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ANTIOCHE DE SYRIE

disciples de l'Évangile, issus de toute nation et de toute langue, furent appelés chrétiens, soit par malicieux sobriquet, soit par mesure de police, soit par une inspiration plus haute, en raison de leur union intime et absolue avec celui qui était l'objet de leur culte. Act., x1, 21, 22, 26. Dans cette cité à jamais célébre , fut donc baptisée, qualifiée pour la premiére fois et officiellement reconnue l'Église chrétienne.

Mais la nouvelle communauté, tout en ayant pleine conscience de sa vie personnelle et de son avenir, n'en voulut pas moins rester filialement unie, par des Jiens de charité et de déférence, à l'Église-mère de Jérusalem. Elle avait reçu d'elle tantôt des évangélistes, tantôt même des prophètes; elle lui envoya des secours d'argent pour se défendre contre la famine. Act., x1, 30; x11, 25. D'Anlioche, comme du centre religieux le plus fortement organisé et le plus ouvert aux idées universalistes, partirent les premiers missionnaires Paul et Barnabé, pour aller à la conquête du monde païen, Act., πὶ, 1-3, et c'est là qu'ils revinrent pour se retremper, comme au centre primordial de l’activité apostolique. Act., xIv, 26. Paul, du moins, resta fidèle à cette pratique dans les divers voyages qu'il entreprit. Act., xv, 36, et XVIII, 22; xvur, 23. C'est à propos de l’Église d’Antioche que le concile de Jérusalem rendit son décret sur les observances légales. Act., χν, 25. Cf. Gal., 11, 11-14.

Antioche ἃ done été le berceau véritable de l'Évangile libre et de l'Église chrétienne dégagée de tous liens avec le judaïsme. C’est une gloire que nulle autre métropole ne saurait lui disputer. D'après la tradition, Pierre y séjourna quelque temps et en dirigea la florissante communauté (S. Jérôme, In Gal., 1. 1, ο. 11, t. xXv1, col. 341; Origène, In Luc., hom. vi, t. x, col. 1815; Eusèbe, H. E., 11, 36, t. xx, col. 288); mais ce ne fut qu'en passant, aprés le concile de Jérusalem et avant son apostolat en Asie, aux bords de l'Euphrate, dans les provinces du Pont, de Bithynie et de Cappadoce. De grands évêques devaient, par leur martyre, leurs vertus et leur science, illustrer après lui ce siège incomparable.

De tout cela, il ne reste plus aujourd'hui que le souvenir. Nous n'avons trouvé en 1888, à Antioche, que cent quinze chrétiens catholiques et deux cents schismatiques environ. Comme reliques du passé, nous avons vénéré deux grottes au pied du Stauris. A l’une, celle du cimetière latin, se rattache le souvenir de saint Pierre. A l'autre, celle du monastère Saint-Paul, s'applique ce qui est raconté dans Théodoret (H. E., 1v, 22, t. Lxxxur, col. 1184; Vüit. Patr., τι, t. LxxxIr, col. 1188, 1317) des réunions solennelles tenues au temps de la persécution de Valens par les chrétiens catholiques. C’est près de ces roches creusées en voüte où avait vécu jadis l’apôtre Paul que, sous la présidence de Flavien et de Diodore, ils allaient chanter les louanges de Dieu. Peut-être la Tekkéh, dans la ville moderne, répond-elle à l’église ancienne (παλαία) bâtie dans la rue du Singon, où Paul avait donné ses conférences publiques (Malala, Liv. x, t. xcvi1, col. 372). La mosquée Abib el-Nadjar est-elle le vieux temple de la Fortune d'Antioche, où furent solennellement déposés les restes d'Ignace martyr? Ce n’est pas impossible. Comme construction, elle remonte à une date très ancienne. Le dôme en était formé avec des poteries creuses, comme dans certains édifices des premiers siècles, au monument de sainte Hélène, par exemple, dans la campagne romaine. Il y a dans la mosquée d’Abib el-Nadjar une crypte avec des tombeaux qu'il ne nous a pas été permis de visiter et auxquels la tradition arabe attribue la plus grande importance.

Ottfried Müller a recueilli dans ses Antiquitates Antrochenæ, in-k, Gæœttingue, 1839, à peu près tout ce que les anciens, Strabon, Libanius, Julien, Ammien Marcellin, saint Jean Chrysostome et surtout Malala ont écrit sur Antioche, Π ne lui a manqué que d’avoir vu pour mieux utiliser ses patientes recherches. Voir Notre voyage aux

pays bibliques, t. 11, p. 30-80, et L'Œuvre des Apôtres, t.1, p. 256-272 et 348. E. LE Camus.

