ANTIOCHUS III LE GRAND — ANTIOCHUS IV ÉPIPHANE
des soullrances qu'endurent les Juifs lui est imputable, et le prophète s'élève, Dan., ΧΙ, 14, contre ceux qui prennent parti pour lui contre le roi d'Egypte, de même que la lettre conservée dans II Mach., 1, 13-16, adressée à des Juifs habitant l'Égypte, et bien disposés par suite en faveur des Ptolémées, leur dit que la mort d'Antiochus I les ἃ tous délivrés d'un grand péril, parce que, si ce prince avait réussi à s'emparer du trésor du temple de Nanée, il aurait sans doute entrepris de se venger sur l'Égypte de tous les affronts qu'il avait reçus. Le texte grec de II Mach., 1, 12, qui est le texte original (rendu avec une nuance inexacte dans la Vulgate), parle d'une guerre qui était « préparée » contre les Juifs. Quoi qu'il en soit, du reste, de cette guerre, et quoique Antiochus II, qui avait eu Jusque-là tout intérêt à ménager les Juifs, afin de les gagner à son parti dans sa lutte contre l'Egypte, les eût, en eflet, bien traités, au témoignage de Josèphe, Ant. jud., XII, πὶ, 3, 4, le roi de Syrie aurait difficilement résisté à la tentation de les pressurer, pour être en état de payer aux Romains les sommes dont il leur était redevable, de sorte que la mort de ce prince fut pour les Juifs, comme pour les Ésyptiens, une délivrance. Voir Flathe, Geschichte Macedoniens, t. 11, p. 225 et suiv.; Clinton, Fasti hellenici, τ. 11, p. 914 et suiv. F. VIGOUROUX.
3. ANTIOCHUS.IV ÉPIPHANE, huitième roi de Syrie (175-164 avant J.-C.; de l’ère des Séleucides, 137-149); fils et second successeur d’Antiochus ΠῚ le Grand (fig. 174). 1 Mach., 1, 11; Appien, Syr., 45. C'est de tous les rois
174, — Antiochus IV Épiphane.
Tête barbue et laurée du roi Antiochus IV. — ἢ, BAZIAEQY
* ANTIOXOY ΘΕΟΥ͂ ἘΠΙΦΑΝΟΥ͂Σ ΝΙΚΗΦΟΡΟΓ[Ὶ.
Jupiter, assis sur son trône, tient dans la main droite une Victoire, et s'appuie de la gauche sur son sceptre.
séleucides celui dont les Livres Saints parlent le plus longuement, Dan., ΧΙ, 21-45; 1 Mach. 1, 41-67 ; n1-111; vi, 4-16; II Mach., 1v, 7-1x, 29, celui dont la mémoire est restée la plus odieuse aux Juifs à cause de la persécution qu'il fit subir aux serviteurs fidèles du vrai Dieu. Il s'empara du trône, à la mort de son frère Séleucus IV Philopator, au détriment de son neveu, qui régna plus tard sous le nom de Démétrius Ier Soter, Il est connu dans l'histoire sous le surnom d'Épiphane, ᾿Επιφανής, «illustre, » sous lequel il est désigné 1 Mach., 1, 11 (grec, 10); II Mach., ιν, 7; X, 9,13; mais son caractère extravagant lui fit donner, par allusion à ce titre, le sobriquet d'Épimane, Ἰὐπιμανής, « fou. » Athénée, x, 438. Sur ses monnaies, comme pour justifier le reproche d'orgueil que lui font les Écritures, Dan., x1, 36; I Mach., v, 21; 1x, 21, non content du titre d'Épiphane, il prend aussi celui de Θεός, « dieu, » et de Νιχηφόρος, « victorieux, » qui était celui de Jupiter Olympien. Son pére Antiochus IIT avait été obligé de le donner comme otage aux Romains (188 ans avant J.-C.), pour exécuter une des conditions du traité de Magnésie, I Mach., 1, 11 (10); Appien, Syr., 45. 11 demeura à Rome jusqu’en 475, où son frère Séleucus IV, peu de temps avant sa
de retour dans sa patrie et se trouvait à Athènes, lorsque Séleucus IV fut empoisonné par Héliodore, Voir Hécro- DORE. Ce dernier s'empara du trône; mais Antiochus, aidé par Eumène et Attale, le chassa facilement, et profitant de l'éloignement de son neveu Démétrius, héritier légitime de la couronne, qui l'avait remplacé comme otage à Rome, il le supplanta « et obtint le royaume par la fraude ». Dan., xt, 21; οἵ, Tite Live, xt, 20; Jean d'Antioche, fragm. 58, dans Müller, Histor. græc. fragm., t. IV, p. 958.
