GENGA
( .FAT. A (Aiwnuut dblla). Voye* Léon XII.
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GÉNIE) l'un de» mois dont l'acception est la plus vague et l 'usage le plus étendu dans les idiomes modernes. On le retrouve sous la même forme, et changeant seulement de désinence, chez tous les peuples de l'Europe. Malgré son origine romaine, il a pénétré parmi les races teu toniques. Les Allemands, dont le dictionnaire renferme assez peu d'emprunts faits a l'idiome latin, lui ont donné droit de bourgeoisie ; les Anglais s'en servent fréquemment; les Italiens lui ont conservé sa signification primitive et romaine En France, il s'est paré d'un éclat nouveau, d'un sens presque merveillent. Rien de plus incomplet que le dictionnaire qui semble le plus complet ; rien de moins exact que l'exactitude des lexiques; jamais ils ne rendent les nuances presque infinies que les diverses races prélent a la même parole ; ce sont les mêmes sons, mais non plus le même sens. On se trompe si l'on croit avoir exprimé la même idée en se servant des mots genius (latin), geniu (italien) , grima (anglais), genius (allemand), et génie (français).
Pour les anciens Romains (et il est difficile de rem un 1er plus haut), le mot géme se confondait avec les idées théogoniques qui présidaient à toute la religion de l'ancien monde. Le gemus était l'esprit élémentaire qui avait présidé a la création, qui avait concouru à enfanter l'univers, et qui,
rôle invisible et puissant dans le drame du monde. Parmi ces forces élémentaires et créatrice*, il y en avait dont l'existence s'associait à celle des fleuves, des ruisseaux , des montagnes ; d'autres, qui protégeaient la fondation des empires ; d'autres, enfin, qui couvraient de leurs ailes divines la destinée de chaque homme , depuis son berceau jusqu'à sa mort. A l'idée de création s'associait l'idée de protection et d'inspiration pour les faibles mortels. Ce génie , l'auge gardien du paganisme, formait la pensée de son protégé, enfantait, pour ainsi dire , son àute ( giguebal). Ainsi, toute» les inspirations philosophiques de Socratc étaient dues à son génie; le génie du second Brutns lui apparut la veille de sa mort et de sa défaite. Le génie était associé au caractère, aux penchants bons ou mauvais , aux désirs et aux passions ; c'était une espèce de second instinct. On disait d'un homme qui se livrait à ses penchants , et qui , loin du bruit des affaires et des sévérités de la discipline, choisissait pour délassements la citasse, la pêche, ou la culture des arts : Cet homme cède à son génie (genio indulgct). Tel est encore l'acception que le même mot a conservée chez les Italiens : donna di gento wlubUc signifie : femme aux pencfiauts CtprieiêUM, à l'dme et à la pensée mobiles.
Les Français, beaucoup plus éloignés des Latins que les Italiens, iils du Latium, n'ont conservé qu'une partie de cette acception. A leurs yeux , le génie a été spécialement élémentaire et créateur : il a représenté la force intelteclucllequi enfante, dirige, organise. Les Français, amoureux du succès, M attribuant toujours la supériorité, ont reconnu chez le conquérant, le législateur, le grand poète, les attributs du génie. Toute espèce de puissance intellectuelle, accomplissant de grandes œavrea a été désignée par le mot génie. 11 a été l'auréole divine parmi les hommes : il a séparé les intelligences supérieures de la loule des mortels. 11 a indiqué l'enfantement, la création, l'instinct presque céleste confié à la pen- - v humaine. Pendant que le christianisme triomphant rejetait dans l'ombre et dans l'oubli l'être surnaturel et protecteur que Socrate avait adoré , l'inspiration de toutes 1» prande* choses était attribuée à ce mot vague génie; et l'extrême indécision de cette parole on augmentait le prestige. Charlemagne, qui reconstruit l'Europe; Napoléon, qui la bouleverse; Corneille le trafique, Bos- MM| , l'orateur chrétien, sont dos hommes de génie, au même titre et au même niveau. La nation française, peuple d'action, et qui va toujours au fait, veut que le génie fasse «es preuves, et qu'd se consacre lui-même par des actes
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visibles: Une reconnaît guère les génies ioconaos; il s'attache moins à la puissance même que Dieu a confiée a l'homme, « sa valeur intrinsèque et réelle, qu'aux résultats obtenus par celte puissance. Au contraire, parmi les peuples du Nord, le génie est considéré en lui-même et pour lui-même. Chez les Anglais, le mot génie a étrangement dégénéré. Pour eux un homme de génie est plutôt celui qui a des dispositions naturelles que celui qui marque son passage sur le globe par des actions mémorables.
