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On rencontre parfois des plats ou des assiettes datant de 1750 à peu près, à rehauts de blanc ( bianco sopra bianco ), portant des légendes facétieuses ou patriotiques : « Les hommes de Suède plaisent. » — « A la santé de toutes les jolies hiles. » — « Bonne chance à nos drapeaux », etc.
ROSE (La), enseigne d’une fabrique de faïences fondée à Delft vers 1675 par Arendt Cosijn. (Voir ce nom.) Les produits de cette fabrique justement célèbre sont marqués d'une rose plus ou moins bien faite. Celles qui suivent sont empruntées à l’ouvrage de M. Havard, Histoire de la faïence de Delft , et à deux pièces du Musée de Limoges :
ROUEN (Seine-Inférieure). Rouen occupe à juste titre le premier rang dans l'histoire de l’industrie céramique en France, non seulement par l’importance et le nombre de ses fabriques, mais aussi, et surtout, par la perfection artistique de ses produits. Ce qui fait la supériorité des faïences rouennaises, en dehors de leur fabrication irréprochable, de la beauté de leur émail, de la pureté et de l’intensité de leurs couleurs, notamment du bleu, c’est le grand sentiment décoratif que l’on remarque dans toutes, même les plus ordinaires; c’est ce décor pour ainsi dire architectural qui met chaque motif à sa place juste et qui fait valoir harmonieusement non seulement l’ensemble de la forme, mais encore la plus petite moulure, le relief le moins important.
11 est assez difficile de déterminer d’une façon bien exacte les origines de l'industrie de la faïence à Rouen. Nous savons bien qu’au milieu du xvie siècle un potier ( figulus ), Masseot Abaquesne (voir ce nom), y fabriquait, pour le connétable de Montmorency, des carreaux précieusement conservés aujourd’hui dans nos musées, mais depuis cette époque jusqu’en 1644, c’est-à-dire pendant un siècle, le silence le plus complet se fait et on ne trouve plus dans les archives de la vieille cité normande aucune trace, aucune mention de l’existence ou de l’établissement d’un four de potier.
En 1644, des lettres patentes sont accordées à Nicolas Poirel, sieur
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de Grandval, huissier du cabinet de la reine-régente, Anne d’Autriche, l’autorisant à fabriquer et à vendre la faïence dans toute la province de Normandie pendant une durée de cinquante ans. Gomment Nicolas Poirel profita-t-il de ce privilège et qu’en advint-il ? Là encore on en est réduit aux conjectures. Ce qui est certain, c’est que quelques années plus tard, une manufacture au moins était en activité — le fait est prouvé par plusieurs pièces portant la mention :
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— et que dans un Mémoire sur les Manufactures du Royaume , manuscrit autographe de Colbert, on trouve ce passage qui ne laisse subsister aucun doute : « Protéger et gratifier les faïenciers de Rouen et environs et les faire travailler à l’envy. Leur donner des desseins et les faire travailler pour le Roy. » Quels étaient ces faïenciers que voulait ainsi protéger et gratifier Colbert? On l’ignore. Le Parlement de Rouen avait refusé, à trois reprises différentes, sans doute à cause de sa trop longue durée, d’enregistrer le privilège donné à Nicolas Poirel, qui l’avait cédé à Edme Poterat, sieur de Saint-Etienne, et nous devons attendre jusqu’en 1673 pour voir définitivement accordera Louis Poterat, fils d’Edme, des lettres patentes pour l’établissement d’une fabrique de faïence et porcelaine à Rouen, avec privilège de trente ans. Ce privilège n'était pas encore expiré que plusieurs fabricants étaient établis dans le faubourg de Saint-Sever, sollicitant et obtenant l'autorisation de continuer leurs travaux, malgré les droits exclusifs de Louis Poterat qui demandait, mais inutilement, la démolition des fours de ses concurrents. Le moment, du reste, était favorable à la production de la faïence. La nécessité de subvenir aux dépenses occasionnées par une guerre acharnée au dehors, les inondations de la Loire et, surtout, la disette de 1709 avaient épuisé les finances. On cherchait « à faire argent de tout » et quelques seigneurs, afin de venir en aide au trésor, ayant porté leur argenterie à la Monnaie et l’ayant remplacé par de la faïence, virent bientôt leur exemple suivi de toutes parts L Ce fait est relaté dans un grand nombre de lettres et de Mémoires du temps. C’est d’abord Madame, duchesse d’Orléans, bellesœur de Louis XIV, qui écrit le 8 juin 1709 : « ... La famine est telle que des enfants se sont mangés les uns les autres. Le roi est tellement résolu à continuer la guerre qu’il a, hier, remplacé son service d’or par de la vaisselle de faïence; il a envoyé tous les objets qu’il avait en or à la Monnaie afin de les convertir en louis. » Puis Saint-Simon qui dans ses
r. Le même fait devait se produire cinquante ans plus tard. — Voir Culs-noirs.
