Abila
en 518. Les Sarrasins prirent et saccagèrent la ville en 634, eu mettant à profit une foire annuelle, qui avait réuni en ce lieu, où il y avait un monastère célèbre, un grand nombre de marchands chrétiens, d’où le nom de Sougq (ou foire)-Ouadi-Barada, qui lui a été donné depuis. Voir E. Robinson, Later Biblical Researches in Palestine, 1856, p. 478-484; J. L. Porter, Five years in Damascus, 2 in-8v, Londres, 1855, t. :, p. 262-973; Id., The Rivers of Damascus, dans le Journal of sacred Literature, juillet 1853, new series, t. τιν, p. 248-255; Ebers et Guthe, Palästina in Bild und Wort, 2 in-f°, Stuttgart, 1883, t. 1, p. 456-460; Furrer, Die antiken Städte und Ortschaften im Libanongebiete, dans la Zeitschrift des deutschen Palästina-Vereins, année 1885, t. vur, p. 40; E. Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes, 2% édit., t. 1, part. 11, Leipzig, 1890, p. 600-604.
Il existait dans la Décapole, à l’est du lac de Tibériade, une autre ville du nom d'Abila, qui ἃ été quelquefois confondue à tort avec celle de l’Anti-Liban. Voir DÉCAPOLE.
ABILÈNE (᾿Αδιληνή, Luc, πα, 1), tétrarchie dont Abila était la capitale. Voir ABILA. On ne peut déterfniner exactement quelle était l'étendue de territoire qu'embrassait cette tétrarchie et ses limites géographiques. Elles varièrent d’ailleurs sous les différents princes qui la gouvernèrent. L'Abilène comprenait sans doute le district du haut Barada, au-dessus d’Abila, et s'étendait peut-être au sud jusqu'à l'Hermon. Elle devait, en tout cas, renfermer à l'ouest le versant oriental de l'extrémité méridionale de
l'Anti- Liban, et une partie des riches vallées arrosées par le Barada. C'est un pays fertile, bien boisé, arrosé par de nombreuses sources et abondant en pâturages. Autant le versant occidental de l’Anti-Liban est aride et désolé, autant, en général, le versant opposé est riche et werdoyant. Pour ce qu'on connaît de l’histoire de l'Abilène, voir LYSANIAS. F. VIGOUROUX.
ABIMAËL (hébreu : *Abimä'él, «mon père est force, » ou « père de Maël »; Séptante: ᾿Αδιμαέλ), descendant de Jectan. Gen., x, 2%; 1 Par., 1, 22. On le considère généralement comme le pére d'une des tribus arabes du sud. Bochart croit que cette tribu est celle des Mali ou des Minéens. Le nom d'Abimaël, en arabe, serait Aboumaïl ou Aboumäl, ce que l'on peut interpréter par « père de Mali ou des Malites ». Mali est le nom d'une tribu de ja péninsule arabique, mentionnée par Théophraste, Historia plantarum, 1x, 4. Cette tribu paraît être la même que celle des Minéens, dont parlent Ératosthène dans Strabon, xvi, p. 1112, et Denis Périégète (édit. Bernhardy, vers 956-959, p. 288), par l'effet de la permutation de L et de n. Ptolémée, VI, v11, nomme aussi des Manites { Μανίται) dans le voisinage des Minéens. Cf. Bochart, Phaleg, τι, %, Opera, Liège, 1692, t. 1, col. 127-198. Dans les environs de la Mecque, il y avait une localité appelée Mani. Aboulféda, Arabia, édit. Gagnier, p. 3, 42. Cf. Michaelis, Spicilegium , τ. 11, p. 179 et suiv. F. VIGOUROUX.
ABÎME. Mot par lequel nous rendons en français le terme latin de la Vulgate abyssus. Abyssus n'est lui-même que le mot grec ἄδυσσος latinisé, lequel, d'après l'étymologie commune, est composé de l’x privatif et de βυσσός = βυθός, « fond, » et signifie, par conséquent, « sans fond. » Les auteurs profanes, à l'exception de Diogène Laerce, IV, v, 27, ne l'emploient jamais comme substantif, mais toujours comme adjectif. Les Septante et les écrivains du Nouveau Testament s'en sont servis comme d’un substantif, d’où le substantif abyssus de notre Vulgate. Par la traduction latine des Livres Saints, le mot abyssus est devenu familier à tous les Pères et écrivains ecclésiastiques de l'Église latine; mais il était inconnu aux auteurs classiques et on ne le rencontre jamais dans leurs écrits.
Le mot « abime » a, dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, deux sens très différents. 1° Dans l'Ancien Testament, il est la traduction du mot hébreu an, tehôm , qui désigne les eaux primitives, Gen., 1, 2; Ps. ΠῚ (hébreu, civ), 6, et la mer, Gen., vit, 11; vit, 2; Exod., XV, 5, 8; Job, xxvur, 14: xxxvur, 16, 80; xx, 93 (94); Ps. xxxv (xxxvI), 7; LXXVI (LXXVII), 17; CV (cv), 9; cxxxIv (cxxxv), 6; Eccli., 1, 2; xLn, 18; Is., LI, 10; ΤΧΠῚ, 13; Ezech., xxvi, 19; xxxr, 15; Amos, ΥἹΙ, 4; Jonas, 11, 6; Hab., 1, 4, etc. Par extension, {ehôm, abyssus, signifie les eaux souterraines, considérées comme une mer invisible, qui alimente les sources et les fleuves, Gen., xuix, 25; Deut., ΧΧΧΠῚ, 13; Ps. xLI (XL), 8; Ezech., xxx1, #4. En hébreu, le mot fehôm est principalement employé dans des passages poétiques, et correspond, dans le parallélisme synonymique, au mot yäm, « mer, » ou maim, « eaux. » Job, xxvIN, 14; Ps. LXxXVI (LXXVII), 17, etc. C’est certainement une expression archaïque, qui était tombée en désuétude dans la langue vulgaire ; mais comme dans tous les temps la poésie a aimé les archaïsmes, les, poètes hébreux empruntérent le mot £ehôm à la Genèse. Π a disparu de toutes les autres langues sémitiques connues avant ce siècle : de là la difficulté qu'avaïent les lexicographes à en expliquer l'origine. La découverte et le déchffrement de la langue assyrienne ont éclairci ce terme mystérieux. Il est resté constamment en usage dans cette dernière langue, pour signifier la mer, sous la forme tihamtu (correspondant au feh6mûôt hébraïque). Nabuchodonosor dit, par exemple, dans l'inscription de Londres: istu tihämti ‘aliti adi tihämti säpliti, « depuis la mer supérieure jusqu’à la mer inférieure. » Cuneiform Inscriptions of Western
53 ABÎME — ABIMÉLECH 54
Asia, τ. τ, pl. 53, col, 11, Τρ, 45-16. Dans tous les passages de l'Ancien Testament, le mot {ehôm, « abime, » a aussi le sens de mer, ou un sens figuré qui en dérive. Dans le livre de la Sagesse, x, 19, où la Vulgate traduit l'46va00ç du texte original par inferi, le mot grec signifie également mer, et désigne la mer Rouge.