Ce n'est que du milieu du dix-huitième siècle que date définitivement l'acception que reçoit ce mut aujourd'hui parmi nous, et dont plusieurs écrivains ont fait abus : pendant le seizième et le dix-septième, on l'employait beaucoup plus Iréqueinment dans le sens du génie propre, individualité de caractère. Il fallut une nouvelle expression qui donnât l'idée des conquêtes de l'intelligence, et, de l'extrême supériorité conquise par la pensée sur la lorce brute, lorsque toute la hiérarchie féodale de Louis XIV lut sur le point de crouler à la fuis. Mais la pensée, comme toutes les conquérantes, ne manqua pas de s'exagérer a elle-même sa propre victoire: elle se proclama créatrice, et choisit à dessein, pour exprimer l'orgueil de son pouvoir, le mot qui exprimait la faculté d'enfantement et de création , génie. Une fois ce terme accepté, beaucoup de difficultés et des questions à peu près insolubles se soulevèrent : comment distinguer le talent du génie? faut-il admettre sur la même ligne que les génies cultivés le génie sauvage et inculte? Celle inspiration qui préside soit aux grandes œuvres d'art, soit aux prodiges des législateurs et des guerrirrs, se developpc - 1 - el le par un instinct spécial , par une grâce d'en haut ou par une meilleure conformation des organes? Les honneurs du génie appartiennent-ils seulement aux orateurs et aux poètes? ou peut-on |cs décerner à l'inventeur d'une machine, à l'industriel quia enrichi son pays? La perfection laborieuse de Virgile trahit-elle l'homme de génie? et si ce litre est accorde au chantre d'Énée et de Didon, le donucrez-vous également à l'exagération déclamatoire et puissaule do Lueain? Ces diflérents problèmes et beaucoup d'autres prouvent jusqu'à l'évidence le vague et l'incertitude du mo| éclatant dont nous essayons l'histoire. Génie signifie-t-il inspiration créatrice, sa définition la plus vulgaire? Parcourons la liste des hommes de génie incontestés : nous les trouvons tous, non pas créateurs, mais imitateurs. Virgile copie Homère ; la vision du Dante est empruntée mot à mot aux pieuses fictions du moyen âge ; il n'y a pas une seule pièce de Shakspeare dont le plan, les sihialions et les caractères ne se trouvent dans les contes italiens du quinzième siècle; les trois plus beaux ouvrages *le Corneille sont des imitations de l'espagnol ; Bossuct a mis à contribution les Pères de l'Église ; Racine est l'enfant des Grecs ; le second Bacon a volé sans pudeur le premier Bacon ; toutes les idées du VÉmile de Jeau-Jacques se trouvent chez Locke ; Voltaire a puisé à pleines mains chez les Anglais; Byron a pillé nonseulement Montaigne e| S|ienser, mais Gcethc et Chateaubriand. Expliquons-nous !
Daus l'atmosphère d'un homme supérieur, tels que Shakspeare cl Dante , mille éléments confus et errants flottent au hasard. Us sont dus au passé, à la nationalité spéciale des peuples , et aux circonstances dans lesquelles ces peuples se trouvent : tels sont les éléments de la création ; tout le monde les possède, personne ne peut se les attribuer en propre. Du temps de Shakspeare, les contes d'Italie ont frappé l'imagination populaire. On les traduit , on les imprime, ils se vendent dans tous les carrefours ; c'est l'amusement des oisifs, c'est le délassement des lemmes, c'est la ressource des pauvres auteurs. Il y a des manœuvres littéraires qui les exploitent de leur mieux ; d'autres qui les élaborent patiemment, qui en font des sonnets, des élégies , des drames : quelquefois on trouve du talent dans ces ouvrages ; mais à tous il manque quelque chose : à ceux-ci l'élude du caractère, à d'autres la moralité ; à la plupart, l'ensemble, l'énergie, la poésie, l'observation. Que Suais*