‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 313 sur 474 · ANNALISTE — ANNE, ÉPOUSEMDE TOBIE · texte numérisé non relu

ANNALISTE — ANNE, ÉPOUSEMDE TOBIE

réguliérement l'histoire de leur règne, ΠῚ Reg., x1, A; |

x1v, 49; xv, 7, etc.

ANNE, nom d'homme et de femme. Hébreu : Hannäh, « grâce ; » Septante : "Avwva. ’

À. ANNE, épouse d'Elcana , I Reg., 1, 1, mère de Samhel, après l'épreuve d'une longue stérilité, 1 Reg., 1,5, honorée cependant de l'affection constante de son mari, qui lui donnait comme à Phénenna, sa seconde femme, mère de plusieurs enfants, une part (d'après le syriaque : une double part) des sacrifices d'actions de grâces qu'il offrait à Silo, aux jours marqués, sur l'autel du Seigneur. I Reg., 1, 3-7. Cette attention avait excité la jalousie de Phénenna à ce point, qu'elle se répandait en invectives contre Anne, lui reprochant sa stérilité. La vertueuse Anne supportait en silence cet affront ; mais elle le sentait si vivement, qu'elle ne pouvait manger la part du sacrifice qui lui était offerte, et elle pleurait amérement. Un jour, après le sacrifice, Elcana, la trouvant à l'écart et baignée de larmes, chercha à la consoler, et la détermina à prendre un peu de nourriture. 1 Reg., 1, 8-9. Puis par une inspiration d'en haut, Anne, s'étant approchée du tabernacle, y répandit longtemps sa prière, et fit le double vœu (nédér, vœu positif de faire quelque chose, par opposition à ’issér, Num., xxx, 3, vœu par lequel on s’engageait à s'abstenir), si Jéhovah mettait un terme à sa stérilité et lui donnait un fils, de le lui consacrer, non seulement comme les lévites qui n'étaient obligés au service du temple que depuis vingtcinq, Num., vin, 24, ou trente ans, Num., 1V, 2, jusqu'à cinquante, et à des temps déterminés, mais durant tout le cours de sa vie; puis de l'élever selon les règles du nazaréat, Num., vi, 1-21, dont les prescriptions principales étaient de ne jamais couper sa chevelure, et de ne point user de liqueurs enivrantes. Voir NAzaRÉAT. Les Septante expriment ces deux conditions du vœu de la mère de Samuel : οἶνον χαὶ μέθυσμα οὐ πίεται χαὶ σίδηρος οὖχ ἀναθήσεται ἐπὶ τὴν χεφαλὴν ἀντοῦ, 1 Reg., 1, 11, tandis que la Vulgate n'exprime que la seconde. Anne, en faisant ce vœu, ne prétendait point et ne pouvait d’ailleurs engager la liberté de son enfant; elle promettait seulement à Dieu de faire son possible pour le déterminer à observer ce qu'elle avait promis à son sujet.

Dans cet acte de religion elle eut à subir un nouvel affront, là d'où elle devait le moins l’attendre; car, comme elle priait tout bas, « parlant à son cœur » selon l'hébreu, cf. Gen., χχχιν, 3, et remuant seulement les lèvres, contrairement à la pratique ordinaire chez les Juifs de prier à haute voix, Héli, le grand prêtre, par une légereté de jugement diflicile à excuser, la prit pour une femme de mauvaise vie, « une fille de Bélial, » I Reg., 1, 16, et l'invectiva rudement. Les Septante, à cause sans doute de la dureté de ces paroles, ont attribué ce reproche au serviteur du grand prêtre : Καὶ εἴπεν αὐτῇ τὸ παιδάριον "His. ÿ. 14, ce qui est invraisemblabkle puisque Anne répondit directement au grand prêtre, Ÿ. 15. Elle se justifia avec force et modération, sans toutefois manifester l’objet de sa prière, qui demeura son secret, et sans doute aussi celui d'Elcana, qui parait avoir fait le même vœu que son épouse. 1 Reg., 1, 21. L'accent de sincérité d'Anne, sa modestie et sa douceur, firent reconnaître au grand prêtre son erreur, si bien qu’à son départ il la salua par des paroles de bénédiction, que le Seigneur exauça; car Anne rentra à Ramathaïim-Sophim, le cœur consolé et si plein d'espoir, que, selon l'hébrea, « son visage ne fut plus (le même). » 1 Reg., 1, 18. Quelques mois après naissait Samuel, « exaucé de Dieu, » qui était ainsi non seulement le fruit de son sein, mais encore et surtout le fruit de sa foi, de ses prières et de ses larmes. I Reg., 1, 20, Quand l'enfant fut sevré, ce qui avait lieu vers l'âge de trois ans, II Mach., var, 27 (ou peut-être : fut élevé, car le mot gémäl, ÿ. 22 et 24, s'entend aussi dans ce

