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Mont Argée

doce. Cf. .Calmet, Commentaire sur le livre de Judith, Paris, 1712, p. 381.

Le mont Argée, aujourd'hui Ardjéh-dagh (fig. 148), appartient à la région volcanique qui s'étend au nord du Taurus cilicien et à l'ouest de l'Anti-Taurus. C'est avec raison que la Vulgate le qualifie de « grand »; ce cône puissant, en effet, dépasse toutes les autres cimes de l'Anatolie, et son altitude, selon les différents voyageurs, va de 3962 à 4008 mètres. Strabon, né à quelques journées de marche au nord du volcan, dit de son côté, loc. cit. : « C'est la plus haute de toutes les montagnes de cette contrée ; son sommet est toujours couvert de neige. Ceux qui l'ont escaladé (et ils sont peu nombreux) assurent que, par un ciel clair, le regard découvre à la fois les deux mers, le Pont-Euxin et la mer d'Issus. » Cette assertion est démentie par les explorateurs modernes. Élisée Reclus, dont la description s'appuie sur les données de P. de Tchihatcheff, d'Hamilton et de Tozer, dit que du sommet on contembpile, il est vrai, un immense horizon ; mais, au sud, les remparts du Boulzar-dagh et de l'Aladagh cachent la Méditerranée, et c’est à peine si au nordest on aperçoit les vagues linéaments des montagnes pontiques. Asie antérieure, Paris, 188%, p. 476.

« Le mont Argée, continue le même géographe, repose sur un socle très élevé : au nord, la plaine de Kaïsariéh (Césarée), la plus basse du pourtour, a plus de mille mètres d'altitude, tandis qu’à l'ouest un col, qui sépare le massif central d’un autre groupe volcanique, dépasse la hauteur de quinze cents mètres. Des contreforts, des cônes

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adventices, des coulées de roches fondues entourent la montagne proprement dite, et donnent à l'ensemble du groupe une superficie qui dépasse onze cents kilomètres carrés. En montant par le versant du sud, que choisit Hamilton, le premier gravisseur moderne de l'Argée, on s'élève successivement sur de larges terrasses disposées en degrés autour de la cime. Le cône suprême, haut d'environ huit cents mêtres, est coupé de crevasses profondes, et les intempéries y ont creusé des ravins divergents, qui dessinent au bord du cratère une collerette de neiges blanches, descendant en longues trainées entre les scories rougeätres.… En été, la neige disparait complètement du versant méridional de l'Argée ; mais il en reste toujours dans le profond cratère, où elles forment même de véritables glaciers. Encore à l’époque de Strabon, le mont avait un reste d'activité volcanique. Les pentes étaient couvertes de forêts, — qui ont disparu ; — mais la plaine était « minée par un feu intérieur », d'où jaillissaient fréquemment les flammes. » E. Reclus, ouv. cité, p. 476-478. A. LEGENDRE.

ANGELICUS (CODEX), manuscrit du Nouveau Tesxument grec, ainsi appelé parce qu'il ἃ fait partie de la bibliothèque Angelica des religieux augustins de Rome (A 2, 15). Il ἃ porté autrefois le : nom de Passionei, parce qu'il avait appartenu au cardinal de ee nom. On le désignait autrefois par la lettre G, on le désigne aujourd'hui par L 2. Il est du 1x2 siècle. Il commence aux mots pus τοῦ θεοῦ, Act., vur, 10, contient toute la suite des Actes et les Épitres de saint Paul jusqu'à Heb., χα, 10, οὐχ ἔχουσιν. ΤΙ ἃ été collationné par Scholz, par Fleck, par Tischendorf et par Tregelles.

ANGELIS (Mutius de), jésuite italien, né à Spolète en 1561, mort à Rome, le 4er décembre 1597. 11 entra dans la Compagnie de Jésus, en 1577, et professa la théologie au Collège romain. Il a laissé en manuscrit Notæ in Epistolas D. Pauli, in Evangelium D. Matthæi. Voir C. Sommervogel, Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, 1890, t. r, col. 388.

