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ANTIOCHE DE SYRIE — ANTIOCHE (ÉCOLE EXÉGÉTIQUE D

illust., LxxvI, t. xx, col. 685. Son esprit et sa méthode lui survécurent et s'implantèrent solidement dans l'ancienne capitale de la Syrie.

Il. Période de maturité et d'éclat de l'école exégétique: d'Antioche (370-430). — Flavien, prêtre et évêque d'Antioche (381-404), continua l'œuvre de saint Lucien en s'appliquant à l’instruction et à l'enseignement; mais cefut surtout son ami Diodore, connu sous le nom de Diodore de Tarse (+ 39%), parce qu'il devint évêque de: cette ville vers 379, qui porta au plus haut point la gloire: de l’école d’Antioche, Avec lui commence la seconde pé-— riode historique de cette école. Diodore, comme Flavien, était originaire d'Antioche. (Théodoret, H. E., 1v, 22, t.Lxxx1, col. 1184.) Il avait étudié la philosophie à Athènes. (Julien l'Apostat, dans Facundus, Pro defens. trium capitul., αν, 2, t. LxvI1, col. 621.) Il avait eu aussi pour maitre Silvain, évêque de Tarse, soit à Tarse même, soit à Antioche. S. Basile, Æpist. CCxLIV, 8, t. xxx, col. 910. ΤΙ mena dans cette dernière ville la vie monastique, et avec son ami Cartérius fut à la tête d'une école proprement. dite, dans laquelle il créa un véritable enseignement, avec une sorte de cours régulier d’études, dont l'Écriture- Sainte faisait le fonds. Les monastères d'Antioche et des environs devinrent alors autant de centres d'étude. L'historien Socrate atteste, H. E., νι, 3, t. LXvN, col. 665, que Jean Chrysostome, Théodore de Mopsueste et Maxime, depuis évêque de Séleucie, fréquentaient les écoles monastiques (ἀσχητήριον) des deux archimandrites Diodore et Cartérius, dans l’ancienne capitale de la Syrie. Saint Jean Chrysostome lui-même nous apprend que les monastères. servaient alors d'école aux jeunes chrétiens. Adv. oppugnat. vitæ monast., 111, 18, τι XLVIT, col. 380.

L'enseignement de Diodore de Tarse fut, pour les principes et la méthode, celui de saint Lucien. On lui reproche à lui-même des tendances rationalistes, mais cette ac— cusation n'est pas établie rigoureusement. Quoique son langage ait pu manquer plus d'une fois d'exactitude, il est certain qu'il ne fut pas au moins formellement hérétique. L'orthodoxie de son illustre élève saint Jean Chrysostome peut être regardée comme sa justification, et rien n’autorise à lui attribuer les hardiesses de son autre disciple, Théodore de Mopsueste (+ 428), et moins encore les erreurs de Nestorius, élève de Théodore. On l’accuse avec plus de raison, d’après les fragments de ses commentaires qui se sont conservés dans les Chaines, de n'avoir pas épargné les injures aux allégoristes de l’école d’Alexandrie (Dandiran, dans l'Encyclopédie des sciences religieuses , t. 1, p. 374. Voir les rares débris qui nous sont restés de ses commentaires dans Migne, Patr. gr, t. ΧΧΧΤΗ, col. 1561-1628). Nous ne connaissons que par le titre son ouvrage Sur la différence entre le sens typique et le sens allégorique, Τίς διαφορὰ θεωρίας καὶ ἀλληγορίας, mais il n'est pas douteux qu'il n'y préconisät l’exégèse littérale et n'y combattit l'interprétation allégorique. (Voir Suidas, Lexicon, édit. Bernhardy, t. 1, col. 1379; H. Kihn, Ueber θεωρία und ἀλληγορία nach den verlorenen hermeneutischen Schriften der Antiochener, dans la Tübinger Quartalschift, 1880, p. 531-582.) ᾿

