parlé dans le Nouveau Testament; mais quelques Pères se sont trompés plus ou moins gravement sur leur nature. Origène, De princ., ΤΙ vu, 4; Il, vin, 3, t. ΧΙ, col. 180, 222 et passim, entrainé par les théories platoniciennes, et imitant en cela Philon, De confusione linguarum et De gigantibus, Opera, Genève, 1613, p. 270, 222, soutint que la nature des anges ne différait pas de celle de nos âmes. Il pensait, en effet, que celles-ci avaient été unies à un corps en punition d'une faute. Voir AME. L'opinion d'Origène sur la communauté de nature des anges et des âmes ἃ été renouvelée par les spirites de nos jours. Un assez grand nombre de Pères des premiers siècles, trompés par l'autorité qu'ils accordaient au livre d'Hénoch (voir ce mot), pensèrent que les anges avaient un corps plus ou moins subtil, voir Klee, Histoire des dogmes, traduct. Mabire, Paris, 1848, t. 1, p. 343, et Petau, De Angelis, lib. 1, 6. 11, édit. Vivès, 1865, t. 11, p. 607. Plusieurs crurent même que la Genèse parle des anges, quand elle rapporte, vi, 2, que les fils de Dieu épousérent les filles des hommes et en eurent des enfants. Quelques rabbins ont été jusqu’à penser qu'il y a entre les anges différence de sexe et qu'ils se multiplient par la génération. Calmet, Dissertation sur les bons et les mauvais anges, en tête de son Commentaire sur saint Luc. Ce que Notre- Seigneur dit dans l'Évangile, Matth., xx11, 30, des anges de Dieu qui ne se marient point, n’a permis à aucun auteur chrétien d'admettre qu'ils ont un sexe. Cependant M. Reuss conteste que telle ait été la pensée de Notre- Seigneur, Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, Strasbourg, 186%, t. 1, p. 464.

Les exégètes rationalistes ne veulent point reconnaitre l'existence des anges. Ils expliquent donc de diverses manières ce que la Bible rapporte du monde angélique. Les uns prétendent que notre notion des anges n'existait pas

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chez les Juifs avant la captivité; ils la recueillirent parmi les Babyloniens, et elle devint chez eux une croyance populaire ; Notre-Seigneur et les évangélistes n'admirent pas cette croyance, bien qu'ils y aient accommodé leur langage. Voir Oswald, Angelologie, 35 édit., Fribourg-en. Brisgau, 1889, p. 6. D’autres pensent que les Juifs étaient primitivement polythéistes; à mesure qu'ils devinrent monothéistes, ils regardèrent les anges comme d’une nature inférieure à celle de Jéhovah; ils en firent, en conséquence, ses messagers et les ministres de ses desseins auprès des hommes, et Jésus-Christ et les auteurs du Nouveau Testament adoptèrent cette conception. Haag, Théologie biblique, Paris, 1870, $ 96, 108, 121, 132, p. 338, 411, 459, 497. Cette manière de voir est fort en vogue aujourd'hui.

ΠῚ. Doctrine catholique sur l’existence et la nature des anges. — La doctrine catholique sur l'existence et la nature des anges a été formulée par le quatrième concile de Latran (1215) et par le concile du Vatican (voir $ v), qui affirment l'existence et la complète spiritualité des anges, et les distinguent non seulement des créatures corporelles, mais encore des hommes composés de corps et d'âme. Les théologiens catholiques admettent que la connaissance des anges s'est accrue depuis Moïse jusqu’à Jésus-Christ par des révélations successives (voir 8. 7); mais, à leurs yeux, c'est une erreur de penser que la croyance aux anges est la simple transformation d'un polythéisme primitif, ou qu'elle n'est pas confirmée et démontrée par le Nouveau Testament. — Montrons que le témoignage des plus anciens livres de la Bible, comme celui des plus récents, confirment la doctrine catholique et renversent les théories qui lui sont opposées.

