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gration la trouva toujours aussi futile. C'était une pauvre tète, qui M consolait de toute* les faiblesses et de tous les écart* en écrivant de méchants livres. Bonaparte eut pitié de cette femme, comme U avait pitié de toutes les grandeur» déchues : Il lui donna une pension et un logement à l'Arsenal. Là elle voulut refaire ce qu'on appelait autrefois un talon. Elfe croyait qu'il suffisait d'être une femme d'esprit pour ranimer en France cette causerie toute puissante qui s'est perdue à jamais dans ce grand bruit de chaque jour, qu'on appelait h tribune et te/ettraoL A défaut de l'influence qu'elle n'eut pas dans son salon, julut recon

ncer u icuuiuum « •ww» , nais, héla* ! elle se trouva en présence d'une renommée impitoyable, (a renommée de M"" de Blaél. De ce coté-la encore il fallut qu'elle courbât la lé te. Elle se mit alors à écrire des satires contre tes hommes et les choses : on lui répondit en écrivant sa biographie. Ce fol la lemme la plus tourmentée et la plus malheureuse. Seule, sans appui, perdue dans une société qui n'était pas ta sienne, réduite à flatter et à maudire, sans conviction dans ses flatteries, sans passion dans ses haines, s'occupant de cent mille petites choses, élevant au Jour le jour cent mille châteaux de cartes, qu'un souffle faisait crouler, tuant sa vie comme elle pouvait; jalouse de Voltaire, de J.-J. Rousseau, de Mirabeau, de M™' de Sévigné, de M"* de Staël, de tout le monde. Ce qui la sauva de l'ennui, e'est qu'elle écrivait sans lin et sans cesse, et à tout propos et sur toutes choses. Le nombre des ouvrages qu'elle a laissés est immense : outre les livres sur l'éducation, qui sont encore entre beaucoup de mains, elle a écrit bien des romans, bien îles discours, bien des comédies, bien des poèmes. Elle a parié de tout, de la grammaire et de la philosophie, de l'agriculture et de l'histoire, et surtout elle a beaucoup parlé d'elle-même. Elle a écrit des Mémoires, remplis de faits curieux ; elle a fait des Heures pour l'église, des comédies pour les théâtres, des devises pour les gentilshommes, et le La Bruyère des Domestiques ; elle a laissé des fables et des voyages. Que n'a-t-elle pas fait ? Elle a fait même un chef-dVuvre d'esprit, de aeur et de style, qui vivra aussi longtemps que vivra la langue française : Mademoiselle de Clermont. Jules Janin.

GÉNOISE (École). Foyex Écoles de I'k.stuks (tome VIII, p. 314).

GENOU (du latin çenu). Passé sans changement dans la langue française, ce mot sert à indiquer l'articulation de la jambe sur la cuisse. L'os de la caisse et l'os principal de la jambe se touchent au genou par des surfaces articulaires peut-être les plus larges qui soient dans le corps homain, et un troisième os, ta rot ule, complète, en avant, l'articulation. L'extrémité inférieure du fémur, l'extrémité supérieure du tibia, placées ainsi bout à bout, peuvent router et s'infléchir angutairemeut l'nne par rapport à l'autre, et la rotule, sorte de noyau osseux développe dans l'épaisseur du tendon commun aux muscles du devant de la cuisse, en même temps qu'elle borne et consolide les mouvements de l'articulation, fait PofBce d*unc sorte de poulie de renvoi pour rendre plus efficaces les forces musculaires qui meuvent la jambe sur ht cuisse ou celte d sur la jambe. Outre

concourent à former cette importante articulation : tels sont tes tendons des muscles supérieurs et inférieurs, qui viennent s'épandre dans l'enveloppe fibreuse et résistante du genou en totalité ; les ligaments dits croisés, qui maintiennent si solidement en rapport les extrémités osseuses naturellement destinées à n'avoir des mouvements étendus que dans on certain sens; les tendons et ligaments droits latéraux et postérieurs, quf permettent U flexion de te jambe dans le sens du jarret, mais qui opposent une résistant invincible à la flexion en sens inverse ; les libre-cartilages inter-articiitaires, qui complètent les rebords de l'espèce de fossette dans laquelle se meut chacun des eondyles, c'est-à-dîre des têtes lisses et arrondies qui terminent intérieurement te fémur; enfin, tes membranes dites sgnth