Diodore eut pour auxiliaire le prêtre Évagre, qui fut aussi l'ami de saint Jérôme. De vir. illust., GXx, t, xxtn1, col. 711. Parmi les élèves du chef de l'école d’Antioche, saint Jean Chrysostome, né dans cette ville en 347, le plus grand peut-être des exégètes chrétiens, occupe la premiére place. Théodore de Mopsueste, condisciple de Jean, fut non moins célèbre par ses erreurs que par son éloquence et par sa science des Ecritures, qu'il expliqua toujours dans le sens littéral, en l'outrant parfois et en préparant ansi les voies au nestorianisme. Son frère Polychronius, évêque d'Apamée sur l’Oronte, de 410 à 430, et Théodoret, évêque de Cyr (vers 386-458), son élève, l'un et l'autre exégètes remarquables, eurent comme Théodore une grande connaissance des Livres Saints, mais surent éviter ses écarts. Isidore de Péluse, mort en 434,

continua dans ses écrits les traditions de l'école d'Antioche; toutefois il ne fut guère qu'un compilateur et un abréviateur de saint Jean Chrysostome, et son œuvre est l'annonce de la décadence.

III. Période de décadence de l'école exégétique d'Antiovhe, à partir de 430, — Les erreurs de Nestorius, nommé en #8 archevèque de Constantinople, mort en 44, furent fatales à l'école d'Antioche. Cet hérésiarque avait été disciple de Théodore de Mopsueste. Ses sectateurs adoptérent ses principes d'exégèse, Obligés de quitter l'empire, ils se réfugièrent dans le royaume de Perse, où ils furent protégés pour des raisons politiques, et, à partir de 431, date de la condamnation du nestorianisme par le concile d'Éphèse, ils furent les maitres de l'école d'Édesse en Mésopotamie, destinée à former le clergé perse. Quand cette école, après des péripéties diverses, fut détruite par l'empereur Zénon en 489, les professeurs hérétiques la transporterent à Nisibe, où elle se perpétua jusque fort avant dans le moyen âge. Voir H. Kihn, Theodor vom Mopsuestia, p. 198-212. À Edesse et à Nisibe, 1ls avaient écrit en syriaque. Ibas, Cumas et Probus avaient déjà traduit en langue syriaque, dans cette première ville, les écrits de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsueste.

Tandis que les Nestoriens continuaient en Perse l’enseignement de leur chef, d'après la méthode de Théodore de Mopsueste, l'école exégétique d'Antioche déclinait dans cette ville au milieu des luttes des hérétiques. Les écrivains orthodoxes qui fleurissent alors sont inférieurs à ceux qui les avaient précédés par l'originalité, la profondeur et l’activité. Tels sont les disciples de saint Jean Chrysostome : l'abbé Marc, moine égyptien (+ vers #10); saint Nil, moine du mont Sinaï (+ vers 450) ; Victor d'Antioche, auteur d'un commentaire de l'Evangile de saint Marc; Cassien (+ 431), qui fonda le monastère de Saint-Victor à Marseille; saint Proclus, patriarche de Constantinople (+ 447), etc. Tous ces auteurs, à part Cassien, dont les ouvrages sont en latin, écrivirent en grec; ils ignorérent ou connurent fort peu l’hébreu et le syriaque, et ne se servirent des Hexaples d'Origène que dans un but exégétique, non comme d'un instrument de critique, comme Vavait fait Diodore de Tarse. Voir Diodore, In Gen. xxIV, 2, t. ΧΧΣΠΙ, col. 1575, etc.

Sur les autres écrivains qui se rattachent à l’école d’Antioche, voir 1. 5. Assemani, Bibliotheca orientalis, Rome, 1735, t. it, part. 1, p. 37 et suiv.

