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ARGENT (Monnaie αἰ). Voir MONNAIE

ARGENT — ARGENTEUS (CODEX)

ARGENTEUS (CODEX). Le beau manuscrit désigné sous le nom de Codex Argenteus est le plus important des restes manuscrits de la Bible gothique du 1ve siéele, Son nom d'Argenteus lui vient, soit de ce que sa reliure du xvir siècle est d'argent massif, soit de ce qu'il est écrit en lettres d'argent, ce qui d’ailleurs lui est une particularité commune avec nombre de manuscrits bibliques, tant grecs que latins. Il est aujourd'hui la propriété de la bibliothèque de l'Université d'Upsal, en Suëde. On croyait, au xve siècle, que lors de l'invasion des Barbares les Goths avaient emporté en Suède et en Danemark une partie des richesses, et en particulier des manuscrits, qu'ils avaient trouvés en Italie; mais l'arrivée du Codex Argenteus en Suède ne remonte pas si loin. Elle ne remonte même pas à l'époque où Gustave-Adolphe vainqueur envoyait en Suède, comme butin de guerre, les belles bibliothèques que les Jésuites avaient formées à Riga, à Brunsberg, à Oppenheim. Voir Graux et Martin, Notices sommaires des manuscrits grecs de Suède, Paris, 1889, p. 12. C'est seulement le 19 janvier 1669 que fut donné à la bibliothèque de l'Université d'Upsal, en même temps qu'un magnifique lot de manuscrits relatifs aux antiquités scandinaves, le Codex Argenteus. Le donateur était le chancelier Magnus Gabriel de la Gardie, lequel avait formé jusqu'à trois bibliothèques : l'une à Stockholm, l'autre à Leckô, la troisième à Wenegarn; c'était un collectionneur de manuscrits, comme l'était sa souveraine la reine Christine.

Où Magnus de la Gardie avait-il acquis le Codex Argenteus ? Il semble établi que notre manuscrit avait été au préalable, vers 1655, entre les mains d'Isaac Vossius, le bibliothécaire de la reine Christine : c'est ce dont témoigne Fr. Junius, le premier éditeur de ce manuscrit, en 1665. A la fin du xvr siècle, il appartenait à la bibliothèque du monastère de Werden, près de Dusseldorf, où Antonio Morilloni le vit et transcrivit le texte gothique de l'oraison dominicale, qu'imprima Becanus, en 1569, dans ses Origines Antverpianæ. Le manuscrit avait quitté Werden avant le commencement du xvue siècle, car Strenius (Richard Strein von Schwarzenau), mort en 1601, signale sa présence à Prague, si tant est que le manuscrit de Werden soit le même que celui de Prague. On veut, en outre, qu'il ait été pris à Prague par les Suédois, en 1648, et donné par le maréchal Kônigsmark à la reine Christine. Mais, à notre connaissance, on n'explique ni comment il serait venu de Werden à Prague, ni surtout comment la reine Christine, devenue propriétaire du précieux manuscrit, s'en serait ensuite dépossédée, pareilles libéralités ayant été peu familières à la royale collectionneuse.

Le manuscrit a contenu à l'origine les quatre Évangiles dans l’ordre Mathieu-Jean-Luc-Marc ; mais il avait perdu plus de cent de ses feuillets, avant de venir entre les mains de Vossius. Voir A. Scott, Ul/ilas Apostle of the Golhs, Cambridge, 1885, p. 196. IL compte aujourd'hui, non point 177, mais 187 feuillets, partagés en quaternions ou cahiers de huit feuillets. Le parchemin est teint en pourpre, l'encre est d'argent, et, comme dans la plupart des manuscrits pourpres à lettres d'argent, les premiers mots de chaque section ainsi que les premières lignes des Evangiles sont écrits en lettres d'or. Les initiales sont sans ornement. Aucune décoration, sinon les arceaux tracés à l'encre d'argent qui encadrent les canons de concordance. Point de contractions, sauf celles des noms de Dieu, Seigneur, Jésus, Christ, à leurs différents cas. On sait que l’alphabet gothique d'Ulfilas est emprunté dans ses éléments essentiels à l'alphabet grec ; les caractères du Codex Argenteus sont de belle onciale grecque du vi: siècle.

L'importance du Codex Argenteus tient à ce qu'il nous donne la plus grande partie de ce qui nous reste de Ja version gothique de la Bible par Ulfilas; les autres manuscrils que nous en avons ne contiennent, en dehots des Épitres, que des fragments peu étendus des Évangiles.

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LETOUZEY

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