Le caractère du nouveau roi de Syrie nous a été dépeint par Polybe, son contemporain, dans les termes suivants : € Il aimait à s'échapper de son palais, loin de ses courtisans, et d'aller errer çà et là dans la ville, accompagné seulement d’un ou deux serviteurs. On le rencontrait surtout dans les boutiques des orfèvres qui travaillaient l'argent et l'or, s'entretenant sans fin avec les ciseleurs et les autres ouvriers, et leur témoignant un grand amour pour leur art. Il se plaisait aussi à se méler familiérement aux gens du peuple, et même à manger et à boire avec les hôtes qui se trouvaient chez eux. Lorsqu'il apprenait que des jeunes gens se réunissaient quelque part pour se régaler, il s’y rendait sans s'être fait annoncer, accompagné d'une trompette et d'une cornemuse, de sorte que la plupart s’enfuyaient, effrayés par son arrivée imprévue, Souvent il se dépouillait de ses habits royaux, se revétait d'une toge, et allait briguer une charge sur la place publique; il prenait alors les uns par la main, il embrassait les autres et les priait de lui donner leur voix, tantôt pour les fonctions d’édile, tantôt pour celles de démarque. Quand il avait obtenu la dignité sollicitée, il s'asseyait à la manière romaine sur un siège d'ivoire, il écoutait attentivement les affaires qui se traitaient sur l’agora, et il rendait ses sentences avec beaucoup de zèle et de soin. De tout cela il résultait que les gens sensés ne savaient que penser sur son compte : les uns croyaient que c'était un homme simple, les autres que c'était un fou. Dans la distribution de ses présents, il se conduisait d'une manière analogue : à ceux-ci il donnait des osselets, à ceux-là des dattes, à d’autres de l'or. S'il rencontrait par hasard des personnes qu'il n'avait jamais vues, il leur faisait aussi des dons auxquels elles ne s’attendaient en aucune façon. Dans les sacrifices qu'il offrait dans les villes et dans les honneurs qu'il rendait aux dieux, il surpassait tous les autres rois. La preuve en est dans le temple de Jupiter Olympien à Athènes, et dans les statues élevées autour de l'autel de Délos. Il avait coutume de se baigner dans les bains publics, lorsqu'ils étaient tout remplis de gens du peuple, etc. » Polybe, xxvr, 10. Cet écrivain, comme plusieurs autres historiens de l'antiquité, rapporte de lui beaucoup d’autres traits semblables. Ils s'accordent tous à montrer en lui un prince prodigue, Dan., xt, 24 (voir ANTIOCHIDE), vaniteux, ami du faste, de l’ostentation, des constructions somptueuses, des spectacles pompeux, se mélant aux danseurs et luttant d'adresse avec eux, fréquentant la populace, plein de mépris et de dédain pour les grands. Cf. Polyhe, xxvur, 18, 3; χχιχ, 9, 18; ΧΧΧΙ, 3 et suiv.; Diodore, xx1x, 32; xxx1, 16; Tite Live, xL1, 20; Ptolémée VII Évergète Il, 4, et Héliodore, 6, dans Müller, Histor. græc, fragm., t. 1x, p. 186; t. 1v, p. 495. En tout il se portait aux extrêmes et aux excès, et ce sont ses extravagances qui lui firent donner par Polybe, xxvi, 10, le surnom d'Épimane, au lieu de celui d'Épiphane. Par beaucoup de traits de son caractère, il présageait Néron,
Tel était le roi sous la domination duquel tombérent les Juifs après la mort de Séleucus IV Philopator. A toutes ses autres manies, le nouveau souverain joignait celle de se poser en réformateur religieux, et d'aimer à intervenir dans les questions liturgiques et théologiques. Ses prédécesseurs avaient laissé à leurs sujets de Palestine pleine et entière liberté dans l'exercice de leur culte, mais il
mort, lui fit rendre la liberté, en substituant à sa place | n'allait plus en être de même sous son gouvernement.
son propre fils Démétrius, Antiochus n'était pas encore
Les relations des enfants d'Abraham avec leurs maîtres
égyptiens et syriens avaient peu à peu altéré la foi et les mœurs d'un certain nombre de Juifs, et il s'était formé insensiblement un parti helléniste, caractérisé par son
penchant pour les idées et les coutumes grecques, et |
dont le centre principal était à Jérusalem. ΠῚ se composait naturellement des plus remuants et des plus ambitieux, et comptait dans son sein beaucoup de jeunes gens entreprenants et hardis. L'avènement d’Antiochus IV au trône de Syrie leur parut une occasion favorable pour s'emparer du pouvoir dans la Judée, et ce furent ces Hellénisants qui fournirent occasion au nouveau roi de s’immiscer dans leurs affaires intérieures et religieuses. Ils lui envoyérent à Antioche des députés chargés de lui exposer leurs projets et d'obtenir de lui l'autorisation de les mettre à exécution. Rien ne pouvait lui être plus agréable; il accorda tout ce qu'on voulait, et l’on vit bientôt s'élever dans la cité sainte un gymnase païen, et des enfants de Jacob vivre à la façon des Grecs. 1 Mach., 1, 12-16. C'est ainsi que commença l'œuvre de perversion, en attendant que la persécution lui vint en aide pour travailler à déraciner le mosaisme.
Encouragés par ces premiers succès, quelques hommes, mus par les mobiles les plus intéressés et les plus vils, recoururent à Antiochus afin de satisfaire leur ambition. Jason, frère du grand prêtre Onias II, entreprit de le dépouiller ; il brigua pour lui-même le souverain pontificat, et l'obtint ou plutôt l’acheta d'Antiochus IV. Il gagna ce prince en le prenant par ses deux côtés faibles. Comme Épiphane, à cause de ses prodigalités et du lourd tribut qu'il avait à payer aux Romains, était toujours à court d'argent, le prêtre infidèle lui oflrit des sommes considérables, II Mach., 1v, 8-9; de plus, comme il savait que le prince était un ardent propagateur des mœurs helléniques, il changea son nom hébreu de Jésus (Joséphe, Ant. jud., XII, v, 1) pour prendre le nom grec de Jason, et sollicita comme une faveur la permission αὐ «helléniser » ses compatriotes de Judée, et spécialement de Jérusalem. II Mach., 1v, 9-20 (174 ans avant J.-C.). Onias ΠῚ fut obligé de se retirer à Antioche, où un officier d’Antiochus le fit périr plus tard traitreusement, pendant que le roi faisait une guerre en Cilicie. Ce prince vengea sa mort à son retour, pour donner satisfaction à l'opinion publique. II Mach., 1v, 30-38.
Jason, en achetant ainsi le souverain sacerdoce, avait appris à Antiochus IV qu'il pourrait trouver en Palestine des ressources abondantes pour satisfaire ses goûts de dépenses; aussi ce prince ne manqua-t-il aucune occasion d'arracher de l'argent aux Juifs: Daniel avait prédit les conquêtes d'Épiphane en Égypte. Dan., x1, 25. Ce pays avait toujours excité la cupidité des Séleucides; ils tenaient surtout à avoir en leur possession les provinces de Cælésyrie, de Phénicie et de Palestine, et les Ptolémées les désiraient avec non moins d'ardeur. Elles avaient été données en dot par Antiochus ΠῚ le Grand à sa fille Cléopâtre, lorsqu'elle épousa Ptolémée V Épiphane; mais depuis la mort de cette princesse les rois de Syrie n'avaient cessé de les réclamer. Elles étaient au pouvoir d’Antiochus IV dès le commencement de son règne, comme le prouve l'histoire de Jason, 1 Mach., 1, 11, 14, et les honneurs avec lesquels ce roi fut reçu à Jérusalem, quelque temps après son avènement au trône, vers 173. II Mach., 1v, 22. Mais pour assurer de plus en plus ces possessions, et dans le but de s'emparer de l'Égypte elle-même, 1 Mach., 1, 17, Épiphane fit quatre campagnes contre ce dernier pays : la première en 171, la seconde en 170, IL Mach., v, 1; 1 Mach., 1, 17-21, la troisième en 169 et la quatrième en 168. Dans toutes ces expéditions, il eut à traverser la Palestine, et ce pays eut souvent à en souffrir.