IV. Influence de l’école exégétique d’Antioche en Occident. — On ἃ vu une attaque contre l’école d’Antioche dans les paroles de saint Jérôme condamnant ceux qui suivent la honte de la lettre et ne savent pas s'élever plus haut : « Si turpitudinem litteræ sequatur et non ascendat ad decorem intelligentiæ spiritalis. » In Amos, τι, 1, τ. xxv, col. 1003. Si l'illustre docteur a jugé, non sans raison, que les exégètes qu'il combat poussaient quelquefois trop loin les conséquences de leurs principes, il n’en a pas moins reconnu leur mérite, et il a contribué plus que personne à répandre leurs idées en Occident. L'influence de l'école d'Antioche ne fut pas ainsi bornée à l'Orient seul. Les règles qu'elle avait suivies firent leur chemin dans les monastères latins. Voir Junilius Africanus, Instituta regularia divinæ legis, édit. Kihn, in-89, Fribourg-en -Brisgau, 1880. Si les écrits de Diodore, de Théodore de Mopsueste, de Polychronius et même de Théodoret, trouvèrent peu de lecteurs dans l’Église occidentale, les homélies de saint Jean Chrysostome eurent toujours des admirateurs et contribuérent à répandre le goùt de sa manière d'interpréter la Sainte Écriture.

V. Jugement crilique sur l'école exégétique d'Antioche. — Cette école, nous l'avons vu, n'a pas été sans tache. Née en partie d'une réaction naturelle et justifiée contre les excès de l'interprétation allégorique d'Origène, elle ne sut pas toujours s'arrêter à temps en marchant dans la voie opposée, et éviter tous les précipices qui bordaient sa route. L'école d'Alexandrie faisait fortement ressortir

ANTIOCHE (ÉCOLE EXÉGÉTIQUE D’)

l'élément surnaturel, mystérieux des Écritures; mais elle donnait trop quelquefois à l'imagination. Celle d'Antioche insistait davantage sur le côté rationnel des dogmes chrétiens, et s'efforçait de prouver que le christianisme est en parfait accord avec les exigences légitimes de la raison ; mais si ses docteurs les plus éminents surent éviter l’écueil du rationalisme et ne prétendirent nullement contester le caractère surnaturel des mystères de notre foi, les erreurs graves dans lesquelles tombèrent quelques-uns de ses membres ternirent sa gloire; elles lui devinrent funestes et finirent par amener sa ruine complète.

Cependant, quels que soient les reproches qu'on est en droit d'adresser à l'école d'Antioche, on ne doit pas méconnaitre les grands services qu'elle a rendus à la théologie et aux Livres Saints. Non seulement elle ἃ fait toucher du doigt ce qu'il y avait d’arbitraire et de faux dans l'allégorisme outré d'Origène, mais elle a posé les principes d'une saine exégèse, qui demeurent toujours vrais, et qui, appliqués avec sagesse, doivent être les guides du théologien. Les maîtres de cette école ont établi l'herméneutique sacrée sur une base solide, et ils en ont fait une véritable science, en montrant, en théorie, quelles sont les véritables règles de l'interprétation littérale, c'est-à-dire de l'interprétation historique et grammaticale; et en indiquant en pratique, par leur exemple, comment il faut les appliquer.

Origène, par ses Hexaples et ses Commentaires, avait posé, il est vrai, les fondements d'une exégèse scientifique ; mais il n'avait pas su achever l'édifice qu'il avait commencé, parce que sa méthode était défectueuse. Les Antiochiens, sans avoir son génie, furent plus heureux que ce grand docteur. En mettant à profit, avec une méthode sûre, les travaux de ceux qui les avaient précédés, ils expliquèrent les Ecritures avec le plus grand succès; l'exégèse de saint Jean Chrysostome est encore aujourd'hui un modèle.