Les anges sont très souvent en scène dans les récits des premiers livres de la Bible, le Pentateuque, Josué, les Juges. Ils y jouent un rôle qui démontre qu'on les regarde comme des êtres absolument personnels et qu'ils le sont réellement. Pour ne rien dire des chérubins, dont il sera question dans un artiele spécial, un ange apparait à deux reprises, Gen., xv1, 7; xx1, 17, à Agar fugitive dans le désert et lui parle; des anges prédisent à Abraham la naissance d’Isaac et vont délivrer Loth de Sodome, XVIII, XIX; un ange empêche Abraham d’immoler son fils, xxu, 11-19; Jacob, endormi, voit des anges qui montent au ciel par une échelle et en descendent, ΧΧΥΗΙ, 12; cf. xxx1, 11; ΧΧΧΙΙ, 1 ; XLVIII, 16 ; un ange apparaît à Balaam et lui marque ce qu'il devra faire, Num., XXI; un ange, l'épée à la main, promet à Josué de combattre avec lui, Jos., v, 13-16 ; un ange rappelle au peuple les bienfaits et les volontés de Dieu, Jud., 11, 1-4; un ange donne à Gédéon sa mission, Jud., vi, 11-33 ; un ange annonce la naissance de Samson, Jud., xur. Ces anges sont sans aucun doute des êtres doués d'intelligence et de volonté, et ils se présentent dans les autres livres de la Bible avec les mêmes caractères. Le Nouveau Testament raconte des apparitions semblables à Zacharie, à la sainte Vierge, à saint Joseph, aux bergers de Bethléhem, aux saintes fermes après la résurrection. Notre- Seigneur dit que les anges des petits enfants voient la face de Dieu, Matth., xvur, 10; il parle de ceux qui assisteront au jugement dernier, et sépareront les bons des méchants, de ceux qui sont au ciel et auxquels les élus seront semblables. Matth., xx11, 30; Mare., ΧΗ, 25. Il serait trop long d'énumérer ici toutes ces apparitions et tous ces témoignages ; ce qui précède montre suffisamment que les auteurs des premiers livres de la Bible et ceux du Nouveau Testament regardaient les anges comme de véritables personnages.

Quant à la nature de ces personnages, reconnaissons qu'elle n'est pas complètement expliquée dans les plus anciens livres de la Bible. Cependant le Pentateuque et les livres suivants nous fournissent bien des traits qui la caractérisent de plus en plus. On ne leur attribue point la nature de l'homme, Sans doute ils revêtent souvent sa

forme et, pour ce motif, sont parfois appelés des hommes ; mais aussitôt qu'on les reconnaît pour des anges, on leur suppose une nature à part, D'ailleurs la manière dont ils paraissent et disparaissent et tout ce qu'ils font prouvent qu'ils n'ont rien d'humain. L'Écriture déclare du reste que l'homme leur est inférieur, Ps. vx, 6; Hebr., ut, 7; I Petr., τι, 11, et si quelques Pères ont affirmé la supériorité de l'homme sur eux, c’est en se plaçant au point de vue surnaturel. Voir Klee, Histoire des dogmes, t. 1, p. 347.

Mais la nature angélique est-elle purement spirituelle ? les anges n'ont-ils point de corps ? C’est aujourd'hui une vérité que les définitions invoquées plus haut rendent certaine; mais nous avons dit que plusieurs Pères en avaient douté. Cependant l'Écriture s'exprime assez clairement à ce sujet. Quoique elle raconte leur apparition aux hommes sous une forme corporelle, jamais elle ne dit qu'il leur soit naturel d'avoir un corps. Pendant qu'elle parle de l'âme ou de l'esprit de l'homme, marquant ainsi que nous sommes composés de deux principes, elle ne parle jamais de l'esprit des anges ; elle les appelle simplement des esprits. Hebr., 1, 14; Apoc., 1, 4; cf. Matth., vint, 16; Luc., x, 20. Job dit qu'ils n’ont point comme nous des corps formés de terre. Job, 1v, 18, 19. D’après d'autres textes, ils sont invisibles, Col., 1, 16; ce n'est qu'en apparence qu'ils prennent la nourriture que les hommes leur offrent, Tob., x11, 19; ils n’ont aucun commerce charnel. Matth., xx11, 30. Les enfants de Dieu dont la Genèse, vi, 2, nous raconte l’union avec les filles des hommes, ne sont donc point des anges, mais des descendants du vertueux Seth.