Jason, après avoir acheté le souverain pontificat, en était resté paisible possesseur pendant trois ans, de 174 à 171. 11 n'avait rien négligé pour s'assurer les bonnes grâces de son protecteur Antiochus; il avait même poussé l'infamie, lui grand prêtre du vrai Dieu, jusqu'à envoyer
au roi de Syrie, qui assistait à Tyr aux jeux quinquennaux, trois cents drachmes d'argent destinées à célébrer un sacrifice en l'honneur d'Hercule. II Mach., 1v, 18-19. Voir JAsoN. II reçut aussi Antiochus avec les plus grands honneurs à Jérusalem. Il Mach., 1v, 22. Cependant tant de servilité et de bassesse furent impuissants à le maintenir dans sa charge. Un compétiteur non moins ambitieux que lui, appelé Ménélas, employa pour le supplanter le moyen dont il s'était servi lui-même pour usurper les fonctions d'Onias I; il offrit à Antiochus IV trois cents talents d'argent de plus; ses propositions furent acceptées, et Jason obligé de chercher un refuge chez les Ammonites (Joséphe commet une erreur, Ant. jud., XI, w, 1; ef. XV, παι, 1; XIX, vi, 2, quand il dit que Ménélas était frère de Jason). Le grand prêtre évincé ne put se consoler de sa disgrâce, et il guetta une occasion favorable pour se venger. Il crut l'avoir trouvée, pendant qu'Épiphane était occupé en Égypte par sa seconde campagne contre Ptolémée Philométor (170). Une fausse rumeur s'étant répandue que le roi de Syrie était mort, Jason, à la tête de mille hommes, s'empara par un coup de main de Jérusalem, et son rival Ménélas fut contraint de se réfugier dans la citadelle.
Malheureusement pour Jason, Antiochus IV était toujours vivant, et de plus vainqueur. Il avait rermporté les plus grands succès; à la tête d'une armée formidable, 1 Mach. 1, 18, il était entré « dans des villes riches et opulentes », et fait « ce que n'avaient pas fait ses pères et les pères de ses pères », Dan., xI, 24, il s'était emparé d’une grande partie de l'Égypte, et Ptolémée Philométor luimême était tombé entre ses mains. I Mach. 1, 20 (170 avant J.-C.). La nouvelle de ce qui s'était passé à Jérusalem irrita profondément Épiphane. Au retour de son expédition, il marcha contre la cité sainte à la tête de son armée victorieuse, y fit un grand massacre, pilla la ville et le temple, et en emporta les vases sacrés et tout ce qu'il renfermait de précieux, I Mach., 1, 20-29; II Mach., v, 11-21; Josèphe, Ant. jud., XU, v, 3; Cont. Apion., 11, 7. Ménélas lui-même, altéré de vengeance, dirigea le roi dans le pillage de la maison de Dieu. II Mach., v, 15. Les profanations sacrilèges d’Antiochus furent plus douloureuses au cœur des Juifs fidèles que ses rapines. II Mach., v, 15-17. Ce n'étaient là cependant que les premiers présages de la persécution qui devait éclater plus tard avec tant de violence, mais l'horreur qu'inspira la conduite du roi souillant la demeure de Dieu fut le germe de la réaction qui devait amener la glorieuse révolte des Machabées contre le joug impie des étrangers. 3
La troisième expédition du roi de Syrie contre l'Égypte n'eut aucune conséquence particulière pour la Judée, mais la quatrième devait lui être fatale. L'orgueil d'Épiphane fut cruellement humilié dans cette dernière campagne. Cette expédition ne fut pas « semblable à la première ». Dan., x1, 29. L'Egypte fut d’abord réduite aux abois. Le Syrien se voyait à la veille de réaliser ses rêves les plus ambitieux, lorsque les Romains intervinrent. Le général Popilius Lœna lui signifia un ordre du sénat lui enjoignant de renoncer à ses projets sur le royaume des Ptolémées, s'il ne voulait pas être l'ennemi des Romains. Antiochus voulut gagner du temps et lui demanda à réfléchir. Popilius traça un cercle avec un bäton autour du roi et le somma de se prononcer avant d'en sortir. ᾿Ενταῦθα βουλεύου, « Délibère là, » lui dit le fier général. Le vainqueur des Ptolémées, qui avait vécu plusieurs années à Rome, en connaissait la puissance ; il savait qu'il ne pouvait y résister ; il se soumit (168 avant J.-C.). Dan., x1, 29-30; Polybe, xxix, 11; Diodore de Sicile, χχχι, 2; Tite Live, xLv, 12; Appien, Syr., 66; Justin, XxxIv, 3. Mais son amour-propre avait été cruellement blessé. Il s'en vengea sur les Juifs. « Les vaisseaux de Kittim [les Romains] viendront contre lui, avait prédit Daniel, et il sera frappé, et il s’en retournera, et il s'irritera contre l'alliance sainte, et il fera [du mal]. » Dan., xt, 90,
PP NP PTT
