GARCIA — GARCILASO DE LA VÊGA
champêtre, pour la contemplation triste et solitaire. Ses poésies ne respirent que tendresses et langueurs amoureuses, paix du village, heures charmantes, écoulées sous les ombrages silencieux et frais. Toutes, elles révèlent la douceur plaintive du caractère le plus tendre ; et cependant lisez sa vie. Il entre de bonne heure dans les armées de Charies-Qtiiot, lait un long séjour en Italie, voyage en Allemagne pour son maître, porte les armes dans la guerre du Milanais en 1511, et assiste à la bataille de Pavie, où l'on remarque la fougu* inqtétueuse de sa valeur. En 1523 il sert dans le corps espagnol qui, joint à l'armée impériale, se distingue par sa bravoure contre les Tares. Charles-Quint jette les yeux sur et vaillant jeune homme, et le décore, A Vienne, de la croix de Saint-Jacques. Bientôt, pour que rien ne manque au roman du poète-soldat, le monarque s'éprend de la nultresse d'un cousin de Garcilaso, on plutôt, selon quelques historiens, le cousin du poète essaye de supplanter le monarque amoureux, offre sa main k la favorite, et parvient à lui plaire. Placé entre son parent et son souverain, Garcilaso embrasse la cause du plus faible, et conspire contre les amours de l'empereur. Charles-Quint l'apprend : on ne pardonne pas les crimes de ce genre. Le cousin est exilé ; Garcilaso est relégué dans une Ile du Danube. Cest Ik, dans cène solitude, qu'il prête pour la première fois l'oreille aux duoces inspirations de la muse. Rien de plus touchant qje u cancione où il déplore son malheur : les charmes de la contrée qu'arrose le divin fleuve (Vanublo, rio divino) le consolent cependant et l'inspirent.
Cet exil n'est pas de longue durée. En 1535 il fait partie de l'expédition que Charles-Quint entreprend contre Tunis; blessé au bras, il vient prendre quelque repos k Napfo et en Sicile. Tous se* loisirs, il les voue k la poésie : l'élude de Pétrarque et de Sannazar charme sa convalescence, et cette année voit éclorc quelques-unes de ses «ouvres le plus justement adimirées. Mais k peine guéri, ce jeune homme, qui vient de maudire en vers harmonieux les travaux et les fatigues de la guerre, ce poète bucolique, dont l'imagination a créé pour son usage une Arcadie romanesque, uoe région de paix éternelle et d'amour sans regrets, ressaisit l'cpéc et l'arquebuse. Dès l'année 1530 on le voit entrer ea France avec l'armée impériale, et commander trente compagnies de fantassins espagnols. La mort l'attendait devant Marseille. Une vieille tour, bâtie par les Maures, celle de Muy, près de Fréjus, arrête longtemps l'armée castillane. Un groupe de paysans provençaux s'y tient enfermé; de là ils inquiètent, par de vives et fréquentes sorties, les trou- [>es impériales. L'empereur donne ordre d'enlever la tour. Garcilaso s'avance la lance au poing : une grêle de pierrei l'accueille ; il peine a-t-il posé le pied sur l'échelle, qu'il tombe en arrière, renversé par un quartier de roche. Blessé aialete, on le transporte k Nice, et vingt-quatre jours après il expire : c'était en novembre 1536. Le poète soldat n'avait que trente- Irois ans. Cette mort glorieuse toucha l'empereur, qui Jugea Garcilaso digue d'une hécatombe sanglante. La tour fui emportée, et vingt-huit paysans, débris d'une garnison de cinquante hommes, furent pendus aux créneaux. Le fils unique de Garcilaso et de dona Hélène de Zuniga, dame arago
naise, qu'il avait épousée k vingt-cinq a tu, suivit la même route héroïque. Il mourut en 1569, comme son père, à la fleur de l'âge, les armes k la main, dans un combat contre les Hollandais.
Garcilaso a fait époque. Il marque une p'.iaac distincte de li littérature espagnole. C'est de lui que datent, k lui que se rap- |K>rtent tous les écrivains souples et savants qui ont cherché le mérite de la forme et greffé l'élégance de Virgileou la grâce harmonieuse de Pétrarque sur la vigoureuse végétation de l'Espagne primitive. Fils de limitation italienne, Garcilaso a civilisé la ferveur sauvage et passionnée de son pays. Le* Italiens furent pour lui ce que les classiques romains et grecs avaient été pour l'Italie moderne. Ce n'est point un réformateur, ainsi que les critiques l'ont appelé, c'est un civilisateur. Pliilarète Ciuslss.