GASCONISME
avant la révolution partie do gouvernement de Guim», Elle forme aujourd'hui le département des Hautes-P y renées, du Gers et des Land es. Dans les limites que nms lui avons données, ce pays pouvait avoir 144 kilomètres de long, sur MO de large. On y distinguait principalement les trois provinces basques françaises , le Laboorri, capitale Bayonne ; la basse Navarre , capitales Saint-Palai» et Saint- Jean-Pied -de- Port; la Soûle, capitale Mauléon; nui» les pays proprement gascons ou aquitains: la Chatoe, capitale Saint-Séver; le Condomo i s, capitale Ctmdom; l'Ar magnac, capitale Auch; le Bigorre, capitale Tirbes; le Comminge, capitale Saint- Bertrand, et kaCoostrans,capitale Saint-Licier. On sait sous quels traits sont représentée* en général ces denx raoes bien distinctes delà population française méridionale, qui emprunte son nom a la province {voyez Gascon, Gàtoomuos). P. -A. Dcm
GASCON, GASCONN ADE. La tradition et le* prowrbes populaires, qui sont, dit-on, la sagesse des nations, ont assigné quelques bonnes et mauvaises qualités pour caractère distinctif anx habitants de chacune de nosffldennes provinces. Ils ont fait do Gascon le type du h sbleor vaniteux, et du mot gasconnade le synonyme de menton»*, mais de mensonge ingénieux, toujours empreint d'imagination et de poésie. A ce compte on ne voit pas que le lot du Gascon soit le plus mauvais. Au surptas, si les Gascons, que Moréri dit être en général gens d'esprit, adroits, bons soldats, patients et courageux, pèchent parfois contre la modestie , presque toujours ils emploient i commettre ce péché nn tact, une finesse, qui le leur fait aisément pardonner. Sous Louis XV, le médecin Sylraetait très-consldéré à la cour. Un jour, le roi se moquant de» Gascons, l'Esculapeprit leur défense avec chaleur. « Mais vous ne m'aviez pas dit que vous étiez de Bordeaux, objecta k monarque au docteur. — Sire, répliqua ce dernier, Je n'ainy pas à me vanter. * Tous nos Ana sont remplis de leur» vives et piquante* saillies et de leurs vanteries originales Que de fois n'a-t-on pas cité, entre autres, la réponse de cet enfant de la Garonne à un Parisien qui lut demandait comment Il trouvait le Louvre : • Sandis ! cela n'est point nul : c'est presque aussi beau que le derrière des écuries de feu mon père. • Mais j'aime encore mieux, en fait de gasconnade, le mot de cet autre naturel du pays, a qui Pon disait : « Voilà deux hommes qui ont bien de l'esprit. — Cadédis! vont «a étonnez-vous? Punest de Gascogne et l'autre mérite d'à être. » Le fait est que sur ce point la vanité gasconne a bien quelque fondement. Montaigne et Montesquieu seraient déjà pour eTIe d'assez belles autorités. L'accent gascon est un de ceux qui se reconnaissent le plus aisément et qui se perdent le plus difficilement. Sous Henri IV, par imitation ou par courtisanerie, toute la cour gosconnatt, et Malherbe s'était , disail-il , imposé la tache de la dégtacanner . On sait le mot du même prince a l'un de ses jardiniers, qui se plaignait d'un terrain où rien ne pouvait venir à bien : » Sèmes y des Gascons, ils prennent partout. - La révolution de 1789 a fourni à cette assertion de nombreuses pièces Justificatives. Les talents oratoires des Girondins ont immortalisé leur nom. Sons la Restauration, les premières places de l'État devinrent le partage d'autres Gascons, tels queLainé, Peyronnet.Martignac.etc.
Onuu.