20 Dans le Nouveau Testament, le mot abîime (ἄδυσσος) n'a jamais la signification de mer et d'amas d’eau; il a toujours celle de séjour des morts. Les Grecs considéraient le séjour des morts comme un lieu sans fond (ταρτάρου ἄδυσσα χάσματα, dit Euripide, Phæn., 1632); Diogène Laerce appelle, IV, v, 27, ἄδυσσον le « noir royaume de Pluton ». C'est de là qu'a dû venir le sens que les écrivains du Nouveau Testament ont attribué à ce mot. Saint Paul, Rom., x, 7, s’en sert pour désigner les limbes où les âmes justes attendaient l’arrivée du Messie. Saint Luc, vu, 31, et saint Jean, Apoc., 1x, 1, 2, 11; χι, 7; xVI1, 8; XX, 1,3, qui sont, avec saint Paul, les seuls écrivains du Nouveau Testament qui aient employé ce terme, le prennent toujours en mauvaise part, pour signifier le lieu où sont tourmentés les démons, l’enfer. Le substantif &ônc, traduit ordinairement dans la Vulgate par « enfer », est à peu près synonyme α᾽ ἄδυσσος dans le Nouveau Testament; l’un et l'autre correspondent au mot hébreu 5Nw, $e’ôl, qui désigne, dans la partie hébraïque de l'Ancien Testament, « la demeure des morts. » Voir SE’6L, HADÈS.
F. VIGOUROUX
ABIMÉLECH, hébreu : *Abimélek, « mon père est
roi; » Septante : ᾿Αθιμέλεχ.
1. ABIMÉLECH est le nom, sinon de tous les rois de Gérare, comme on le croit généralement, du moins de deux princes de ce pays. Le premier était contemporain d'Abraham. Quand le nomade patriarche vint sur ses terres, Sara, sa femme, qui passait pour sa sœur (voir ABRAHAM), fut enlevée par ordre d'Abimélech. Dieu, en songe, le menaça de mort s’il la traitait comme son épouse. Le roi ignorait que Sara était mariée ; il n’était donc pas coupable. Son excuse fut agréée par Dieu, qui d’ailleurs, connaissant sa bonne foi, l'avait empêché par une maladie de ‘commettre le crime. Le Seigneur l’assura que, dès que Sara serait rendue à son mari, les prières d'Abraham obtiendraient la guérison d'Abimélech, tandis que la mort le frapperait, s’il la retenait auprès de lui.
Le roi, se levant de nuit, suivant la Vulgate; de grand matin, d'après le texte hébraïque, raconta à ses courtisans rassemblés par ses ordres le songe de la nuit. Tous furent remplis d’effroi. Abimélech, faisant venir Abraham, Jui reprocha sa dissimulation , qui avait failli attirer sur lui et sur son royaume les vengeances divines, et se plaignit de la défiance qu’il lui avait témoignée. La justification d'Abraham fit cesser heureusement le malentendu. Plus noble et plus généreux que le pharaon dans une circonstince analogue, le roi de Gérare combla de présents Abraham et son épouse, et au lieu de les obliger comme lui à quitter son royaume, il leur laissa la liberté de s'établir à leur gré sur ses terres. A la prière d'Abraham, Dieu, selon sa promesse, guérit Abimélech et ses femmes de la maladie qu'il leur avait infligée à cause de Sara, et qui les avait rendues stériles. Gen., xx.
Dans tout cet épisode, Abimélech apparaît comme un roi connaissant et craignant le vrai Dieu, aimant la justice et ayant le crime en horreur. Son caractère religieux, noble et loyal, se manifeste dans d’autres relations qu'il eut avec Abraham, ἃ l’époque où Agar et Ismaël venaient d'être renvoyés de la maison d'Abraham, il vint avec Phicol, le chef de son armée, proposer au patriarche de contracter alliance. ΠῚ a reconnu que Dieu est avec Abraham en toutes ses entreprises, lui dit-il; il demande en conséquence, sous la foi inviolable du serment, d'être traité, lui et sa postérité, avec la bienveillance qu'il a montée précédemment envers son hôte, Ses serviteurs s'étaient emparés d'un puits creusé par les soins d'Abraham. Avant
de jurer l'alliance, le patriarche se plaint de cette injustice. Abimélech l’ignorait, Abraham n'ayant pas réclamé ; dès la première réclamation, son droit est reconnu. Ce point litigieux réglé, Abraham offre des présents, et l’al-
liance est conclue, Pour confirmer ses droits sur le puits contesté, Abraham donna encore sept brebis, et Abimélech s’en retourna avec Phicol, qui l'avait accompagné. Gen.,
ΧΧΙ, 22-33. Voir PHicoL. E. MANGENOT.
2. ABIMÉLECH, autre roi de Gérare du même nom. Il vit pendant une famine Isaac arriver sur ses terres, Gen., XxVI, 1. Serait-ce le roi que connut Abraham ? Non. Quatrevingts ans séparent les événements, et la différence des caractères dénote des personnages distincts. Tous deux craignent Dieu, il est vrai; mais les sentiments du second sont moins délicats, il témoigne à Isaac moins de bienveillance et moins de générosité que son prédécesseur à Abraham. La ressemblance des noms ne saurait faire une difficulté. Le nom d’Abimélech à Gérare, comme celui de Pharaon en Égypte, pouvait n'être qu'un titre, selon l'opinion commune, qui s'appuie sur la signification même du mot Abimélech, « mon père est roi. » Cette dénomination est très convenable pour un prince, qui doit être le père de ses sujets en même temps que leur roi. Mais même en admettant qu'Abimélech est un nom propre, il n'ya rien d'extraordinaire à ce que deux rois de la même dynastie portent le même nom; le fait est au contraire très commun, et les listes royales de divers peuples nous offrent des noms semblables, comme les Ramsès en Égypte, les Salmanasar en Assyrie, etc.