Comime nous l'avons vu, Antiochus IV était très dévoué au culle de ses dieux; il poussait pour eux le zèle jusqu'au fanatisme ; il se croyait même personnellement un dieu, et il s'en attribuait le titre sur ses monnaies (fig. 174). Obligé de renoncer à tous ses projets de conquête en Égypte, il voulut du moins rendre païenne cette petite terre de Judée qu'il croyait incapable de lui résister, et d'où il résolut d'extirper la religion véritable, En l'an 168 ou 167 avant J.-C, il y envoya à la tête d’une armée un collecteur des impôts, I Mach., 1, 30 (grec, 29), nommé Apollonius, Π Mach., v, 14, avec la mission d’ Chelléniser » complètement Jérusalem. Afin d'y réussir, l'officier syrien devait anéantir une grande partie de la population juive, et la remplacer par des Hellènes ou des Hellénisants. C£. I Mach. 1, 38-40; II Mach., v, 24. Il arriva à Jérusalem en affectant des intentions pacifiques; mais au jouf du sabbat, lorsque les Juifs ne se croyaient même pas le droit de se défendre, de. peur de violer le repos du jour du Seigneur, les soldats syriens se précipitèrent sur eux, massacrèrent tous les hommes qu'ils rencontrèrent, s'emparérent des femmes et des enfants et les vendirent comme esclaves. I Mach., 1, 30-3%; II Mach., v, 24-26. Aucune précaution ne fut négligée pour assurer au roi de Syrie la tranquille possession de la capitale de la Judée, et rendre ainsi facile la perversion de ses habitants et le tiomphe de l’hellénisme : les murs de la ville furent renversés, afin que le peuple füt sans défense; mais la cité de David, où s'établirent les soldats d'Apollomus, fut fortifiée avec le plus grand soin, entvurée d’une muraille solide, flanquée de fortes tours, et transformée en une citadelle inexpugnable, 1 Mach., 1, 35, où la garnison syrienne vécut en sécurité. Sa position était si forte, qu'elle y maintint la domination des Séleucides même pendant les succès des Machabées, et ce ne fut que vingt-six ans plus tard (142-141 avant J.-C.) que Simon réussit à s'emparer de cette acropole et à briser ainsi complètement le joug des oppresseurs de son peuple. :
Une fois que le lieutenant d'Antiochus Épiphane eut ainsi assuré sa position à Jérusalem, la persécution ouverte contre la religion judaïque commença. Le roi ordonna par écrit de pratiquer sa propre religion. I Mach., τ, 49, 46, 53. L'observation de la loi mosaïque fut interdite, le culte légal aboli, la sanctification du sabbat et la circoncision défendues sous peine de mort. 1 Mach., 1, 46-53. Dans toutes les villes de Juda, on dut offrir des sacrifices aux dieux païens. 1 Mach., 1, 54. Le 15 casleu de l'an 14 de l'ère des Séleucides, c’est-à-dire en décembre 168, un autel païen fut construit sur l'autel juif des holocaustes, dans le temple même de Jérusalem, et dix jours après, le 25 casleu, on y immola pour la première fois des victimes. I Mach., 1, 54 (texte grec). Antiochus IV Épiphane avait voué un culte particulier à Jupiter Olympien; il prenait ses titres sur ses monnaies (voir plus haut, col. 693), et se faisait représenter avec ses attributs : c’est à cette divinité qu'il consacra le temple du vrai Dieu. ΠῚ Mach., vi, 2. Il ordonna aussi qu'on célébrät tous les mois le jour où il était né selon les rites païens, avec des couronnes de lierre en l'honneur de Bacchus. II Mach., vi, 7. Voir ANNIVERSAIRE, col. 648-649.
Pour assurer l'exécution de ces édits, des émissaires, envoyés par le roi, les publiérent dans toutes les villes de Judée. I Mach., τ, 46. Des inspecteurs eurent la charge de les faire observer. [ Mach., 1, 53, Tous les mois, on faisait des perquisitions régulières. 1 Mach. 1, 61. Quiconque était trouvé possesseur des Écritures Saintes, ou avait gardé les observances de la loi, était impitoyablement mis à mort. 1 Mach., 1, 60. Les femmes mêmes qui avaient fait circoncire leurs enfants étaient massacrées avec le fruit de leurs entrailles et avec ceux qui les avaient circoncis, d'aprés les ordres exprès du roi Antiochus, I Mach., 1, 63-6%; IT Mach., νι, 10, Partout la Terre Sainte était souillée par des sacrifices idolâtriques, 1 Mach., 1, 49-50, 57-58, Un certain nombre de Juifs courbèrent la tête sous la
violence de la tempête, ils eurent la faiblesse de se soumettre au persécuteur et de pratiquer les rites païens. 1 Mach., 1, 45. Mais d'autres plus généreux préférérent la mort à l'apostasie. 1 Mach., 1, 65; cf. Il Mach., vi, 18-31; vi, 1-41, Ceux qui le purent échappérent à la violence en se cachant au fond des cavernes ou en s'enfuyant dans le désert, 1 Mach., 1, ὅθ᾽; IL Mach., v, 27; vi, 11. Et enfin Mathathias et ses fils se levérent, et l'orgueil et la puissance d’Antiochus Épiphane vinrent se briser contre la foi et l'héroisme des Machabées,
Les envoyés d'Antiochus IV arrivérent un jour à Modin, pour obliger les Juifs qui y habitaient à immoler aux idoles. Le vieux prêtre Mathathias exhorta ses frères à être fidèles à leur Dieu, mais l'un d'eux s'avança aux yeux de tous pour sacrifier selon l'ordre du tyran. Le saint vieillard, à ce spectacle, ne put maîtriser son indignation ; il s'élança contre le coupable et le frappa mortellement ; il fit subir le même sort à l'émissaire d'Épiphane, et renversa avec horreur l'autel sacrilège. Après cet éclat, il se retira dans le désert avec les siens. Un grand nombre de Juifs fidèles ne tardérent pas à le rejoindre, et ainsi se forma le noyau de l’armée qui devait délivrer Israël. Mathathias, chargé d’ans, ne tarda pas à rendre à Dieu son àme généreuse ; mais il laissa après lui de dignes héritiers, ses cinq fils, cinq héros, et parmi eux Judas Machabée, « le lion » de Dieu. I Mach., 11, 7-70; 111, 4.
