ACHIMAAS, père d'Achnoam, épouse de Saül
1 Reg., xiv, 50. Ι
2. ACHIMAAS (hébreu: ’Ahîma'as ; Septante :᾿Αχιμάκ:), fils du grand prêtre Sadoe, II Reg., xv, 86; 1 Par, vi, 8, 53, demeura à Jérusalem avec son père, tandis que David, sous le coup de la révolte d’Absalom, s'éloignait de la ville sainte. IT Reg., xv, 35-36. Chargé d'apporter au roi fugitif les nouvelles de ce qui se tramait contre lui, il observa avec attention les projets et les démarches d’Absalom et de son conseiller Achitophel; mais bientôt l'attitude de son père et les sentiments de fidélité manifestés par lui à l’égard de David, II Reg., xv, 24-99, rendirent la position d'Achimaas difficile à Jérusalem. Pour écarter les soupçons qui n'auraient pas manqué de planer sur sa conduite, si on l’avait vu sortir souvent de la ville, il prit le parti de s'établir avec son compagnon Jonathas, fils d’Abiathar, II Reg., xvir, 17, hors des murs, et d'attendre les événements auprès de la fontaine de Rogel. Voir ROGEL. C'est là que vint les trouver l’inoffensive servante envoyée par les deux grands prêtres, et chargée de communiquer à Achimaas et à son compagnon, pour qu'ils les transmissent à David, les projets de poursuite immédiate proposés par Achitophel, et les instances des pontifes pressant le roi de passer le Jourdain. Achimaas partit aussitôt avec Jonathas; mais lis comptaient sans les espions répandus par Absalom dans la campagne, et sans doute chargés spécialement de les surveiller. On les aperçut, et la nouvelle de leur marche vers l’est fut portée immédiatement aux révoltés; heureusement les deux messagers, en pressant le pas, purent gagner Bahurim avant d'avoir été atteints. Là ils trouvèrent un homme charitable qui, prenant leur sort en pitié, les fit descendre dans une citerne à sec qui se trouvait dans la cour intérieure (hébreu : behäsérô, dérivé de häsar, « entourer, » que saint Jérôme traduit : in vestibulo suo), tandis que sa femme étendait sur l'ouverture un voile (hébreu : mäsäk, « une couverture »), sur lequel elle répandait, comme
ACHIA — ACHIMÉLECH
pour le faire sécher, de l'orge mondè (hébreu: hérifôt, « grains d'orge ou de froment pilés; » mot qu'on ne trouve qu'ici, II Sam., xvir, 19, et Prov., xxvir, 22). Quand vinrent les émissaires d'Absalom, la ménagère, sans quitter son ouvrage, répondit qu'ils avaient fui plus loin, après avoir pris un peu d’eau (hébreu : «et ils ont passé le petit ruisseau »). ΠῚ Reg., xvir, 20. Ils furent sauvés, et bientôt, sortant de leur retraite, ils poursuivirent leur route jusqu'au lieu où était David, qu'ils déterminèrent à passer sur l'heure le Jourdain.