ANGÉLOME, commentateur bénédictin, de l’abbaye de Luxeuil, mort vers 855. Il fut élevé dans cette abbaye, sous la direction de Mellin, et fut quelque temps professeur à l’école du paluis de l'empereur Lothaire. On a de lui un Commentarius in Genesin et des Enarraliones in libros Regumm, dans lesquels il s'attache principalement à exposer le sens lilléral, et enfin des Enarraliones in Cantica canticorum, dont il dit : « Nihil in hoc volumine historialiter quæras, sed flores allegoriarum cum morali sensu investiges. » Præf., τ. CxXv, col. 554. Voir ces trois commentaires dans Migne, Patr. lat., τ. CXY, col. 107-628. Cf. Histoire lilléraire de la France, τον, p. 195-140; R. Ceillier, Histoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques, t. x11, 1862, p. 442-446.

ANGER Rudolph, théologien protestant, né à Dresde, en Saxe, en 1806, mort à Elster, le 10 octobre 1866. Il professa la théologie à l’université de Leipzig et composa un grand nombre d'ouvrages : De temporum in Actis Apostolorum ratione, Leipzig, 1830-1833; Beiträge zur historisch-kritischen Eïinleitung in das alte und neue Testament, Leipzig, 1843 ; De Onkelo, Chaldaico, quem ferunt Pentateuchi paraphraste, 2 fascicules, Leipzig, 4816; Der Stern der Weisen und das Geburstjahr Christi, Leipzig, 1847; Zur Chronologie des Lehramtes Christi, Leipzig, 188; Synopsis Evangeliorum Matthæi, Marci, Lucæ, cum locis qui supersunt parallelis, Leipzig, 1852; Ratio qua loci Veteris Testamenti in Evangelio Matthæi laudantur, 3 fascicules, Leipzig, 1861-1862.

ANGLAISES (VERSIONS) DE LA ΒΙΒΙΕ. — L Premières versions; versions anglo-saxonnes, — On

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ne connait point de traduction complète des Écritures en anglo-saxon, c’est-à-dire dans la langue d'où est sortie la langue anglaise actuelle, Les premiers essais de traduction ou au moins de vulgarisation de l’histoire sainte en anglo-saxon se trouvent dans les remarquables poèmes de Cædmon, moine du couvent de Streoneshalch en Northumbrie, qui vivait au vire siècle, et auquel le V. Bède ἃ consacré tout un chapitre de son Historia ecclesiastica gentis Anglorum, αν, 2%, t. xcv, col. 212-215. Cædmon avait mis en vers toute la Genèse et plusieurs autres parties de l’Ancien et du Nouveau Testament. Il n’en reste que des fragments, qui ont été publiés par Fr. Junius, Cædmonis monachi Paraphrasis poelica Genesios ac præcipuarum sacræ paginæ Historiarum abhine annos CHULXX anglo-saxonice conscripta, in-4°, Amsterdam, 1605. D'autres éditions ont été données par Benj. Thorpe, Metrical paraphrase of parts of the Holy Scripture in Anglo-Saxon, with an English translation, Londres, 1832 ; par C. W. Bouterwek, Cædmon’s des Angelsachsen biblische Dichtungen, 2 in-&, Gütersloh, 1849-1854; par C. W. M. Grein, à Gættingue, en 1857, dans sa Bibliothek der angelsächsischen Poesie. Noir Sandras, De carminibus saxonicis Cædmoni adjudicatis, Paris, 1859. Cf. Frd. Hammerich, Aelteste christliche Epik der Angelsachsen, Deutschen und Nordländer, aus dem Dänischen von Al. Michelsen, in-8&, Gütersloh, 1874.

