‹ Dictionnaire de la céramique; faïences--grès--poteriesChapitre 124 sur 200 · TERRE DE LORRAINE · texte numérisé non relu

TERRE DE LORRAINE

sortent de la manufacture de Lunéville.

(Cf. Morey, Les Statuettes dites de terre de Lorraine , in-8°de 36 p., Nancy, 1871.)

On reproduit aujourd’hui, dans certaines fabriques de la Lorraine, les statuettes qui ont fait la réputation des anciennes manufactures, mais elles sortent de moules tellement usés et l’exécution en est si peu soignée qu’il est inutile de mettre les amateurs en garde contre ces imitations que nous devions cependant signaler.

LOUISBOURG (Wurtemberg). Avant l’établissement de la manufacture de porcelaines faite par Ringler en 1753, il aurait existé à Louisbourg (ou Ludwisbur g ) une fabrique de faïences dont Jacquemart a décrit une pièce datée de 1726 et marquée des deux C croisés,, marque adoptée plus tard pour les porcelaines. Nous n’avons jamais rencontré cette marque sur les faïences.

LUNÉVILLE (Meurthe-et-Moselle). La manufacture de Lunéville, établie en 1730 par Jacques Chambrette, fabricant habile et commerçant intelligent et hardi, prit rapidement une importance telle qu’elle paralysa l’importation des faïences étrangères et que, pour répondre aux demandes qui lui arrivaient de tous côtés, Chambrette lut bientôt obligé de fonder deux nouvelles manufactures, l’une à Lunéville même, l’autre dans un village voisin, à Saint-Clément.

Jacques Chambrette mourut en 1758, laissant à son fils, Gabriel

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Chambrette, et à son gendre, Charles Loyal, ses manufactures en pleine prospérité. Le roi Stanislas Leczinski renouvela en leur faveur les privilèges qui avaient été accordés à leur père et les autorisa en outre à donner à la faïencerie de Lunéville le titre de Manufacture Royale. Bientôt cependant, soit qu’ils aient mal dirigé la fabrication, soit qu’ils aient eu à lutter contre la concurrence des manufactures nouvellement établies, leurs affaires devinrent tellement embarrassées que Chambrette fut obligé de se mettre en faillite : son beau-frère prit alors à son compte les trois établissements, mais il se vit à son tour, en 1778, forcé de vendre la manufacture de Lunéville à Sébastien Keller et Guérin, dont les descendants l’exploitent encore actuellement.

Lunéville a fabriqué des faïences en terre de Lorraine et des faïences à émail stannifère, de formes élégantes et variées, décorées au feu de moufle de fleurs imitant le genre de Strasbourg, ou, simplement, de bleu et or. C’est également à la manufacture de Chambrette que l’on doit les grandes pièces représentant des lions plus ou moins héraldiques ou des chiens couchés. La mode était, au siècle dernier, d’en placer deux en regard l’un de l’autre sur le perron ou dans le vestibule des maisons et les chiens, notamment, avaient généralement une mine si peu engageante que cette coutume avait amené le proverbe : Se regarder en chiens de faïence.

Les faïences blanches de Lunéville portent souvent, surtout les statuettes, la marque imprimée en creux :

Terre de Lorraine

a dater de 1788, elles sont marquées :

K & G Lunéville.

LYON (Rhône). D’après les documents publiés par M. Natalis Rondot, plusieurs potiers de terre seraient venus s’établir à Lyon dans la première moitié du xvie siècle, mais on ne sait rien sur leur genre de fabrication et ce n’est qu’à dater de 1 5 5 6 que l’on trouve la preuve certaine de l’existence dans cette ville d’une manufacture de faïences, celle de Sébastien Griffo, de Gênes, dont il est fait mention dans les Actes consulaires de la ville; mais, ici encore, on en est réduit à de simples conjectures et on ne connaît aucun produit qui puisse lui être attribué. A la même époque, du reste, d’autres artistes italiens vinrent à Lyon : d’abord Jean Francesco, de Pesaro, qui s’y livra à la fabrication de la « vaisselle de terre, façon de Venise », puis Julien Gambyn et

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üomenico Tardessir, de Faenza, qui obtinrent d’Henri III des lettres patentes leur permettant d’exercer leur industrie. C’est à eux que l’on attribue un certain nombre de pièces qui se trouvent dans plusieurs Musées et que le regretté M. Darcel a décrites en ces termes :

« Ces pièces montrent tous les caractères de la faïence italienne de la seconde moitié du xvie siècle, mais sont signalées par quelque dureté dans la couleur, par un certain air de parenté dans les têtes, par une certaine recherche du réel dans la peinture des édifices pour celles où il y en a de représentés, et par l’emploi d’un jaune particulier pour enluminer leurs façades; enfin, des inscriptions françaises, tracées au revers en bistre noir, souvent bouillonné au feu, expliquent le sujet représenté. Ce français y est néanmoins italien par la forme, tel que devaient l’écrire des ouvriers étrangers établis depuis quelque temps en France U »

Le Louvre possède huit de ces faïences et le Musée de Sèvres un beau plat représentant la Reine de Saba rendant visite à Salomon, avec cette inscription au revers :

La • ray ne • de Sabat • qui vient a Sallomon au 3 liure

Des Roy s. Chapitre X.

Un autre plat de la collection de M. Gaston Le Breton, de Rouen, représentant Joseph et ses frères, porte l’inscription :

Les frère ’ • de’ Joseph Venus • A luy • en • egipte Au • Genese • xlü

Toutes ces faïences sont certainement l’œuvre de potiers italiens, elles appartiennent par leur genre à la tradition des fabriques d’Urbino et dénotent la seconde moitié du xvie siècle.

Plus tard, jusqu’en 1733, les renseignements font défaut ; les fabriques restèrent cependant en activité, mais il semble qu’elles n’aient produit que des faïences blanches; on trouve pourtant l’inscription suivante sur un grand vase de pharmacie, en pâte grossière, mal émaillée, d’un décor médiocre en bleu sur fond blanc dans le goût italien :

morelan a la croix rousse ij3o

1. Alfred Darcel, Notice des faïences peintes italiennes, hispano-moresques et françaises , 1864, p. 353.

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