Aprés cela, Achimaas ne pouvait plus rentrer à Jérusalem, ni même reprendre son poste d'observation près de la fontaine de Rogel. Il se joignit à l'armée de David et assista à la bataille décisive de la forêt d'Éphraim, IT Reg., xvut, 6, dans laquelle Absalom fut tué. Toujours dévoué, et content cette fois d'être le messager d'une heureuse nouvelle, comme il était bon coureur, il s’offrit à Joab pour aller annoncer à David l’éclatante victoire. Joab résistait ; enfin, sur ses instances réitérées, il consentit, et si rapide fut Achimaas, qu'il arriva près du roi avant Chusi, qui avait pourtant une notable avance sur lui. Il Reg., xvin, 19-93. Il avait pris le chemin le plus court, d’après la Vulgate (via compendii). D'après l'hébreu, il prit le chemin de la Kikkär. Voir KikKAR. Poussé par son affection pour David jusqu'à transgresser la loi de Dieu, Achimaas mentit pour ménager la sensibilité paternelle, et lui dissimula la mort d'Absalom : réticence qu'il eut sûrement corrigée, si Chusi, moins circonspect, n'eût dès son arrivée et tout d’un coup déclaré la réalité. La fidélité et le dévouement d'Achimaas ne se démentirent jamais. Plusieurs interprètes pensent que ses mérites lui valurent sous Salomon l'une des douze places de nisäbim, ou officiers chargés de percevoir l'impôt, ΠῚ Reg., 1v, 7, 15, et que cet Achimaas est identique à celui du second livre des Rois. Si cette opinion est fondée, Achimaas était ainsi arrivé à l’une des principales charges de l'État, ef. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, t. 11, p. 275 et suiv.; bien plus, et ce fut peut-être une des causes de son élévation, il aurait épousé l’une des filles de Salomon, Basémath. Ce mariage ne put avoir lieu en tout cas, que vers le milieu ou la fin du règne de Salomon, car nous savons qu'à cause de sa jeunesse ce prince ne pouvait avoir, lors de son avènement au trône, des filles en âge d'être mariées.
Le caractère d'Achimaas a été apprécié par celui qui était le mieux en position pour le faire exactement, David, des lèvres duquel nous recueillons ce témoignage : « C’est un homme bon. » II Reg., xvit, 27. Sa bonté était si grande, que son roi estimait qu'un tel homme ne pouvait apporter que de bonnes nouvelles, ibid. Quant à son dévouement, il était devenu comme proverbial, si bien qu'à son allure empressée, comme à un signe certain, le guetteur le reconnaissait. Il méritait donc à tous égards la confiance de son prince, et Salomon, en le comblant de faveurs, ne fit que lui rendre une justice qui honore à la fois Achimaas et son bienfaiteur. P. RENARD.
3. ACHIMAAS, intendant de Salomon dans la tribu de Nephtali, un des douze officiers chargés de pourvoir à la table du roi. Il épousa Basémath, fille de Salomon. ΠῚ Reg., ιν, 15. Il est peut-être identique avec le précédent. Voir ACHIMAAS 2.
ACHIMAM, nom, dans Num., xt, 3, d'un géant de la race d'Énac, qui est appelé Ahiman dans Josué et dans les Juges. Voir AHIMAN.
ACHIMÉLECH ou AHIMÉLECH, hébreu : ’ À himélek, « mon frère est roi; » Septante : Αδιμέλεχ, ᾿Αχιμέλεχ.
1. ACHIMÉLECH, fils d’Achitob, I Reg., xx, 9, grand prêtre à l’époque de la première persécution de Saül contre David. I Reg., xx, 1. Le peu de temps qui s'écoula entre les événements rapportés au chap. xiv, le grand
er .
prêtre étant Achias, et ceux du chap. xx1, alors que le pontificat était exercé par Achimélech, ἃ amené plusieurs exégètes ἃ identifier ces deux personnages, d'autant plus que leurs noms ont entre eux une notable analogie (’Ahiyäh,
« mon frère ou ami est Jéhovah ; »'Ahi-mélék, « mon frère |!
