GG
En somme, si l'existence future de l'Antéchrist est certaine, les circonstances dans lesquelles il fera son appariion nous échappent. Beaucoup de Pêres ont pensé qu'il viendrait au bout de six mille ans, et qu'il sortirait de la tribu de Dan; mais, comme dit Bossuet, c'est ici une affaire non de dogme ni d'autorité, mais de conjecture Apocalypse, préface, $ 13. Ajoutons que ces conjectures ne reposent sur aucun fondement solide. Ce qui a fait penser que l’Antéchrist sortirait de la tribu de Dan, c'est un texte de la prophétie de Jacob, Gen., xx, 17, et le silence que ‘ garde sur Dan l'apôtre saint Jean, dans l'énumération qu'il fait des tribus au chapitre vu de l'Apocalypse. — La prophétie de Jacob s'applique à Samson et non à l'Antéchrist; quant au silence de saint Jean, s'il est réel, il ne prouve rien, attendu que dans la plupart des énumérations il y a toujours quelque tribu omise, Iei c'est Lévi, Num., xn1; là c'est Siméon, Deut., xxxin. Du reste, ἢ n'est pas certain que le silence soit réel, et on peut penser | avec D. Calmet que saint Jean ἃ nommé Dan à la place de Manassé, dont la présence ici n’a pas de raison d'être, puisque cette tribu n'est qu'une division de la tribu de Joseph, dont le nom est mentionné en cet endroit. Un copiste trompé par la similitude du Δ et du M aura lu May au lieu de Δαν et aura écrit Μανασσῆ. Apoc., Vi, 6. — Quant au chiffre de six mille ans, il a été inspiré par le désir de donner à la durée du monde autant de milliers d'années que sa création avait demandé de jours. Pour s'être autorisée du texte du psaume qui déclare que mille ans sont comme un jour aux regards de Dieu, cette supputation de la durée du monde n'en est pas moins fort arbitraire. Aussi on peut la mettre au rang de ces opinions qu'on appelle en théologie antiquatæ.
Est-ce à dire que les prophéties de l'Écriture se bornent à nous annoncer l'Antéchrist sans nous fournir sur son compte aucun autre renseignement ? Non, certes. Mais les renseignements que donne saint Paul, comme ceux qui sont contenus dans l’Apocalypse, suffisants pour faire reconnaitre l'Antéchrist lors de son arrivée, resteront jusque là énigmatiques. Ceux-là seuls auront besoin de savoir à quels signes reconnaître l'Antéchrist qui vivront aux derniers jours du monde ; pour les autres, le portrait de « l'homme d'iniquité » n'aurait qu'un intérêt de curiosité. Or, quand Dieu soulève un coin du voile qui nous couvre l'avenir, ce n'est pas pour satisfaire notre curiosité, c'est pour faciliter notre salut. Toutes les prophéties n'offrent avant leur accomplissement qu'énigmes et ob$curités; les obscurités s’éclaircissent , les difficultés s'évanouissent lorsque arrive l'événement qu'elles avaient annoncé. Saint Irénée, Contr. hæres., 1v, 26, t. vin, col. 1052. Voir Adson (pseudo-Raban-Maur), De ortu, vita et moribus Antichristi, in-4, 1505, dans Migne, Patr. lat., t. ci, col. 1289 - 1998: Malvenda, De Antichristo libri x1, in-f°, Rome, 1604; ‘Bible de Vence, édition de Drach, t. XXII; Bossuet, Commentaire sur l’Apocalypse, in-8°, Paris, 1689 ; Calmet, Dissertation sur l'Antéchrist, dans son Commentaire littéral, Saint Paul, t. 1716, p. XXVI-LVIL. J. TURMEL.