Apollonius ne tarda pas à s'apercevoir que la résistance: était sérieuse, ΠῚ marcha contre les Juifs à la tête d'une: forte armée. Judas s’empressa d'aller à sa rencontre, le battit, le tua et s'empara de ses dépouilles. 1 Mach., 111, 10-12. Quand il reçut ces nouvelles, Séron, général en chef des forces syriennes, prit la route de la Palestine; il fut battu à son tour près de Béthoron. 1 Mach., 11, 15-24. On s'imagine aisément quelle dut être la colère d’Antiochus Épiphane en apprenant ces désastres, I Mach., πι, 26-27. Il résolut d'exterminer les Juifs, et comme il devait faire lui-même une campagne contre les Parthes, I Mach., 111, 31; Tacite, Hist., v, 8, il chargea Lysias, à qui était confiée l'éducation du prince royal, d'envoyer une armée considérable avec des éléphants en Judée, pour détruire jusqu'au nom d'Israël et repeupler le pays avec des étrangers. I Mach., 111, 32-36. C'était l'an 147 de l'ère des Séleucides, 166-165 avant J.-C. Lysias envoya contre Judas trois généraux, Ptolémée, Nicanor et Gorgias. Ce dernier, avec ses troupes d'élite, fut complètement battu près d'Emmaüs. ! Mach., 1v, 1-22, Une armée nouvelle, conduite l’année suivante par Lysias en personne, essuya également une sanglante défaite. I Mach., 1v, 28-35.
L'expédition d’Antiochus Épiphane contre les Parthes ne fut pas plus heureuse. Le tyran allait expier tout le mal qu'il avait fait au peuple de Dieu. Il avait toujours besoin d'argent pour satisfaire à ses prodigalités et pour payer aux Romains les contributions qu'ils avaient imposées à son père Antiochus ΠῚ, et qui n'étaient pas encore complétement acquittées. II Mach., vir, 10-11. Sa campagne à l’est de son royaume avait pour objet de remplir son trésor. I Mach., πὶ, 29-31; Joséphe, Ant. jud., XII, να; Appien, Syr., #5; Tacite, Hist., v, 8. Non seulement il ne devait pas atteindre son but, mais il devait y perdre la vie. Les richesses du temple de Nanée, la Diane et la Vénus élyméenne, tentèrent sa cupidité ; il voulut piller son sanctuaire, mais il échoua dans son dessein; les adorateurs de la déesse se soulevèrent et l'obligèrent à s'enfuir. I Mach., vi, 1-4; II Mach., 1x, 2; Joséphe, Ant. jud., ΧΗ, 1x, 1; Polybe, xxx1, 11; Appien, Syr., 66; S. Jérôme, In Dan., x1, 44, 45, τ. χχν, col. 573. Voir NANÉE, ÉLYMAÏDE, PER- SÉPOLIS.
Il venait de subir cet échec humiliant quand à son retour, aux environs d'Echatane, lui arrivèrent les nouvelles du désastre de ses troupes en Judée. I Mach. νι, 9-7; Il Mach., ΙΧ, 3. Ce message porta son irritation à son comble. Il voulut précipiter son voyage, mais il ne devait plus revoir Antioche : il fut pris de violentes douleurs d’entrailles ,
II Mach., ; un accident de voiture aggrava son état;
il se DIE Pie sa chute, les vers et la gangrène se mirent à ses plaies. II Mach., 1x, 5, 7. Il reconnut alors, mais trop tard, la main du Dieu qui le frappait; il le pria et implora sa miséricorde, 1 Mach., vr, 10-12 ; II Mach., x, 12-13; il promit d'adorer le vrai Dieu, de réparer le mal qu'il avait fait aux Juifs et de les rendre égaux aux Athéniens, dont il avait embelli et enrichi les temples. Il Mach., 1x, 14-17. Cette conversion était sans doute trop intéressée pour être sincère ; il sentit bientôt que tout était fini pour lui, et il chercha à assurer du moins son trône à son fils. La crainte qu'il ne püt lui succéder augmenta encore les angoisses de ses derniers moments. Son fils n'était encore qu'un enfant en bas âge, incapable de placer lui-même la couronne sur sa tête. De plus, il n'y avait point droit : elle appartenait légitimement à son cousin Démétrius, sur qui son père l'avait usurpée. Épiphane ne pouvait se dissimuler que son neveu mettrait sa mort à profit pour essayer de saisir le pouvoir qui lui avait été injustement ravi; il s'efforçca donc d'assurer des partisans au jeune Antiochus, et à cette heure suprême, rendant comme malgré lui hommage à la fidélité des Juifs, dont ses prédécesseurs avaient eu plus d’une fois l’occasion d'avoir des preuves, ce roi qui les avait si cruellement persécutés leur écrivit une lettre pour leur recommander son fils. II Mach, 1x, 18-27. Peu après il expirait « dans les montagnes », dit l’auteur sacré, II Mach., 1x, 28; à Tabès, en Perse, comme nous l’apprennent d’une manière plus précise Polybe, xxx1, 11, et Porphyre, dans 5. Jérôme, In Dan., x1, 4%; t. xxV, col. 573. C'était l'an 149 de l'ère des Séleucides, 164-163 avant J.-C. I Mach., vi, 16.
Antiochus IV, en mourant, avait nommé l'un des généraux qui l'avaient accompagné, Philippe le Phrygien, son ami d'enfance, régent du royaume et tuteur de son fils Antiochus V Eupator; mais Lysias, à qui il avait laissé le pouvoir à Antioche en partant pour la Perse, ne tint aucun compte de ses dernières volontés : il garda la personne du jeune roi pour régner réellement sous son nom, et Philippe, qui était revenu en hâte, emportant avec lui le corps du souverain défunt, fut obligé d'aller chercher un asile à la cour du roi Ptolémée VI Philométor. I Mach., vi, 14-17; II Mach. 1x, 29; Josèphe, Ant. jud., XII, 1x, 2 Voir PHILIPPE et Lysias.
Les circonstances principales de la mort d’Antiochus IV Épiphane, rapportées par les écrivains sacrés, sont confirmées, comme on l’a vu, par les historiens profanes. Mais on a prétendu que les auteurs des deux livres des Machabées n'étaient pas d'accord entre eux, I Mach., vr, 1-16; II Mach., 1x, 2-98, et que celui du second livre se contredisait lui-même et rapportait cette mort de deux manières tout à fait différentes, Π1 Mach., 1, 13-16, et 1x, 2-98. Des critiques catholiques mêmes ont admis que ces deux derniers récits, qui sont en effet inconciliables, étaient l’un et l’autre relatifs à la mort d'Epiphane, et ils prétendent quon doit considérer le premier, II Mach., 1, 13-16, comme erroné, parce qu'il est contenu dans une lettre non inspirée, insérée simplement dans son livre par l’historien de la persécution d’Antiochus. Quelques-uns soutiennent, au contraire, que l'Antiochus de II Mach., 1, 13-16, est Antiochus VII Sidètes; mais cette opinion ne saurait être acceptée. Voir AnrIocHUS VII. Tout porte à croire que le roi dont la lettre des Juifs, II Mach., 1, 13-16, raconte la fin violente est Antiochus ΠῚ le Grand. Voir ANTIOCHUS ΠῚ, col. 691-692. Il n'existe donc aucune contradiction entre les deux passages II Mach., 1, 13-16, et IX, 2-98. Il n'en existe pas davantage entre I Mach., vi, 1-16, et IT Mach., 1x, 2-28.
