GÉNIE — GÉNIE MARITIME
pcare vienne a s'emparer précisément des mêmes matériau* ; en se servant d'un travail absolument identique à ses contemporains, i! accomplit tout autre chose. Leur œuvre était à leur siècle , et «on œuvre n'est qu'à lui; H a puisé tout les éléments qu'il emploie chez le peuple, qui est le premier des hommes de génie ; mais ces matériaux deviennent sa propriété. Il a si bien l'air de ne faire que tout ce que le monde fait, que ses contemporains ne s'aperçoivent pas qu'il est un grand homme. Hichesse de poésie méridionale , imitée de l'Italie ; traditions septentrionales , que le peuple a conservée* ; mouvements passionnés, empruntés aux contes italiens ; analyse des caractères, qui a toujours fait tes délices de l'intelligence britannique ; caricature populaire , transformée en admirables portraits : tout cela se trouve réuni et concentré dans l'œuvre shakspearienne. C'est cette même fusion de ce qu'il y a de plus grand et de plus fort dans les éléments contemporains qui distingue spécialement Dante , le représentant de l'Italie républicaine et catholique au moyen âge ; Corneille, qui a donné une voix si grandiose à la France es(>agnole du dix -septième siècle ; Rousseau , le précurseur de la révolte du dix-huitième siècle ; Racine , qui représente la perfection de la littérature et de l'art composites que la France emprunta à la civilisation grecque et à la fol catholique; Gœthe, qui concentra dans ses œuvres toute l'intelligence poétique de l'Allemagne ; Walter Scott, qui satisfit les goflts bizarres d'une époque fatiguée, en lui donnant de l'histoire dans le roman , et du roman dans l'histoire. Toutefois, deux remarques importantes restent à faire : c'est que l'homme de génie inspiré par [les passions de la masse, par ses souvenirs, ses études, surtout par ses désirs, qu'il devine , ne marche jamais servilement à sa suite, et n'est point son flatteur ; il le guide, comme Moïse, vers le pays inconnu que son âme espère. Philarète Cuasles.
GÉNIE {Art militaire), mot qui a succédé aux anciens termes engigneie, enginerie (-construction des engins, art de s'en servir, lieu de leur fabrication); mais s'il les a remplacés, ce n'est pas directement; le terme ingénieur a été leur intermédiaire. Ce qu'au moyen Age l'italien appelait ingegno se rendait eu français par engin. Les angigmors, les ingignours , mots qui, ainsi que quantité d'autres, représentaient Yingegniere des Italiens, indiquaient un directeur des machines. Quant aux constructeurs de forteresses, ils s'appelaient positivement architectes , car c'est aux usages militaires que les usages civils ont emprunté le mot architecte. Depuis la grande révolution de l'architecture militaire, la construction des villes tortillées , les travaux de siège , les fortifications de campagne, ont regardé exclusivement les ingénieurs. Ceux-ci , pour se distinguer des ingénieurs civils, ont voulu s'appeler officiers du génie : le ministère y a donné les mains, en se laissant Kuider, comme il l'a fait en tout ce qui intéresse la langue militaire. L'esprit d'abréviation a appelé génie l'ensemble des ingénieurs : telle est la filiation qui a francisé le mot génie militaire, vieux à peine d'un siècle. Le génie est un de ces termes de difficile traduction , qui nécessite cette question préalable : de quel génie voulez-vous parler? car il se prend tantôt comme une branche de science et d'art, tantôt comme un personnel d'armée. Dans le premier cas, il a été appelé par quelques écrivains modernes hercotectonique ; il a été regardé par d'autres comme une partie de la science qu'ils ont dénommée areotectonique. Le mot génie, considéré comme une partie du personnel des armées est synonyme de corps du génie : c'est à cette dernière acception que répondent les observations qui vont suivre.