Les versions littérales des parties de l'Écriture qui ont été traduites en anglo-saxon nous sont parvenues pour la plupart sous forme de versions interlinéaires dans les manuscrits latins. C’est ainsi qu'un psautier latin, qu'on dit avoir été envoyé par le pape saint Grégoire le Grand à saint Augustin, l'apôtre de l'Angleterre, est conservé au British Museum parmi les manuscrits Cottoniens et contient une version interlinéaire anglo-saxonne dont la date est inconnue. Saint Aldhelm, évêque de Sherborne, et Guthlac, le premier anachorète anglo-saxon, traduisirent les Psaumes au commencement du vire siècle ; mais leur traduction est perdue, de même que celle de div erses parties des Écritures faite par le V. Bède, qui employa les dernières heures de sa vie, au rapport de son biographe, à achever sa traduction de l'Évangile de saint Jean. Cuthbert, Vitu Bedæ, Migne, Patr. lat., t. x, col. 40-41. Le roi Alfred le Grand traduisit aussi quelques passages des Livres Saints en anglo-saxon, quelques fragments de l'Exode, qu'il inséra avec le Décalogue dans un code, et des extraits qu'il inscrivait dans un Hand-boc. Voir W. de Malmesbury, De Gestis reg. Angl., édit. Bohn, p. 44, 121.

On connaît trois versions différentes des quatre Evangiles en anglo-saxon. La plus ancienne est la Glosse northumbrienne, connue sous le nom de Durham Book et conservée parmi les manuscrits Cottoniens. C’est un des plus beaux spécimens de l'écriture saxonne. Dans ce manuserit, le texte latin de la Vulgate ἃ été écrit par Eadfrith, évêque de Lindisfarne, vers 680; son successeur sur le siège épiscopal, Ethilwold, l’orna de belles enluminures, et un prêtre nommé Aldred y ajouta plus tard, probablement vers l'an 900, une version interlinéaire (of gloesade on Englisc). — La seconde version anglo-saxonne des Évangiles est du x° siècle : elle fut faite, à Harewood, par deux prêtres, Farmen et Owen, sur un texte latin de la Vulgate, datant du vire siècle et écrit par Macregol. Le manuscrit, connu sous le nom de Glosse de Rushworth, du nom d’un de ses premiers propriétaires, est conservé à la bibliothèque Bodléienne d'Oxford. — La troisième version des Évangiles, œuvre d'un inconnu, paraît avoir été faite peu de temps avant la conquête normande, non sur la Vulgate actuelle, mais sur une version latine plus ancienne.

Une édition des quatre Évangiles en anglo- saxon fut publiée in-4, à Londres, en 1571, d’après un manuscrit de la bibliothèque Bodléienne d° Oxfor d, avec une version anglaise parallèle, par l'archevêque hérétique Parker. La préface est de John Fox. Cette édition, collationnée sur

quatre manuscrits par Fr. Junius le jeune, fut réimprimée par Marshall, in-4°, à Dort, en 1665, en colonnes paral-

ANGLAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE

des passages détachés. La première version complète de la Bible en anglais est celle de John Wickliffle ou Wicklef

lèles avec la version mœæsogothique. Quelques exemplaires ont reçu un nouveau titre, qui porte la date d'Amsterdam, 4684. Toutes les versions connues des Évangiles anglosaxons furent publiées par Thorpe, in-12, Londres, en 1642. M. W. W. Skeat en a donné une édition critique : The Holy Gospels in Anglo- Saxon, Northumbrian, and old Mercian versions, synoptically arranged, with collations exhibiting all the readings of all the mss.; together with thé early Latin version as contained in the Lindisfarne ms., collated with the Latin version in the Rushworth ms., 4 parties en 1 in-4, Cambridge, 1871-1887.

Outre les versions anglo-saxonnes des Evangiles, on a publié des versions de quelques parties de l'Ancien Testament. Une édition du Psautier anglo-saxon fut publiée en 164), in-4°, à Londres, par Spelman, d’après un ancien manuscril anonyme : la version est faite sur le latin de la Vulgate. Une autre édition, d’après un manuscrit de la bibliothèque royale de Paris, a été donnée par Thorpe, in-40, Oxford, 1835. L'éditeur la rapporte au χα" siècle ; d'autres critiques supposent que c’est la copie de la version d’Aldhelm, évêque de Sherborne; c'est moins une traduction qu'une paraphrase, et elle est partie en prose et partie en vers.

