Boîtes antiques à cosmétique. D'après Wilkinson
remment des poudres de qualités différentes, et étaient ornées de mille manières : celles-ci étaient placées entre les mains d'un singe ou d’un monstre qui était censé les supporter, pendant que l'Égyptienne y plongeait son instrument de toilette; celles-là imitaient des colonnes, etc, (fig. 165). Voir Wilkinson, Manners and Customs of the ancient Egyptians, t. 11, p. 382. La Sainte Écriture contient une allusion à ces boîtes à poudre, mais seulement dans un nom propre : la troisième fille que Dieu donna à Job, après son épreuve, reçut le nom de Kérén happük (Vulgate : Cornustibi), littéralement : « Corne à pük, » vase (primitivement corne creuse) dans lequel on mettait le pük qui servait à peindre les veux (Les Septante n'ont pas traduit littéralement le nom hébreu de la fille de Job; 115. portent : ᾿Αμαλθαίας χέρας, « corne d'abondance. » Job, xLI1, 14).
Chez les Égyptiens, les hommes paraissent s'être peints les yeux comme les femmes, si l’on en juge d’après certaines peintures de Thèbes (Wilkinson, ouvr. eit., t. 11, p. 382). Chez les Hébreux, cet usage ne semble pas avoir été si général; nous ne voyons pas qu'il ait existé chez les hommes, et beaucoup croient qu'il n'était pas non plus commun chez les femmes. Cétte dernière affirmation est néanmoins peu d'accord avec les habitudes de l'Orient, où cette espèce d'ornement a toujours été à la mode, depuis l'Égypte jusqu'en Assyrie. A. Layard, Nineveh and its Remains, t. 11, p. 328. Quoi qu'il en soit, du reste, il est raconté expressément dans le quatrième livre des Rois, 1x, 30, que la reine Jézabel, ayant appris l’arrivée
de Jéhu, le destructeur de sa famille, « se plaça du pûk .
sur les yeux. » Ézéchiel, xx, 40, fait allusion à la « peinture des yeux », en employant le verbe même dont les
Arabes ont tiré leur nom de koh: kähalf ‘énayik, «τὰ as peint tes yeux en noir, » dit le prophète à Ooliba-Jérusalem (Les Septante et la Vulgate ont bien traduit le sens : ᾿Εστιθίζον τοὺς ὀφθαλμούς σον : Cürcumlinisti stibio oculos tuos). Jérémie décrit la même opération, 1v, 30, en se servant du verbe gér'a, «déchirer, fendre, » S'adressant à Jérusalem, il lui dit : « Alors même que tu te fendrais les yeux avec du pük, οἷο, » sans doute parce que les yeux peints paraissent plus largement fendus, comme on le voit sur les monuments égyptiens (fig. 166). Cette interprétation est plus naturelle que celle qui est donnée par d'autres commentateurs, suivant lesquels Jérémie indiquerait, non le résultat produit, mais la manière de le produire, d'après le procédé ainsi décrit par un voyageur anglais, Chandler : « Une jeune fille, fermant un de ses yeux, prit les cils supérieurs et inférieurs entre le pouce et l'index de la main gauche et les tira en avant ; elle mit ensuite dans le coin extérieur de l'œil un poinçon qu'elle avait plongé dans la poudre noire et le retira de telle sorte que les particules de poudre qui y étaient adhérentes restèrent dans l'œil et se rangèrent autour de l'organe. »
Travels, t. τι, p. 140. Elle se fendit ainsi l'œil, en quelque façon, et le déchira pour l'ouvrir et le peindre. Il est possible que les femmes juives se peignissent les yeux de cette manière, mais il est probable que Jérémie a voulu exprimer l'agrandissement factice qu'elles se proposaient de donner à l'œil pour en augmenter l'expression et l'éclat. Il n’est pas douteux, en effet, que l'emploi de ce cosmétique n’eût pour but de rehausser la beauté de celles qui en faisaient usage. Aussi quelques interprètes ont-ils vu une allusion à la peinture des yeux dans la description que fait le Sage de la femme de mauvaise vie, pour prévenir contre ses séductions : « Ne désire point sa beauté dans ton cœur ; ne te laisse pas prendre par ses paupières, be‘af‘appéha. » (Vulgate : nutibus illius, « par ses clignements d'yeux.») Prov., vi, 25.
En dehors des passages de l’Écriture que nous avons rapportés, IV Reg., 1x, 30; Jer., 1v, 30, le mot pûk se lit encore, Is., Liv, 11, et I Par., xx1x, 2. Dans Isaïe, la signification de ce terme n’est pas claire. Le prophète, prédisant la restauration de Jérusalem, dit qu’il en posera les assises de pierres « avec du pük », soit qu'il veuille indiquer par là que les pierres seront comme encadrées d'une bordure noire et brillante, telle que celle que produit le pük sur les yeux, soit qu'il entende désigner une sorte de mortier semblable au pük, qui sera employé pour cimenter les pierres destinées à la reconstruction de la ville sainte. En tout cas, il y a dans ces paroles d'Isaie une allusion au cosmétique des yeux (La Vulgate ἃ traduit : per ordinem, « avec ordre. ») — Dans le premier livre des Paralipomênes, xxx, 2, le pük est expressément qualifié de « pierre », ‘ében, et placé dans l'énumération des pierres précieuses rassemblées par David pour l'ornementation du temple que son fils Salomon devait construire à Jérusalem. Il n’est pas aisé d'en déterminer la nature avec certitude. Les uns y voient une pierre brillante, de couleur noire comme la poudre de pük; d’autres, de couleur rouge dans le genre du rubis. Voir PÈk. La Vulgate ἃ traduit lapides… quasi stibinos, « des pierres semblables à l’antimoine. »
On voit, par tout ce qui précède, qu'il ne faut pas confondre le pük avec le « fard » ou la couleur rouge en usage pour peindre les joues. Cette couleur rouge s'appelle en grec φῦχος, en latin fucus, Sap., ΧΠῚ, 14, mais la