ANTÉDILUVIENNE (CIVILISATION). — Dieu créa le premier homme en état de se suffire à lui-même pour les besoins de la vie, même après sa chute. Adam et ses fils ne furent pas des « sauvages ». L'état sauvage est un état de dégradation, non un état primitif. Voir F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, 4e édit., τ. 1v, p. 171-190. Mais si les pères du genre humain ne furent pas des êtres barbares et incultes, ils ne furent pas cependant civilisés de la manière dont devaient l'être leurs descendants. Dieu ayant créé l'homme perfectible, non seulement comme individu, mais aussi comme société, lui a donné pour loi le progrès dans une mesure déterminée ; il a voulu que le progrès des uns | servit au bien-être des autres, et que les générations an- | térieures transmissent comme un héritage aux générations
se.
postérieures les trésors de connaissances qu'elles avaient | accumulés, afin que l'expérience des pères tournät au | profit des enfants. La Genèse ne nous fait connaitre que quelques traits de l’histoire de l'humanité primitive, dans les cinq premiers chapitres; mais ils suffisent pour marquer les progrès des premiers hommes, de la création au déluge, pendant une période dont il est impossible de marquer la durée exacte.
Dieu lui-même apprit à Adam et à Êve à se vêtir d'habits de peaux de bêtes. Gen., 111, 21. Ainsi commença
ANTÉDILUVIENNE (CIVILISATION) — ANTHROPOMORPHISMES
l'industrie humaine. L'origine de l'agriculture et de l'art pastoral est aussi ancienne que Caïn et Abel. Gen., 1v, 2. ΤΙ y avait donc dès lors des animaux domestiques, puisque Abel avait des troupeaux. Le culte religieux et le sacrifice offert au Seigneur est également aussi ancien. Gen., IV, 3-%, 26. Les arts et les métiers ne tardent pas non plus à paraître, et il est digne de remarque que c’est dans la famille de Caïn qu'ils se développent. Cain lui-même « construisit » la première « ville ». Gen., 1v, 17. Elle ne fut probablement qu'un centre d'habitation pour lui et pour ses enfants, garanti par quelque défense artificielle contre les incursions des bêtes fauves, mais elle fut la première origine de l'architecture et le commencement des bourgades et des cités. La longévité des premiers hommes leur permit de tirer plus de profit de leur expérience personnelle pour le progrès des arts et de l'industrie. Voir LONGÉVITÉ DES PREMIERS HOMMES. — La nétallhurgie fit de si rapides progrès, que Tubalcaïin «forgeait le bronze (nehôset) et le fer (barzel) ». Gen., 1v, 22. Voir ces mots. — Les arts sont aussi cultivés par les enfants de Caïn. Jubal invente la musique. Gen., 1v, 21. Lamech 16 Cuïnite fait des vers, Gen., 1v, 23, et l’on peut le considérer comme le père de la poesie, quoique les vers rapportés par la Genèse aient ἀὰ être modifiés et sans doute traduits par l'historien. — Les sciences ont également une origine antédiluvienne. Les premiers hommes avaient créé l'astronomie, puisque la distinction des mois et des années était connue, comme le prouvent les indications sur les âges des patriarches et sur les péripéties du déluge. Gen., v, 6-31; vir, 11 ; var, 13. Adam avait déjà des connaissances zoologiques. Gen., 11, 19; cf. vir, 2-4. — L'état social ἃ existé dés le commencement. L'institution du mariage est divine. Gen., 17, 20-24. Les origines de la vie nomade sous la tente sont marquées, Gen., 1v, 20. Le droit de propriété est supposé, Gen., ιν, 4, 20. Le premier usage du feu n'est pas indiqué : il est probablement aussi ancien que l’homme. L'invention du tissage n’est pas non plus mentionnée. La fabrication des tentes ne l’implique pas, car les peaux de bêtes suffisent pour les construire. Du temps de Noé, il est question d’un manteau ($imwläh).
* Gen. 1x, 23. L'art du charpentier avait aussi fait dés lors
de grands progrès, puisque Noé put construire l'arche, Gen., vi, 1416, 22. Nous n'avons aucun détail spécial sur Je mode de gouvernement à l'époque antédiluvienne.