Le British Museum conserve, parmi les manuscrits Cottoniens, une version partielle interlinéaire des Proverbes faite au x° siècle. À la même époque appartiennent les traductions d’Alfric ou Ælfric, archevêque de Cantorbéry ; elles comprennent les sept premiers livres de l'Ancien Testament et Job, traduits sur la Vulgate latine, ordinairement d’une façon liltérale, quelquefois en abrégeant ou résumant. Ces traductions ont été publiées par Thwuites, in-8°, Oxford, 1699, d'après un manuscrit unique de la bibliothèque Bodléienne ; le livre de Job a été imprimé d’après une copie d’un manuscrit de la bibliothèque Cottonienne.

Il existe aussi quelques manuscrits contenant des traductions des Psaumes de l'époque de la conquête norinande qui méritent d'être mentionnées parce qu'elles ne sont plus écrites en anglo-saxon, mais, comme on l’appelle, en anglo-normand. L'anglo-normand servit de transition entre l'anglo-saxon et l'anglais simplement dit.

IL. Premières versions anglaises. — Les premiers essais de traduction de la Bible, en anglais comme en anglosaxon et en diverses autres langues, furent faits sous une forme poétique. Pendant la seconde partie du ΧΙ siècle, un prêtre nommé Orm ou Ormin, qu'on croit, à cause du dialecte qu'il a employé, avoir habité le nord de l'Angleterre, composa une paraphrase métrique de l'histoire évangélique, en vers de quinze syllabes. Elle est connue sous le titre d'Ormulum, du nom de son auteur, et conservée en manuscrit à la bibliothèque Bodléienne.

Une autre paraphrase métrique, plus étendue, comprenant tout l'Ancien et le Nouveau Testament, se trouve dans un recueil de poésies religieuses intitulé Sowle hele ou Santé de l'âme, qui appartient à la bibliothèque Bodléienne; on le rapporte à la fin du χη" siècle.

1l existe encore quelques autres traductions ou paraphrases, du ΠῚ ou xiv® siècle, de diverses parties des Livres Saints. Parmi elles on remarque celle des Psaumes, par William de Schorham, prêtre de Chart Sutton (Kent), parce qu'elle est la première version en prose anglaise d'un livre entier de la Bible. Elle est généralement fidèle et littérale et date de la première partie du χανε siècle. Cette version des Psaumes n'était peut-être pas encore terminée, quand une nouvelle fut entreprise par Richard Rolle, prêtre et chantre de Hampole, près de Doncaster, mort en 1349. Elle est accompagnée d’un commentaire. Toutes ces traductions sont faites sur le latin.

On a communément attribué une traduction complète de la Bible à John de Trevisa, vicaire de Berkeley dans le comté de Glocester; mais il paraît n'avoir traduit que

(1324-1384), l'un des précurseurs du protestantisme. Elle est faite sur la Vulgate, et fut achevée vers 1380, On croit qu'il traduisit lui-même le Nouveau Testament et que l'Ancien fut traduit par Nicholas de Hereford et d'autres disciples de Wicklef. Cette version provoqua une grande agitation. Un bill fut présenté en 1390, à la Chambre des lords, pour sa suppression complète ; mais le duc de Lancastre l’'empêcha de passer. Ses sectateurs, sans doute vers cette époque, en publiérent une édition revisée par Purvey. En 1408, une assemblée, tenue à Oxford par l'archevêque Arundel, défendit la traduction et la lecture des Écritures en langue vulgaire. La version du Nouveau Testament de Wicklef n'a été imprimée qu’en 1731 par Lewis. Elle est précédée d'une introduction contenant l'histoire des traductions anglaises de la Bible. Elle a été rééditée, en 1810, par H. H. Baber ; en 1841, par Bagster, dans les Hexaples anglais. Ce n'est pas la version propre de Wicklef comme l'avaient cru les éditeurs, mais la revision de Purvey. La véritable traduction du Nouveau Testament de Wicklef a été publiée pour la première fois en 1848, in-4°, par Pickering, d'aprés un manuscrit de 1380 environ, faisant partie de la collection Lea Wilson. L’Ancien Testament a été imprimé, pour la première fois, à Oxford, en 1850, 4 in-4° (avec le Nouveau Testament et la revision de Purvey en colonnes parallèles), par J. Forshall et F. Madden.