L«s opérations actuelles du génie ont regardé jadis le grand-maître des arbalétriers ; à des époques plus rapprochées, elles ont concerné les maîtres et le grand-maître de l'artillerie : ce grand-maître décidait, en temps de guerre, des travaux de fortification à exécuter , ordonnait les ponts de campagne à établir. Henri IV n'avait point de corps du génie, mais Sully sentit la nécessité de cette Institution;
f il encouragea des officiers d'infanterie a se livrer à des fonctions d'ingénieurs militaires, et U appela à ce genre de service des Italiens. Louvois et Colbert cessèrent d'avoir recours au savoir des étrangers; Vauban fut le fondateur du corps des ingénieurs civils et militaires. Ce corps prit naissance en 1668, et eut pour chefs des directeurs : la séparation de la branche civile et de la branche militaire s'opéra en 17&0, peu après l'établissement de l'École de Mézièrcs. On peut regarder cette époque comme celle de la naissance d'une arme qui, par conséquent, n'est vieille que d'un peu plus d'un siècle. Jusque U le mot génie, employé dans le sens actuel , n'était pas encore pratiqué. De 1755 à 1758 l'artillerie et le génie furent fondus en un seul corps , qui se partagea de nouveau sous le ministère du comte de Belle-lsle. Le génie eut alors dans ses attributions les fortifications, la castramétation et les mines. Mais au commencement de la guerre de 1a révolution , cette dernière branche passa dans le service de l'artillerie, et maintenant la castramétation semble plutôt ressortir du corps d'état-major que de celui du génie ; mais A cet égard la loi se tait, et là science du campement est si peu avancée que |iersonne ne s'en dispute les soins et les travaux. Le génie a fait longtemps les fonctions du corps de l'é lat-major. lia été, suivant les temps, ou séparé du corps des ingénieurs- géographes , ou fondu avec ce corps. Long-temps formé d'un simple cadre, U est devenu une arme qui a son état-major général , son comité , ses généraux, ses régiments, son arsenal, ses écoles, son train. Cette troupe, qui en 1666 ne comptait que 55 individus, était le 10 brumaire an iv de 90,172 hommes, et en 1854 de 8,200. Les avantages, les privilèges dont elle jouissait n'ont pas été sans éveiller quelque envie : elle a concouru à enlever à l'inianterie la fleur de la conscription ; ses ofuciers ont joui d'avantages marqués pour l'obtention de la retraite; et , par une anomalie que rien m justifie , pour eux la classe est un grade. G*1 Buuh».
GÉNIE (Ecole d'Application du). Voua Ai-pucatkm (Écoles d').
GÉNIE MARITIME. La dénomination même de ce corps indique suffisamment sa sphère d'action. La construction de nos vaisseaux de guerre et tous les détails qui se rattachent directement ou indirectement à cette importante partie du service de nos ports rentrent dans ses attributions. Avant les dernières années du règne de Louis XV, nos bâtiments de guerre étaient ou achetés en Hollande , ou construits dans nos ports par des maîtres charpentiers, venus pour la plupart d'Amsterdam , et dont une ordonnance, à la date de 1689, réglait le service et les émolument*. Les progrès de l'architecture navale ayant fait reconnaître la nécessité d'exiger de la part de ces constructeurs de* connaissances plus étendues , une ordonnance de Louis XV, en date du 76 mars 1765, accorda le titre à' ingénieur ans maîtres charpentiers-constructeurs les plus instruits. Un ingénieur en chef , avec deux ou trois ingénieurs ordinaires , quatre ou six sous-ingénieurs et quelques élèves sous ses ordres, était établi à Brest, à Toulon et à Rocbefort; et des ingénieurs constructeurs ordinaires étaient détachés dans nos autres ports, comme Lorieot, Nantes, Rayonne, Marseille, etc. , pour y diriger les travaux de construction. Les places d'ingénieurs en chef se donnaient aux plus capables, sans égard aux droits rte l'ancienneté. Les sousingénieurs concouraient pour les places d'ingénieurs ordinaires ; et les places qu'Us laissaient vacantes appartenaient aux plus anciens élèves. On recrutait ceux-ci parmi des jeunes gens de seize a vingt ans, sortis avec honneur d'unexamen spécial subi après deux années de travail sur les chantiers. Une fois admis, les élèves étaient tenus d'étudier l'arithmétique, la géométrie, l'hydraulique, l'algèbre, l'application de l'algèbre à la géométrie, et étaient classés suivant leur mérite.
Celte organisation du génie maritime dura à peu près intacte jusqu'en 178», sauf des modilications diverse* opé-