ACTES APOCRYPHES DES APOTRES
pour source des περίοδοι Πέτρου καὶ Tabou grecques, dont on a retrouvé des fragments, indépendants du pseudo- Linus, d'abord dans le De excidio urbis Hierosolymitanæ du pseudo -Hégésippe, œuvre de la seconde moitié du 1ve siècle (368 environ), peut-être même œuvre de saint Ambroise; ensuite dans les Actes des saints Nérée et Achillée, Bolland., Acta sanctorum maii, t. 111 (1680), p. 6 et suiv., lesquels ne sont pas postérieurs au pseudo- Hégésippe; surtout enfin dans les Actes latins de saint Pierre, découverts récemment dans un palimpseste de Verceil du vi siècle, Actus vercellenses. M. Lipsius voit dans ces περίοδοι une œuvre gnostique de la seconde moitié du re siècle.
Voici quelques citations des prières que le pseudo-Linus met sur les lèvres de saint Pierre : « O croix, qui as réuni l'homme à Dieu, et qui l'as si magnifiquement arraché au domaine de la captivité diabolique! O croix, qui remets perpétuellement sous les yeux de l'humanité la passion du Sauveur du monde êt la rédemption de la captivité humaine ! O croix, qui chaque jour partages aux peuples fidèles la chair immaculée de l’Agneau, qui dissipes par le calice salutaire les cruels venins du serpent, et qui éteins les feux de l'épée flamboyante qui fermait aux croyants le seuil du paradis! » Lipsius, €. 11, 1, p. 264. « Seigneur, tu es pour moi ami et pére, l’auteur de mon salut, mon désir, mon rafraichissement, mon rassasiement. Tu m'es tout, et tout est pour moi en toi. Tu m'es tout; et tout ce qui est, tu l'es pour moi. En toi nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes. Et voilà pourquoi nous devons nous tourner vers toi pour tout avoir. Donne-nous, Seigneur, l’objet de tes promesses, ce que l'œil n’a point vu, ce que l'oreille n’a point entendu, ce que le cœur de l’homme n’a jamais senti monter en lui, ce que tu as préparé à qui t'aime... Nous te prions, Seigneur Jésus, nous t'invoquons, nous te glorifions, nous te confessons, nous t'honorons, dans l’infirmité de notre humanité, parce que tu es le seul Seigneur, et qu'il n’y en ἃ point d'autre que toi. À toi l'honneur, à toi la gloire, à toi la puissance, maintenant et dans des siècles de siècles! Ainsi soit-il. » Zbid. Ces belles prières eucharistiques sont à rapprocher de celles que nous ont fouruies les Acta Johannis, et que l’on retrouve dans les Acta Andreæ.
Le pseudo-Marcellus est, au contraire du pseudo-Linus, une œuvre catholique; elle paraît avoir existé dès le commencement du 1ve siècle. Mais M. Lipsius, et c'est ici que se retrouve le postulatum de Tubingue, veut qu'elle soit un simple remaniement catholique d'une œuvre ou légende ébionite, dans laquelle, au lieu des trois personnages Pierre, Paul, Simon, il n’y en aurait plus que deux, Pierre et Simon- Paul, le magicien Simon n'étant que le masque de l'Apôtre des Gentils. J'emprunte ces dernières lignes à une recension faite par M. l'abbé Duchesne, Bulletin critique , 1887, p. 161-167, de la publication de M. Lipsius, et où M. Duchesne a montré que des deux légendes, celle qui était ancienne, c'était la légende gnostique, celle du pseudo-Linus. « Commodien, Arnobe, les Constitutions apostoliques, dans leurs plus anciennes rédactions, en dépendent certainement... Et il y a lieu de croire qu'Origène, lui aussi, dépend des actes gnostiques.. ἢ] est clair, du reste, que, sur plus d'un point, la légende gnostique a inspiré la légende catholique. » Enfin un passage important des Philosophumen«, νι, 20, dont l’« auteur écrivait à Rome vers l'an 295 », empêche de « faire remonter au delà du re siècle les premières rédactions de la légende » prétendue ébionite.