A l'exemple de son père et pour le même motif, Isaac fit passer Rébecca, sa femme, pour sa sœur. Son séjour au pays de Gérare durait depuis quelque temps déjà, quand, d’une fenêtre, Abimélech aperçut Isaac usant envers Rébecca d’une familiarité qu’un frère ne se permet pas à l'égard de sa sœur. Après avoir reproché au patriarche sa dissimulation, qui exposait les habitants de la contrée à se rendre coupables d’un grand crime, il défendit sous peine de mort d’attenter à son honneur et à celui de sa femme.
Isaac, tranquille désormais dans ce royaume, s’y livra à l’agriculture. La bénédiction divine faisant prospérer toutes ses entreprises, il acquit de grands biens. Les habitants en devinrent jaloux, et, cédant au ressentiment, comblérent de terre les puits qu'Abraham avait creusés dans leur pays. Abimélech enjoignit à Isaac de quitter ses terres; il redoutait sa puissance. Retiré dans une vallée, Isaac se vit contrarié encore par les pasteurs, à l’occasion de nouveaux puits ouverts par ses serviteurs. Gen., XXVI, 6-22.
Retourné enfin à Bersabée, il y reçut la visite d’Abimélech, accompagné de Phicol, son chef d'armée (voir PicoL), et d'Ochozath, son conseiller. Le roi, regrettant d’avoir renvoyé un homme comblé des faveurs divines, sollicitait de lui une alliance confirmée par un serment. Le patriarche fit un festin, et après que des serments réciproques eurent scellé le pacte, il congédia ses visiteurs. Gen., xxvi, 26-33.
Ces trois événements ressemblent sensiblement aux épisodes qui signalèrent les relations d'Abraham avec le premier Abimélech. Les rationalistes en ont conclu que la Genèse relatait sous des noms divers deux récits des mêmes faits. Les différences toutefois sont trop grandes pour convenir à une unique série de faits diversement racontés. Étant donnés la persistance des mœurs et le retour des mêmes situations, des événements analogues ont pu facilement survenir dans le même pays, à des époques rapprochées et dans des circonstances différentes.
E: MANGENOT.
3. ABIMÉLECH. Fils de Gédéon et d’une concubine ou femme de second rang, dont la Bible ne nous donne pas le nom. Joséphe l'appelle Δρούμας. Ant. jud., V, vx, 1. Abimélech était le soixante-onzième (d'après quelques
55 ABIMÉLECH 56
exégètes, le soixante- dixième) des fils de Gédéon, Jud., vis, 90, 31; cf. 1x, 5, et était né à Sichem. Lorsqu'à la mort de son père il vit que sa qualité de fils d'une concubine l'empêchait de participer à la succession, son ambition lui fit concevoir un projet aussi cruel qu'audacieux : il rêva de devenir roi d'Israël. Peut-être la modestie de son père, refusant naguère l'établissement de la royauté dans sa descendance, Jud., νι, 22, 93, avait-elle été pour lui l’occasion de ce désir. Depuis la mort de Gédéon, ce désir se transforma en une volonté arrêtée, au service de laquelle l’ambitieux mit les plus sauvages passions. Calomnier tous ses frères, pour les faire tous disparaître et pouvoir régner sans rival, tel fut son plan. Il s’en alla à Sichem, le pays de sa mère, où il comptait trouver des appuis pour lexécuter. Là, en effet, il rencontra des oncles maternels qui l’écoutèrent, et se firent volontiers ses émissaires pour former un parti. Par leur intermédiaire, la haine des fils de Gédéon fut soufflée au cœur des Sichémites. On répandit le bruit que ces soixante-dix étrangers allaient se partager le pays et le réduire en une insupportable servitude. Ne vaudrait-il pas mieux pour Israël le gouvernement d'un seul homme, choisi dans leurs rangs, connaissant leurs besoins et tout dévoué à leurs intérêts? Cet homme, ce compatriote (os vestrum et caro vestra, Jud.. IX, 2), c’est Abimélech. Le succès était facile. A quelle famille ne plairait-il pas de voir quelqu'un de son sang, de son esprit, de sa religion, au pouvoir suprême ? D'après Stanley, Jewish Church, t. 1, p. 353, le parti d'Abimélech se serait étendu au point de constituer une véritable ligue entre Sichem et les cités voisines, comme Thébès et Arumah, qui plus tard, et sans doute pour les mêmes motifs, suivirent Sichem dans la révolte. L'enthousiasme était tel, qu’on n’hésita pas, pour couvrir les frais du complot, à enlever du trésor du temple une somme de soixante-dix sicles (deux cents francs environ), qui y était en dépôt. Jud., IX, 4. Ce temple était dédié à Baal, le dieu Soleil, divinité que les Sichémites s'étaient choisie, au mépris de Jéhovah, Jud., vu, 33. La Vulgate ἃ reproduit ici, Jud., 1x, 4, les deux mots hébreux Ba'al berit, les unissant en un seul nom propre, tandis qu’au chapitre précédent, elle les sépare et en donne la traduction : « le Baal de lalliance, » Jud., vi, 33, ainsi nommé sans doute parce que, par une sorte de parodie du culte de Jéhovah, les Sichémites contractaient alliance avec lui. Hengstenberg, Beiträge zur Einleitung ins Alte Testament, Berlin, 1839, t. πὶ, p. 98.
Quant à la provenance de ce trésor, on pense qu'il avait une double origine : il se composait des biens propres du temple et de ceux des particuliers qui, pour plus de sëécurité, y déposaient leur argent, cf. II Mac., πὶ, 10-11, de même qu'on voyait les personnes s’y réfugier. Plus d’une fois, dans l’histoire du peuple juif, le trésor du temple sera employé pour des menées politiques, comme dans cette circonstance, ΠῚ Reg., xv, 18; IV Reg., ΧΥΗΣ, 45-16. Il est à noter que le nombre de sicles enlevés et mis à la disposition de l’aventurier est égal à celui de ses frères. On dirait que la tête de chacun d’eux est payée à l'avance avec cet argent. Cette somme, toute minime qu'elle est, suffit à soudoyer quelques vagabonds avides de butin et d'aventures. A leur tête, Abimélech marcha sur Éphra, sous quelque prétexte parvint à réunir ses frères, et, aidé de ses sicaires, il les fit tous mourir. Ce fut une exécution en règle : l’un après l’autre et sur la même pierre, Jud., εχ, 5, ils furent massacrés. Le texte dit que les soixante-dix frères périrent, parce que tel était le nombre de ceux qu'Abimélech voulait tuer; en réalité, soixante - neuf seulement succombèrent : le dernier s'échappa et survécut, pour assister plus tard à la ruine de son persécuteur.
