‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 160 sur 614 · GAUCHOS · texte numérisé non relu

GAUCHOS

activité, ses répugnances pour la vie sociale, son Insouciante ignorance, sa taille presque titanique et la maigreur de ses formes, qui font de lui, comme du lion, un être tout force et tout muscles, lui donnent une physionomie des plus originales, qui tient au merveilleux par plus d'un point. Cette misérable hutte où il s'abrite, et qui élève son large cône dans l'immensité de la solitude , est nne construction facile en tous lieux. Pourvu qu'il ait un cheval, un lasso et une Ma, le gaucho saura toujours bien se procurer d'autres chevaux et s'approvisionner de bétail a demi sauvage, qui servira à sa subsistance. Ce lasso est un Lacet formé d'une bande de cuir très-fort et présentant à nne de ses extrémités un nœud coulant. Du haut de son cheval , le gaucho le lancera avec tant d'adresse autour du cou, des cornes ou des jambes de l'animal, qu'il ne manquera presque jamais son coup. La bête enlacée essayera de fuir; mais arrêtée dans son élan par la courroie, dont le bout est solidement fixé a la selle du chasseur, elle s'abattra et roulera a terre. La bola , comme son nom P indique assez, est la boule attacliée à l'autre extrémité , et qui sert de contre-poids.

La chasse du gaucho a-t-eue été longtemps heureuse, et se «sent-il assez riche pour tenter les chances du commerce, il se rend bien vite à San-Miguel de Tucuman. Cette ville est le rendez- vous des gauchos que le sort favorise. Mais une fois la vente achevée, la centaure s'évanouit, et le joueur passionné lui succède pour demander aux cartes de poignantes émotions. Alors se déroulent invariablement les péripéties du drame d'un jeu effréné, tandis que l'enivrant kawa coule à flots incessants dans d'avides gobelets de corne, et que le plus souvent le sang de l'une des parties ruisselle, pour couronner dignement ces orgies de sauvages. Comme dès sa plus tendre enfance la nourriture du gaucho se compose presque exclusivement de viande, comme les pampas sont presque partout imprégnées de sel, le gaucho a bientôt fourni aux premiers besoins de son existence, même dans les endroits les plus déserts, si jamais il lui arrive d'être banni et poursuivi.

Familier dès ses premières années avec tout ce qui a trait aux chevaux, à leurs mœurs et à leurs allures, dès lors cavalier par excellence, on peut direqu'îl passe sa vie entière à cheval. C'est à cheval qu'il va chercher l'eau, le mais, le manioc, le tabac et ses autres provisions; c'est le seul mode de locomotion qu'il connaisse. S'agit-il d'aller à la messe, c'est a cheval qu'il se rendra à l'église. Mais il s'arrêtera religieusement à la porte du temple chrétien, et là, immobile sur sa selle, il prierajusqu'àce que l'ire missaest lui permette de reprendre son éternel galop, qu'il ne modérera vers la fin de la journée que pour considérer encore, du haut de sa selle, les dan ses lascives dont sont le théâtre les sales stations de postes se succédant le long des grandes routesdu commerce qui traversent les pampas. Femmes et enfants sont habitués à partager avec les hommes la plupart des plaisirs et des peines de cette vie. 11 est rare de rencontrer des gauchos sachant lire ; et écrire est pour eux le comble de la science. On peut dire qu'ils ne sont catholiques que de forme, puisqu'ils n'ont pas la moindre idée de ce que peut être une doctrine religieuse, et qu'une foule de superstitions empruntées aux Indiens ont cours parmi eux. Cela ne les empêche pas d'attacher un prix infini à la sépulture ecclésiastique; aussi en temps de paix ont- ils l'habitude de transporter leurs morts de distances très -éloignées jusqu'à la demeure d'un prêtre.

Gai, jovial, bienveillant et hospitalier, le gaucho, lorsqu'on l'irrite, est capable des plus affreuses atrocités; et il poursuivra avec la sagacité et la patience de l'Indien un ennemi dont le sang seul peut assouvir sa vengeance. Les uns sont propriétaires de petits troupeaux ; les aubes se mettent en service dans de grandes métairies comprenant souvent une superficie da six à huit kilomètres. Endurcis par ce genre de vie, incapables de rester un instant en repos, ils sont toujours prêts à s'attacher au premier parti politique venu et à entreprendre à son profit et au leur quelque tenlative de brigandage. La guerre civile qui

Page 1