Coupe et ornements d'argent. Musée du Louvre
En haut, fond de coupe en argent, représentant des poissons et des fleurs de lotus. L'inscription porte : € Celui qui emplit le cœur du Seigneur des deux mondes, le loué du Dieu bon, le basilicogrammate, le gouverneur des pays septentrionaux, Teti.» — Au bas, à droite, fragment d'ornement en argent; à gauche, pendant d'oreille en argent.
valeur et employaient souvent le précieux métal à des usages vulgaires, les Phénicien’ 1 échangeaient contre des marchandises de vil prix et ils en remplissaient leurs bateaux. Quand le chargement avait atteint son extrême limite, et qu'il restait encore de l'argent sur le marché, ils remplaçaient par ce métal le plomb de leurs ancres. Diodore, v, 85. Ils se firent les pourvoyeurs de tous les pays avec lesquels la Méditerranée les mettait en rapports, et ce trafic leur procura d'immenses bénéfices.
L'argent était en effet très apprécié des anciens, aux yeux desquels sa rareté, comparée à l'abondance de l'or, donnait une plus grande valeur. On s’en servit pour faire les premières monnaies, et comme, malgré sa dureté plus grande que celle de l'or, ΟἿΣ pouvait arriver à le travailler par le martelage, on en fabriquait toutes sortes d'objets. La facilité avec laquelle il se ternit, et même se noircit sous l’action des vapeurs sulfureuses, et surtout son abondance à la suite des importations phéniciennes le déprécièrent un peu, Aujourd'hui, à poids égal, l'or vaut quinze fois et demie l'argent ; 450 ans avant J.-C., en Grèce, il ne le valait que quatorze fois, Minerva, p. 87; dans l'Asie occidentale, la proportion tendit peu à peu à se rapprocher de ce chiffre, Néanmoins l'argent conli-
nuait à être très estimé, et il n’était pas rare que, dans les énumérations d'objets précieux, on le nommät avant l'or. C'est ce qu'on remarque dans beaucoup d'inseriptions assyriennes qui relatent les guerres d'Assurnasirpal et de Salmanasar ΠῚ en Asie occidentale (Delattre, Revue des questions scientifiques, octobre, 188%, p. 495 et suiv.), et dans un très grand nombre de passages de la Bible. Gen., xx1V, 35, 53; Exod., 11, 22 ; x11, 39 ; Num, ΧΧΙΙ, 18; Deut., vu, 2%; vit, 13; Prov., vin, 7, etc.
IL. Ses usages.— L'argent apparait dans la Bible comme moyen d'échange, sous le nom de « sicle ou poids d’argent », dès le temps d'Abraham; il était probablement employé alors en lingots d'un poids déterminé, Gen., xx, 15; XL, 22. 11 ne fut monnayé qu’assez longtemps après la captivité de Babylone. Voir MONNAIE. Les premiers objets d'argent qui soient mentionnés sont ceux qui furent offerts par Éliézer à Rébecca. Gen., xx1v, 53. Les vases d'argent emportés par les Hébreux à leur départ d'Égypte, Exod., 1Π, 22; XII, 890; Num., ναι, 13, 84, servirent surtout à la construction et à l'ornementation du sanctuaire. Exod., XXV, 3; XXXI, 4; χχχν, 5, 24. C'est en argent que Béséléel et ses orfèvres firent les chapiteaux, les ciselures, les revêtements des colonnes des parvis, Exod., XxxvIn, 10-18, les quarante bases qui soutenaient les planchers du tabernacle, Exod., xxvI, 19, et les trompettes avec lesquelles Moïse convoquait le peuple. Num., x, 2.
Parmi les trésors que David avait préparés à son fils en vue de la construction du temple, il se trouvait de quoi faire des candélabres, des tables et des lions en argent. 1 Par., χχυπι, 15-27. Sous Salomon l'argent afflua à Jérusalem au point de devenir commun comme les pierres, dit hyperboliquement l'historien. ΠῚ Reg., x, 27. L'opulent monarque en recevait d'Arabie et de Tharsis, où ses vaisseaux se rendaient avec ceux des Phéniciens. IL Par., IX, 1%, 20, 21. On faisait alors des lits en argent, Prov. XxV, 11, comme plus tard chez les Perses. Esth., 1, 6. Dans le temple, presque tous les ustensiles qui n'étaient pas en or étaient en argent. Quand Cyrus remit aux Juifs les vases que Nabuchodonosor avait emportés du temple, la restitution put encore comprendre quatre cent dix coupes d'urgent et en tout cinq mille quatre cents vases d'or ou d'argent. I Esdr., 1, 7-10.
La cupidité portait souvent à altérer l'argent par des alliages de métaux inférieurs. Prov., xxv, 4; xxvI, 33: Is., 1, 22; Jer., vi, 30. L'argent altéré se reconnaissait à différents signes : la buée de l’haleine ne s'y condensait pas immédiatement, le métal ne pouvait plus servir de miroir ni se laminer en feuilles. Pline, H. N., xxxur, 127, 128. Il fallait alors recourir à la coupellation : on mettait l'argent de mauvais aloi dans des vases formés d'os calcinés et réduits en poudre, qui ont la propriété de retenir l'or et l'argent et de laisser écouler à travers leurs pores les autres métaux en fusion. Les Égyptiens connaissaient ce procédé, et les écrivains bibliques y font de fréquentes et assez claires allusions. Ps. x1, 7; Lxv, 10; LxvIr, 31 ; Prov., xvir, 3; xxVIr, 21 ; Ezech., xx11, 20-22; Zach., xur, 9; Mal., 11, 8.
L’idolätrie a naturellement mis l'argent à contribution aussi bien que l'or. La Bible mentionne, à ce point de vue, les idoles chananéennes, Deut., vu, 30 ; l’idole d’argent du prêtre Michas, l'éphraimite, Jud., xvur, 3, 4: les dieux d'argent des Assyriens et des autres peuples idolâtres, Is., 11, 20; χχχι, 7; XLVI, 6; Ose., var, 4; Baruch, Yi, 3; Dan., v, 4, 23; II Mach., 1, 2. Dans le Nouveau Testament, il n'est question que des édicules d'argent fabriqués en l'honneur de Diane par les orfèvres d'Éphèse, Act., xIx, 24.
Dans la statue du songe de Nabuchodonosor, l'argent est le symbole du royaume des Perses et des Mèdes. Dan... π, 32, 39, 45. Saint Paul en fait un des symboles des
« bonnes œuvres, I Cor., 117, 12. H. LESÈTRE,