ABANA — ABARIM
tous les rabbins dont on peut le plus profiter pour l'intelligence des Livres Saints... », et lorsqu'il porte sur lui ce jugement : « Abarbanel n'a pas moins de netteté et d'éloquence en hébreu que Cicéron en a en latin. » Il reconnait d'ailleurs qu'il est plus rhéteur qu'exégète, et que parfois il est trop subtil et trop prolixe. On trouve, en effet, dans ses commentaires, des dissertations longues et diffuses sur des questions théologiques qui vont plus ou moins au sujet. Souvent aussi il se répand en attaques violentes contre la religion chrétienne.
Bibliographie. — Les ouvrages d'Abarbanel, en tout on en partie, ont été très souvent publiés, dans le texte original ou dans une traduction latine. Le commentaire sur le Pentateuque a été imprimé à Venise, 1579, in-fo, et réimprimé dans la même ville, 1584, après des suppressions et corrections faites par ordre de l'Inquisition. L'édition de 1710, in-f, Hanovre, donnée par H. 1. Bashuysen, reproduit la première édition de Venise et est plus correcte. Le commentaire sur le Deutéronome avait été imprimé séparément à Sabionetta (Italie), in-f, 1551. — Éditions particulières : Commentaire sur les premiers prophètes, Naples, 1593; et, plus correctement, in-f, Leipzig, 1681 ; Hambourg, 1687. Commentaire sur les derniers prophètes, Pesaro (Italie), 1520 ; Amsterdam, 161, édition plus élégante que la première et augmentée de deux tables. Commentaire sur Daniel, Les sources du salut, im-4%, 4551, sans nom de heu; Amsterdam, in-40, 1647; selon Wolf, il y aurait eu une édition à Naples, in-#%0, 1497, Le sacrifice de la Päâque, Constantinople, 1496; Venise, 1545; Crémone, 1557; Le héraut du salut, Salonique, in-4°, 1526; Amsterdam, 1644; traduit en latin par H. May, in-4, Francfort, 1712 ; Les secours du Messie, manuscrit de la Bibliothèque nationale, imprimé en 1898 à Carlsruhe. La couronne des anciens, Sabionetta, in-40, 1557; Amsterdam, 1739. — Voir Joh. Heinrich May, Dissertatio historico-philologica de origine, vita et scriptis I. Abrabanielis, Altorf, 1708; in-4, Francfort, 1712. Voir aussi Nicéron, Mémoires, t. xLI; Grätz, Geschichte der Juden, t. vin, p. 334; t. 1x, p. 6, 46; Jost, Geschichte des Judenthums, t. πὶ, p. 204. E. LEVESQUE.
ABARIM, chaine de montagnes du pays de Moab. Ce nom est toujours accompagné de l’article en hébreu: kar hä‘abarim, Num., xxvii, 12; Deut., xxxn1, 49, haré hä‘abarim, Num., xxx, 47, 48, « la montagne » ou «les montagnes des Abarim »; τὸ ὄρος τὸ ᾿Αδαρέμ., ἐν τῷ πέραν τοῦ Ιορδάνου. La racine ‘éber, qui est la même que celle du mot hébreu, peut avoir une double signification : « la région au delà [de l'Euphrate ], trans flumen, » ou «les passages »; aussi la Vulgate, Deut., xxx, 49, ajoute cette traduction étymologique : « c’est-à-dire, des passages ». Dans ce dernier cas, les montagnes en question seraient ainsi appelées parce qu’on descendait d'Hésébon à la vallée du Jourdain par les gorges qu’elles renferment.
D'après divers endroits de l’Écriture Sainte, nous savons que les monts Abarim se trouvaient « dans la terre de Moab », Deut., xxx11, 49, et avaient pour sommets principaux le Nébo, « en face de Jéricho, » ibid., le Phasga (Pisgäh) et le Phogor (Pe‘or), d'où l'on pouvait facilement « contempler la terre promise aux enfants d'Israël ». Num., xxvII, 12. Aussi est-ce là que Dieu transporte Moïse avant sa mort, pour lui faire embrasser d'un coup d'œil le pays de Chanaan, vers lequel le grand législateur a conduit son peuple, mais qu'il ne pourra lui-même fouler de ses pieds. Deut., xxxiv, 1. C'est de là que Balaam vient considérer et bénir les tentes d'Israël, Num., XI, 14, 98, fixées au pied de ces montagnes. Num., xx1, 20; xxIt, 1. C'est là aussi que Jérémie cache le tabernacle, l'arche d'alliance et l'autel des parfums. II Mac., πὶ, 4. Enfin le même prophète ajoute ce nom à ceux du Liban et de Basan au chap: xxu, 20; car il est plus conforme au contexte de lire avec l'hébreu mé‘abarim, « de l'Abarim, » que de traduire comme la Vulgate : « à ceux qui passent ».