Mais les anciens Hébreux faisaient-ils une différence entre ces esprits si élevés et la Divinité ? Ne faut-il pas considérer la croyance aux anges comme un reste de polythéisme ? Les Livres Saints, particulièrement dans la Genèse, nous rapportent des apparitions où un même personnage est appelé tantôt ange et tantôt dieu. Cette manière de parler soulève la question de savoir si ce personnage était Dieu lui-même ou un ange. Nous reviendrons, au $ ΧΙ, sur cette question. En tout cas, quelque solution qu'on lui donne, il est certain que les Hébreux ont toujours regardé les anges comme des êtres supérieurs à l’homme, mais inférieurs à Dieu. Sans doute ils n’ont pas précisé, comme nos théologiens chrétiens, 165 différences qui distinguent la nature angélique de la nature divine; mais ils présentent sans cesse les anges comme des ministres de Jéhovah, qui agissent en son nom et exécutent ses ordres, jamais comme des êtres indépendants. Jacob fugitif voit une échelle qui relie le ciel à la terre et sur laquelle les anges montent et descendent ; mais Jéhovah est au haut de l'échelle, c’est sa protection qui est promise à Jacob, Gen., xxvirr, 12-13. Au commencement du livre de Job, 1, 6, les anges sont représentés autour de Dieu. Les anges sont multiples; Dieu est unique, et il n’y a que Dieu à qui l'on puisse rendre le culte d’adoration proprement dite. Aussi est-ce à Dieu que l'ange qui apparaît à Manué fait offrir un holocauste. Jud., xut, 16.

Nous ne dirons rien de la connaissance naturelle des anges et de leur langage. Les théologiens ont longuement étudié ces questions, mais à la lumière de la philosophie plutôt qu’à celle de l’Écriture Sainte et de la révélation.

IV. Hiérarchie et nombre des anges. — La Bible ne nous ἃ pas seulement fait connaitre les anges en général ; elle nous parle aussi de divers ordres entre lesquels ils se partagent et nous en donne les noms (voir & 1); mais elle ne s'explique pas sur la nature de chacun de ces ordres ni sur leur rang respectif dans la hiérarchie céleste. Aussi les anciens Pères ne sont-ils pas d'accord sur ce point. Cependant la division adoptée par le livre de la Hiérarchie céleste, attribuée à saint Denys l'Aréopagite, est devenue courante depuis longtemps. Elle par-

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tage les anges en trois hiérarchies, qui sont elles-mêmes partagées en trois ordres. La première hiérarchie se compose des Séraphins, des Chérubins et des Trônes; la seconde, des Dominations, des Vertus et des Puissances ; enfin la troisième, des Principautés, des Archanges et des Anges. Saint Thomas et les thomistes soutiennent que dans ces ordres chaque ange est d’une espèce à part et a sa nature distincte; mais leurs raisons sont plutôt empruntées à la philosophie qu'à la révélation. Les anges forment une multitude innombrable. Jacob, Gen., xXxVIN, 12, en voit qui montent au ciel et en descendent; et plus tard il en rencontre une armée, Gen., xxxm, 2, Daniel, vit, 10, dit qu'un million d’anges servaient l'Ancien des jours et que mille millions se tenaient en sa présence, Notre-Seigneur assure à ses apôtres, Matth., XXVI, 53, qu'il pourrait obtenir de son Père plus de douze légions d'anges. L'Épiître aux Hébreux, χα, 22, et l'Apocalypse, v, 11, nous donnent des chiffres qui expriment qu'il y a une quantité incalculable de ces esprits bienheureux. Les Livres Saints s'en tiennent à cette affirmation générale. Plusieurs Pères et écrivains ecclésiastiques ont essayé de déterminer ce chiffre en se fondant sur diverses conjectures. [15 appliquent, par exemple, aux anges et aux hommes la parabole du pasteur qui abandonne quatre-vingt-dix-neuf brebis pour aller à la recherche d'une centième égarée dans le désert. Matth., xvI1, 12; Luc., xv, 4. Ils en concluent que le nombre des anges est quatre-vingt-dix-neuf fois plus considérable que celui des hommes.