Nous voilà donc en présence de quatre légendes apostoliques, de Jean, d'André, de Thomas, de Pierre et Paul, toutes quatre d'origine gnostique, et toutes quatre (sauf celle de saint Thomas) datant de la seconde moitié du πὸ siècle. Ces quatre légendes furent de bonne heure réunies en une collection, collection mise sous le nom d'un même auteur, l'auteur présumé des Actu S. Johannis, Leucius,
Le patriarche Photius (1x° siècle) en avait encore un exemplaire, qu'il décrit dans son Myriobiblon, Cod. 114, t. πὶ, col. 389, sous le titre de ΑἹ τῶν ᾿Αποστόλων περίοδοι ; il appelle l'auteur Leucius Charinus; ledit exemplaire contenait les Acta de Pierre, Jean, André, Thomas et Paul. C'étaient bien les nôtres, et dans leur intégrité. Photius les condamne fortement, comme une œuvre entachée de docétisme, de dualisme et d'encratisme. Cette même collection existait en latin, et une lettre de Turribius, évêque d’Astorga, écrite vers #47, nous signale ces mêmes Actes d'André, de Jacques et de Thomas, « specialiter illos qui appellantur sancti Joannis, quos sacrilego Leucius ore conscripsit, » comme très répandus parmi les Priscillianistes. S. Leonis epistolæ, xx bis, 5, t. Liv, col. 69%, Saint Augustin nous témoigne, en plusieurs occasions de ses polémiques contre les manichéens, que cette même collection des Actes de Pierre, Jean, André, Thomas et Paul, était en grande faveur dans la secte, et y circulait toujours sous le nom de Leucius, t. xLi1, col. 539. Le décret dit du pape Gélase, et qui est du commencement du vit siècle, les condamne en ces termes : « Libri omnes quos fecit Leucius, discipulus diaboli, apocryphi. » Mansi, Concil., τ. virr, p. 150. 11 n’est pas prouvé que saint Épiphane ait connu la collection, encore qu'il cite tous ces Acta individuellement ; mais il connaissait le nom de Leucius, et il fait de ce personnage un disciple de l'apôtre saint Jean, lequel aurait avec l'apôtre combattu les ébionites. Hær. LI, t. XLI, col. 897. Fictif ou non, ce personnage est celui à qui sont attribués les Acta S. Johannis. Il ne paraît pas que les autres Acta aient à l'origine porté le nom de Leucius, ni non plus qu'ils soient sortis d'une même officine, encore que leur théologie appartienne à une même époque et à un même milieu asiatique.
V. Acla S. Puuli et S. Theclæ. — Ils ont été publiés en grec pour la première fois par Grabe, Spicilegium sanctorum Patrum , 1714, t.1, p. 95-144; puis par Tischendorf, Acta Apostolorum apocrypha, p. 40-63. M. Wright en a publié une version syriaque, Apocryphal Acts of the Apostles, t. 11, p. 116-145. Ces Acta, soit grecs, soit syriaques, paraissent n'être qu'une édition catholique expurgée des Acta primitifs. Peu de personnages des premiers temps du christianisme ont eu dans l'ancienne Église une renommée comparable à celle de fhècle; elle est tenue pour la première femme martyre, et mise sur le même rang que saint Étienne dès le mr° siècle (ainsi Cyprien d'Antioche, Méthodius, Eusèbe, saint Épiphane, saint Isidore de Péluse, etc.). Au 1ve siècle, on montrait son #mnarlyrium aux portes de Séleucie d’Isaurie, S. Silviæ aquitanæ peregrinalio, édit. Gammurrini, Rome, 1887, p. 73-74, au même titre que l'on montrait celui de saint Thomas à Édesse, ibid., p. 62. C'est ce personnage, dont l'historicité est surtout établie par le fait de l'existence de son tombeau à Séleucie, qui a servi de thème au développement romanesque des Acta Pauli et Theclæ. De ce roman saint Jérôme écrivait en 392, De vwiris ul. 7, t. ΧΧΠῚ, col. 651 : «QIgitur περοδους Pauli et Theclæ et totam baptizati leonis fabulam inter apocryphas scripturas computamus.. Sed et Tertullianus, De Baptismo, 17, vicinus eorum temporum, refert presbyterum quemdam in Asia σπουδαστὴν apostoli Pauli, convictum apud Joannem quod auctor esset libri, et confessum se hoc Pauli amore fecisse, loco excidisse. » Le témoignage de Tertullien atteste l'existence des Acta Pauli et Theclæ à la fin du re siècle, et si l'on se tient à la lettre même de l'affirmation de Tertullien, c'est à l'époque de Trajan (98-117) qu'il faudrait rapporter la composition desdits Acta (ainsi M. Zahn). Il est plus probable que nous avons là une œuvre encratite (plutôt que gnostique), voisine de l’origine ἐπ montanisme : du troisième quart du re siècle environ. — Voir Lipsius, ouvr. cit., t. 1,1, p. 424-467; C. Schlau, Die Acten des Paulus und der Thekla, Leipzig, 1877; A. Rey, Etude sur les Acta Pauli et Theclæ, Paris, 1890.