On signale d’abord une contradiction sur le nom du lieu
dont Antiochus IV voulait piller le temple : c'était Élymais, |
ville de Perse, d’après la leçon reçue et la traduction de la Vulgate de 1 Mach., vi, 1; e’était Persépolis, d'après
II Mach., 1x, 2; mais les deux textes sont faciles à éclaircir. |
La leçon : « Elymais, ville de Perse, » est fautive ; les
meilleurs manuscrits grecs portent : ’Ecriv ἐν ᾿Ελυμαΐδι ἐν τῇ Περσίδι πόλις ἔνδοξος; « 1] y a en Élymaïde, en Perse, une ville célèbre. » Cette lecture est la seule vraie, Car on ne trouve aucune trace de l'existence d'une ville ‘appelée Élymaïs. L'auteur sacré ne nomme donc pas la ville dont Épiphane voulut piller le temple ; il dit seulement qu'elle était située dans la province de l Élymaïde, dans le royaume de Perse, la désignant ainsi de la même manière que l'ont fait Polybe, xxx1, 11, édit. Didot, p. 72, et Appien, Syr., 66, édit. Didot, p. 908. Le second livre des Machabées, dans sa forme actuelle, nomme la ville où était le temple de Nanée « Persépolis ». II Mach., 1x, 2. Cet ouvrage a été composé en grec. On peut supposer avec vraisemblance que Persépolis signifie, dans ce passage, non pas la ville qu'on appelait de ce nom, mais, en traduisant le nom grec, « la ville ou la capitale des Perses, » c'est-à-dire probablement Suse, en Élymaïde, l’une des principales résidences royales des rois de Perse, et l’une des plus connues des Juifs à cause de l'histoire d'Esther et d’Assuérus.
Après sa tentative infructueuse du pillage du temple, Antiochus IV apprend le désastre que Judas Machabée a fait subir à ses armes; il l’apprend « en Perse », dit I Mach., vi, 5; « près d'Echatane, » par conséquent en Médie, dit II Mach... 1x, 3. — On a voulu découvrir là encore une contradiction, mais les deux textes disent la même chose en termes différents : le premier entend par la Perse toute l'Ariane, qui comprenait la Médie, puisque cette province faisait partie du royaume de Perse; le second est plus précis et indique nommément le lieu où lui parvinrent les nouvelles de Judée. Ce qu'il dit est confirmé indirectement par les historiens profanes, qui, comme on l'a vu, col. 699, nous apprennent qu'Épiphane mourut à Tabès, entre Ecbatane et Persépolis.— Voir J. Chr. C. Hofmann, De bellis ab Antiocho Epiphane adversus Ptolemæos gestis, Erlangen, 1835; J. Frd. Hofimann, Antiochus IV Epiphanes, Künig von Syrien, Leipzig, 1873; Grätz, Geschichte der Juden, t. II, 2 (1876), p. 86-443; Wiederholt, Antiochus IV Epiphanes nach der Weissagung Dan. ΑΙ, 91-ΧΠΙ, 3, und der Geschichte, dans la Theologische Quartalschrift de Tubingue, année 1874, p. 567-631. F. VIGOUROUX.
4. ANTIOCHUS V EUPATOR, neuvième roi de Syrie (164-162 avant J.-C.; de l'ère des Séleucides, 149-151), fils et successeur d’Antiochus IV Épiphane (fig. 175). Eupator signifie « qui ἃ un noble père ». Il n'avait que neuf ans lorsqu'il monta sur le trône, d'après Appien, Syr., 46, 66 ; douze ans, d’après Porphyre, dans Eusébe, Chron. arm., 1, 40, t. xx, col. 261. Son père avait désigné Philippe, un des généraux qui l'avaient accompagné en Perse, comme régent du royaume et tuteur du nouveau roi, 1 Mach., vi, 14-17; II Mach., 1x, 29; mais Lysias, qui avait tenu la place d'Épiphane en Syrie, pendant son absence, n'eut garde d'abandonner le pouvoir qu'il avait entre les mains et de se dessaisir du jeune prince, dont il fit l'instrument de ses volontés. I Mach., vi, 44-15 ; 11 Mach., 1x, 29. Après avoir été battu par Judas Machabée, il était retourné à Antioche. I Mach. IV, 34-35 ; II Mach., xt, 12. Il se préparait à venger son affront et à recommencer la campagne contre les Juifs, I Mach., 1v, 35, lorsqu'il apprit la nouvelle de la mort d’Antiochus IV et ses dernières dispositions. Ces événements l’obligèrent de modifier sa politique envers les Juifs. Il fallait d'abord qu'il assurât la possession du trône à son pupille ; il fallait aussi qu'il maintint lui-même son pouvoir contre Philippe.