IL. La version autorisée (Authorised version). — La version officielle de l'anglicanisme, connue sous le titre de Authorised version, peut être considérée comme remontant historiquement à l'an 1524, époque où les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc, formant les premières parties de la traduction de William Tyndal (1477-1536), furent imprimés à Hambourg. Le Nouveau Testament parut en entier, in-4, à Cologne, et petit in-89, à Worms, en 1525. Le seul exemplaire connu de l'édition in-8° est conservé dans la bibliothèque du Baptist College, à Bristol. Il a été reproduit, en 1862, à Bristol, en fac-similé, par Fr. Fry. Tyndal publia à Anvers en novembre 1534 une nouvelle édition de son Nouveau Testament, « soigneusement corrigé et comparé avec le grec. » La version de Tyndal a été faite en effet sur le texte original, d'après la troisième édition du Nouveau Testament grec d'Érasme (152); elle a servi de base à toutes les versions anglaises postérieures.

Tyndal publia aussi, en 1530-1531 , une traduction sur l'hébreu du Pentateuque et de Jonas ; il avait également traduit les autres livres historiques de l'Ancien Testament jusqu'aux Paralipomènes inclusivement et divers autres fragments des Livres Saints; mais il subit le dernier supplice, à cause de ses opinions religieuses, en 1536, près d'Anvers, sans avoir complété la version de l'Ancien Testament. La traduction de Miles Coverdale compléta son œuvre : elle embrasse tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et fut publiée, en 1535, sur le continent, on ignore en quel endroit (peut-être à Zurich). Elle est intitulée : Biblia, the Bible, that is the holy Scripture of the Olde and New Testament , 1535. Il se servit beaucoup des travaux de Tyndal. Son œuvre plut à Henri VIT, qui l'autorisa et qui ordonna, en 1536, qu'un exemplaire de la Bible complète, en latin et en anglais, serait placé dans le chœur de toutes les églises du royaume, à la disposition de ceux qui voudraient la lire.

La Bible, appelée Matthew's Bible, fut publiée par John Rogers, un ardent ami de Tyndal. Tout le Nouveau Testament, la première partie de l'Ancien jusqu'à la fin du second livre des Paralipomènes et plusieurs chapitres des prophètes sont tirés de la version imprimée ou restée manuscrite de Tyndal; le reste, que Tyndal n'avait pas traduit, est pris de la version de Coverdale. Cette Bible fut imprimée in-folio, en 1537, jusqu'à Isaïie inclusivement, à l'étranger (probablement à Lubeck); à partir

d'Isaïe, à Londres, Rogers y pritle pseudonyme de Thomas Matthew, d'où le nom donné à cette version, Elle fut d’abord proscrite par le gouvernement, mais ensuite elle reçut son approbation (Set forth with the King's most gracious license), et le clergé reçut l'ordre d'en placer un exemplaire dans toutes les églises.

On publia plusieurs revisions de la Bible de Matthew. — La Grande Bible (Great Bible) est ainsi appelée à cause de la grandeur de son format. Cette édition revisée de Matthew fut commencée à Paris, mais elle y fut saisie avant d'être terminée; les imprimeurs français transportèrent alors leurs caractères et leurs presses à Londres, et c'est là que la grande Bible parut en 1539, après avoir été revue et corrigée par Coverdale. Une nouvelle édition, parue en 1540, est connue sous le nom de GCranmer’s Bible, parce qu'elle est précédée d'un prologue de l'archevèque Cranmer. — La Bible de Taverner, in-f0, 1539, est également une revision de celle de Matthew, faite sous le patronage de Cromwell.