V. Création des anges. — Les anges ont-ils été créés, c'est-à-dire tirés du néant? Ont-ils été créés dans le temps ou de toute éternité? Ont-ils été créés avant le monde matériel, après lui ou en même temps que lui? — Le premier verset de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, » semble répondre à ces trois questions. Le ciel, en effet, renferme les anges; et ce texte parait nous dire que les anges ont été créés de Dieu, qu'ils ne l'ont pas été de toute éternité, mais dans le temps et avec la terre. Seulement on peut contester cette interprétation, car les anges ne sont pas mentionnés

nominativement dans ce passage. Mais les Livres Saints

nous fournissent ailleurs des renseignements sur ces trois questions. Ils nous disent, en effet, que tous les êtres finis ont Dieu pour auteur, Eccli., xvu, 4 ; Esther, xur, 40; Rom., ΧΙ, 36, et ils rangent expressément les anges parmi les créatures. Ps. CxLvIn, 2 etsuiv.; Dan., 11, 57; IL Esdr., ix, 6; Col., 1, 16. C’est donc contrairement à l’Écriture que les gnostiques Cérinthe, Carpocrate, Saturnin, et que les manichéens ont prétendu que les anges procédaient de Dieu par émanation. Klee, Histoire des dogmes, t. x, p. 340. Suivant la doctrine de quelques philosophes, il ne serait pas absolument impossible que les anges aient été créés de toute éternité. Origène semble même avoir admis qu'ils ont été produits de cette manière. Klee, ibid. ; Freppel, Origène, Paris, 1868, lec. 16 et 17. Mais l'Écriture Sainte est positive sur ce point. Elle nous représente l’éternité comme n'appartenant qu'à Dieu, et elle affirme qu'il vivait avant qu'il existât aucun autre étre. Ps, xcx, 3; Prov., vit, 22 ; Eccli., xx1v, 5; Joa., xvu, 5, 24; Eph., 1, 4; Col., 1, 16. Les anges ne sont donc pas éternels.

S'ils n’ont pas toujours été, depuis quel temps existentils? Un assez grand nombre de Pères : saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome, saint Jean Damascène, saint Ambroise, saint Hilaire, saint Jérôme, ont pensé que les anges avaient été créés longtemps ou au moins quelque temps avant la matière. Ils s'appuient sur un texte de Job, xxxvinr, 4-7, qui représente les anges assistant dans la joie à l'œuvre de Dieu, qui posait les fondements de la terre. Gennade croyait que la création des anges avait eu lieu après celle de la matière brute, pendant que les ténèbres couvraient la terre, et cela plusieurs siècles avant la production de la lumière, Sa raison,

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c'est qu'il fut convenable que Dieu ne restät pas inactif pendant ce temps. Suarez traite son opinion assez sévèrement. Le Juif Philon et saint Eucher ont cru que la création des anges avait suivi celle de l’homme, parce que les anges sont plus parfaits que l'homme, et que l'œuvre de Dieu a été en se perfectionnant. Mais le texte de Job que nous avons rapporté est contraire à ce sentiment.

