Monnaie d'Ar-Moab
Tête laurée de Septime-Sévère, AE SEOYHPQ.,-— ἃ PABBAO MQBA. Divinité guerrière de face, casquée et euirassée, tenant une épée de la main droite, et de la gauche une lance et un bouclier. A droite et à gauche, dans le champ, un autel allumé en forme de colonnette.
d'aucune Rabbath de Moab; mais, bien avant Eusèbe et saint Jérôme, on connaissait une ville dont les monnaies d'Antonin, de Septime-Sévère et de Caracalla nous ont conservé le nom de PABBAO MOBA (fig. 199) ; cf. de Saulcy, Numismatique de la Terre Sainte, p. 353-358. La Notitia dignitatum imperü, après avoir mentionné la cohors tertia Alpinorum auprès de l'Arnon, nous montre la ville d’Aréopolis occupée par les Equites Mauri Illyriciani. Cf. Reland, Palæstina, p. 579. Dire d'ailleurs que, Ar une fois détruite, Rabbath ἃ hérité de son importance comme capitale avec un nom nouveau, est une assertion gratuite. L'opinion des contradicteurs de saint Jérôme est basée principalement sur cette croyance que « Ar était située sur les bords de l'Arnon ». Les preuves ne sont pas convaincantes. Un chant tiré « du livre des Guerres du Seigneur », Num., xx, 15, semble placer Ar « sur la frontière de Moab »; mais, outre l'obscurité du
texte, ne peut-on pas dire avec H. B. Tristram, The Land |
of Moab, Londres, 1874, p. 110, que, « comme il n°y a pas trace d'une cité importante entre Er-Rabbah et l'Ar-
non, il est aisé de comprendre pourquoi, dans ce passage, Ar est regardée comme étant à la frontière septentrionale.» On l’assimile ensuite à « la ville qui est au milieu du torrent », c'est-à-dire de la vallée arrosée par le torrent d'Arnon, Jos., ΧΙ, 9, 16; Deut., 1, 36; mais 4° toutes les versions ont ici rendu hd‘ (avec l'article) par le le nom commun civitas, urbs, oppidum, « ville ; » % cette ville de la vallée, citée avec Aroer comme limite méridionale des possessions israélites au delà du Jourdain, semble avoir appartenu, aussi bien qu'Aroer (dont elle est distincte d'après le texte hébreu) aux enfants d'Israël, tandis que Dieu avait exclu Ar-Moab de leurs conquêtes. Quant à ‘Zr Μδ᾽ ἂν», Num., xx11, 36, dans laquelle plusieurs auteurs reconnaissent la grande cité moabite, nous dirons également que toutes les versions ont traduit ‘Zr par le nom commun et que l'absence de l’article en hébreu laisse au mot son sens indéfini.
D'un autre côté, Oumm er-Reças, où l'on voudrait voir l'emplacement d'Ar, se trouve, non pas au sud-est, mais bien au nord-est de l’Arnon, et est ainsi complétement à l'opposé de cette dernière. Aussi quelques-uns préfèrent Mouhätet el-Hadj, un peu au-dessous de l'embouchure de l'Ouadi Enkeiléh dans l'Ouadi Modjib ; mais ces ruines paraissent peu importantes pour une ancienne capitale de Moab. Nous croyons donc devoir maintenir le site traditionnel d'Er- Rabbah.
III. Description. — Er-Rabbah est située à l’est de la mer Morte, en face de la presqu'île d'El-Liçan, sur la grande route qui conduit de Kérak vers Dhibän (Dibon) et Hesbän (Hésébon) au nord. Plusieurs monticules, couverts d'herbe, semblent cacher les débris d'importantes constructions et payeraient sans doute amplement, par de curieuses découvertes, les recherches de l'explorateur (fig. 200). Parmi les ruines on remarque surtout une belle porte romaine qu’un tremblement de terre a disloquée. L'arcade principale s'est écroulée; mais, à droite et à gauche, subsistent encore, parfaitement intactes, de petites arcatures latérales qui sont murées et n’ont dù être que des fausses portes. Au-dessus de la petite porte de droite, les pierres de taille, secouées par le tremblement de terre, ont glissé les unes sur les autres, de sorte qu'elles ont l'air suspendues et prêtes à crouler au moindre choc. Cf. de Saulcy. Voyage autour de la mer Morte, Paris, 1852, t. 1, p. 347; atlas, planche xx. En decà, quelques füts de colonnes sont encore debout ; mais, hormis quelques tronçons et chapiteaux gisant épars sur le terrain, il semble que cet emplacement n'ait jamais été couvert de constructions, et qu'il devait être une sorte de place publique. De riches fragments analogues forment une véritable bordure à droite de la route qui conduit à ce point.
Un peu au sud de la porte romaine se trouvent deux citernes carrées : la première, à cinquante mêtres du chemin, est de dimension ordinaire ; la seconde, plus loin et à cent mètres sur la droite, est trois fois plus grande. Les décombres qui les entourent au loin montrent que tout un quartier de la ville a dù exister de ce côté.
À deux cents mètres à gauche est une enceinte carrée, dont les murs ont encore près de deux mètres de hauteur, et qui fut très probablement jadis le parvis d'un temple. Cette enceinte, ouverte au nord, est pavée de blocs équarris de lave noire. Dans les décombres se rencontrent fréquemment des blocs de lave travaillés, et qui appartiennent à une civilisation antérieure à la venue des Romains. L'un d’eux est un fragment de chambranle de porte ou de fenêtre, garni de moulures et d'un fleuron à l'angle. Cf. de Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, p. 348, atlas, pl. L. Ce fleuron, dit M. Perrot, « rappelle celui d'où s'élance la plante sacrée dans les bas-reliefs assyriens ; il fait songer aussi à cette espèce de fleur qui surmonte parfois la tiare des génies, » Histoire de l’art dans l'antiquité, Paris, 1887, t. 1v, p. 397, fig. 209. Le
fragment, rapporté par M. de Sauley, est conservé au musée du Louvre, salle judaïque ; cf. A. Héron de Villefosse, Notice des monuments provenant de la Palestine, Paris, 1879, p. 1344, Les environs de la ville sont euxmêmes remplis de ruines et de décombres quiattestent l'importance de la cité antique. En somme, si Er-Rabbah porte les marques de l’époque romaine, elle renferme aussi d'abondantes traces d’une période antérieure, L'histoire d'Ar, au point de vue biblique, se confond avec celle du pays de Moab, dont elle est du reste le représentant en plus d’un endroit, Deut., 11,9; Is.,xv, 1; mais, en dehors de cela, elle ne présente aucun fait saillant. Aréopolis fut comprise dans la « troisième Palestine » (Étienne de Byzance, Ethnic., p. 651), et fut le siège d’un évêché., Saint Jérôme nous apprend qu'elle fut en partie renversée par un tremblement de terre, Gomment. in Isaiam, τ. XxIv, col. 168; ce qui, d’après certains calculs basés sur les écrits d'Ammien Marcellin, serait arrivé en 365 après J.-C., ou plutôt, suivant d'autres supputations, l'an 344. A. LEGENDRE.