est roi »), et que tous deux ont pour père Achitob. 1 Reg., xt, 9, 11-12; χιν, 3. Voir Acuras 1. Malgré ces raisons, on pense communément qu'Achimélech était frère d’Achias, et que, celui-ci étant mort sans enfants mâles qui lui succédassent, Achimélech avait été appelé au souverain pontificat, peu de temps avant l’époque où pour la première
fois la Bible fait mention de lui. Il résidait à Nobé ou |
Nob, où était l’arche sainte depuis son retour du pays des Philistins et son séjour transitoire à Bethsamès et à Cariathiarim. Peut-être Saül avait-il installé le tabernacle en ce lieu pour posséder dans sa tribu le centre religieux d'Israël. Voir Noé. C’est là qu'Achiméfech vit un jour venir à lui David abattu, sans armes, sans escorte, ce qui lui causa une profonde surprise. David lui dit qu'il avait été chargé d'une mission par le roi, et lui demanda à manger, parce qu'il avait faim, ainsi que ceux de sa suite. L'embarras d’Achimélech fut grand, car il n’avait à sa disposition que les douze pains de proposition déposés dans le Saint pendant une semaine et tout récemment retirés pour être remplacés, selon la loi, par des pains nouveaux. De là vient qu’en ce jour Achimélech n'avait pas eu besoin de faire de provisions de pain ordinaire, car les douze pains de proposition retirés chaque sabbat de la table recouverte d'or, sur laquelle ils étaient offerts au Seigneur, devaient être mangés, dans le sanctuaire même, par les prêtres. Lev., xx1v, 6-9. Donner de ces pains au fugitif semblait illicite, à cause de la disposition spéciale de la loi, qui ne permettait qu'aux enfants d’Aaron de s'en nourrir. Mais valait-il mieux observer rigoureusement la lettre de la loi, en violant le précepte plus grave encore de la charité, surtout dans une si extrême nécessité? Marc., 11, 25. Achimélech, après s'être assuré que David et les siens n'avaient point d'impureté légale, leur donna les pains de proposition. Notre-Seigneur l'a justifié en prenant sa conduite pour base de sa propre jusüurcation, en face de ceux qui lui reprochaient de violer le sabbat. Matth., ΧΗ, 3-4; Marc., 11, 26; Luc., vi, 3-4.
Il est vrai qu'en déclarant ainsi son innocence, Jésus soulève une nouvelle difficulté à son sujet, car en saint Marc il l'appelle par son nom, et ce nom est Abiathar au lieu d'Achimélech. Marc., 11, 26. Les hypothèses qu'on a faites pour concilier ce passage avec 1 Reg., ΧΧΙ, 1, sont aussi variées qu'ingénieuses : faute de copiste en saint Marc ; double nom du mème personnage; et double personnage dont le second, c’est-à-dire Abiathar, fils d’Achimélech, employé alors au service du temple, aurait pour la circonstance tenu la place de son père absent ou malade, et agi en son nom : voilà ce que les exégètes ont imaginé sans faire complètement la lumière. Nous ne parlons pas de l’hypothèse rationaliste qui suppose une erreur de mémoire de la part de l'évangéliste. Plusieurs manuscrits suppriment la difficulté en omettant le ÿ. 26 de saint Marc.
Pour revenir à la conduite d'Achimélech donnant à David les pains sacrés, il faut remarquer qu'il n’en privait pas le sanctuaire, puisque ces pains étaient ceux qu'on venait d'enlever. Il n'y avait de transgression que sur le précepte relatif à la manducation par les prêtres ; or il existait dans l'espèce une raison plus que suffisante pour se dispenser de la loi.
Après avoir mangé, David demanda des armes au grand prêtre. Achimélech sortit de l'enveloppe qui la renfermait (hébreu : bas&imläh, « dans le manteau ») l'épée de Goliath, qui était placée dans le sanctuaire à côté de l'éphod, et il la donna à David, qui d'ailleurs avait bien sur elle quelque droit, l'ayant lui-même consacrée à Jéhovah. 1 Reg., xvir, 54. Achimélech consulta aussi le Seigneur en faveur de David, 1 Reg., xx11, 10, et le fugitif se sauva auprès d'Achis, roi de Geth.