ANTHÈRE MARIE DE SAINT BONAVENTURE {Micconus), né à Gènes, de l’ordre des Augustins déchaussés, de la province d'Italie, vécut au xvir siècle. ἢ fat remarquable par sa doctrine, surtout par sa science des Écritures, à laquelle il dut une certaine célébrité. Il n'a laissé qu'un commentaire des Psaumes, sous ce titre : Ponderationes in Fsalmos, juxta multiplicem Divinarum Scripturarum sensum, 3 in-fv, Lyon, 1673. Hurter, Nomenclator litterarius, t. n, p. 126, lui attribue aussi, sur l'autorité d'Ossinger, Acta Apostolorum juxta mulliplices Divinæ Scripturæ sensus, priscorumque Patrum inlerpretationes, elucidata, in-fv, Gênes, 1684; mais Ossinger, dans sa Bibliotheca Augustiniana, ne fait aucune mention des Acta Apostolorum.— Quant à ses Ponderationes in Psalmos, Anthère se propose d'y élucider les sens multiples du livre sacré, en exposant la doctrine des Pères de l'Église, sans néanmoins se borner à en être
seulement l'écho servile, Mais il est long, diffus, et manque
d'ordre et de méthode, Son livre est cependant riche en matériaux utiles à l'ascète ou à l'orateur, Le style en est lourd, et les docteurs chargés d'approuver le livre l'ont
jugé peut-être plus justement qu'ils ne pensaient en
disant : « Has Ponderationes in Psalmos, ponderavimus nos infra scripti doctores, easque maximi ponderis invenimus, » — Voir Ossinger, Bibliotheca Augustinian«, in-f°, Ingoldstadt, 1768, p. 588-589; Ch. Focher, dans l'Universale Lexicon eruditorum, Leipzig, 1791; t ΠῚ, col, 529; Historia de 200 Scriptoribus auqgustinianis, Rome, 1704, p. 362. O. Rey.
ANTHROPOMORPHISMES DE LA BIBLE. — On appelle ainsi certaines expressions figurées, dont l'Écriture fait usage pour exprimer les attributs de Dieu et nous faire comprendre ses rapports avec ses créatures. Les écrivains sacrés, parlant un langage populaire, s'adressant à des hommes et étant eux-mêmes des hommes, ont dû comparer Dieu aux hommes, le considérer comme s'il avait une « forme humaine » (ἄνθρωπος, μορφή) et se servir à son égard des locutions qui sont usitées parmi les hommes, afin de mettre à la portée de notre intelligence ce qu'ils avaient à nous apprendre de lui. C’est là une nécessité de notre condition. Aujourd'hui encore, malgré tous les progrès qu'ont faits les langues modernes dans l'expression des idées abstraites et théologiques, nous sommes obligés d'employer des « anthropomorphismes » : nous parlons du « roi » des cieux, de son « trône », des anges « ses ministres », etc. Ce n’est pas seulement l’art qui ne peut se passer de symboles sensibles, « qui anthropomorphise » Dieu, et représente, par exemple, le Père éternel sous la forme d'un vieillard : c'est la théologie elle-même qui, pour nous donner la notion de Dieu, est obligée de comparer ses attributs aux qualités de l'homme, son immortalité à nos perpétuelles vicissitudes, son immensité aux bornes restreintes de notre être, οἷοι; bien plus, elle nous dit que Dieu nous « parle », qu'il nous « voit », qu'il nous « entend », etc.
Les anthropomorphismes de la Bible consistent : 40 à parler de Dieu comme s’il avait des sens semblables à ceux de l’homme : une « face », Exod., ΧΧΧΠΙΙ, 23, etc.; une « bouche », Deut., vin, 3; Jos., 1x, 14; Is., 1, 20, etc.; des « lèvres », Job, x1, 5 ; une « voix », Gen., 111, 8, 10; Exod., v, 2, etc.; des « yeux », I Reg., xv, 19; xxvI, 24; II Reg., xv, 5 ; III Reg., xv, 5; IV Reg., χιχ, 16; IL Par., xvi, 9, etc.; des « oreilles », 1 Reg., vins, 21; Ps. xXvIr (hébreu, xvit), 7; LxxxXV (LxXxVI), 1, etc.; des « bras », Deut., v, 45; Job, xL, 4; Ps. Lxx (LxxI), 18; Is., xLIv, 12, etc.; des « mains », Exod., νη. 4; χη, 9; Ps. vin, 7, ete. ; des « doigts », Ps. vu, 4; Exod., xxx1, 18; Luc, χι, 20; des «pieds », 1 Par., xxvinr, 2; Ps. ΟΧΧΧΙ (ΟΧΧΧΠΠ), 7. ete; de sorte qu'il « parle », Gen., vu, 15; 1 Reg., m1, 9, etc.; « voit », Gen., 1, #, 31; x1, 5, etc.; « entend », Gen., xv1, 11; Ps. x (hébreu), 17, etc.; « agit de ses mains », Ps. van, 4, 7; Gi (cr), 26, etc.; « écrit », Exod., xxx1, 18; Deut., 1x, 10; « s’assied », Ps. xLvI (xLvn), 9, ete.; « se repose », Gen., 11, 2; « s'éveille comme celui qui vient de dormir », Ps. LXXVII (LXXVII), 65; XL, 23 (xuiv, 2%), etc.; « marche », Gen., 1, 8; Lev., xxvI, 42, etc.; «rit », Ps. 11, 4, etc.
