‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 143 sur 614 · S3 GARRICK · texte numérisé non relu

S3 GARRICK

JfilS SB* écritures par un de ses ondes, riche négociant en vins à Lisbonne ; mais fatigué de ce travail , il revint au bout d'une année en Angleterre , et suivit alors dans une école de Lichricld les cours que faisait Samuel Johnson sur les classiques grecs et latins. Il se rendit ensuite avec son professeur à Londres, où il se livra à l'étude du droit , de la logique et des mathématiques. Il ne laissa pourtant pas que d'établir alors avec son frère une maison de commerce de vins, qu'il abandonna bientôt à l'effet de se consacrer à la carrière pour laquelle la nature Pavait fait. Après avoir d'abord joué avec beaucoup de succès, à Ipswich, sous le nom de Lyddat, et avoir ensuite fait partie pendant tout un été d'une troupe de comédiens ambulants, il vint à Londres , où, engagé par Gifford, propriétaire du théâtre de Goodmansfteld , il débuta sur cette scène, au mots de juillet 1741 , dans le rôle de Richard III , et avec tant de succès que bientôt tous les grand* théâtres se trouvèrent vides , tandis que la foule se portait au petit théâtre. Son jeu naturel , et complètement différent delà manière traditionnelle, produisait un effet inexprimable. C'est que depuis longtemps déjà il avait fait une étude spéciale de Shakespare , et que son génie avait reconnu dans les tragédies de ce grand poète les rôles les plus élevés de l'art dramatique. Toutes les sommités littéraires de l'époque joignirent leurs suffrages aux applaudissements du parterre. Pope, alors sur la fin de sa carrière, vint à Londres exprès pour assister à une représentation de Richard III. En 1742Gsrrick joua en Irlande; en 1745, sur le théâtre de Drury-Lanc à Londres, puis encore une fois à Dublin, jusqu'à ce que, en 1747, associé avec Lacy, il acheta un renouvellement de privilège pour Drury-Lane, où Fleetwood venait de faire banqueroute; et il eut la direction de la nouvelle entreprise. Dans la troupe avec laquelle il rouvrit ce théâtre brillaient des talents de premier ordre, tels que Barry , Pritchard et Cibber. C'est alors qu'il commença celte réforme complète du théâtre anglais qui lui fait tant d'honneur. Nourri des préceptes de Johnson, qui lui avait communiqué toute la pureté de son goût, et aidé de ses lumières, il commença par bannir de la scène toutes les pièces licencieuses, et purgea les autres de tous les passages qui pouvaient les déparer. En remettant au répertoire tous les ouvrages de Shakrspéare, mais en ayant soin d'y opérer les changements réclamés par le bon goût, il s'attacha à bannir l'emphase de la tragédie et la boufonnerie de la scène comique. La générosité de ses procédés réveilla l'émulation des auteurs , en même temps que par son exemple , par l'espèce de discipline qu'il réussit à établir parmi ses confrères, la profession de comédien cessa d'être un motif d'exclusion de la

bonne compagnie. Aussi peut-on dire avec vérité que son règne rat la période la plus brillante du théâtre anglais. Après trente-cinq années de glorieux travaux , il prit enfin sa retraite, aux grands regrets de tout le public. Ce fut le 10 août 1776 qu'il parut pour la dernière fois sur les planches ; et il se retira alors dans la charmante campagne qu'il possédait aux environs de Londres; mais il y mourut, le 20 janvier 1779, en proie aux tortures de la pierre. Son corps fut enseveli dans l'église de Westminster, au pied du monument qu'on y a érigé à la mémoire de Shakespeare. Sa fortune considérable, fruit de ses talents et d'un esprit d'économie qu'il finit par pousser jusqu'à l'avarice, passa partie à sa veuve et partie à ses parents.

Garrick était petit de taille, mais bien fait et bien pris de toute sa personne; il avait des yeux noirs et vifs, une voix pure et mélodieuse. I .a facilité avec laquelle son visage revêtait alternativement l'expression forte et vraie des passions les plus diverses et des caractères les plus opposés était prodigieuse : tour à tour il savait lui donner l'expression de te majesté royale , de la magnanimité, de l'amour, de la jeun<*se, de la vieillesse, de la gaieté, du désespoir et de la folie. Le malheur d'un de ses amis, dont la mort déplorable d'une fille chérie avait altéré la raison , loi procura l'oo

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