Antiochus IV Épiphane, en mourant, avait tout lieu de craindre que sa couronne ne passât point sans difficulté sur la tête de son jeune fils, parce qu'il l'avait usurpée lui-même sur son neveu Démétrius, et qu'il devait s’attendre à ce que ce dernier revendiquät ses droits à la première occasion favorable. Plusieurs historiens croient, ! d’après le récit de Porphyre, dans Eusèbe, Con. arm.,
ῃ Fr
ont
1, 40, τ. xx, col. 261, qu'afin d'assurer sa succession à son héritier naturel, il l'avait associé au trône, en 166, avant de partir pour la Perse, Mais cette association ne pouvait empêcher les revendications de Démétrius. Lysias put apprendre bientôt que le fils de Séleucus IV Philopator, détenu comme otage à Rome, réclamait, en effet, l'héritage de son père. Polyÿbe, xxx1, 12; Appien, Syr., 46. La nécessité d'être prêt à toute éventualité exigeait qu'il demeuràt à Antioche et qu'il n'entreprit aucune guerre au dehors. ΤΙ devait être là, soit pour repousser Démétrius, soit aussi pour résister à Philippe et sauver sa propre situation, si son rival, comme cela ne pouvait manquer, venait, à la tête de l'armée qu'il ramenait de Perse, demander l'exécution des dernières volontés d'Épiphane. Son propre intérêt le porta donc à conclure un traité de paix avec les Juifs et à leur permettre le libre exercice de leur religion. II Mach., x1, 13-26. L'intervention des Romains ne fut pas non plus étrangère à la conclusion de la paix. II Mach., x1, 34-38. Lysias ne pouvait rien leur refuser; car il voulait leur faire retenir en Italie le jeune Démétrius, et l'empêcher ainsi de disputer le trône à son pupille.
Cependant, au moment même où Lysias accordait aux Juifs ce qu'ils demandaient, II Mach., ΧΙ, 16-21, et se faisait adresser à lui-même, par le roi enfant, une lettre qui les autorisait à pratiquer le culte mosaique, 11 Mach., x1, 22-96, il favorisait ouvertement les apostats. Il écrivait, au nom d'Eupator, à la nation juive une lettre qui lui concédait des privilèges commerciaux, mais cette concession était faite pour relever le prestige des adversaires de Judas Macha-
EYTIAYOPOS,
bée, et sur la demande formelle, comme l'attestait le |
document royal, du chef du parti helléniste, du pontife usurpateur Ménélas, qui était chargé en même temps de parler au peuple au nom du roi. II Mach., χι, 27-33. Cette politique double montre bien que, si la nécessité avait imposé la paix à Lysias, il n’en conservait pas moins l'espoir de venger un jour sa défaite et de reprendre les projets d’Antiochus [V, puisque, loin de décourager le parti opposé à Judas Machabée et aux Juifs fidèles, 1] accordait des grâces en son nom et s’efforçait de maintenir à Jérusalem l'influence de son chef. L'événement prouva bientôt, en eflet, que le traité conclu avec Judas n'avait été pour Lysias qu'un moyen de gagner du temps. Les Syriens laissèrent les Juifs tranquilles pendant l'année courante (164), de sorte qu'ils purent cultiver leurs champs et récolter leurs moissons. II Mach., x1r1, 1. Judas profita de l’occasion avec ses frères pour combattre les villes et les tribus voisines dont il avait à se plaindre. 1 Mach., v, 1-68; II Mach., x, 2-36. Muis l'année suivante (163), 1 Mach., vi, 20; II Mach., ΧΠῚ, 1, la guerre recommença plus terrible que jamais.
Les instigateurs de cette nouvelle campagne furent les enfants apostats de Jacob qui composaient le parti helléniste. Ils n’hésitèérent pas, poussés par la cupidité et l'ambition, à trahir leur patrie et à appeler l'étranger. Judas avait tenté de s'emparer de la citadelle de Jérusalem,
parce que la garnison syrienne qui l'occupait avait fermé |
les avenues des lieux saints, faisait subir toute sorte de vexations aux vrais Israélites et soutenait ouvertement les païens; le chef Machabée avait de plus réparé les fortifications de Bethsur, Ce furent les deux principaux griefs que les émissaires du parti helléniste firent valoir contre lui, à Antioche, auprès d'Eupator et de Lysias.
175, — Antiochus V Eupator.
Tête diadémée d'Antiochus V. — à. BAYIAEQE ANTIOXOY
Jupiter, assis sur son trône, tient une Victoire dans la main droite, et s'appuie sur son sceptre de la main gauche,
I Mach., vi, 18-27. Ce dernier ne demandait pas mieux que de recommencer la guerre, Il croyait sans doute le pouvoir du nouveau roi suffisamment assis; il ne redoutait plus probablement ni Démétrius ni Philippe, qui n'élaient encore arrivés ni l'un ni l'autre, Il leva donc une armée formidable de cent mille fantassins, de vingt mille cavaliers et de trente-deux éléphants. 1 Mach., νι, 30 (II Mach., Χπὶ, 2, porte des nombres un peu différents, les chiffres ayant été altérés ici par les copistes, comme dans plusieurs autres passages de la Bible). Lysias et Eupator envahirent la Judée par le sud, en passant par l'Idumée. Le chef du parti hellénisant, Ménélas, n'eut pas honte d'aller rejoindre les ennemis de sa patrie, dans l'espoir de recouvrer le souverain pontificat; mais soit qu'il n’eût pas été véritablement plus fidèle à Antiochus qu'à son Dieu, soit pour toute autre cause inconnue, il n'eut d'autre récompense de sa trahison que la mort, parce que Lysias le considéra comme la cause de tous les maux qui s'étaient produits. II Mach., xx, 3-8.
Judas Machabée n’hésita pas à tenir tête à des forces si redoutables. Il défendit d'abord Bethsur contre les Syriens, qui ne purent s'en emparer, et il en sortit ensuite pour aller dresser son camp à Bethzachara, vis-à-vis de celui d'Antiochus Eupator, C'est là que Lysias l'attaqua.
Il était convaincu sans doute qu'avec tous ses fantassins, ses cavaliers et ses terribles éléphants, qu'on avait eu soin d’enivrer, il écraserait la petite troupe des Machabées ; mais il se trompa et il perdit six cents hommes.
I Mach., νι, 32-46 (d'après la leçon actuelle de II Mach., x, 15, quatre mille hommes). Cependant, malgré le courage et la bravoure de ses soldats, Judas comprit qu'il ne pouvait lutter contre de telles masses, et il se retira. 1 Mach., vi, 47; II Mach., ΧΠΙ, 16. Le roi porta alors son camp à Jérusalem et assiégea la ville. 1 Mach., νι, 48. La position devenait critique. La garnison juive de Bethsur fut obligée de capituler, réduite par la famine, parce que l’année sabbatique avait obligé de laisser cette année la terre sans culture. I Mach., vi, 49-50; II Mach., xur, 18-22, Jérusalem était mal approvisionnée pour la même raison, et bientôt, serrée de très près par les ennemis, elle fut réduite à la dernière extrémité, 1 Mach. vi, 51-54. Tout semblait perdu, lorsque la Providence vint au secours de ses fidèles serviteurs. Une diversion inespérée les sauva.