Toutes ces métaphores n'impliquent nullement que Dieu ne soit pas un pur esprit. On ne rencontre dans l'Écriture aucun passage où un corps, bäâsär, « la chair, » soit attribuée à Dieu. Voir Joa., 1v, 24. Ces figures sont simplement destinées à exprimer les perfections divines, en se servant des mots usités dans les langues humaines.
Cosi parlar conviensi al vostro ingegno Perocchè solo da sensato apprende Ciô, che fa poscia d'intelletto degno.
Per questo la Scrittura condescende A vostra facultade, e piedi e mano Attribuisce a Dio, ed altro intende,
Dante, Paradiso, canto 1V, 40-15,
« Les attributs de Dieu, dit Novatien, sont décrits au moyen de métaphores emprumées à la forme humaine, quoiqu'il ne soit pas doué de qualités corporelles. Quand il est dit qu'il ἃ des yeux, cela signifie qu'il voit (c'est-àdire connaît) tout; s'il a des oreilles, c'est parce qu'il entend tout; le langage dénote la volonté ; les mains, la création ; les bras, la puissance ; les pieds, l'immensité ; car il n'a point de membres, et il ne fait aucun des mouvements ou des actes pour lesquels ils sont nécessaires, mais il exécute tout par le seul effet de sa volonté. Comment celui qui est la lumière même aurait-il besoin d'yeux? Comment celui qui est partout présent aurait-il besoin de pieds ? Comment celui qui ἃ tout créé aurait-il besoin de mains? Comment aurait-il besoin de langue, celui pour qui penser, c'est commander? Ces membres sont nécessaires aux hommes, mais non pas à Dieu : la volonté des hommes serait inefficace si Dieu ne leur donnait la force de mettre leurs membres en mouvement : mais les opérations de Dieu suivent sa volonté sans aucun effort. » Novatien, De Trinit., 6,t. 111, col. 896.
20 Les écrivains sacrés donnent aussi à Dieu, par anthropomorphisme, les sentiments et même les passions de l'homme : la « joie », Deut., xxvint, 63; II Esdr., vin, 10; Ps. cuir (σιν), 31, etc.; la « douleur », Gen., vi, 6; la «colère », Exod., xv, 7; xxx11, 12; Is., 1x, 19: Joa., πὶ, 36; Rom. 1, 18, etc. ; le Cregret et le repentir », Gen., vi, 6, 7; I Reg., xv, 35; Jer., xxvi, 13, etc. ; la « vengeance », Exod., xxx11, 34; Deut., xxx11, 35, 41 ; Is., χχχιν, 8, etc.; la « jalousie », Exod., xxxiv, 11, etc. Cette attribution des passions humaines à Dieu s'appelle proprement « anthropopathisme », α᾽ ἄνθρωπος et πάθος, « homme » et « passion ».