La « Bible de Genève » est une revision de celle de Tyndal, dans laquelle le travail de ce dernier ἃ été de nouveau comparé avec les textes originaux, pour le Nouveau Testament par William Wittingham, qui devint dans la suite doyen de Durham; pour l'Ancien Testament par Wittingham, Gilby et Sampson. L’Ancien Testament parut en 1540. Le Nouveau Testament fut publié à Genève, en 1557; c'est le premier de la langue anglaise où la distinction des versets soit indiquée par des chiffres.

La « Bible de l'archevêque Parker » ou « des évêques » (Bishops’ Bible) est ainsi nommée parce que, parmi les quatorze savants qui y travaillérent, huit étaient évêques. Parker, qui avait conçu le projet de cette œuvre, la dirigea lui-même ; mais, outre les quatorze reviseurs qui avaient élé chargés chacun d’une partie de la version, il eut recours encore à d'autres critiques qui la comparérent avec les autres éditions savantes des Écritures. Son but n'était pas de faire une traduction nouvelle, mais de corriger et de perfectionner celle de Cranmer. Son édition, publiée en 1568, et exécutée avec grand luxe (elle est ornée de 143 gravures), fut imposée pour l'usage des églises, en 1571, et elle resta pendant quarante ans la version officielle, quoique la Bible de Genève fût lue de préférence dans les familles. La Bible des évêques fut réimprimée, en 1572, grand in-folio, avec des corrections; cette dernière édition est communément appelée la Bible de Matthew Parker.

La Bible du roi Jacques (King James’ Bible) est la « Version autorisée » de l’Église anglicane. Elle fut commencée avec l'approbation de ce prince, en 160%, à la suite d'objections qu'on avait formulées contre la Bible des évêques. Cinquante-quatre personnes furent choisies, parmi celles qui avaient la plus grande réputation de savoir, pour travailler à cette version ; mais quarante-sept seulement purent y travailler de fait, Les traducteurs se partagèrent en six groupes, chargés chacun d’une partie des Livres Saints. Ces groupes se réunissaient périodiquement et examinaient avec grand soin la partie qui avait été préparée. La version de Tyndal servit de base; mais elle fut comparée minutieusement avec les textes originaux, et l'on se servit aussi des éditions de Coverdale, de Matthew, de Cranmer, de Taverner, et de la Bible de Genève, auxquelles on emprunta tout ce qui parut bon. La « Version autorisée » est donc plutôt une compilation des anciennes versions qu'une version nouvelle, Commencée au printemps de 1607, elle fut terminée en 1611 et parut en un magnifique in-folio, sous ce titre : The Holy Bible Conteyning the Old Testament and the New : Newly translated out of the originall Tongues : And with the former translation dihgently compared and reuised by his Majesties speciall Comandement, Appointed to be read in Churches. C'est un monument classique de la langue anglaise, Le style en est simple, pur, nerveux. Elle est restée jusqu’à ces derniers temps

ANGLAISES (VERSIONS) DE LA BIBLE

la Bible de tous les anglicans, et elle a exercé sur l'Église d'Angleterre une grande influence, « Qui voudrait soutenir, dit le P, Faber, Lives of the Saints, p. 118, que la Bible protestante n'est point, par sa rare beauté et son style merveilleux, l’une des principales citadelles de l'hérésie dans ce pays (l'Angleterre) ? Elle continue à vivre dans l'oreille, comme une musique qu'on ne peut oublier. Elle est une portion de l'esprit national et l'ancre de la gravité nationale, »