ACHIMÉLECH
Achimélech devait payer chérement le service qu'il venait de rendre à David. Tandis qu'il le secourait si charitablement, un traître, Doëg l'Iduméen, observait tout sans mot dire, et il s'empressa d'aller rapporter à Saül ce qui venait de se passer. Le roi, qui était alors à Gabaa, manda près de lui Achimélech avec tous les prêtres de service à Nobé, et leur fit de sanglants reproches, auxquels le grand prêtre répondit avec une élévation et une loyauté qui eussent désarmé Saül, si sa haine contre David ne l’eût rendu sourd à toute raison. 11 ne dissimule rien et ne s'excuse de rien: ce qu'il a fait, il le ferait encore; car David est entre les serviteurs du roi le plus dévoué et le plus fidèle. I Reg., xxn1, 14. D'ailleurs pourquoi lui reproche-t-on d’avoir pris part à la révolte du fugitif? Sans ignorer complètement ses difficultés avec Saül, il ne savait pas, quand David vint à Nobé, quels étaient les rapports de ce dernier avec le roi; dans leur entrevue, il n’en a pas été question, et s’il a consulté le Seigneur pour lui, c'est ce qu'il avait fait maintes fois sans être accusé par personne. 1 Reg., xx11, 15. Ces explications étaient tout à fait satisfaisantes, cependant elles ne purent lui sauver la vie. Il tomba sous le fer des satellites, en présence et par l’ordre du roi jaloux, et avec lui tous ses prêtres. Nobé, sa ville sacerdotale, fut détruite, et ses habitants mis à mort. Seul, Abiathar, l'un des fils d’'Achimélech, échappa. I Reg., xx11, 16-21. C’est en apprenant celte odieuse vengeance que David composa le psaume LI, où sa visite à Achimélech est expressément indiquée. Il est à noter que, se basant sur le titre du psaume xxxH1, dans la Vulgate : De David, quand il changea de visage devant Achimélech qui le renvoyait, plusieurs Pères ont appliqué tout ce psaume à l’entrevue de David avec le grand prêtre à Nobé. Cette application était difficile, car Achimélech ne renvoya pas David. Aussi les commentateurs modernes y ont renoncé : les uns s’en rapportent à l'hébreu, où on lit Abimélech au lieu d'Achimélech; ils croient avec saint Basile que ce nom est un titre commun à tous les rois philistins, et désigne Achis, roi de Geth, devant lequel, en effet, David contrefit l'insensé, 1 Reg., xx1, 13-15: d’autres conservent la leçon de la Vulgate, et croient qu'Achimélech est là pour Achis mélek, « le roi Achis. »
Achimélech fut le dernier descendant d'Héli qui mourut dans la dignité de grand prêtre, car son fils Abiathar, cui lui succéda, fut déposé par Salomon, et le pontificat transmis à la famille d'Éléazar. Voir ABIATHAR. Cette privation du pontificat et la mort d’Achimélech et des prêtres de Nobé, dont un bon nombre étaient de la famille d'Héli, contribuérent à réaliser l’oracle divin prononcé naguëre par un voyant devant Héli lui-même. I Reg., 11, 33. Quant aux victimes du massacre, plusieurs les mettent au rang des martyrs, en considération de l'acte de miséricorde qui fut la cause de leur mort. Bachiarius, Epist. ad Januar., Patr. lat., t. xx, col. 1042; Bède, Z1 Samuel. proph. alleσον. eæposit., 111, 10, τ. ΧΕΙ, col. 662.
A l’exemple de Jésus-Christ, les Pères et les théologiens tirent de la conduite d’Achimélech cette conclusion morale, qu’en cas de conflit entre deux préceptes, l’un de l'ordre positif, l’autre de l'ordre naturel, le premier doit céder. P. RENARD.
2. ACHIMÉLECH, Héthéen, un des compagnons de David pendant qu'il était persécuté par Saül. I Reg., XXVI, 6.
3. ACHIMÉLECH. Ce nom se lit, II Reg., vu, 17; I Par, xvir, 16; χχιν, 3, 6, où l'on s'attendait à trouver plutôtle nom d'Abiathar. On a proposé diverses solutions : 1° Abiathar, fils d’Achimélech, aurait eu un fils du même nom, Achimélech, et ce fils aurait rempli conjointement avec son père, ou parfois à son défaut, les fonctions sacerdotales. 2 Achimélech aurait eu à la fois ces deux noms : Achimélech et Abiathar. Saint Marc l'appelle de ce dernier nom, Marc., 11, 26. % L'opinion la plus vraisemblable,
d'après la suite du récit, est celle-ci : les noms ont été transposés par les copistes ; Achimélech ἃ été mis par erreur pour Abiathar, et réciproquement. Voir ABIATHAR.