Il faut bien remarquer d'ailleurs que l'Écriture n'attribue à Dieu que des passions nobles et jamais des sentiments bas, encore moins des vices. Il n'est jamais dit qu'il soit cruel, orgueilleux, envieux, etc. Aucun mot des Livres Saints ne lui suppose, même par métaphore, les passions basses que la mythologie décrit dans ses faux dieux. Si Jéhovah s'irrite, c'est contre le pécheur qui commet l’iniquité ; s’il se venge, c’est seulement de l'injustice et de l'iniquité ; s’il se réjouit, c'est du bien; s’il s’attriste, c’est du mal; s’il est jaloux, c'est de l'amour et de la fidélité de son peuple, parce qu'il est souverainement juste, bon, fidèle. Quand il est écrit qu'il se repent, Gen., vi, 6, 7, ou ne se repent pas, Ps. CIx, 4, cela signifie simplement, comme l'a remarqué saint Augustin, non qu'il ἃ fait une chose dont il n'avait pas prévu les conséquences, non qu'il change réellement d'idée ou de disposition, mais que, à cause de la conduite des hommes, il se produit extérieurement un fait qui, étant inattendu pour les hommes, leur paraît être le résultat de ce qui serait en eux l'effet du regret ou du repentir. De même, quand Dieu interroge Caïn, Gen., 1v, 9, et lui demande où est son frère Abel, ce n’est pas parce qu'il ignore le crime du fratricide, mais parce qu'il l'interroge comme juge qui veut lui faire avouer son péché.
3° Les expressions anthropomorphiques se trouvent dans tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais elles diminuent dans les parties les moins anciennes de l'Écriture. C’est dans le Pentateuque qu'elles sont le plus nombreuses. Dans les écrits des prophètes, la langue théologique devient en quelque sorte plus sévère; on s’habitue peu à peu à décrire les actions et les perfections divines en termes moins figurés, jusqu'à ce qu'on arrive enfin dans les Évangiles et les Épitres aux notions les plus élevées et les plus sublimes, comme, par exemple, dans le prologue de l'Évangile de saint Jean. Néanmoins, comme l'esprit humain ne peut se passer d'images, nous trouvons Dieu représenté d'une manière sensible dans les prophètes mêmes, et de telle sorte que plusieurs de leurs descriptions, qui sont, à la vérité, des exceptions, sont plus anthropomorphiques que celles de Moïse, par exemple dans la magnifique vision d'Isaie, νι, 1-2, où
ANTHROPOMORPHISMES — ANTI-LIBAN
Adonaï nous apparaît « assis sur un trône haut et élevé », avec des vêtements (#üläv) dont l'ampleur remplit l'hékät (palais ou temple), et entouré des Séraphins qui forment sa cour; de même dans la mystérieuse vision d'Ézéchiel, dans laquelle Dieu, ayant une apparence humaine, lui apparaît dans sa gloire, au milieu des Chérubins, Ezech., 1,4-%8 ; πὶ, 23; x, 1-19; xLI1, 3-4: de même encore dans une des visions symboliques de Daniel, où Dieu se montre à lui sous l'aspect de « l'Ancien des jours », vêtu de vêtements blancs comme la neige, avec des cheveux semblables à de la laine mondée, Dan., vit, 9, ete. Notre- Seigneur lui-même a dû se servir d'anthropomorphismes pour nous révéler sa divine doctrine, et c'est ainsi, par exemple, qu'il nous montre les anges, qui sont de purs esprits, « voyant dans le ciel la face du Père céleste. » Matth., xvirr, 10.
La condition de notre nature nous oblige done de nous servir souvent d'un langage impropre en parlant de Dieu. Nous ne pouvons nous représenter la Divinité que sous une forme plus ou moins sensible. Ces locutions figurées sont néanmoins justes et vraies, pourvu que nous évitions les erreurs dans lesquelles sont tombés les hérétiques appelés anthropomorphites (voir Fremiling, De Anthropomorphilis, Lund, 1787), et que nous ayons bien soin de ne pas appliquer à Dieu ce qui est matériel et imparfait. Quand nous disons que Dieu « sait » tout, nous employons une expression parfaitement exacte, sans aucune figure ; quand nous disons qu'il « voit » tout, nous nous exprimons d'une manière non moins exacte au fond, quoique métaphorique, « anthropomorphique ; » car le sens est identiquement le même, à la seule condition de ne pas prendre une figure pour la réalité. Voir S. Augustin, Epist. cxLvrir ad Fortunatianum, t. xxx, col. 622; S. Eucher, Liber formularum spiritalis intelligentiæ, t. L, col. 727; Glassius, Philologia sacra, 1. V, €. vu, De ἀνθρωποπάθειχ, in-4°, Leipzig, 1743, p. 1530-1658 ; Klügling, Ueber den Anthropomorphismus der Bibel, Danzig, 1806 ; Gelpe, Apologie der anthropomorphischen und anthropopathischen Darstellung Gottes, Leipzig, 1842. F. VIGOUROUX.