Cependant les progrès de la philologie et de l'exégèse ont fait reconnaître aux anglicans eux-mêmes qu'elle avait besoin de corrections ; de plus, la langue a vieilli. Quoique généralement fidèle, elle n’a pas toujours saisi exactement le sens; des termes obscurs n'ont pas été compris ; les modes et les temps des verbes sont souvent mal rendus; les règles de la poésie hébraïque, en particulier le parallélisme, sont ignorées, etc. Certaines expressions qu’elle emploie sont aujourd'hui hors d'usage ou choquantes. Aussi depuis le xvirre siècle en demandet-on la revision. H. Ross la réclama dès 1702, Essay for a new Translation, mais sans réussir à attirer l'attention publique. Plus tard, en 1758, le célèbre Lowth se prononça aussi en faveur d’une revision, et ée projet gagna peu à peu du terrain. Un catholique, Geddes, proposa un plan de revision, Prospectus for a new translation, 1786, et l’exécuta en partie. La révolution française fit oublier quelque temps la question. Elle fut reprise, en 1818, par John Bellamy. Depuis, on n’a cessé de s’en occuper. Enfin, en février 1870, la convocation ou synode de la province ecclésiastique de Cantorbéry nomma un comité composé d'un grand nombre de savants, qui se mit à l'œuvre de la revision. On remarquait parmi eux : Ellicott, président ; Alford, Lightfoot, Scrivener, Tregelles, Westcott, Wordsworth. Voir The Nineteenth Century, juin 1881, p.919; Farrar, The revised Version, dans la Contemporary Review, mars 1882. Depuis 1816, il existait aux États-Unis une société de revision qui n'était pas restée inactive. Des reviseurs travaillèrent dès lors dans ce pays avec un nouveau zèle, en même temps qu'en Angleterre. L'édition fruit de tous ces travaux ἃ paru enfin. Le Nouveau Testament ἃ vu le jour en 1881; l'Ancien, en 1884. Cette publication ἃ été applaudie et attaquée avec passion; l'émotion qu'elle a soulevée n’est pas encore calmée, et les avis sont très partagés sur la valeur du travail exécuté par les nouveaux éditeurs. Voir, sur les règles suivies dans la revision, la préface placée en tête du New Testament of our Lord and Saviour Jesus Christ, translated out of the Greek : being the version set forth A. D. 1611 compared with the most ancient authorities and revised A. D. 1881, in-32, Oxford, 1881, p. V-xXvIIr.

IV. Version catholique anglaise de Reims et de Douai. — Les catholiques anglais, écrasés par la tyrannie d'Henri VIIL et d'Élisabeth, ne pouvaient plus pratiquer librement leur religion sur le sol de la Grande-Bretagne ; un grand nombre avaient été obligés de se réfugier sur le continent et surtout en France. C’est dans l'exil que fut faite et publiée la traduction anglaise des Écritures à l'usage des catholiques. Des hommes de grand mérite, professeurs du collège anglais de Reims : Grégoire Martin, gradué de Cambridge ; Allen, depuis cardinal, et Bristow, traduisirent et publiérent dans cette ville le Nouveau Testament, en 1582, d’après la Vulgate, avec des notes dogmatiques et polémiques. L'Ancien Testament parut à Douai, en deux volumes, en 1609 et 1610. Cette version ἃ été attaquée fort injustement par plusieurs critiques protestants. Voici ce qu'a écrit sur cette traduction un juge compétent, Mer Kenrick, archevêque de Baltimore : « L'auteur de l'introduction historique des Heæaples anglais reconnait que « les traducteurs possédaient toutes les qualités néces- « saires pour remplir leur tâche, en tant que le savoir et « l'habileté peuvent y servir ». Scrivener dit de cette version : « Elle est très recommandable pour son exacti- « tude scrupuleuse et sa fidélité, C'est un acte de justice