GASCONISME. Le gasconisme est quelquefois un » lécisme, souvent un idiotisme , et presque toujours un barbarisme, ou un root auquel on donne une acception inusitée, l'a Toulousain, Desgrouais, fatigué d'entendre ses compatriotes attenter continuellement à la pureté delà langue, a prit à recueillir toutes leurs manières vicieuse* de s'exprimer. Ses laborieuses élucubrations donnèrent naissance à ua gros dictionnaire in-lî, intitulé Les Gasconismes corrigés, et qui a eu trois éditions. Une personne fort lettrée dit a quelqu'un, À Toulouse: « Le principal de votre colU^e donnede rair à M. l'archevêque. » Elle voulait dire qu'il lui ressemblait. Les députés des états de Languedoc étant k Versatile*,
mCiwon dr» cortège trébucha et tomba. Comme on lui demandait s'il ne s'était point fait mal, il répondit gaiement , en se relevant : Au contraire. Cette réponse fil beaucoup rire ta cour. Les uns disaient que c'était une gasconnade, les autres un gaseonisme : c'était l'un et l'autre. En Gascogne, on curé dira qu'il a épousé mademoiselle une telle , pour dire qu'il l'a mariée. Nous n'en finirions pas si nous solfions ce bon Desgrouais dans sa croisade contre le fnsconisme ; mais 0 a en beau faire , le gaseonisme est reste sur pied comme un fruit du pays.
GASPARD. FoyesC»ATE», Hauser, Dighet, etc.
GASPARIN (TnoB»s-Ai:cirrns de), général de brigade et membre de la Convention nationale, né à Orange, en 17 SA, d'une branche cadette d'une famille noble corse, celle des Gaspardi, branche devenue protestante par cuite du marias»- d'un de ses membres avec l'une des filles du célèbre agronome Olivier de Serre s, était capitaine au régiment de Picardie en 1789, lorsque éclata la Révolution, dont il embrassa le^ doctrines avec enthousiasme. Élu membre de l'Assemblée, ou il rendît de grands services comme membre du comité militaire, il lut encore chargé par les citoyens du ■••-portement «les Bouches-du-Rhone de les représenter à la Convention, oh , dans le procès de Louis XVI, il vota ta mort sans sursis. Envoyé à quelque temps de la en mission à Tannée du nord , H s'y trouvait lorsque Dumouriez passa a rennemi aTec le jeune duc de Chartres, fils tfÊgallté, et il prit inimédiatement toutes les mesures que réclamait la gravit* des circonstances. De la il fut successivement envoyé en mission en Vendée, à l'armée des Alpes et a Marseille , d'où il se rendit à Toulon. Sa présence au célèbre siège de cette rifle, et la part importante qu'il prit à la direction des opérabons qui curent pour résultat de la reprendre sur les Anglais, sont incontestablement la partie la plus saillante de sa vie. Cest alors en effet que, devinant l'homme supérieur dans nn jeune lieutenant -colonel d'artillerie, récemment arrivé de Pans pour prendre le commandement de l'artillerie devant la place assiégée, il aplanit toutes les difficultés et tons les obstacles que la routine et l'Ignorance opposaient à ses plans tmdts , complètement différents de ceux qui avaient été précédemment arrêtés par le comité de salut public. La prise de Toulon fut le résultat de la noble et intelligente confiance qu'il eut dans le génie encore inconnu de Bon* • parte ; et celui-ci n'oublia non plus jamais que c'était à Gasparin qu'il était redevable du commencement de sa haute fortune. Gasparin d'ailleurs n'avait pas eu la satisfaction »ra«#ster an triomphe de son jeune protégé. Atteint d'une fluxion de poitrine avant la fin même du siège, on dut le ramener a Orange, où il mourut sans avoir pu apprendre que Toulon eut été évacué par l'armée anglaise. A Sainte- Hélène, Napoléon légua une somme de cent mille francs atii héritiers du représentant Gasparin, qui, dit-il dans son 'rstament, - l'avait mis , par sa protection, à l'abri des persécutions de l'ignorance des états-majors qui commandaient l'armée de Toulon avant l'arrivée de Dugo ramier.
GASPARIN (Anwtnv-ÉTirvTC-PiEimE, comte de), fils du précédent, ex-pair de France, membre PAeadémic des Sciences, etc., est né à Orange, en 178», et embrassa d'abord la carrière militaire. Attaché à Tétat major de Murât, grand-duc de Berç, dans la campagne de Pologne (1906), une infirmité, contractée au service, le força de renoncer à l'avenir brillant qui s'ouvrait devant lui. Retiré alors dans le sein de sa famille, il se livra à Pétude des sciences naturelles, et de nomiwnix mémoires, aoresses a i Ac-anemie oes sciences, lui assitr*rent un rang distingué parmi les savants contemporains. l.'mis-Phiiippe lui ouvrit la carrière administrative en le nommant préfet, d'abord à Montbrison, puis à Grenoble (1830) et à Lyon ( 1833), à la suite de la seconde insurrection qui avait éclaté dans cette ville. Les services qu'il rendit dans ces circonstances au gouvernement royal et a la cause de l'ordre public furent récompensés l'année suivante par la pairie. Ea 1835 il fut appelé à remplir les fonctions de sous-
— GASSENDI us
secrétaire d'Etat de Plntérieur, au moment où se constitua le cabinet présidé par M. de Broglie ; et lors de la formation du ministère du 6 septembre 1830, il accepta le portefeuille de l'intérieur. L'avéncment du ministère Mnlé le fit rentrer dan.} la vie privée, qu'il ne quitta qu'en 1839 pour remplir par intérim les fonctions de ministre de l'agriculture et du commerce. Rendu définitivement à l'étude par la création du ministère du 1" mars 1840, il reprit alors ses travaux scientifiques, et parmi les ouvrages dont on lui est redevable, nons .nous contenterons de citer son excellent Cours d'Agriculture pratique (Paris, 1845).