ANTILEGOMENA (ἀντιλεγόμενα., « (écrits) controversés, discutés »). Nom donné par Eusèbe, Η. E., ut, 35, t. xx, col. 269, et d’autres écrivains ecclésiastiques, par opposition aux ὁμολογούμενα, € admis » par tous, aux écrits du Nouveau Testament dont l'authenticité et l'origine apostolique avaient été quelque temps contestées, c'est-à-dire l'Épitre aux Hébreux, la seconde Épitre de saint Pierre, l'Épitre de saint Jacques, l'Épître de saint Jude, la seconde et la troisième Épiîtres de saint Jean et l'Apocalypse. Voir CANON pu NOUVEAU TESTAMENT.
ANTI-LIBAN (᾿Αντιλίδανος), chaine de montagnes parallèle au Liban, dont elle est séparée par la grande plaine de Cælésyrie (El-Béqü'a). Elle n'est expressément mentionnée que dans le texte grec de Judith, 1, 7. Cependant, dans cinq passages où l'hébreu, à propos des frontiéres septentrionales de la Terre Sainte, porte simplement hallebänôn, « le Liban, » les Septante ont mis ᾿Ἄντιλίθανος, Deut., 1, 7; I, %; χι, 24; Jos., 1, 4; IX, 1. Quelques auteurs croient voir l'Anti-Liban désigné dans Jos., ΧΠῚ, 5, par ces mots : hallebänôn mizrah haësémés, « le- Liban vers le soleil levant. » 1. L. Porter, dans Smith’ Dictionary of the Bible, Londres, 1863, au mot Lebanon, tu, p.88 ; V. Guérin, La Terre Sainte ,t.11, p.2. D'autres rejettent cette explication et prétendent que l’auteur sacré a voulu uniquement indiquer ici la partie du Liban qui s'étend à l’est de Gébal (Byblos) jusqu'au territoire d'Émath. C. F. Keil, Biblischer Commentar über das Alle Testament, Josua, Leipzig, 1874, p. 106 ; Clair, La Sainte Bible, Josué, Paris, 1877, p. 78. ὃ
Si l'Anti-Liban n'est pas plus nettement distingué de l'ensemble des montagnes auxquelles il se rattache, ik
- plaine de Cælésyrie,
appartient néanmoins à la Bible par plusieurs de ses parlies, Son prolongement méridional, qui renferme les cimes les plus élevées, est bien connu sous le nom de Grand- Hermon, aujourd'hui Djébel ech-Cheikh. Voir HERMON. Un autre de ses sommets est mentionné dans le Cantique des cantiques, 1V, 8; c'est l'Amana, probablement le Dyébel Zebdäni. Voir AMana. De ses flancs sortent quatre fleuves importants, qui, par leurs cours opposés, forment la croix : au nord, l'Oronte (Nahr el-Aci); au sud, le Jourdain (Nahr ech-Chériat) ; à l'ouest, le Léontés (Nahr el- Leitani); à l'est, l'Abana (Nahr Barada), auquel il convient de joindre le Pharphar (Nahr el-Aouadj). Voir ABANA et PHarpHar. Sur le versant oriental se trouve l'antique ville d'Abila (Soug-Ouadi-Barada), capitale de l'Abilène ; et, à l'ouest, plus haut, s'étendent à ses pieds les merveilleuses ruines de Baalbek (Héliopolis). Voir ABILA, ABILÈNE.