Aussi plusieurs Pères, parmi lesquels saint Épiphane, saint Augustin, et à peu près tous les théologiens du moyen âge et des derniers siècles ont-ils admis que les anges ont été créés en même temps que le monde terrestre et avant l'homme. Le texte de Job cité en faveur de la première opinion ne suppose pas, en effet, que les anges ont été créés avant la terre, mais seulement qu'ils assistaient à l'œuvre des six jours. D'autre part le livre des Proverbes, vu, 22, laisse entendre qu'avant la production de la terre il n'existait aucune créature, mais seulement la Sagesse éternelle. La simultanéité de la création des habitants du ciel et de la terre est en outre affirmée dans ces paroles de l’'Exode, xx, 11 : « Le Seigneur ἃ fait en six jours le ciel, la terre et la mer et tout ce qu’ils renferment, » et dans ces paroles plus succinctes de l’Ecclésiastique, xvin, 1 : « Dieu a créé toutes les choses ensemble, creavit omnia sunul.» Mais ce dernier texte a reçu un grand nombre d'interprétations. Cornelius a Lapide en énumère jusqu'à dix. On peut les ramener à deux classes principales. Les unes entendent sinul d'une simultanéité de temps, et y voient l'expression du sentiment que les anges ont été créés en même temps que le ciel et la terre. Les autres donnent à ce mot un des sens du terme grec xowñ, qu'il traduit. Ici, selon eux, simul voudrait dire en commun, soit qu'il exprime que Dieu ἃ fait également toutes choses, soit qu'il signifie qu'il a fait toutes choses suivant un plan d'ensemble qui les embrasse toutes.

Cette dernière interprétation avait autrefois assez peu de partisans, mais elle est plus communément adoptée aujourd'hui. C’est que la simultanéité temporelle de la production des anges, du monde et de l'homme n'offrait aucune difficulté au temps où l’on pensait que Dieu avait produit toutes les créatures en six jours de vingt-quatre heures ; car six de ces jours tont un espace de temps si court, que les parties d’une œuvre considérable accomplie en ce temps seraient appelées simultanées dans notre langage courant. Mais il n’en est plus de même dans la théorie des jours-périodes suivie aujourd'hui par tant d'exégètes; car, d’après cette théorie, il s’est écoulé de longs siècles entre l’apparition de la première créature et celle de l’homme ; et, cela posé, il paraît peu exact de dire que Dieu a fait toutes choses au même temps.

La création des anges a été l'objet de déclarations dogmatiques de l’Église. A la fin du x1re siècle et au commencement du x, les Albigeois prétendaient que ce n’était pas Dieu, mais le démon, qui avait créé la matière; au sujet du démon, ils disaient tantôt, avec les manichéens, qu'il n'avait pas Dieu pour auteur, tantôt qu'il avait été créé bon par Dieu, puis qu'il s'était perverti. Héfélé, Histoire des conciles, $ 645, t. vin, p. 62. Le quatrième concile de Latran, tenu en 1215, condarana leur erreur. Nous avons déjà, 8. ur, col. 578, parlé de son décret, « Dieu, dit-il, par sa vertu toute-puissante a produit du néant ensemble, au commencement du temps, les deux classes de créatures spirituelles et corporelles, c'est-à-dire les anges et le monde; puis ensuite les créatures humaines comme réunissant dans leur constitution l'esprit et le corps. » Cap. Firnuter; Denzinger, Enchiridion, n° 355. Le concile du Vatican a reproduit textuellement ce passage du concile de Latran dans le premier chapitre de la constitution Dei Filius. 1] a en outre défini, au quatrième canon de ce chapitre, que les choses finies, soit corporelles, soit spirituelles, ne sont pas des émanations de la substance divine, et, au cinquième, que le monde et toutes les choses qu'il renferme, tant les spirituelles que les matérielles,

ont été produites de rien par Dieu duns la totalité de leur substance. Il est donc de foi, en ce qui concerne les anges, qu'ils ont été tirés du néant par Dieu, ou, autrement dit, créés dans la totalité de leur substance; par conséquent, qu'ils ont eu un commencement et ne sont point éternels.