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Mémoires (année 1709) dit : « Tout ce qu'il y eut de grand et de considérable se mit en huit jours à la faïence; ils épuisèrent les boutiques et mirent le feu à cette marchandise... Le roi agita de se mettre à la faïence; il envoya sa vaisselle d’or à la Monnaie et M. le duc d’Orléans le peu qu’il en avoit. »
En 1722, on comptait à Rouen onze fabriques importantes occupant plus de deux mille ouvriers, et ces fabriques prirent une si grande extension que le Dictionnaire géographique d’Expilly disait que a les Manufactures de faïences du fauxbourg Saint-Sever à Rouen, àla gauche de la Seine, étaient si considérables, qu’elles pourraient suffire à la fourniture de tout le royaume. » En 1 783, le Mémoire de la Commune de laNormandie , présenté par la Chambre de Commerce à Louis XVI lors de son passage à Rouen, constatait qu’il y avait dans la ville dix-huit faïenciers et que les deux tiers de leurs produits étaient exportés dans les colonies. Malheureusement cet état prospère ne devait plus durer longtemps. D’une part, le traité de commerce conclu avec l’Angleterre en permettant la libre introduction en France de la faïence fine ou terre de pipe et, d’autre part, le développement que prenait chaque jour la fabrication de la porcelaine dont l’emploi devait bientôt se généraliser, eurent pour effet de ruiner à Rouen, comme à Nevers et à Moustiers, cette belle industrie de la faïence française qui avait brillé d’un si vif éclat pendant plus d’un siècle, et bientôt il n’y resta plus que le souvenir de ces manufactures autrefois si vivantes et si actives.
Le décor des faïences de Rouen a beaucoup varié; dans les premiers produits, fort rares, du reste, l’influence nivernaise est tellement visible, les formes et le décor, tout rappelle si bien l’influence des Conrade, qu’il parait de toute évidence que ce sont des ouvriers appelés de Nevers qui ont été les premiers agents de la fabrication rouennaise. Gomme Nevers, Rouen a commencé par fabriquer des plats et des assiettes à large bord et à bassin étroit, dont la forme rappelle celle des drageoirs (tondini) italiens, et qui étaient ornés en camaïeu bleu de motifs détachés, chimères, oiseaux, fleurs, etc., imitant les décors des faïences de Savone ou ceux des porcelaines orientales. Mais cette première période d’imitation dura peu; les artistes rouennais surent s’affranchir bientôt des influences étrangères et créèrent, vers la fin du xvne siècle, les beaux décors dits à lambrequins ou à broderies (pl. 2), si originaux, si vraiment français et dont les motifs alternés étaient empruntés pour la plupart aux étoffes, aux dentelles, à la marqueterie, à la ferronnerie ou aux fleurons et culs-de-lampe des beaux livres de l’époque.
Le décor à lambrequins fut d’abord exécuté très simplement en camaïeu bleu, il se composait le plus souvent de deux motifs alternés, reliés entre eux et répétés de façon à former une bordure sur le marlides’
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plats et des assiettes, ou sur le pourtour des vases, des aiguières, des sucrières à poudre et autres objets de forme symétrique. Ces lambrequins étaient plus ou moins compliqués, mais toujours composés d’après le meme principe, de palmettes, de feuilles et de rinceaux réservés en blanc sur un fond rechampi en bleu.
Le centre des plats et des assiettes était occupé par un fleuron qui a subi un grand nombre de Variations. Dans le principe, il se composait d’un motif assez chargé, un peu lourd, et représentant toujours au milieu de fleurs, de palmettes et de rinceaux se détachant en réserve sur fond bleu, deux animaux fantastiques, quelquefois à tête humaine, affrontés, c’est-à-dire se regardant face à face, une moitié du décor retourné et répété ayant servi à constituer l’autre moitié et à former ainsi tout le fleuron. (PI. 2.) Cette répétition symétrique est, du reste, un des caractères distinctifs du décor bleu rouennais; même dans les motifs qui paraissent le plus compliqués, les éléments constitutifs sont toujours très simples, et l’on est étonné, en les décomposant, de voir avec quelle ingéniosité les faïenciers rouennais les ont disposés et quel parti ils ont su en tirer. Quand les motifs alternés et répétés à intervalles égaux partent du bord de la pièce et convergent vers le centre, ils forment ce que l’on appelle le décor de style rayonnant , mais malgré la richesse apparente de ces beaux décors dont les combinaisons éclatantes et symétriques rappellent les rosaces de nos vieilles cathédrales, le principe reste toujours le même.
