‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 344 sur 474 · Plan d'Antioche de Syrie. D'après M. Le Camus · texte numérisé non relu

Plan d'Antioche de Syrie. D'après M. Le Camus

les pluies d'orage, divise invariablement en un double trottoir. Les piétons passent à droite et à gauche, les eaux au milieu. Il est évident que les voitures ne sauraient y pénétrer. On sait que cette rue des Portiques aboutissait à la porte de Daphné, et, en effet, quelques restes de dallages en porphyre, visibles près de la caserne turque actuelle, en précisent les derniers développements.

Plus près de la montagne, et probablement parallèle à cette grande voie, fut la rue de Tibère. Elle allait de la porte des Chérubins au faubourg d'Agrippa. Ces deux artères longitudinales étaient, ici comme à Alexandrie (les bâtisseurs de villes à cette époque suivaient à peu près les mêmes inspirations), coupées perpendiculairement par une large rue, descendant du pied de l'acropole vers le quai de l’Oronte, depuis le temple de Mars jusqu'au Nymphéum. Cette rue, ornée d’arcs de triomphe tels que celui de la Porte du Milieu, rencontrait, à chacune des deux grandes voies parallèles qu'elle traversait, des tétrapyles décorés de statues magnifiques. Après avoir laissé à gauche le théàtre et le temple de Bacchus, à droite l'amphithéâtre et le Cæsareum, elle abordait l'agora pour le traverser du sud au nord, et côtoyer ensuite vers l'Oronte le muséum,

furent des temples nombreux, comme on en voyait autour de l’acropole d'Athènes. Une tête colossale de Charon, lenautonnier des enfers, avait été sculptée, comme préservatif de la peste, dans un des pics abruptes qui dominent la ville. Sur la partie la plus élevée de l’Orocassiadès, était le sanctuaire de Jupiter Céraunus. Les monnaies des Séleucides portent d'ordinaire l'oiseau de Jupiter armé de: la foudre. On disait qu'un aigle, enlevant tout à coup les: chairs de la victime offerte au roi de l'Olympe, avait marqué lui-même la place où devait être bâtie Antioche. Toutefois le dieu le plus en honneur dans la cité était Apollon de Daphné, dont le temple fut célèbre dans le monde entier. Cf. II Mach., 1v, 33. Voir Ontas mr. C'est là, à huit kilomètres au couchant de la ville, que les. théories sacrées, à travers des bois de lauriers et de: myrtes, par des chemins bordés de rosiers et de jasmins, allaient vénérer, dans son temple à double portique, la statue du dieu. Elle était de proportions colossales et atteignait presque le haut de la cella où elle était enfermée. C’est Bryaxès d'Athènes qui en était l'au-— teur. Une imprudence du philosophe Asclépiade amenx l'incendie-du temple et la perte de la statue. Rien n'était

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plus suivi que les fêtes d'Apollon-à Daphné, et c'est là que plus tard, mais avec une insistance bien inutile, Julien l'Apostat essaya de ressusciter le paganisme frappé à mort.

Sous un climat qui porte à la mollesse, et dans un milieu riche et corrompu, les populations syriennes, de mœurs beaucoup trop faciles, aimaient surtout ces démonstrations religieuses, où, à travers les bosquets odoriférants, dirigeant au bruit des instruments sacrés des danses lascives, chacun croyait honorer les dieux par d'immorales pratiques, lorsque en réalkté on sacrifiait la vertu aux plus honteuses passions. Satisfaire à la fois l'instinct de la religiosité et l'amour effréné du plaisir qui se trouvent au fond de tout homme de l'Orient, était pour Apollon une bonne fortune. Antioche fut souvent désignée sous le qua- Jificatif d'Épidaphné.

Les Juifs vivaient pourtant tranquilles dans cette ville turbulente et immorale, grâce aux privilèges dont les princes macédoniens les avaient comblés. Suivant les inspirations d’une sage politique, les Séleucides, en les attirant vers la Syrie au détriment de l'Égypte, cherchaient à faire échec à leurs adversaires les Ptolémées. Plus d’une fois, en effet, ces Juifs leur furent d’un grand secours, même au point de vue militaire. Le premier livre des Machabées, x1, 42-51, raconte comment, les habitants d'Antioche s'étant révoltés contre leur roi Démétrius IL Nicator, ce prince put réprimer la sédition, gräce à la bravoure de trois mille Juifs que lui avait envoyés Jonathas Machabée. Toutefois et par un cruel caprice, quelques-uns des Séleucides maltraitèrent à Jérusalem ceux qu'ils favorisaient à Antioche. Épiphane et ses généraux firent régner en Palestine la plus terrible des persécutions qui ait afiligé Israël. On sait avec quel patriotisme les Machabées opposèrent à ses entreprises criminelles la plus glorieuse résistance. I Mach., 11, 37; xt, 20 ; II Mach., v, 27; vi-ix. Le quatrième livre des Machabées, dont l'origine est incertaine, mais qui est attribué par quelques critiques à Josèphe (De Machabæis, n°s 4 et 5), fait de Jérusalem le théâtre du martyre d’Éléazar, des sept frères Machabées et de leur mère, II Mach., vi, 18-v1, 1 ; mais plusieurs croient que l’héroïque scène se passa à Antioche, et l'on montrait dans cette ville, au temps de saint Jérôme et de saint Augustin, le tombeau et l’église des ‘glorieux observateurs de la loi. Voir saint Jérôme, Liber de situ et nom. loc., au mot Modin, t. xxu1, col. 911, et saint Augustin, Sermo 1 de Machab., 300, t. ΧΧΧΥΠΙ, col. 1379.

A partir de Pompée, l'intervention des Romains dans les affaires de Syrie ne fit qu'accroitre la prospérité de la colonie israélite. Celle-ci commença même à faire des prosélytes religieux dans celte immense cité de 500,000 âmes, si étrangement mélée de Syriens et de Grecs, de Chaldéens et de Romains, de marchands et de rhéteurs, de charlatans et de philosophes, de science et d'ignorance, de hautes et de basses aspirations, de bien et de mal. Ainsi nous lisons, Act., vi, 5, qu'un des sept premiers diacres, Nicolas, fut un prosélyte d'Antioche. Mais c'était à l'Évangile que devait revenir l'honneur d'y faire Ja véritable trouée dans le monde païen, en y fondant la première Église chrétienne sortie de la gentilité.

A la suite de la persécution qui sévit à Jérusalem, lors du martyre d'Étienne, plusieurs disciples étaient allés annoncer l'Évangile à Antioche, certains d'y trouver une grande communauté juive peut-être curieuse de les entendre, et, en tout cas, un pouvoir public assez indifférent pour les laisser parler. Act., x1, 19. C’est là qu'après le baptème du centurion Corneille, et en apprenant le discours tenu par Pierre devant ceux de Jérusalem, des disciples commencèrent à mettre en pratique les vues nouvelles du chet des Apôtres, et à prêcher l'Évangile aux païens eux-mêmes. Là Barnabé vint voir de près, approuver et poursuivre, de concert avec Paul, qu'il était allé chercher à Tarse, une si décisive innovation. C'est à Antioche que, cessant d'être confondus avec les Juifs, les

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