Mais ces déclarations ont-elles tranché la question de savoir à quel moment les anges ont été créés? Sur ce point les théologiens sont loin de s'accorder, Remarquons d’abord que les assertions des anciens théologiens au sujet du concile de Latran s'appliquent au concile du Vatican, qui le reproduit textuellement. Or, d’après saint Thomas (Opusc. XIX ou Xxz717, suivant les éditions, 1n Decretalem, 1, cap. 1), l'erreur que le concile de Latran ἃ voulu frapper serait celle des origénistes, qui regardaient la création de la matière comme n'’entrant point dans le plan que Dieu avait en vue en créant les esprits. Suivant le même docteur, Sum. theol., 1, q. 61, art. 3, il n’est pas certain, mais seulement plus probable, que les anges ont été créés au même moment que la matière. Cajetan, Sixte de Sienne, Vasquez et Petau disent avec saint Thomas que le décret de Latran n’a point transformé en erreur le sentiment des Pères qui plaçaient la création des anges avant celle de la matière. Sylvestre de Ferrare, In 9 cont. Gent., c. 83 (D. Thomæ Opera, Anvers, 1612, t. 1x, p. 206), pense, au contraire, que le concile a voulu définir et qu'il a défini la simultanéité de ces deux créations. Suarez, De Angelis, lib. 1, 6. 1x, n°5 13-15, Paris, 1856, t. 11, p. 11, estime que le concile ne s’est point proposé de trancher ce point, attendu qu'il s’est contenté d’y toucher en passant. Il ajoute que la pensée du décret de Latran est que les deux créations ont été simultanées ; il conclut qu'à cause de ce décret, il serait téméraire de nier cette simultanéité. Il reconnait cependant qu'on peut admettre que le corps de l'homme n’est pas le seul qui ait été formé après la création des anges ; car, si le concile ne parle que de l'homme, cela peut venir de l’impossibilité où il était de nommer toutes les créatures, Le sentiment de Suarez était et est resté jusqu’à ces derniers temps l'opinion commune des théologiens. Nous le retrouvons sans aucun correctif dans Mazzella, De Deo creatore, 2 édit., Rome, 1880, n°s 958 et 259, p. 173, qui l'appelle certain. Mais d’autres auteurs, comme Hurter, Theol. dogm., 6° édit., Inspruck, 1886, €. 11, nes 495 et 426, p. 231 ; Jungmann, De Deo creatore, 4 édit., Ratisbonne,

- 1883, no 77, p. 63, admettent qu'on peut entendre le mot

simul employé par les conciles de Latran et du Vatican dans le sens, non d’une simultanéité de temps, mais d’un plan unique ou d’une communauté d'origine. Ils font observer cependant qu’en plaçant au commencement du temps, ab initio temporis, la création des anges et de la matière, le texte laisse entendre que les anges n'ont pas été créés longtemps avant les corps. ἃ notre avis, le concile de Latran visait surtout l'erreur des Albigeois, voir Héfélé, Hist. des conciles, trad. Delarc, Paris, 1872, t. vin, 8 645, qui plaçaient la création de la matière après la chute des anges et en dehors du plan primitif de Dieu. Gela ressort de la suite du décret, qui justifie la déclaration qui nous occupe par cette autre : «En effet, le diable et les autres démons ont été créés tous par Dieu ; mais, par leur propre fait, ils sont devenus mauvais. Pour l'homme, il a péché à la suggestion du diable. » Bien que saint Thomas dise que cette condamnation a été portée contre les origénistes et non contre les Albigeois, il nous semble donc l'avoir mieux comprise que personne.

Cependant le concile de Latran et celui du Vatican ont aussi marqué le temps des diverses créations. Ils affirment nettement que la création de l'homme a eu lieu après celle des anges et du monde corporel. Le sentiment de Philon et de saint Eucher est done rejeté par l'Église. Nos conciles affirment encore que les anges et les corps ont été tirés du néant au commencement du monde, Ce qui suppose, comme le remarque Hurter, ibid.»

que ces deux créations n’ont point été séparées par un très long intervalle, ou, en d'autres termes, qu'elles ont été moralement simultanées. Il importe donc assez peu qu'on entende le mot simul dans le sens que lui attribue saint Thomas, ou dans celui que leur donnent Suarez et Mazzella. Il est d'ailleurs indubitable que les Pères du Vatican ne regardaient point leur déclaration comme inconciliable avec la théorie des jours-périodes ; car la plupart d'entre eux admettaient cette théorie, et tous la considéraient au moins comme soutenable.