GASPARIN (Acenor de), fils du précédent, né en 1810, se lit remarquer dans les dernières années du règne de Louis- Philippe, par l'ardeur de son zèle a soutenir de sa parole a la tribune et de sa plume dans des brochures et des revues la politique dite conservatrice, dont il ne lui est au reste jamais arrivé de nous donner une idée parfaitement nette et claire, en même temps que par la ferveur toute particulière de son protestantisme. En toutes occasions , il s'est posé le champion des droits de ses coréligionnaires ; c'est ainsi qu'on l'a vu, en 1853, s'associer aux efforts d'un comité anglo-français pour obtenir du grand-duc de Toscane la grâce des époux Madiai, condamnés à mort pour avoir abandonné le giron de l'Eglise catlvotiquc et avoir essayé de faire des recrues aux doctrines du protestantisme. M. Agénor de Gasparin a certes été inoins heureusement inspiré quand il s'est mêlé de prendre la défense destables tournantes, en y rattachant des idées mystiques qui semblent étranges, pour ne rien dire de plus, sous la plume d'un homme ayant la prétention de représenter le progrès, la reforme, en matières de fol. Sa femme, M"" la comtesse Agénor de Casparis, brille anssi parmi les orthodoxes les plus ferventes de la communion réformée; bas-bleu puritain, il lui arrive même parfois de se sentir prise d'une pieuse indignation k la vue de la froideur et de l'indifférence des chrétiens, d'aujourd'hui ; et alors, de sa main gantée et musquée, elle leur lance k la tête quelque bon in-8* où elle les traite de Turcs à Maure, sans se laisser aller, en les flagellant de son mieux, au moindre regret qui ressemble à ce qu'on appellerait vulgai rement dans notre camp de la charité. Les tendances mystiques de certaines associations protestantes et les tendances socialistes de quelques antres n'ont pas non plus d'adversaire plus décidé que M"* la comtesse. En la lisant, on sent qu'elle aussi, le cas écliéant, elle n'hésiterait pas à prononcer contre les délinquants la mort sanx sursis.
GASSENDI ( Pierre GASSEND , plus connu sous le nom de) , naquit le 22 janvier ISN2, a Chantersicr, près de Digne. La puissance du génie que la nature avait déposé en lui comme un germe fécond ne tarda point à se développer. Enfant encore, on le vit se lever pendant les nuits pour épier le cours des astres et méditer l'ordre des cieux. Disposé a l'éloquence comme à l'astronomie, on te vit prêcher de petits sermons, quitter son lit pour aller, à la lueur de la lampe de l'église, étudier seul les leçons que lui donnait le curé de son village. Souvent il ne prenait pas quatre heures de repos. Tant de persévérance et d'ardeur, tant de dispositions extraordinaires devaient amener des résultats extraordinaires aussi. En effet, quand l'évéque de Digne, Antoine de Boulogne, vint à Chantersier, le jeune Gassendi , qui n'avait que dis ans, le harangua en latin avec tant île gr.ice et de vivacité, que le prélat, surpris, s'écria : « Cet enfant sera un jour la merveille de son siècle ! » Gassendi, noble disciple de Bacon, devait réhabiliter la morale des anciens , si injustement attaquée et méconnue ; il devait amener en France une philosophie dont on a, sans raison, attribué la création à Locke et à Condillac. Ses parents, bons et honnêtes paysans de la Provence , charmés de voir tant d'espérances rayonner sur la tête de leur fils, l'envoyèrent au collège de Digne faire ses humanités. Ses progrès furent si remarquables, qu'on ne l'appelait que le petit docteur ; il composa à cette époque des espèces de comédies, mêlées de prose et de vers, que les jeunes écoliers ré