Les voyageurs modernes, principalement M. de Sauley, en déterminant la position du mont Nébo, ont par li méme confirmé celle des monts Abarim, qu'Eusébe et saint Jérôme placent à six milles d'Hésébon. $S. Jérôme, Lib. de situ et nominibus locorum heb., t. xxXur, col. 867 et 918. Du reste, les passages de la Sainte Écriture cités plus haut montrent clairement qu'il faut chercher Abarim dans la partie septentrionale de cette région montagneuse qui, bornant la mer Morte à l'est, ἃ dans son ensemble une centaine de kilomètres de longueur, une largeur d'environ 40 kilomètres, avec une élévation générale d'à peu
rès 1000 mètres. Descendant brusquement en parois abruptes jusqu'au lac Asphaltite, les rochers sont coupés par les ravins des ouadis, qui « pénètrent dans l'intérieur comme d'étroites rues entre des murs verticaux. La végétation est rare sur les pentes et sur les plateaux de cette région d'El-Belka, plus généralement désignée par les noms des anciens peuples qui l'habitaient, Ammon et Moab. Cependant la nudité de ces monts n'est pas comparable à celle du massif calcaire de la Judée, à l’ouest de la mer Morte : non seulement les fonds bien arrosés sont remplis de fourrés verdoyants, mais des bouquets de chênes, des térébinthes, des lauriers croissent sur les terrasses tournées vers les vents humides de la Méditerranée, » Cf. Élisée Reclus, Asie antérieure, Paris, 1884, p. 708.
La partie septentrionale, qui s'étend depuis le Zerka- Main jusqu'à l’ouadi Hesban, et forme les monts Abarim, se distingue des autres par de plus nombreuses déchirures. Dans l’espace de quelques kilomètres, le plateau est coupé par cinq ou six ouadis, qui, commençant par une dépression assez douce, se creusent rapidement, en sorte que l'on n'a plus sous les yeux qu'une série de chaines parallèles, descendant par échelons vers la mer, et portant sur chacun de leurs flancs les ruines d'une cité antique. H. B. Tristram, The land of Moab, % édit., Londres, 187%, p. 318. On a, en effet, retrouvé dans ce pays des ruines de tout âge, restes de l’ancienne religion chananéenne : dolmens, menhirs, cercles de pierres, villes moabites, temples romains, etc.
Les explorateurs modernes, surtout de Sauley, Voyage en Terre Sainte, 2 in-89, Paris, 1865; H. B. Tristram, ouv. cité ; C. R. Conder, Heth and Moab, Londres, 1889, nous ont donné sur cette contrée des détails aussi précis qu'intéressants, et ont ainsi comblé une lacune qu’on déplorait depuis longtemps dans la géographie sacrée. Ils ont constaté de visu et à plusieurs reprises l'exactitude du récit biblique, quand il affirme qu'on peut de ces montagnes aperceVoir dans toute son étendue la Terre Promise. Deut., xxx1v, 1-3. Des sommets du Nébo, ou de Siäghah, ou de Maslubiyéh, la vue s'étend merveilleusement, vers l’ouest, d'Hébron à la Galilée, en passant par Bethléhem, Jérusalem, les monts Garizim et Ébal, le Thabor. « Le Jourdain se déroule comme un immense serpent à travers la vallée, et les torrents de la plaine de Jéricho descendent en serpentant pour rejoindre ceux qui s'élancent des collines de Moab. » Voir les détails dans C. R. Conder, Heth and Moab, p. 131-1. Voir NÉBo, Puasca. A. LEGENDRE.
ABARON (dans le texte grec original : Αὐαράν), surnom d'Éléazar, quatrième fils de Mäthathias et frère de Judas Machabée. 1 Mac., 11, 5. Voir ÉLÉAZAR 8.
ABAUZIT Firmin, calviniste français, né à Uzés en 1679, mort à Genève en 1767, où il avait été longtemps bibliothécaire de la ville. ΠῚ travailla à la traduction française du Nouveau Testament qui parut à Genève en 1796, et publia plusieurs écrits en faveur de l’arianisme. Ce qui Jui ἃ fait un nom dans l’exégèse est son Essai sur l'Apocalypse, travail remarquable, non par sa valeur, mais par ses hardiesses, L'auteur révoque en doute l'authenticité de l'Apocalypse, il insinue qu'elle n'est pas l'œuvie de