VI. Elévation surnaturelle des anges. — Les anges furent-ils créés dans l'état de pure nature, c’est-à-dire avec les seuls dons auxquels leur nature leur donnait droit, ou bien furent-ils élevés dès le premier moment de leur existence à l'état surnaturel, c’est-à-dire à la participation de la vie divine, à laquelle ils n'avaient aucun droit? Hugues et Richard de Saint- Victor, Pierre Lombard, saint Bonaventure et beaucoup de leurs contempo- ‘ rains, ont pensé que l'élévation des anges à l'état surnaturel ne s'était produite qu'après qu'ils eurent été laissés quelque temps à leurs seules ressources naturelles. Saint Thomas a soutenu, au contraire, qu’elle avait eu lieu au moment même de leur création, et cette opinion a été adoptée par la grande majorité des théologiens. Les jansénistes l’outrèrent en prétendant que les anges non plus que l’homme n'auraient pu vivre dans l’état de pure nature. Les théologiens ont réfuté cette erreur ; car qui dit état de nature, dit un état dans lequel une créature possède tout ce à quoi elle a droit, el par conséquent un état possible. Mais quoi qu'il en soit de l’état dans lequel furent créés les anges, il est certain qu’au moment de leur épreuve ils avaient été élevés à l’état surnaturel. L'Écriture les appelle, en effet, anges de lumière, IL Cor., xt, 14; fils de Dieu, Job, xxxvint, 7; saints, Dan., vin, 13; Marc., vu, 38. Ces noms indiquent que les anges participent à la vue de Dieu, à sa vie et à la sainteté surnaturelle. Ils jouissent aujourd’hui au ciel de la vision intuitive de Dieu. Matth.,

xXvIII, 10. Ils possèdent par conséquent un bonheur sur-:

naturel, qui est une récompense pour eux, comme l'enfer est un châtiment pour les démons. Or une récompense surnaturelle suppose des actes de vertu surnatürelle, et par conséquent une élévation surnaturelle dans ceux qui ont accompli ces actes. Parmi les théologiens, les scotistes pensent que -la grâce fut donnée aux anges en vue des mérites futurs de Jésus-Christ ; mais les thomistes combattent ce sentiment.

ὙΠ. Épreuve des anges. — L'épreuve des anges n’est pas racontée expressément dans l'Écriture ; mais son existence n’est point douteuse, car la tradition l’affirme unanimement. Il est en outre certain que les démons ont été créés bons, et qu'ils étaient primitivement comme les anges. Or saint Pierre nous dit que les démons ont été précipités en enfer à cause de leur péché, IT Petr., 11, 4; cf. Matth., xxv, # ; Judæ, 6, d'où il résulte que les bons anges auraient pu pécher comme eux, et qu'ils ont été soumis à une épreuve.

En quoi consiste cette épreuve ? Nous pouvons le conclure encore de la nature du premier péché des démons, qui, suivant l'opinion commune, fut une faute d’orgueil. Eccli., x, 15; Tob., 1v, 14 ; I Tim., 11, 6. Il semble probable que cette épreuve ne fut pas de longue durée, car l'Écriture ne laisse pas entendre qu'aucun des bons anges ait péché ; elle suppose, au contraire, que les démons furent précipités en enfer dès leur première faute. II Petr., 11, 4.

Quel fut le nombre des anges qui tombèrent et celui des anges qui persévérèrent ? Nous l’ignorons. Plusieurs auteurs ont cru que les démons sont deux fois moins nombreux que les anges, parce que l’Apocalypse, XII, 4, nous représente le dragon entrainant avec sa queue le tiers des étoiles du ciel et les précipitant sur la terre ; mais, outre que ces étoiles du ciel paraissent être les saints persécutés, on ne doit pas regarder le chiffre donné ici comme ayant une précision mathématique,

ANGE

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