Abimélech, se croyant seul maitre, se fit proclamer roi (mélék), comme il l'avait rêvé. C'était la première fois qu’un chef des Hébreux osait prendre ce titre. L'investiture royale conserva d’ailleurs la simplicité de l’époque patriarcale. On se rendit à un chêne ou térébinthe voisin de Sichem.
L'hébreu ’£lôn müsäb, que la Vulgate rend par quercum quæ stabat, est traduit par plusieurs exégèles : « près du chêne du poste de Sichem, » parce que dans Isaïe, ΧΧΙΧ, 3, le mot müsäb désigne un poste militaire. D'autres voient dans müsäb (participe passif kophal) un objet qui ἃ été et demeure dressé, une sorte de monument, et traduisent : « près du chêne du monument, » Quoi qu'il en soit, c'est là que le meurtrier de ses frères fut acclamé roi: par les habitants de Sichem et ceux de la maison de Mello ( Bêt Millô”; Septante : Οἶχος Βηθμααλώ). Cette expression est obscure: peut-être désigne-t-elle la tour dont il est question plus loin, ὃ. 46-49, car le mot Millô’ est dérivé de mâlà’, qui est employé dans la Bible dans le sens de château fort, citadelle. Voir MELLO. Il est possible qu'après son élection, Abimélech ait reçu l'onction royale, à laquelle Joatham semble faire allusion, ÿ. 8. Avec le titre de roi, Abimélech inaugura un essai d'administration, dont le premier fonctionnaire fut Zébul, gouverneur de Sichem. Il y eut aussi un commencement d'organisation militaire et financière, toutes choses nouvelles en Israël. Pour le nouveau roi, il s'en alla vraisemblablement résider dans l'héritage paternel, à Éphra, d'où nous le verrons plus tard se mettre en marche sur Sichem.
Le plan d'Abimélech était réalisé et son ambition satisfaite, lorsque s'éleva une protestation. Elle venait de Joatham, le fils de Gédéon échappé comme par miracle au massacre. Ce fut pour le tyran une cruelle surprise, quand on lui annonça que, sur l’un des contreforts du Garizim les plus proches de Sichem, Joatham s'était montré vivant; qu'il avait, sous forme d’apologue, excité les Sichémites à la révolte, comparant Abimélech leur roi à un buisson d’où sortirait bientôt un feu qui dévorerait tous ses sujets; enfin que le peuple avait écouté ce discours sans protester. Jud., 1x, 7-20. Non seulement il ne protestait pas ; il commençait à porter avec peine le joug qu'Abimélech faisait peser sur lui. Cruel envers ses sujets comme il l'avait été envers ses frères, il régnait (l'hébreu porte ici $drah, « dominer, » au lieu de mälak, « régner ») depuis trois ans sur Sichem et une partie de la Palestine, lorsque la révolte éclata. La Bible dit sans restriction que sa domination s'étendait sur Israël, ÿ. 22; mais il faut manifestement entendre cette expression dans un sens restreint, puisque Béra, qui était en Palestine, n'était pas soumise à son autorité, ÿ. 21. C’est de Sichem, sa capitale, la ville de son élection, que partit le mouvement insurrectionnel, mouvement dirigé par la main de Dieu, qui, à cette heure de ses justices, permettait à l'esprit mauvais Ge souffler la discorde et la rébellion jusqu’à amener ceux qui naguère avaient acclamé l'assassin de ses frères à lui reprocher cette exécution comme un crime abomimable. Abimélech n’était pas à Sichem quand s'ourdit le complot, mais 1l devait y venir prochainement, et voici c2 qu'on avait résolu. Les Sichémites se porteraient en armes sur les hauteurs voisines et se cacheraient en embuscade dans les retraites de l’Ébal et du Garizim. Ils l’attendraient, se jetteraient sur lui au passage, et Israël serait délivré. Cette poignée d'hommes trouva un chef dans un inconnu nommé Gaal, fils d'Obed, qui, plus violent que les autres, porta à son comble l’exaspération des Sichémites contre Abimélech, ÿ. 26-27, C'était l'époque des vendanges. Il est indubitable que le dévastant les vignes de la Vulgate, Jud., 1x, 27, est fautif, et doit se traduire littéralement par « ils vendangeaient les vignes »; car le verbe basär, que saint Jérôme rend par dévastant, désigne partout ailleurs dans la Bible l’action de vendanger. Lev., xxv, 5, 11; Deut., χχιν, 24. De même, l'expression foulant le raisin n'indique point le pillage des vignes, mais l’action d'exprimer le vin en foulant le raisin; c’est le sens obvie du verbe därak. Cf. Jer., xxv, 30. Josèphe affirme explicitement que les Sichémites étaient alors occupés à la vendange. Ant. jud., V, vu, 8. C'est d’ailleurs le sens des Septante.
