‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 303 sur 474 · ANIMAUX IMPURS · texte numérisé non relu

ANIMAUX IMPURS

peuples environnants, et dans les traditions du peuple hébreu lui-même.

Quant à l'efficacité de ce moyen de séparation morale, elle est hors de doute. Il est certain que c'est surtout à table que se forment, se maintiennent, et se développent les relations, principalement les relations d'amitié. Quand les habitants d’un pays, par suite des prescriptions alimentaires qui les régissent, ne peuvent ni recevoir à leur table les habitants du pays voisin, ni accepter d'invitation chez eux, l'intimité est à peu près impossible entre eux. Ils auront, pour le commerce, l'industrie, les rapports indispensables qu'exige la nature des contrats où des marchés dont l'occasion se présente; mais tout se bornera là ; il n'y aura pas, ou presque pas, d'influence morale réciproque, et chacun des deux peuples gardera sa tradition, ses coutumes, ses mœurs. Ces réflexions sont confirmées par l'expérience. Le but que Moïse s'est proposé a été atteint; nous pourrions même dire qu'il a été dépassé. Les Juifs sont restés séparés des paiens leurs voisins ; ils n’ont eu avec eux que les rapports nécessaires ; les rapports plus intimes leur paraissaient prohibés ; ils disaient ouvertement qu'il leur était défendu d'avoir commerce avec les étrangers, de manger avec eux, etc. Act., x, %8 ; x1, 3. Notre-Seigneur lui-même, qui mangea quelquefois avec des publicains, ne put échapper au blime des Juifs. Marc, 11, 16; Luc, xv, 2. Bien plus, mettant le comble à l’exagération, les Juifs sont allés jusqu'à regarder comme immondes, non seulement les aliments des païens, mais les païens eux-mêmes, en sorte que, à leurs yeux, le contact physique avec ceux-ci faisait encourir une impureté légale. C’est pourquoi les Juifs, le jour de la mort de Notre-Seisneur, ne veulent pas entrer dans le prétoire de Pilate, afin de ne pas se souiller. Joa., xvH1, 28.

Aussi les Gentils, mis, pour ainsi dire, au ban de la société par les Juifs, ieur rendent volontiers la pareille, et signalent, non sans une pointe d'ironie, leur isolement

volontaire, C’est ce que nous voyons, par exemple, dans

le 3 livre (historique, quoique non canonique) des Machabées, ch. ur. C’est ce que nous lisons aussi dans Philostrate, De Vita Apollonii Thyanæi, v,2: «Les Juifs, dit-il, dès l'antiquité, se sont séparés non seulement des Romains, mais encore de tout le genre humain; car ils ont imaginé un genre de vie si séparé, qu'ils n'ont rien de commun avec personne, ni la table, ni la prière, ni les sacrifices. » Beaucoup d'écrivains signalent cette tendance des Juifs à vivre séparés de tout le monde. Tacite, Hist., v, 5; Justin, Hist., xxxvi, 2. Les écrits de Josèphe font souvent allusion à cette aversion des Gentils contre les Juifs, occasionnée par la « vie séparée » de ceux-ci; voir surtout Cont. Apion., τι, 36, ete. Cf. Selden, De Jure naturali, Wittenberg, 1770, 1, 5, p. 177-179. Ainsi les Juifs avaient exagéré la portée de la loi de Moïse sur la distinction des aliments ; mais cela n’en montre que mieux l'efficacité de cette prescription par rapport au but que se proposait leur législateur. Ce but de Moïse, dans la loi qui nous occupe, est bien exposé par Michaelis, Mosaisches Recht, 8. 203, t. 1v, p. 193-900, dont les conclusions sont suivies par Rosenmüller, 7n Lev., xt, 1.

Le second but principal des prescriptions de Moise sur la distinction des animaux, c’est l'hygiène. On ἃ prétendu que Moïse, dans les prescriptions dont il s'agit, n'avait tenu aucun compte de l'hygiène et qu'il avait sacrifié à un vain symbolisme la santé publique d'Israël. C'est le contraire qui est vrai. Les hommes les plus compétents dans la science médicale s'accordent à reconnaitre que, non seulement aucune des prescriptions mosaïques sur l'alimentation n’est opposée aux règles de l'hygiène, mais, au contraire, que toutes favorisent singulièrement la santé publique et sont très propres à prévenir les maladies, qui pourraient être si fréquentes dans la partie de l'Orient habitée par les Juifs. Voici ce que dit, à ce sujet, le D' Guéneau de Mussy : « Moïse ne s'est pas contenté de jeter les bases de l'hygiène sociale; il est entré dans des détails

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