Ainsi que nous l'avons dit, ce sont surtout les fleurons qui décorent le centre de leurs plats et de leurs assiettes que les faïenciers rouennais se sont plu à varier; celui que l’on rencontre le plus fréquemment et que toutes les fabriques', même celles qui produisaient les faïences les plus communes, ont employé, qui a subi de nombreuses transformations et que l’on trouve parfois associé à de riches ornements, se compose d’une corbeille remplie de fleurs de convention, toujours disposées d’une façon symétrique. Dans tous ces fleurons, on retrouve les mêmes principes décoratifs, composés de feuilles dentées disposées en rinceaux ou formant culot, et puisés soit dans lys livres de l’époque, soit dans les œuvres de fiérain. Tous ces décors étaient exécutés en camaïeu bleu ou en bleu rehaussé de rouge de fer, avec une grande liberté de pinceau et une hardiesse spirituelle qui donnent un véritable caractère d’art à toutes les faïences rouennaises et qui étaient nécessaires pour corriger la froideur résultant de la disposition symétrique des ornements.
Le décor polychrome commença à être exécuté à Rouen à la fin du xvue siècle; dans le principe il emprunta ses motifs aux éléments qui composaient les lambrequins, mais la disposition en fut variée à l’infini; le décora ferronnerie, dans lequel on retrouve comme une reproduction
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des beaux ouvrages enfer forgé de l’époque, mais dont les spécimens sont assez rares, paraît avoir été la plus ancienne manifestation de l'emploi des couleurs variées sur les faïences rouennaises. Les plus remarquables exemples du décor polychrome de cette première période de la fabrication de Rouen sont les pièces du service commandé par François-Henri de Montmorency, duc de Luxembourg, maréchal de France et gouverneur de Normandie de 1690 à 1695. Le Musée de Gluny possède plusieurs échantillons de ce service qui a été attribué, mais sans preuves positives, à la fabrique de Jean Guillebaud ou Guillibaud auquel on doit, sans aucun doute possible, la création d’un décor bien particulier et qui apparaît un peu plus tard dans l’industrie rouennaise. Ce décor aux couleurs vives et éclatantes, et qui a surtout été appliqué sur des plats et des assiettes, se compose, au centre, de pagodes et de paysages fleuris dans le style pseudo-oriental de l’époque ; il est surtout reconnaissable aux bordures, dont les dessins quadrillés vert et rouge sont coupés par des réserves de bouquets ou de fleurs détachées, du plus gracieux effet.
C’est à ce moment également qu’apparaît le décor à fond jaune ocré sur lequel se détachent en bleu foncé, presque noir, de charmantes arabesques formant des rinceaux élégants et variés, au milieu desquels ressortent, en réserves blanches légèrement modelées en bleu, des figures d’Amours dessinées sans beaucoup d’art, mais pleines d’entrain et de verve. La bordure, du même ton, est ornée de mosaïque quadrillée coupée par des médaillons ovales à rinceaux. (PI. 3.)
Une autre décoration exceptionnelle est celle à fond bleu lapis sur lequel se détachent en blanc fixe et en jaune des fleurs et des insectes de style oriental dessinés d’un trait fortement accentué. (PL 3.) Ce genre est une imitation des décors à fond bleu persan qui avaient acquis une si grande célébrité aux fabriques de Nevers; mais si, dans les faïences de Rouen, le décor est plus correct et mieux dessiné, en revanche le bleu du fond est loin de valoir celui de Nevers comme pureté et comme intensité.
Vers le milieu du xvme siècle, les faïenciers normands s’inspirent, pour décorer leurs œuvres, du genre rocaille si fort à la mode alors. L’application de ce décor dans la céramique rouennaise consiste dans une ornementation à bordure irrégulière et, surtout, dans l’emploi de carquois et de torches enflammées, de trophées d’armes ou d’instruments de musique, d’arcs, de flèches, etc. Le décor dit an carquois peut être considéré comme le type de ce genre. Puis l’ornementation subit enfin une nouvelle et dernière transformation, et l’on voit bientôt apparaître le décor à la Corne (pl. 4), formé par une sorte de corne d’ abondance d’où s’échappent des tiges de fleurs accompagnées d'insectes et de papillons. Ce genre de décoration, que les peintres rouennais ont varié à