156 GASSENDI citaient au carnaval citez les principaux habitants de la ville.
Cependant Gassendi avait terminé sa philosophie, et il était retourné citez ses parents sans avoir rien décidé sur son avenir. Cette incertitude ne fut pas de longue durée. La chaire de rhétorique de Digne était mise au concours; Gassendi prend part à la lutte, triomphe, et bientôt il est proclamé professeur dans ce collège, où quelques mois auparavant il était encore élève. Il n'avait que seize ans. Ce.fut au grand regret de la ville qu'un an après il quitta sa place pour aller à Ais étudier la théologie. Cinq ans d'un travail assidu lui permirent d'apprendre l'hébreu, le grec/ct de commenter l'Ecriture Sainte. Son éloquence dans la chaire lui fit obtenir alors la/ héologalc de Forcalquier. Mais comme sa prébende n'était pas suffisante , le parlement lui accorda 400 livres pour son entretien. Peu de temps après, il occupa la même place à Digne, ce qui le contraignit à prendre, en 1614, le bonnet de docteur dans l'université d'Avignon, t'n concours s'étant ouvert deux ans après pour les cliaires de philosophie et de théologie, Gassendi les obtint toutes deux ; U joignit au succès la générosité, et céda bientôt la ciiaire de théologie à son ancien professeur. Les arguties, les misérables subtilités de l'école, offraient trop d'antipathie à l'esprit élevé, à 1a puissante raison de Gassendi; cependant il reçut les ordres en 1617. Dans ce siècle, l'état ecclésiastique était presque le seul qui convenait à l'homme de mérite sans fortune; il lui servait d'arbre contre la persécution, et donnait du poids à sa parole. Son géoic l'élcva au-dessus de la profession, et la philosophie rendit te prêtre vertueux. Érudit plein de goût, penseur profond., Gassendi appela] le premier l'attention des savants sur le système corpusculaire, redevenu l'une des bases de la physique moderne. Nourri de la morale des sages de l'antiquité, il la mit à la portée de ses contemporains, et la fit sucer comme un lait salutaire à l'élite de la société, qui essayait alors de se débarasser des langes de son enfance gothique. Gassendi s'était surtout livré à l'étude du système d' É p i c u r e, dont il réhabilita la morale. Il aimait la poésie, et l'interprète du philosophe athénien, le plus hardi, le sublime des poètes, Lucrèce, devint son auteur de prédilection.
Selon l'avis de ses amis Peyresse el Gautier, le jeune professeur, renonçant à sa chaire en 1622, voulut se retirer à Digne, pour desservir son bénéfice. Mais un procès qu'eut alors à soutenir son chapitre le força de fixer pendant quelque temps son séjour à Grenoble. Cest la qu'il publia les ExercitatUmes advenus Aristotelem, ouvrage hardi, écrit d'un style vif et mordant, qui remua le monde savant et annonça à la France un profond penseur et un grand philosophe. Ce début indiquait une noble ardeur pour la recherche de la vérité ; et on lisait dans la préface ces lignes, admirables, toutes empreintes de conviction et de candeur philosophique : • Je prends Dieu à témoin que j'ai un grand zèle pour découvrir la vérité. Eh , comment ne désirerais-je pas la connaître, moi qui suis dans la joie de mon cœor lorsque je trouve quelque chose de vrai ! » Aussitôt que son livre parut (1674), Gassendi quitte Grenoble pour Paris. On croit que ce fut à l'occasion de la prévôté de Digne, que le chapitre lui avait conférée en son absence, et que lui disputait Biaise Ausset. Après un séjour de quelques mois a Paris, il revint à Digne, puis retourna encore à Paris, visita les Pays- Bas, la Hollande, et se lia avec une foule de savants. La grande admiration de Gassendi pour Galilée établit bientôt entre eux une correspondance active , qu'on aime à relire ; mais son amitié avec Descartes dura peu. Le philosophe épicurien attaqua, il est vrai, te premier, l'auteur du Discours sur la méthode; mais Descartes, oubliant toutes les convenances, jeta du haut de son orgueilleux dédain les premières injures à son adversaire. Il s'ensuivit une longue polémique, qui donna à la France et au inonde savant te plus affligent spectacle. Heureusement le cardinal d'Estrécs parvint a les réconcilier.