Philippe le Phrygien, frère de lait d’Antiochus IV, à qui ce prince mourant avait confié la tutelle de son fils et la régence, ne s'était pas sans doute immédiatement, après son retour de Perse, senti de force à arracher à Lysias le gouvernement qu'il avait en main, et il s'était réfugié en Égypte, à la cour de Ptolémée VI Philométor, II Mach., IX, 29, probablement dans le but de s'assurer son concours et d’épier l'occasion favorable pour s'emparer du pouvoir. Il crut le moment propice venu, tandis que Lysias était loin d'Antioche et occupé à combattre les Juifs, 11 s’'empressa donc de retourner en Syrie et de rallier l’armée de Perse et de Médie, qui lui était restée fidèle, et était revenue vraisemblablement à petites journées. 1 Mach., vi, 55-56. Il put ainsi devenir maitre de la capitale de la Syrie. II Mach., πὶ, 23; cf. I Mach., νι, 63. On conçoit sans peine de quelle inquiétude fut saisi Lysias en apprenant ces nouvelles. Il se häta aussitôt de faire valoir au roi et aux généraux de l’armée la grande force dela situation de Jérusalem et la pénurie de vivres donton
souffrait dans ce pays, qui n'avait pas été cultivé; sous ce prétexte il fit conclure la paix avec les Juifs, à qui l'on assura de nouveau le libre exercice de leur religion. Les Syriens n'étaient pas de bonne foi ; ils le prouvérent tout de suite après en détruisant les murs de la ville, contrairement au serment royal. Cependant la crainte que Philippe ne réussit à s'emparer dù pouvoir les obligea à quitter précipitamment la Palestine, et Jérusalem fut ainsi délivrée. 1 Mach., vi, 57-63 ; II Mach., χα, 23-26. La guerre entreprise par Mathathias et ses fils, pour la liberté religieuse, se termina de la sorte par un glorieux triomphe pour les Juifs. Le droit de pratiquer leur religion, reconnu à Israël par Antiochus V Eupator, ne leur fut plus contesté par aucun roi de Syrie. La folle entreprise d'Épiphane d’« helléniser » les serviteurs du vrai Dieu avait complétement échoué. Désormais les Juifs devaient avoir encore à combattre contre les Séleucides, mais seulement pour
leur indépendance politique et non plus pour leur indé- |
pendance religieuse. Les maux qu'ils avaient endurés leur étaient venus d’un usurpateur, du père d'Eupator, à qui le trône n'appartenait pas, et, par une conséquence imprévue, c'étaient les suites mêmes de cette usurpation qui, en introduisant pour longtemps la division dans la famille des Séleucides, devaient permettre aux Machabées, habiles à profiter de la rivalité des rois qui se disputaient la couronne, de recouvrer leur autonomie et de s'affranchir pleinement du joug étranger.
Lysias, de retour en Syrie, après avoir calmé à Ptolémaide les citoyens de cette ville, qui s’indignaient d’avoir été soumis à Judas, IT Mach., ΧΠῚ, 24-96, ne parait pas avoir eu de peine à écraser son rival Philippe et à garder ainsi en son pouvoir le jeune roi Antiochus V. I Mach., vi, 63; cf, II Mach., xt, 23-96. D'après Joséphe, Ant. jud., XIX, 1x, 7, Philippe fut non seulement vaincu, mais mis à mort (163 avant J.-C.).
Cependant Eupator et Lysias ne devaient pas rester longtemps paisibles possesseurs du pouvoir. Un ennemi plus redoutable que celui qu'ils venaient d’abattre surgit
tout à coup, Démétrius, fils de Séleucus IV Philopator. Les |
Romains avaient servi les intérêts du tuteur d'Antiochus V en retenant Démétrius comme otage en Italie, et en l’empêchant de faire valoir ses droits à la couronne, parce qu'ils aimaient mieux voir le trône de Syrie occupé par un enfant; mais le fils de Séleucus IV parvint à tromper leur surveillance et à se rendre en Syrie. Les soldats mêmes de Lysias se rangérent sous ses ordres. ΠῚ Mach., χιν, 1 ; Eusèbe, Chron. arim., 1, 40, t. χιχ, col. 261 ; Syncelle, édit. Dindorf, t. 1, p. 150; Justin, xxxIV, 3. Eupator et Lysias furent livrés au nouveau roi par leurs propres troupes. « Ne me montrez point leur face, » dit Démétrius, qui voulait venger sur leur personne le mal que lui avait fait Antiochus Épiphane. Et l'armée les fit mourir aussitôt l'un et l’autre (162 avant J.-C.). 1 Mach., vu, 2-4. Cf. II Mach., x1v, 2; Appien, Syr., 46. Antiochus V Eupator avait régné deux années pleines. Josèphe, Ant. jud., XII, x, 1; Polybe, xxx1, 19. F. Vicouroux.
5. ANTIOCHUS VI DIONYSOS, roi de Syrie, en compétition avec Démétrius IT Nicator (145-vers 142 avant J.-C.; de l'ère des Séleucides, 167-170. Les dates 167-170 sont données par les monnaies de ce prince). Il était fils d'Alexandre Ier Balas et de Cléopâtre (fig. 176). Son père, ayant été vaincu par Ptolémée VI Philométor, s'était vu obligé de s'enfuir en Arabie et y avait péri assassiné, Antiochus n'était encore qu'un enfant, 1 Mach., x1, 54; Appien, Syr., 68; Tite Live, Epit. 50, et hors d'état de disputer la couronne à Démétrius IL Nicator, le rival de son père, qui se trouva ainsi quelque temps unique maître du royaume de Syrie. Mais Démétrius II se fit détester de ses sujets par sa cruauté, et un des officiers d'Alexandre Ier Balas, Diodote, plus connu sous le nom de Tryphon, mettant à profit ces circonstances favorables, alla chercher
en Arabie, où il était resté depuis la mort de son pére, |