sens, Cf. ΠῚ Reg., x1, 20), Anne le conduisit à Silo pour l'accomplissement de son vœu, et elle le présenta au Seigneur, offrant en même temps en sacrifice trois taureaux, lReg., 1, 24 (Septante: ἐν μόσχ» τριετίζοντι), dans lesquels sont compris deux taureaux qu'offrait ordinairement Elcana (voir le texte des Septante, ÿ. 35), ce qui fait qu'au ÿ. 95, l'écrivain, n'ayant en vue que l'offrande d'Anne, ne parle plus que d'un taureau; puis trois mesures de farine (hébreu : un épha, vingt litres environ; d'aprés Ruth, 1, 17, trois mesures équivalaient à un épha}, ef. Ezech., xLvI, 7, et une amphore (hébreu : nébél, « une outre »} de vin. Les Septante ajoutent : des pains. 1 Reg., 1. 24. A ce moment Anne présenta Samuel au grand prêtre, en lui rappelant la circonstance de sa prière; elle lui déclara aussi son vœu, mélant à cette déclaration un double jeu de mots sur le terme ὅδ᾽ αἱ, « demander, accorder. » «Le Seigneur, dit-elle, m'a accordé ma demande (86 δια (1) que je lui ai adressée ($a’alti), c'est pourquoi je lui accordé (his'ü{ihü, à la forme hiphil) tout le temps qu'il sera consacré ($a’ül) au Seigneur. » 1 Sam. (1 Reg), 1, 27-28. La consécration de Samuel apparaît dans ce jeu de mots comme intimement liée, dans la pensée d'Anne, avec sa demande et se confond avec elle.

C'est alors que, dans la joie de voir ses espérances réalisées, Anne chanta au Seigneur son sublime cantique. I Reg., 11, 1-10. Les critiques modernes ont vainement tenté d'en nier l'authenticité, en disant qu'il est un chant de triomphe destiné à célébrer un succès plus général que la naissance de Samuel, et composé à une époque plus récente qu'ils n'essayent pas d’ailleurs de déterminer. Asserlion toute gratuite et insoutenable. Il ne répugnerait pas en soi que ce cantique, ayant été composé avant la naissance de Samuel, Anne l’eût emprunté pour célébrer les gloires de sa maternité; mais pour l'affirmer, il faudrait une raison positive, qui n'existe pas. Rien n'empêche d'ailleurs que le regard de la pieuse mère se soit élevé, sous le souffle de l'Esprit de Dieu, du bienfait personnel jusqu’à la contemplation prophétique du bienfait national lié à la naissance de Samuel, savoir : la consécration du premier roi de Juda, la délivrance du peuple opprimé, la ruine des ennemis de Dieu, enfin, et par-dessus tout, le règne triomphal du Messie. [ Reg., 11, 1-10. Herder, Histoire de la poësie des Hébreux, t. πα, ch. vin ; Meignan, Les prophéties contenues dans les deux premiers livres des Rois, Paris, 4878, p. 71-102; Thalhofer, Erklärung der Psalmen, Ratisbonne, 1880, p. 840-843. La très sainte Vierge dans son Magnificat, Luc, 1, 46-55, s'est appliqué plusieurs des pensées du cantique d'Anne, en laquelle tous les interprètes ont vu une figure de la fécondité miraculeuse de la Mère de Dieu. Anne est encore regardée comme l’image de l'Église persécutée à son origine, puis féconde et glorieuse, tandis que Phénenna est regardée comme le type de la Synagogue, d’abord puissante, puis rejetée. S. Cyprien, t. 1v, col. 522; 5. Grégoire le Grand, t. LxxIx, col. 27, 62, 90; 5. Isidore de Séville, 4. LXXxIm, col. 111-112. On peut aussi voir en elle avec saint Augustin, t. xur, col. 5%, la figure de la religion chrétienne et de la grâce. Saint Jean Chrysostome ἃ exposé tous les enseignements moraux qui découlent de la maternité d'Anne dans cinq homélies très remarquables, t. τὰν, col. 631-676. La mère de Samuel a été mise par plusieurs auteurs au nombre des saints de l'Ancien Testament, bien qu'elle ne se trouve inscrite dans aucun ménologe grec, ni martyrologe latin. P. RENARD.

2. ANNE, épouse de Tobie le père, et comme lui de la tribu de Nephthali (selon les Septante, de la famille même de Tobie), et mère du jeune Tobie, Tob., 1, 9, suivit son mari dans les rudes épreuves de l'exil et de la captivité à Ninive, lorsque Salmanasar y transporta en masse les Israélites après la prise de Samarie. IV Reg., xx, 6; xvint, 9-10. Elle lui fut fidèle non seulement dans ces épreuves communes, mais encore dans la persécution

personnelle que lui suscitèrent ses œuvreste miséricorde. Tob., 1, 21-95. Sa piété envers Dieu et son affection pour son mari soutinrent son courage, lorsqu'après l'accident arrivé à Tobie, la famille tomba dans le dénuement, Car, pour arriver à faire vivre son époux aveugle et son fils, elle se fit mercenaire et travailla à tisser la toile. Un jour qu'elle avait reçu un chevreau en payement de son travail, ou, selon le texte grec, en surplus de son salaire, une observation de son mari l'amena à révéler son caractère susceptible et emporté. Elle alla jusqu'à reprocher à Tobie ses aumônes et ses œuvres de miséricorde, parce qu’elles n'avaient abouti qu'à les réduire à la pauvreté. Il y a dans ses paroles un accent de blasphème contre la bonté et la providence de Dieu. Tob., 11, 19-93. Cette irritabilité se renouvela, au milieu des larmes de sa tendresse maternelle, à l'occasion du voyage de son fils à Ragès. Tob., v, 23-95 ; x, 4-7. Heureusement la tristesse fit place à la joie lorsque, du haut de la colline d’où elle allait souvent interroger l'horizon, Anne reconnut dans le lointain le jeune Tobie qui revenait. Tob., x1, 5-6. La réception qu’elle lui fit est un peu plus explicitement racontée dans les textes grecs que dans la Vulgate. Anne survécut à son mari, Tob., x1v, 12, et fut assistée jusqu'à sa mort par son fils et sa belle-fille, comme le vieux Tobie l'avait recommandé. Tob., χιν, 14. P. RENARD.

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