Or, après la vendange, de même qu'après la moisson, les Juifs avaient l'habitude de faire une sorte de fête religieuse,
57 ABIMÉLECH — ABISAG 58
consistant en sacrifices, repas, danses, cantiques de réjouissance et d'actions de grâces. Ce sont ces chants que la Vulgate désigne au ὃ. 27, et qu'on ἃ peine à expliquer, si l'on entend la première partie du verset dans le sens de dévastation. Le mot hébreu hillülim, qui désigne ces chants, vient de hällal, « louer, » et n'est employé qu'une seule fois ailleurs, Lev., xix, 2%, où il signifie les offrandes des nouveaux fruits de la quatrième année de la plantation des arbres. Ces chœurs de vendangeurs retentissaient du cri répété mille fois : Hédäd ! hédäd ! dont parle Jérémie, xx, 30, C’est au milieu de ces réjouissances que Gaal arriva, produisant contre Abimélech ses excitations sauvages. Un seul groupe d'hommes refusait de s'associer à cette révolution : c'était le parti des fonctionnaires et de tous ceux qui devaient leur position au nouveau roi. À leur tête était le gouverneur de la ville, Zébul. C'est lui qui secrètement fit avertir le tyran de ce qui se tramait, lui envoyant en même temps un plan ainsi conçu : Abimélech devait se rapprocher de Sichem, où Gaal et les siens venaient de rentrer, puis se dissimuler dans les montagnes, diviser sa troupe en quatre compagnies, chacune placée en embuscade et prête à se rallier aux autres pour fondre sur Gaal, quand il sortirait de Sichem. Ce plan était habilement dressé; mais Abimélech, emporté peut-être par sa fureur, ne sut pas assez dissimuler sa marche, si bien que Gaal, sondant du regard l'horizon en franchissant la porte de Sichem, découvrit ses bataillons. En vain Zébul voulut lui donner le change, affirmant que c'était l'ombre des montagnes et non le rideau noir des troupes ennemies ; l’armée d’Abimélech était dépistée, Gaal suivait même de l'œil un détachement qui s’engageait dans un sentier, en face d’un chêne isolé (hébreu : « dans le chemin du Térébinthe des magiciens, » ÿ. 37). Le moment était décisif; Gaal, s’armant de courage, lança son armée sur celle d'Abimélech, qui, supérieure en nombre, força les Sichémites à reculer et à se renfermer dans leurs murs. Ce n'était pas une victoire ; Abimélech le sentit et se retira à Ruma (hébreu : ’Arümäh), prêt à profiter de la premiére occasion. Elle se présenta le lendemain même. Se croyant en sécurité, les Sichémites étaient sortis pour aller à leurs travaux champêtres; ce fut le moment que choisit Abimélech pour se venger. Divisée en trois troupes et cachée par des ris de terrain, son armée, à un signal donné, se jeta sur les travailleurs et en fit un horrible massacre. Deux des trois bataillons poursuivirent ensuite ceux qui fuyaient dans la campagne, tandis que le troisième vint assiéger la ville, sous le commandement d’Abimélech, Ÿ. 43-44. Le siège dura un jour, et se termina par la prise de la ville, qui par ordre du vainqueur fut rasée, et l'emplacement semé de sel, symbole de perpétuelle stérilité, Deut., xxrx, 25; Is., xvnr, 6. Restait la citadelle : c'était peut-être une dépendance du temple de Baal (le sens du mot seriah n'est pas bien déterminé), lieu très fortifié, dans lequel s'étaient réfugiés les survivants. Contre eux, Abimélech se livra à une vengeance sauvage. Accompagné de ses soldats, il alla sur le mont Selmon, voisin de Sichem, celui dont il est question Ps. Lxvu1, 15, et tous revinrent chargés de branches d'arbres, qu'ils entassèrent en un immense bücher autour de la citadelle. Abimélech y fit mettre le feu, et tous ceux qu'elle renfermait périrent asphyxiés ou brülés. De là le vainqueur marcha sur Thébès (peut-être Toubas, au nord-est de Sichem ; voir THÉBËS), dont les habitants s'étaient associés à la révolte, Il y avait là, comme à Sichemn et dans toutes les villes fortes, une tour qui servait de citadelle aux assiégés. Quand la ville fut prise, les habitants s'y réfugiérent, et de la plate-forme ils se défendaient en désespérés. A cette derniére étape de ses victoires, Abimélech devait trouver le châtiment de ses crimes. Vaillant autant qu'il était cruel, il s'était approché jusqu'au pied de la tour, et il essayait d'y mettre le feu. À ce moment, une femme, saisissant un morceau d'une meule de moulin à bras (hébreu : pélah rékeb; mot à mot, « le fragment [de meule] courant, » c'est-à-dire le morceau
de la meule mobile qui se trouve à la partie supérieure des moulins à bras, lapis vector; cf. Deut., χχιν, 6; Il Reg., x1, 21), le lança sur les assiégeants. Le tyran fut atteint et eut le crâne fracassé, Il allait mourir, quand la pensée d’avoir été tué de la main d'une femme vint révolter sa fierté. Appeler son écuyer et lui ordonner de le transpercer de son glaive fut le dernier acte de cet homme extraordinaire, dont la vaillance eût produit de grandes choses, si elle n’avait toujours été au service de son ambition. P. RENARD.
4. ABIMÉLECH, nom donné dans le texte hébreu, [ Par., ΧΨΠΙ, 46, à un fils d’Abiathar, grand prêtre. C'est une erreur de transcription pour Achimélech (’Ahimélek), comme le prouvent plusieurs manuscrits, les versions (Septante, syriaq., chald., Vulg., arab.) et les lieux parallèles, IT Reg., vin, 17; 1 Par., χχιν, 3, 6, 31. Voir ACHIMÉLECH 1.
5. ABIMÉLECH, nom attribué, dans le titre du psaume XXXII, à un roi philistin, appelé ailleurs Achis, 1 Reg., XXI, 10-14. Quelques manuscrits hébreux et certaines éditions de la Vulgate portent Achimélech, qui doit se décomposer peut-être en Achis mélech, « le roi Achis. »
ABINA (ou Rabina, abréviation de Rabbi Abina, selon une coutume de l'époque talmudique) fut le disciple de R. Aschi dans l'importante école de Sora, sur les bords de l'Euphrate. 11 fut un de ses collaborateurs dans la compilation de la Ghemara on Talmud de Babylone. On croit même qu'il l'acheva et fut le dernier des Amôraïm ou interprètes de la Mischna. 1] mourut vers l'an 490. Voir TALMUuD.
ABINADAB, hébreu : ’Abinädäb, « mon père est généreux; » Septante : ᾿Αμιναδάθδ.
1. ABINADAB, lévite de Cariathiarim, dans la maison duquel l'arche reposa vingt ans. 1 Reg., vrr, 1; ΠῚ Reg., Vi, 3, 4; 1 Par., xIn1, 7.
2. ABINADAB, second fils d'Isai et frère de David, ἢ suivit Saul dans sa campagne contre les Philistins. 1 Reg., XVI, 8; XVI, 43; I Par., 11, 43.