L'Anti-Liban est appelé aujourd'hui Djébel ech-Charqi, « montagne orientale, » pour indiquer sa position par rapport au Liban proprement dit. Il court du nord-est au sud-ouest, dans une longueur à peu près égale à celle de la chaine occidentale, c'est-à-dire cent cinquante ou cent soixante kilomètres, si l'on y comprend le massif de l'Hermon. 11 commence, au nord, non loin de Riblah, à l’une des extrémités de la grande plaine de Homs (Émèëse), et aboutit, au sud, à Banias (Panéas ou Césarée de Philippe), qu'il domine de toute la masse imposante du Djébel ech-Cheikh. D'une remarquable analogie avec le Liban, il est composé des mêmes roches calcaires, revêtu de la même terre rouge, aride et nue au nord, plus fertile vers le midi. Percé d'innombrables fissures sur le versant occidental, qui descend, d'une façon plus abrupte, vers la il s'incline à l'est par une longue contre-pente ou des gradins parallèles vers le désert de Syrie. Le point culminant consiste dans les trois cimes de l'Hermon, dont la plus haute atteint deux mille huit cent soixante mètres au-dessus de la Méditerranée. Le plus haut sommet ensuite, Talaat Mousa, s'élève à deux mille six cent soixante mètres ; et l'altitude du Djébel ech-Chougif, au nord-est de Bloudan, n’est plus que de deux mille soixante-quinze mètres.
Inférieur à la chaine principale de trois cents à quatre cents mètres en moyenne, l'Anti-Liban se distingue par des formes plus pittoresques, des cimes plus fières, des ravins plus sauvages, des teintes plus vives. Les pentes méridionales sont couvertes de bois, qui, un peu clairsemés, ont néanmoins çà et la l'aspect de forêts. Les sommets perdent ordinairement, dès le commencement de l'été, la neige qui les reuvre en hiver; mais le Djébel ech-Cheikh garde beaucoup plus longtemps cette couronne éclatante, qui ne le quitte guëre que pendant deux ou trois mois de l'année, et lui a valu, de la part des Arabes, le surnom de Bjébel eth-Theldj, « la montagne neigeuse. » Moins peuplé et moins cultivé que le Liban, il sert de refuge à diverses espèces de bêtes fauves, telles que le sanglier, la panthére et l'ours ; mais le lion et le léopard, qui l'habitaient jadis également, Cant., 1v, 8, semblent en avoir disparu. Des bandes de gazelles errent dans les vastes steppes qui s'étendent au pied des pentes orientales. Voir LiBan. A. LEGENDRE.
ANTILOGIE est une contradiction réelle ou apparente, constatée ou supposée, entre plusieurs passages d'un ouvrage ou d'ouvrages différents. De tous temps, les adversaires du christianisme ont signalé dans les Livres Saints des contradictions qui leur semblaient inconciliables avee l'origine divine et la véridicité de la Bible, mais que les apologistes et les commentateurs chrétiens expliquaient facilement, Elles ne sont qu'apparentes et consistent en de simples divergences de récits.
1. Histoire. — Les Gnostiques opposaient le Nouveau Testament à l'Ancien, et concevaient le christianisme corarmne la condamnation et la contre-partie du judaisme.
