ANNE, ÉPOUSE DE TOBIE
3. ANNE, épouse de Raguel et parente, par son mari, de la famille de Tobie, Tob., vi, 2, est appelée par les textes grecs "Eôvæ, de l’hébreu ‘édnäh, « volupté, délices, » facilement transformé en Anna. Elle manifesta, aussi bien que son mari et sa fille, une cordiale tendresse pour son jeune cousin Tobie, quand elle le reconnut à son arrivée à Ragès, et elle sempressa, comme eux, de le recevoir dignement. Tob., vis, 8-9. Elle ne paraît pas avoir été appelée à donner son avis dans le mariage de sa fille avec Tobie, mais elle entra docilement dans les vues de son mari, et fit, en cette circonstance délicate et périlleuse, une belle profession de sa confiance en Dieu. Tob., vir, 18-20.
P. RENARD
4. ANNE, mère de la sainte Vierge. Son nom ne se lit pas dans les livres canoniques. Les plus anciens écrits qui contiennent son histoire sont les Évangiles apocryphes, l'Évangile de la Nativité de Marie et de l'enfance duSauveur et le Protévangile de saint Jacques (Fabricius, Codex apocryphus Novi Testament, τ. 1, p. 19-67). Il y est raconté que le père d'Anne, appelé Mathan, était prêtre et habitait Bethléhem. Il eut trois filles, Marie, Sobé et Anne. Marie épousa un homme de Bethléhem, et devint la mère de Marie Salomé ; Sobé se maria aussi dans le même village, et donna le jour à sainte Élisabeth, mère de saint Jean-Baptiste ; enfin Anne épousa saint Joachim, qui était de Galilée. Elle fut longtemps stérile, mais elle obtint enfin de Dieu la Bienheureuse Vierge Marie. Ses parents la consacrérent, quand elle eut atteint l’âge de trois ans, au service du temple de Jérusalem, et ils moururent quelque temps aprés. Tel est le récit du Protévangile de saint Jacques. Il est difficile de déméler ce qu'il peut contenir d'historique et de légendaire ; mais l'Église a consacré la tradition qui fait de saint Joachim et de sainte Anne le père et la mére de la sainte Vierge, et leur culte est fort ancien chez les Orientaux, comme nous l'apprenons par saint Grégoire de Nysse et par saint Épiphane. Hær. ΤΧΧΥ͂ΠΙ, 17, t. XLI1, col. 728. Il existe des hymnes grecques antiques en l'honneur de la mère de Marie (Lambecius, Comm. de Biblioth. Vindob., 1. 111, p. 207) ; les homélies des Pères en l'honneur de la sainte Vierge célébrent aussi les louanges de sainte Anne. Voir en particulier saint Jean Damascène, Hom. 1 in dorm. Mariæ, 5, 1, xCvi, col. 708, Justinien fit dédier une église en son nom à Constantinople, en 550, d'après Procope, De ædif. Justiniani, 1, 3, édit. de Bonn, t. ut, p. 185. L'Église grecque honore sainte Anne, le # septembre, conjoinlcinent avec saint Joachim; le 9 décembre elle fête sa
— ANNE, GRAND PRÊTRE 630 conception, et le %5 juillet sa mort. L'Église latine célèbre sa fête le 26 juillet. Les artistes chrétiens l'ont souvent représentée enseignant à lire l'Ancien Testament à la sainte Vierge encore enfant. Cf. J. Wessely, Iconographie Gottes und der Heiligen, in-8', Leipzig, 187%, p. 72. Voir Menologium Basilianum, dans Assemani, Calendaria Ecclesiæ universalis, t. νι, au %5 juillet; Legenda matronæ Annæ, Leipzig, 1502; Binerus, De Joachimo, Anna et Josepho, Anvers, 1638 ; Frantz, Versuch einer Geschichte des Marien und Annen-Cultus, Halberstadt, 1854 ; Acta Sanctorum, juliü, t. vi, p. 233-261. EF, VIGOUROUX.
5. ANNE, la prophétesse. Elle était fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Luc., 11, 36. Veuve, après avoir vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité, elle allait tous les jours au temple, et servait Dieu, nuit et jour, dans les jeûnes et la prière. Elle était àgée de quatre-vingt-quatre ans, lorsqu'elle survint dans le temple le jour de la présentation de Notre-Seigneur, à l'heure où le vieillard Siméon, bénissant Dieu, proclamait en face de tous que Jésus était le Messie attendu d'Israël. Anne aussi louait le Seigneur et parlait de l'enfant à tous les Juifs pieux qui passaient leurs jours dans le temple, et attendaient la rédemption d'Israël. C'est parce qu'elle annonçait la venue du Messie qu'elle est appelée prophétesse; elle forme ainsi la transition entre les prophétesses (nebi’äh) del'Ancien Testament, Exod., xv, 20 ; Jud., 1v, 4; IV Reg, xx, 44; Is., vu, 8, et celles du Nouveau. Act., XxI, 9.
Bien que le texte affirme qu'Anne ne s’éloignait pas du temple, il n’est pas probable, comme l'ont pensé certains exégètes, qu'elle ait vécu dans une des annexes de cet édifice. Saint Ambroise et quelques commentateurs ont cru qu'Anne était restée veuve pendant quatre-vingtquatre ans, et qu'elle était âgée d'environ cent six ans lors de la Présentation de Notre-Seigneur ; mais le texte grec n’est pas favorable à cette opinion. On célèbre la fête de sainte Anne la prophétesse le 1er septembre.
E. JACQUIER