3. ABINADAB, un des fils de Saül, tué à la bataille de Gelboëé. I Reg., xxx1, 2; I Par., νι, 33; 1x, 39; x, 2.
4. ABINADAB, père d'un des douze officiers chargés de la table du roi Salomon, II Reg., 1v, 11.
ABINOEM (hébreu : ’Abinô‘am, « mon père est agréable ; » Septante : *AGrveéy.), père de Barac, de la tribu de Nephtali. Jud., 1v, 6, 12; v, 1, 12.
ABIRAM (hébreu : ’Abiräm, «mon père est élevé; » Septante : ᾿Αδειρών), fils aîné d'Hiel, de Béthel. [1 mourut lorsque son père, voulant rebâtir Jéricho, malgré la malédiction de Josué, en jeta les fondements. ΠῚ Reg., xv1, 34; Jos., νι, 30.
ABIRON (hébreu : ’Abiräm; Septante : ᾿Αθειρών), fils d'Éliab, de la tribu de Ruben. Il se joignit à Coré et à Dathan dans la sédition qu'ils excitèrent contre Moise et Aaron, au sujet de la souveraine sacrificature. La terre s'ouvrit pour engloutir tous les conjurés. Voir CORÉ, Num., xv1, 1, 12, 24-27; Deut., x1, 6; Ps. cv, 17; Eccli., XLV, 22.
ABISAG (hébreu : ’Abi$ag, signification inconnue ; Septante : ᾿Αδισάγ), jeune fille originaire de Sunem ou Sunam (aujourd’hui Solam ou Sulem), petite ville de la tribu d'Issachar, au pied du Petit Hermon. Voir SUNAw. La beauté de cette jeune Israélite la fit choisir pour être la compagne de David dans sa vieillesse. ΠῚ Reg., 1, 3. Ce prince devait alors avoir soixante-dix ans; les travaux
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excessifs de sa laborieuse carrière l'avaient épuisé, et malgré tous les expédients ses membres demeuraient glacés. C'est alors que ses serviteurs (ses médecins, d'après Josèphe, Ant. jud., VII, xIV, 3) lui donnèrent un conseil qui aujourd'hui peut nous paraître singulier, mais qu'il faut juger d'après le degré de civilisation, les mœurs et les usages reçus au temps de David. Abisag fut donc trouvée, entre toutes les filles d'Israël, la plus capable d'assister le vieux roi, de le servir, et de lui rendre, en partageant sa couche, la chaleur naturelle qui l'avait abandonné. Cf. Cornelius ἃ Lapide, in kunc locum. La jeune vierge fut amenée à Jérusalem et donnée à David en qualité d’épouse de second rang, condition normale et exempte de tout caractère criminel, étant donnée la tolérance de la loi divine à l'égard de la polygamie à cette époque. Le roi l’accepta comme telle (saint Jérôme, Théodoret, Angelomé et presque tous les exégètes, contre Tostat et quelques autres), et si, en recevant d'elle les services dont il avait besoin, il respecta son intégrité, cette réserve elle-même, toute à la louange de David, insinue qu'il aurait pu légitimement agir d’une autre manière. Abisag demeura près de lui jusqu’à sa mort, et fut ensuite recherchée en mariage par Adonias, le quatrième des fils de David, ΠῚ Reg, 1, 17-%5; cette demande cachait une menée politique contre Salomon ; car épouser les femmes d'un roi défunt, c'était affirmer qu’on avait droit à sa succession. Adonias, déjà éconduit une première fois, revenait à ses desseins et voulait trouver en Abisag un moyen dissimulé d'arriver à la royauté. Mais Salomon comprit la fraude, et répondit à Adonias en le faisant mettre à mort. P. RENARD.
ABISAÏ, hébreu: ’Abigai (’Abÿai, I Par., πὶ, 17, etc., « mon père est un don ; » Septante : ᾿Αθεσσά, ᾿Αδισαΐ, etc.), fils de Sarvia, sœur de David. Quoique neveu de ce prince, il était presque du même âge; car son oncle n'avait qu'environ vingt-huit ans quand lui-même nous est présenté pour la première fois par l'écrivain sacré comme un soldat déjà aguerri, I Reg., xxvi, 6. Sa parenté avec David, son dévouement à la personne de son oncle et sa rare bravoure firent de lui un personnage important. L’historien sacré le compte parmi « les vaillants d'Israël » ; s’il n’arriva pas à être un des trois premiers, il fut du moins le chef et le plus renommé des trois seconds; dans une circonstance, il tua trois cents ennemis. IL Reg., xx, 18-19; I Par., x1, 20-21.
ll s'était attaché de bonne heure à la fortune de David, et nous le voyons auprès de lui dès le temps de la persécution de Saül. C'est à cette époque que remonte le premier trait de courage de ce héros dont l’Écriture nous ait conservé le récit. Saül était venu, à la tête de trois mille hommes, traquer David dans le désert de Ziph. Le proscrit résolut d’aller la nuit jusqu’au roi endormi au milieu de son camp d'Hachila. « Qui vient avec moi? dit-il à Abisaï et à l'Héthéen Achimélech. — Moi! » répondit Abisaï, tandis qu'Achimélech gardait le silence. A la faveur des ténèbres et du sommeil où tout le monde était plongé, l'oncle et le neveu pénétrèrent dans le camp jusqu’à la tente royale. Abisaï proposa de profiter de l'occasion pour en finir d’un seul coup avec Saül, en le perçant de sa lance; mais David, qui ne prétendait que prouver une seconde fois, cf. I Reg., xxIV, à son persécuteur sa modération et sa loyauté, l'en empêcha, et lui ordonna d’enlever seulement au roi sa coupe et la lance qu'il avait plantée en terre à côté de sa tête. 1 Reg., xxvir, 1-12. Ce ne fut pas la seule fois que David dut modérer le zèle d’Abisaï contre ses ennemis : s’il ne l’eût arrêté, à l’époque de la révolte d’Absalom, Séméi, partisan du rebelle, aurait payé de sa tête ses injures contre le roi. II Reg., xv1, 9-10; χιχ, 21-22.
Ce dévouement, qu'Abisaï poussa trop loin dans ces circonstances, il en donna à David une preuve éclatante dans une autre occasion. Pendant une guerre contre les Philistins, il lui sauva la vie au moment où, fatigué par un long combat, il allait succomber sous les coups formi-
dables du géant Jesbibenob, qui avait à sa lance un fer du poids de plus de huit livres; Abisaïi s'élança sur le Philistin et le tua. IT Reg., xx1, 15-17.
