Achaïe
Dion Cassius, LIT, 12. En l’an 15, l'empereur Tibère l'enleva au sénat et en fit une province impériale, Tacite, Ann., I, LXXvVI; mais, en ἀξ. Claude la rendit au sénat. Suétone, Claudius, xxv. L'Achaïe était donc province sénatoriale lorsque saint Paul l’évangélisa, lors de son second voyage de missions, et c'est à juste titre que les Actes des Apôtres, XVI, 12, appellent proconsul d’Achaïe (ἀνθύπατος) Gallio, devant qui l'Apôtre fut traduit par les Juifs. Pour remercier les Grecs de leurs applaudissements, Néron les déclara libres de la domination romaine; il les rendit, comme les Italiens, indépendants de tout gouverneur. Cet état de choses dura quelques mois seulement. Vespasien rétablit le proconsulat, qui dura jusqu'à Justinien. Ce qui caractérisait la province d'Achaïe, c'était le grand nombre de villes libres, autonomes, qu'elle contenait, parmi lesquelles il faut compter Athènes, Corinthe, Patras, etc. Les autres villes étaient groupées en confédérations, qui conservérent les noms des χοινά de l’époque antérieure, mais ne furent plus que des associations religieuses qui joignaient au culte de leurs dieux celui des empereurs.
premiers convertis de l’Achaïe. Avec Stéphane et Fortunat, il était venu à Éphèse voir saint Paul, pour lui parler des affaires de la communauté chrétienne, et lui apporter une lettre, à laquelle l'Apôtre répondit par sa première épiître aux Corinthiens. D’après la suscription du Tertus receptus, I Cor., fin, cette réponse fut portée à Corinthe par Achaïque et ses deux compagnons; quoique cette suscription ne soit pas authentique, on s'accorde à admettre ce renseignement. Il semblerait, d’après la Vulgate, I Cor., xv1, 15, qu'Achaïque était de la famille de Stéphane; mais les manuscrits grecs, pas plus que le Textus receptus, n'ont dans ce verset les deux noms de Fortunat et d'Achaïque: c'est une addition de la Vulgate. E. JACQUIER.
ACHAN (hébreu: ‘Akän, « affligeant, troublant ? »), appelé dans les Septante ’Aydo, ainsi que dans un passage de l'hébreu, ‘Akär, et de la Vulgate, Achar, I Par., 11, 7, fils de Charmi, de la tribu de Juda, demeuré célèbre par le châtiment divin dont il fut l'objet après la prise de Jéricho par les Hébreux. Son crime avait été de violer
Lente.
l’ordre de Josué, qui avait expressément voué à l'anathème, c'est-à-dire à la destruction, la ville avec tout ce qu'elle renfermait d'hommes et de butin. Jos., vi, 17. C'était une sorte de consécration religieuse que cet anéantissement de la première ville conquise en Chanaan, exécuté en reconnaissance des droits souverains de Jéhovah, aussi bien que pour inspirer aux autres villes une terreur salutaire. Dès lors, désobéir à cet ordre devenait un sacrilège digne de la vengeance de Dieu. C'est dans ce crime que tomba Achan, en dérobant après la prise de la ville un manteau d'écarlate, plus deux cents sicles d'argent et une règle d’or de la valeur de cinquante sicles, Jos., vir, 21. Le manteau, ’addéret, dont il est question n'était pas un habit vulgaire, comme la tunique de dessous, kefonêt, Lev., xvi, 4, ni comme la large robe, simläh, Gen., 1x, 3, qu'on portait par-dessus; mais l'ample et luxueux pallium que portaient les rois, fait d’étoffe précieuse, parfois rehaussé de broderies d’or et d'argent, Eccle., rx, 8; Ezech.,
* xvI, 10, et qu'on mettait les jours de fête et dans les céré-
monies. IV Reg., v, 5. On le nommait aussi, et à cause de cet emploi extraordinaire, Aülifôt, c'est-à-dire vêtement qu'on change, ou qu'on ne garde pas longtemps. Les femmes israélites en confectionnaient de cette sorte, Prov., ΧΧΧΙ, 22; mais le plus souvent on les faisait venir de l'étranger, et en particulier de Babylone, dont la réputation en cette matière était universelle. C’est sans doute ce que signifie l'hébreu ’addéret Sine‘är, «manteau de Sennaar » (Babylone était situé dans la plaine de Sennaar), que saint Jérôme ἃ traduit, on ne sait pourquoi, par pallium coccineum. Cf. Fillion, Atl. archéol., pl. 11, fig. 13-15; pl. xxx, fig. 6-8; pl. Lxxx1, fig. 7-9; pl. LxxxN, fig. 8. Les sicles d'argent dérobés avec ce manteau étaient, selon la forme de la monnaie en usage à cette époque, des morceaux de métal pesant chacun un sicle, et peut-être marqués d’une estampille indiquant leur poids. Si le $égél d'argent du temps des Machabées avait le même poids que celui du temps de Josué, comme on peut le supposer, les deux cents sicles dérobés représenteraient une valeur monétaire de cinq cent soixante-six francs. La règle d'or, appelée dans l'hébreu Le$ôn zähàb, « langue d'or, » était peut-être une lame en or massif, employée comme bijou. Sa valeur était de cinquante sicles d'or, environ deux mille francs, le sicle d’or valant douze sicles d'argent. II Reg., xxIV, 24; cf. 1 Par., xx1, 95. Voir SICLE.
Tel était le crime d’Achan. Il avait été commis en secret, et secrétement aussi le coupable avait enfoui tous ces objets au milieu de sa tente, attendant le moment où il pourrait les utiliser sans péril. Mais Dieu révéla lui-même sa prévarication. Sous les murs de la petite ville d'Haï, les troupes de Josué venaient d'essuyer une défaite si ignominieuse et si inattendue, qu'elle ne pouvait être qu'un châtiment du ciel ; et, dans cette pensée, Josué et les anciens d'Israël étaient demeurés jusqu'au soir prosternés devant l'arche sainte, se plaignant à Dieu et demandant l'explication de ce mystère. ἃ la fin du jour, la voix du Seigneur s'était fait entendre, dénonçant le crime sans désigner l'auteur, déclarant que la protection du Seigneur ne serait plus sur Israël tant que le coupable ne serait pas exterminé avec tout ce qui lui appartenait, et indiquant enfin la marche à suivre pour le découvrir : c'était la voie du tirage au sort, d’abord entre les tribus, puis entre les familles, enfin entre les maisons et les individus. Le texte hébreu désigne moins clairement que la Vulgate ce mode d'investigation. Au lieu du mot « sort », Jos., va, 14, on y lit « Jéhovah », ce qui a donné lieu à diflérentes explications. Les talmudistes disent que, tous les Israélites ayant défilé l'un après l'autre devant l'arche, le coupable fut retenu comme par une main mvisible, et ainsi désigné au peuple. D'autres ont
imaginé que, les douze tribus ayant passé devant le ra- |
tional du grand prètre, la pierre de smaragde, qui représentait Juda, s'obscurcit tout à coup jusqu'à devenir noire : on aurait recouru à um autre procédé pour découvrir la famille, la maison et l'individu, La plupart des exégètes