599 ANGLAISES « de reconnaître qu'on n’a jamais pu reprocher chez nous « aux traducteurs de Reims aucun cas d'altération volon- « taire des Écritures.. » Toutefois, quoique je ne puisse être d'accord avec Geddes, qui caractérise la version de Reims comme « barbare », Je ne nierai point que l'attachement scrupuleux des traducteurs à la lettre de la Vulgate, en rendant les noms de lieux et de personnes, et leur désir de conserver des mots hébreux et grecs qui avaient été gardés dans le latin, de même que leur sysième d'exprimer les mots latins par des termes anglais correspondants d'origine latine, au lieu de puiser aux sources du pur anglais, n'aient nui beaucoup à la clarté et à la beauté de leur version. Pour remédier à ces défauts, le Dr Cornelius Nary, prêtre ilandais, publia, en 1709, à Londres, une version nouvelle qui fut réimprimée à Paris, en 1717. Le Dr ἢ. Witham, théologien anglais du collège de Douai, publia, en 1736, une revision de la traduction de Reims, avec de savantes notes où il n'y ἃ aucune aigreur. La nécessité de cette revision était alors si profondément sentie, que le D' Challoner et d’autres théologiens, alors attachés au collège de Douai, lui donnèrent leur approbation écrite, et quelques années après, en 1749-1750, ce vénérable prélat publia lui-même à Londres, en cinq volumes, une édition revisée de toute Ja Bible, avec des notes peu nombreuses et nullement agressives, On lui reproche d’avoir considérablement affaibli le style, en évitant les inversions qui mettent souvent en relief les parties principales de la phrase, et en insérant des qualificatifs inutiles; mais sa revision n’en a pas moins été favorablement accueillie, et elle a toujours servi depuis de règle aux éditions qui ont été publiées en Angleterre, en Irlande, en Écosse et aux États-Unis. — Une édition de Dublin, approuvée par l'archevêque catholique de cette ville, Mur Troy, fut publiée, en 1791, par R. Cross. — En 1810, Bernard Mac Mahon fit paraître une autre édition, dans laquelle on signala de graves erreurs typographiques et quelques changements de texte. Des libertés semblables ont été prises par d’autres éditeurs, de sorte qu'il n’est pas aisé de déterminer toujours la vraie leçon ; des omissions et des méprises importantes déparent la plupart des éditions, en remontant jusqu’à l'édition de Dublin, donnée par Reilly, en 1794. — Une autre édition de Dublin, par Coyne, en 1816, contient la préface de Reims, qui est placée au commencement de la Bible, et les notes de Reims, pour le Nouveau Testament; mais le texte, ainsi que les notes pour l'Ancien Testament, sont de la revision de Challoner. Mgr Troy désavoua les notes. Un écrivain de la Dublin Review, qu'on croit être le cardinal Wiseman, a insisté sur la nécessité impérative de la revision et de la correction de la version catholique. » Fr. P. Kenrick, The New Testament, 2: édit., Pref., in-80, Baltimore, 18692, p.1v-vr. Cette revision désirée par les catholiques de langue anglaise a été faite par le savant archevêque de Baltimore lui- -même, Mr Kenrick (1797-1863). Il a publié, en 1849, la revision des Évangiles ; en 1851, celle du Nouveau Testament complet, et celle de tout l'Ancien Testament, de 1858 à 1860. — Voir aussi, sur la Bible catholique anglaise, Th. G. Law, Introductory Dissertation on the Latin Vulgate, reprinted from the new edition of the Douai Bible, in-19, Londres, 1877; Fr. Newman, The Douay Version, dans le Rambler, juillet 1859, et Tracts theological and ecclesiastical,

V. Bibliographie. — Baber, Account of Saxon and English versions, dans son édition de Wycklifle, New Testament, in-40, Londres, 1810; Johnson, Account of the several English translations of the Bible, in-&, Londres, 1730 ; Newcome, Historical view of the English Biblical translations, in-8°, Dublin, 1792 ; Marsh, History of the translations which have been made of the Scriptures from the earliest to the present age, in-8, Londres, 1812; Lewis, History of the principal translations of the Bible, æ édit., in-8°, Londres, 1818; Todd, Vindication of our

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