3. ANTIOCHE (ÉCOLE EXÉGÉTIQUE D'). — L'école exégétique d'Antioche de Syrie est moins ancienne que celle d'Alexandrie d'Égypte; de plus, elle ne forma mème pas d'abord une école proprement dite, donnant un enseignement régulier, comme le Didascalée de la capitale égyptienne (voir ALEXANDRIE 2); mais elle mérita néanmoins ce nom, avant même d'avoir des professeurs οἱ des élèves, par un ensemble de doctrines et une méthode d'études et d'exposition que les docteurs formés dans cette ville se transmirent les uns aux autres. Elle doit sa gloire aux écrivains ecclésiastiques sortis de son sein, lésquels se sont surtout distingués par l'explication des Saintes Ecritures. Leur trait caractéristique, c'est, par opposition aux tendances allégoriques de l’école d'Alexandrie, la recherche du sens littéral, dont ils font leur objet: principal. Ils étudient la révélation divine à l'aide de histoire et de la grammaire, et ils s'efforcent de rendre cette étude tout à fait pratique. L'historien Socrate peint par ces mots l’école d'Antioche, en la personne d'un de ses principaux maitres : W'Ao τῷ γράμματι τῶν θείων προσἔχων Γραφῶν, τὰς θεωρίας αὐτῶν εχτρεπόμενος, (il s'attache au sens simple et littéral des divines Ecritures, laissant de côté le sens allégorique. » H. E., VI, 3, t. LXVI, col. 668. Cf. Sozomène, H. E., vin, 2, t. Lxvu, col. 1516; Photius, Bibl., Codex 38, t. cut, col. 72.

L'histoire de l’école exégétique d’Antioche peut se diviser en'trois périodes : 1° période de formation, depuis saint Lucien jusqu'à Diodore de Tarse (290-370); 2% période de maturité et d'éclat, depuis Diodore de Tarse jusqu'à Nestorius (370-430) ; 3° période de décadence, depuis les commencements de l’hérésie nestorienne, vers 430, jusqu’à sa ruine complète.

1. Période de formation de l’école exégétique d'Antioche (290-370). — Ses origines remontent au prêtre Dorothée et au prêtre Lucien. Dorothée était très versé dans la science des Ecritures, au témoignage d'Eusèbe, qui les lui avait entendu expliquer, et qui nous apprend de plus que ce docteur avait étudié avec soin la langue hébraïque, pour mieux comprendre la parole de Dieu. Eusèbe, H. E., vu, 32, τι xx, col. 721. Quant au prêtre Lucien, qui, comme Dorothée, scella sa foi de son sang en souffrant le martyre à Nicomédie, en 311 ou 312, il sé distingua aussi par sa science des Écritures. Eusèbe, H. E., 1x, 6, t. xx, col. 809. Lucien, originaire de Samosate, avait été élevé à Édesse, où il avait eu pour maitre un habile exégète appelé Macaire ; il avait aussi fréquenté l'école de Césarée de Palestine, fondée par Origène. Suidas, Leæicon, édit. Bernhardy, t. 11, col. 607. Quand il alla à Antioche, il y suivit peut-être aussi les leçons de Malchion, qui y tenait une école (παιδευτήριον, Eusèbe, H:E., vu, 29, τ. xx, col. 708), et qui est considéré par quelques-uns comme le véritable fondateur de l'école d’Antioche. W. Smith, Dictionary of Christian Biography, t. 11, p. 748. Quoi qu'il en soit de ce point, Lucien, S'iln'en fut pas le fondateur, fut du moins le maître qui forma le plus de disciples, dont quelques-uns malheureusement acquirent une triste célébrité : Eusèbe de Nicomédie, Maris de Chalcédoine, Léonce d'Antioche, Eudoxe, Théognide de Nicée, Astérius et Arius, le père de l'hérésie arienne. À cause de leur maître, ils se donnaient le nom de « Collucianistes ». (Théodoret, H. E., 1, 4, t. LxxxIT, col. 392; A. de Broglie, L'Eglise et l'empire romain au zve siècle, 2% édit., 1857, τ. 1, p. 379.) De tels élèves ne firent pas honneur à leur maitre, et montrèrent alors, comme plus tard Théodore de Mopsueste, que l’interprétation littérale peut dégénérer en rationalisme, si elle n'est pas maintenue dans de justes bornes, Saint Lucien évita lui-même ces excès. Il se rendit célèbre dans tout l'Orient par son édition critique des Septante, qui rendit de grands services à l'Église grecque. S. Jérôme, De wir.

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