Avec cette générosité et cette bravoure, Abisaï possédait d’autres qualités qui le rendaient digne du commandement ; il l'exerça de bonne heure, et presque toujours sois les ordres de Joab, son frère. Ils mirent ensemble en déroute les troupes d'Abner au combat de Gabaon. ΠῚ Reg., 11, 24. Voir ABNER 1. Il souilla malheureusement la gloire qui lui revenait dans cette victoire en se faisant le complice de Joab, lorsque celui-ci assassina Abner pour venger Asaël, leur plus jeune frère, tué par le général d'Isboseth à cette journée de Gabaon. Ce fut Joab qui donna le coup mortel, mais en présence et avec l'assentiment d'Abisaï, auquel l'Écriture attribue l'attentat aussi bien qu'à son frère. II Reg., πὶ, 30.
Abisaï joua un rôle considérable dans les diverses guerres qu’entreprit David devenu roi de tout Israël. Nous voyons le frère de Joab paraître en particulier avec honneur dans deux expéditions importantes. Il défit d’abord les Iduméens, auxquels il tua dix-huit mille hommes dans la vallée des Salines, et il établit des garnisons dans le pays pour en assurer la possession au roi d'Israël. 1 Par., XVI, 12-13. David était sans doute présent à cette bataille, et c’est pourquoi on lui en attribue ailleurs le succès. IL Reg., vi, 13. Plus tard, dans une autre guerre dirigée contre les Ammonites ligués avec les Syriens, Joab attaqua ces derniers, et laissa à Abisaï le soin de combattre les premiers. Des deux côtés l'ennemi fut mis en fuite, et chacun des deux frères remporta une victoire complète. IL Reg., x, 9-14; I Par., χιχ, 11-15.
La révolte d'Absalom trouva Abisaï toujours fidéle à David. 11 reçut le commandement de l'un des trois corps d'armée formés à cette occasion. Conjointement avec Joab et Éthaï, il battit et dispersa l’armée du rebelle, II Reg., XVII, 2; mais il ne prit aucune part à sa mort, et n'encourut pas par conséquent comme Joab, qui avait tué ce prince, la disgrâce de David. Au contraire, lorsque Amasa, à qui le roi avait promis la succession de Joab, tarda d’arriver avec les forces destinées à réprimer la sédition de Séba, c’est lui que son oncle mit à la tête des troupes disponibles pour aller étoulfer sans retard cette révolte naissante. II Reg., xx, 6. Il fut ainsi investi du commandement suprême. Il y en a cependant qui regardent comme invraisemblable que les soldats de Joab, expressément nommés au ÿ. 7, aient consenti à marcher sous un autre chef, et que lui-même ait fait partie de cette expédition sous les ordres de son frère. Ils pensent donc que, conformément à la version syriaque et au récit de Josèphe, David confia le commandement, non à Abisaï, mais à Joab. Il est certain du moins qu’Abisai coopéra à la défaite de Séba. II Reg., xx, 10.
A partir de ce moment, la Bible ne nous apprend plus rien de ce héros. Par son généreux dévouement et son inviolable fidélité, par sa force, sa vaillance et son audace intrépide, Abisaï avait été l’un des plus dignes compagnons et des plus remarquables auxiliaires de David.
E. PALIs.
ABISUÉ, hébreu : ’Abi$ü‘a, « mon père sauve » ou «est le salut ».
1. ABISUÉ (Septante : ᾿Αθεσσουέ), fils de Balé, ke fils aîné de Benjamin. 1 Par., VIN, 4.
2, ABISUÉ (Septante : ᾿Αδισού, ᾿Αδισονέ), fils de Phinées, le grand prêtre; il succéda à son père et fut le quatrième grand pontife des Hébreux. I Par., vi, ἃ. 5, 50. Il est mentionné parmi les ancêtres d'Esdras. 1 Esdr., vu, 5.
ABISUR (hébreu : ’Abi$ür, « mon père est un rempart, une défense; » Septante : ᾿Αδισούρ), second fils de Séméi, de la tribu de Juda; il épousa Abigaïl (hébreu : "Abihäyil). 1 Par., 1, 28, 29. Voir ABIGAIiL 3.
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ABITAL (hébreu : 'Abitäl, « mon père est la rosée; » Septante : ᾿Αθιτάλ), sixième femme de David et mère de Saphatias, cinquième fils du roi-prophète, Il Reg., τι, #; Par., ur, 3.
ABITOB (hébreu: ’Abitüb, « mon père est bon ; » Septante : ᾿Αδιτώλ), Benjamite, fils de Saharaïm et de Husim, l'une de ses femmes. [ Par., vu, 8, 11. (La Vulgate porte, au verset 11, Mehusim; mais, dans l'hébreu, méhuÿim signifie de Husim.)