Les deux écoles se complétérent, du reste, à bien des égards, en suivant chacune une direction particulière. Les Alexandrins suivaient une tendance spéculative et mystique; les docteurs d’Antioche se distinguaient surtout par la réflexion, la logique et la sobriété des idées. Tandis que les premiers s'attachaient de préférence à la philosophie de Platon, surtout dans la forme que lui avait donnée Philon, les seconds étaient éclectiques, prenant quelque chose au stoïcisme et beaucoup à Aristote, dont la dialectique convenait à leur genre d'esprit, Toutefois il n'y avait pas une opposition absolue entre les uns et les autres. Clément et Origène donnaient une place beaucoup plus grande à l’allégorisme ; Diodore de Tarse et ses élèves, à l'interprétation littérale et historique; mais ceux-ci ne rejetaient point entièrement le sens mystique, ni surtout les figures typiques de l'Ancien Testament, et ceux-là, s'ils sacrifiaient trop souvent le sens littéral et le déclaraient insuffisant, reconnaissaient néanmoins son existence et son utilité. Ils admettaient tous aussi l'inspiration des Écritures, et l'étendaient à toutes les parties de l’Ancien et du Nouveau Testament; seulement à Alexandrie on croyait souvent découvrir dans une expression isolée une pensée profonde que le Saint-Esprit aurait eue en vue, au lieu qu’à Antioche on faisait ressortir davantage dans les livres sacrés la part de l’homme, dont Dieu s'était servi pour nous communiquer la vérité révélée. La foi était donc la même, quoique dans l'interprétation de la parole de Dieu on donnât d'un côté davantage au sentiment, et de l'autre à la raison.

Les deux tendances subsistent toujours : quelques esprits, aujourd'hui encore, sont portés vers les spéculations mystiques des Alexandrins; cependant le plus grand nombre des commentateurs, habitués à une méthode scientifique rigoureuse, ne veulent rien admettre sans preuves posi-= | tives, et s'appliquent à établir les vérités chrétiennes sur l'interprétation littérale des Écritures, appuyée sur la tradition.

VI. Bibliographie. — Voir Frd. Chr. Münter, Commentatio de schola Antiochena, Copenhague , 1811; Id.,

Ueber die Antiochenische Schule, dans l'Archiv für alte |

und neue Kirchengeschichte von Stäudlin und Tzschirner, t. 1, 1813 (Münter a eu le premier le mérite de faire ressortir l'importance de l'école d'Antioche); Dubois, Etudes sur les principaux travaux de l'école d'Antioche, Genève, 1858; K. Hornung, Schola Antiochena de Scripturæ interpretalione quonam modo sit merita, Neustadt am Saal, 1864; Kuhn, Die antiochenische Schule, Ingolstadt, 1866; Ph. Hergenrôther, Die antiochenische Schule und ihre Bedeutung auf exegetischen Gebiete, n-8°, Wurzbourg, 1866; celui qui a le mieux et le plus complètement étudié l'école d’Antioche est H. Kihn, Die Bedeutung der antiochenischen Schule auf dem exegetischen Gebiete, Weissenburg, 1867; Id., Theodor von Mopsuestia und Junilius Africanus als Exegeten, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1880 ; F. A. Specht, Der exegetische Standpunkt des Theodor von Mopsuestia und Theodoret von Kyros, Munich, 1871; L. Diestel, Geschichte des Alten Testaments in der christlichen Kirche, in-8, Iéna, 1869, p. 120- ΤῊ ; cardinal Hergenrôther, Histoire de l'Eglise, trad. Belet, t. 11, 1880, p. 131-140. F. VIGOUROUX.

ANTIOCHIDE (’Avroyi, forme féminine du nom d’’Avrioyoc), femme illégitime d'Antiochus IV Epiphane. C'était la coutume des rois d'Orient de donner aux reines pour leur entretien des villes ou même des provinces dont elles percevaient les revenus. Cf. Cicéron, In Verrem, act. 11, 1. 1, 38. Antiochus Épiphane donna pour ce motif à Antiochide les villes de Tarse et de Mallo, en Cilicie. Les habitants de ces deux cités, soit qu'ils fussent indignés de devenir ainsi les tributaires d’une concubine, soit qu'ils craignissent d'être trop pressurés par elle, se révoltèrent, et le roi fut obligé de marcher contre eux, en personne, pour les remettre sous son obéissance (171 avant J.-C.). II Mach., τν, 30.

ANTIOCHUS. ᾿Αντίοχος, «adversaire. » Nom de plusieurs rois séleucides et de quelques autres personnages. Pour l'histoire générale des rois gréco-macédoniens de Syrie, voir SÉLEUCIDES.

4. ANTIOCHUS II THÉOS, troisième roi de Syrie (261- 246 avant J.-C. ; de l'ère des Séleucides, 51-66). II succéda à son père, Antiochus Ier Soter, et reçut des Milésiens

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