ANTI-LIBAN — ANTILOGIE
Pour les réfuter, les Pères de l'Église démontrérent l'accord des deux Testaments, 5, Irénée, Adversus hæreses, IT, xx, 11, τ. var, col. 905; IV, 1x, ΧΕΙ et xxx1v, col. 996-999, 1004-1006, 1083-1086; Tertullien, Adversus Praxeam, 2%, t. 11, col. 150; Adversus Hermogenem, 20, t. 11, col. 216; Clément d'Alexandrie, Pædagogus, 1, 7, t. vur, col. 26%; Origène, In ἦραν; 1,3, 15, 1. XIV, col. 33-36 et 48; De principiis, 11, 4, τ. x1, col. 198-203. Dans son livre des Antithèses, ne mettait la Loi en opposition avec l'Évangile ; rer tullien, qui nous l'apprend, Adversus Mar-
cionem, 1, 19, t. 11, col. 267; 1v, 1, ibid., col. 361-363,
écrivit contre lui. Tatien et Théophile d'Antioche composérent des Διὰ τεσσάρων dans le but d’harmoniser les
récits des quatre Évangiles. Porphyre et Celse (Origène,
Contra Celsum, v, 52, t. x, col. 261) notaient dans les narrations évangéliques des détails contradictoires ; Hiéroclès, dans ses deux Discours véridiques aux chrétiens, taxait de fausseté l'Écriture, la montrait toute remplie de contradictions, et signalait les chapitres qui paraissent en désaccord. Lactance, Divin. inslitut., V, 2 et 3, t. VI, col. 555-597. Julien l'Apostat avait consacré tout un livre de son Discours contre les chrétiens à l'exposition des antilogies de l'Évangile (S. Cyrille d'Alexandrie, Contra Juliarnum, ni, 1. LXXVI, col. 833). Origène répondit à Celse, saint Méthode à Porphyre, Lactance, saint Jérôme et Eusèbe de Césarée à Hiéroclès, saint Cyrille d'Alexandrie à Julien. Les écrivains ecclésiastiques expliquent à l'occasion quelques dissonances des Évangiles. Origène, In Joa., x, 2, 3, 15, t. χιν, col. 309, 319 et 345; 5. Ambroise, In Lucam, u1, 1, t. xv, col. 1589; x, 22; ibid., col. 1809-1810; S. Jérôme, In Matth., 1, τ. xxvI, col. 21; S. Chrysostome, 1n Matth., Hom. xxvin, 1-2, t. LVIX, col. 349-352 ; In Joa., Hom. xxu1, 2, t. LIX, col. ἘΝ Ho. xL11, ibid., col. 240 ; De cruce et latrone, Hom. τι, 2, t. XLIX, col. AT In paralyticum, 4, t. LI, col. 54; 5. Augustin, In Joa., XVII, v, 7, τ. χχχν, col. 1546; Sermo Lt, #4 et 5, t. ΧΧΧΥΙΙ, Col. 336; In psal. Lx, 5, t. XxXxVI, col. 763. Ce Père a écrit un traité De consensu evangelistarum, t. XXxXIV. Quand les Manichéens eurent renouvelé les erreurs gnostiques, les docteurs catholiques démontrèrent de nouveau l'accord des deux Testaments. S. Augustin, Contra Faustum, t. XL, col. 207-602; 5. Grégoire le Grand, Moralia in Job, τν, præf., t. Lxxxv, col. 633-637; Concordia quorumdam testimoniorum S. Scripturæ, t. LXxIx, Col.659- 678; Cosmas Indicopleuste, Topographia christian, proleg. 116]. V,t. Lxxxvint, col. 56-57, 281, 284 et 289; Julien de Tolède, Antikeimenon libri duo, t.xcvi. Raban Maur, Paschase Radbert, Bède le Vénérable et les autres commentateurs du moyen àge répêtent les réfutations des anciens; plus tard, Hugues de Saint-Victor expose encore les principes de solution, Erudit.didascal., vi, 11. t.CLXXVI, col. 808-809,
Les modernes adversaires de la révélation ont rajusté les vieilles armes des premiers hérétiques. Lord Bolingbroke, Essay the fourth, Svu; Works, τ. πα, p.307, mettait la prédication de Jésus-Christ en contradiction avec celle de saint Paul. Le système du prétendu conflit qui se serai produit entre saint Pierre et saint Paul repose en parte sur les antinomies de doctrine que l'école de Tubingue remarque dans les livres du Nouveau Testament. Les critiques rationalistes actuels, qui bouleversent toute l'histoire littéraire de l'Ancien Testament, et attribuent toute la littérature juive à des travaux de retouche, s'appuient sur les contradictions qui semblent exister entre les différents récits d'un même fait, sur les diverses rédactions des mêmes lois, et sur l'opposition des idées qu'ils croient apercevoir. Ils rejettent le témoignage des Évangiles, parce que, d'après eux, les Synoptiques comparés les uns aux autres présentent des divergences inconciliables, et que le quatrième Évangile contredit manifestement les trois autres. Cf. Vigouroux, Les Livres Saints et la crilique rationaliste, 5 in-12, 3e édit., Paris, 1890-1891, passim.