ABIU (hébreu : Abihü’, « mon père est Jéhovah ; » Septante : ᾿Αδιούδ), fils d'Aaron et d'Élisabeth, Exod., vi, 93, frère de Nadab, d'Éléazar et d'Ithamar. Il fut admis, sur l'ordre de Dieu, à l'honneur de monter sur le Sinaï avec Moïse, Aaron son père, Nadab son frère, et les soixantedix notables ou anciens. Exod., xx1v, 1, 9. Il participa avec ses frères aux cérémonies de l'institution du sacerdoce lévitique, et avec eux il assista Aaron dans l'oblation des premiers sacrifices, Lev., vit, 1X : toutes choses qui eussent fait de cette fête un jour de joie parfaite, si la fin n'avait été attristée par la mort violente de deux de ces prêtres, Abiu lui-même et son frère Nadab. Par quelle faute encoururent-ils la colère de Dieu? Après de longues et savantes discussions sur ce sujet, la lumière n’est pas encore faite. Le texte dit seulement qu'Abiu, avec son frère, offrit au Seigneur, dans la cassolette à encens, un feu étranger et prohibé. Lev., x, 1. L'archéologie biblique ne nous fournit aucune donnée pour préciser avec certitude cette expression vague. Suffirait-il, pour l'expliquer, de dire que l’encens jeté sur les charbons ardents avait été préparé d'une manière différente de celle que Dieu avait prescrite? Exod., xxx, 34-38. Selon cette interprétation, les mots «feu étranger » ne devraient pas s'entendre dans le sens propre. Le feu désignerait un sacrifice, et l’épithète étranger signifierait que ce sacrifice aurait été offert d’une maniere irrégulière. Keil, Commentar über die Bücher Moses, in À. L. D'autres cherchent la faute dans l'heure à laquelle cet encens était offert, Dieu ayant déterminé pour l'oblation des parfums deux moments de la journée, le matin et le soir. Exod., xxx, 7-8. Knobel, in A. L. Malheureusement cette supposition ne repose sur aucun fondement. 11 faut en dire autant de celle qui voit le délit dans l'état d'impureté ou d'ivresse où se seraient alors trouvés Abiu et Nadab. D'après l'interprétation la plus généralement adoptée et la plus vraisemblable, Abiu et son frère, voulant sans doute rendre grâces à Dieu de leur élévation au sacerdoce, au lieu de prendre du feu sur l'autel des holocaustes, avaient été le chercher dans un foyer profane. A cette explication, qui est celle de tous les anciens commentateurs et de la plupart des modernes, on objecte que l’ordre de se servir d'un feu pris à l'autel des holocaustes n'avait pas encore été formulé, et que, même lorsqu'il le fut, il ne concerna que le sacrifice des parfums, offert dans le grand jour de l’expiation annuelle, où le grand prêtre entrait dans le Saint des saints. Lev., xvi, 12. Cette difficulté est facilement soluble, si l’on remarque que tous les sacrifices de même nature s'offraient d'aprés les mêmes rites, et que sans doute la mention spéciale exprimée à l'occasion de la grande expiation n'est que l'application d'une loi générale faite à un cas particulier.
Quoi qu'il en soit, Abiu reçut, ainsi que son frère, le châtiment de sa transgression. Un feu sortit « du Seigneur », c'est-à-dire probablement du Saint des saints, et foudroya les coupables, sans consumer ni leurs corps, ni même leurs vêtements; ils tombérent à l'endroit même où ils offraient l'encens étranger, sans doute à l'entrée du tabernacle. Lev., x, 2. En présence de cette mort foudroyante, Aaron se tut, révérant dans sa douleur l’inexorable justice de Jéhovah, tandis que Moïse, sur l’ordre de Dieu, expliquait ce terrible châtiment, et justifiait la colère du Dieu trois fois saint. Misaél et Élisaphan, parents
d'Abiw et de Nadab, prirent les cadavres dans l'état où la mort les avait frappés, encore vêtus de leurs tuniques de lin, et les jetérent hors du lieu saint. Il fut permis aux Israélites de pleurer sur eux et de leur faire des funérailles, Pour les prêtres, que leurs fonctions attachaient plus étroitement à la cause de Dieu, il leur fut interdit et de porter le deuil et d'assister à la sépulture des victimes, ce qui aurait paru une sorte de désapprobation de la conduite de Dieu. Abiu et son frère ont été souvent présentés, par les auteurs spirituels, comme des exemples capables d'inspirer aux prêtres de la loi nouvelle un grand respect de leurs fonctions et une crainte salutaire dans l'exercice du culte divin. P. RENARD.
ABIUD, hébreu : ’Abihüd, « mon pére est honneur ou gloire; » Septante : ᾿Αδιούδ.
4. ABIUD, fils de Balé et petit-fils de Benjamin. I Par., VIT, 3.
2. ABIUD (Nouveau Testament : ’AGroÿô), fils de Zorobabel, dans la généalogie de Notre-Seigneur par saint Matthieu, 1, 13.
ABLUTION. Voir PURIFICATION.
ABNER, hébreu : ’Abnér et ’Abinér, « mon père est la lumière, ou pére de la lumière ; » on lit ’Abinér 1 Sam. (I Reg.), xIv, 50, dans le texte original; partout ailleurs ’Abnér; Septante : ᾿Αθεννήρ.
1. ABNER, fils de Ner, de la tribu de Benjamin, général en chef de l'armée de Saül. Il est le premier à qui ce titre ait été donné dans la monarchie juive, parce qu’il n’y eut pas d'armée proprement dite chez les Israélites avant Saül. Voir ARMÉE. Ce prince, qui fut un roi soldat, organisa une armée régulière permanente de trois mille hommes, I Reg., xt, 2; elle servit de noyau au reste de ses troupes, et lui permit d'entreprendre désormais des guerres offensives. Il en confia le commandement à son cousin Abner, le plus brave parmi les guerriers qu'il s'était choisis pour lutter avec succès contre les Philistins. 1 Reg., χιν, 50, 52; xvIx, 55; xx VI, 15. Cependant il resta lui-même le véritable chef de son armée dans toutes les guerres qu'il soutint ou entreprit; nous ne voyons jamais Abner conduire une expédition en l'absence du roi, comme plus tard Joab le fit plusieurs fois sous David.
Le rôle du général fut donc assez effacé tant que vécut Saül; l'historien sacré ne raconte de lui, pendant cette période, aucun fait important. Il nous apprend seulement qu'il était, en sa qualité de général en chef, le commensal de Saül avec Jonathas et David, et il nous le montre à côté du roi dans deux circonstances : d’abord le jour du combat de David contre Goliath, dans la vallée du Térébinthe, I Reg., xvur, 55-57; ensuite lorsque, au désert de Ziph, il s'endormit aussi profondément que les autres, et ne s'aperçut pas que David, accompagné d’Abisaï, enlevait à Saül sa coupe, avec la lance qu’il avait plantée en terre tout près de sa tête. 1 Reg., xxvI.
Après la mort de Saül et de son fils Jonathas à la bataille de Gelboé, I Reg., xxx1, 6, Abner exerça effectivement ses fonctions de général et devint le véritable chef, non seulement de l'armée, mais encore de l'État. Tandis que David recevait pour la seconde fois l’onction sainte à Hébron et y était proclamé roi par la tribu de Juda, Abner emmenait Isboseth, quatrième fils de Saül, à Mahanaïm, II Reg., 11, 8, selon l'hébreu, ville située au delà . du Jourdain, non loin du gué du Jaboc. Voir MAHANAIÏM. Là, à l'abri des attaques des Philistins, il fit reconnaître la royauté de ce prince d'abord dans tout le pays à l'est du Jourdain, et ensuite, successivement, dans les diverses contrées à l'ouest du fleuve, sauf le territoire de la tribu de Juda.