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v taies, oui revêtent et rendent olissantes les portions ot>sente» destinées aux frottements, et pour cet effet revêtues d'une cooclte cartilagineuse lisse, polie, peu sensible dans l'état ordinaire, et, grâce À ces admirables précautions, glissant sans efforts l'une sur l'autre, et se prêtant sans difficulté à toute la mobilité et eu même temps à toute ia résistance qu'il (allait à une articulation destinée à porter sans fléchir tout te poids du corps et de tous les fardeaux dont ou |>eut te surcharger.

Le genou n'a pas ta même conformation dans toutes tes ; plus ou moins volumineux, plus ou moins infléchi te marche, plus ou moins rentrant, plus ou moins sortant suivant les tempéraments, les forces, le sexe, les habitudes, etc., il est proportionnellement plus gros cliex les femmes, les scrofuleux ; plus mince et plus sec chez les individus forts ; plus fléchi en dedans citez tes femmes ei chex les hommes qui ont comme eltes le bassin large ; presque toujours fléchi en dehors chez les hommes condamnés à de grands efforts portant sur les jambes, chez les cavalier-, chez les enfante en bas âge qui commencent à marcher.

Comme te station à genoux diminue quelque chose de te taille, cette altitude a été partout considérée comme une marque de soumission, d'abaissement» de prière, {voyez Gemuplexiom ), et on a transporté l'expression de l'altitude matérielle â l'état moral qu'elle représente : ainsi ou dit : Il a plié tes genoux devant lui ; pour dire : H s'est humilié, abaissé, etc., devant lui; U a refusé de fléchir le genou, pour dire : 11 a refusé d'adorer, etc.

On a donné dans tes arts te nom de genou à, l'articulation de différentes pièces d'un système mécanique quelconque, quand il en résulte pour ce système une apparence de flexion comparable à celte qui a lieu à la réuniou de la jambe avec te cuisse, et dans d' antres circonstances quand l'articulation de deux pièces d' une machine forme u ïvor d *t*iii l^ol ttMtM^fjjl & jftloâ^po a 1 * il 114^^^ v?r f Lj)(* l'on se fait vulgairement de l'emboîtement du genou.

GENOUDE ( ANToiNt-EccEXE de), écrivain religieux et moNorcAtyweoontemirarain, qui longtemps s'appela Genou tout court, naquit en 1792 â Montélitnart (L>rôme),où son père était cafetier. Plus tard celui-ci transféra à Grenoble te siège de son établissement, qu'il réussit a parfaiteiiMmt achalandée ; et alors ambitieux, non pas pour lui-même, mais pour l'héritier de son nom, il voulut que son lus, au lieu de le seconder dans son induàtric comme premier garçon , pût, grâce à l'éducation qui se donne dans tes lycées, s'élever quelque jour au-dessus de sa modeste condition. Vers la fin de tsll, et après avoir terminé ses études au lycée de Grenoble, Eugène Genou, philosophe à la façon du baron d'Holbach et d'Hdvétius, dont il avait déjà dévoré les livres , s'en vint chercher fortune à Paris, où bientôt il obtint une place de précepteur dans une famille du noble faubourg, en prenant intrépidement, comme font tant d'autres en cas pareil, rengagement d'enseigner à ses élèves une foute de choses qu'il se réservait in petto de commencer par apprendre lui-même. D'ailleurs, il était doué de trop de souplesse dans l'esprit , pour, dans ce cercle si nouveau , ne point se créer bien vite d'utiles et influentes relations ; aussi, favorisé par l'embarras extrême que l'université impériale éprouvait alors a recruter son personnel enseignant, en raison de te disette absolue de sujets capables, avait-il obtenu dès isj3 une place d'abrégé de sixième au lycée Bonaparte , en même temps qu'il suppléait A l'insuffisance du traitement attaché a sa chaire , en

secrétaire particulier.

C'est dans cette |»osition que U Restauration surprit Eugène Genou, en 1814; et à ce moment.il se signala entre tous les fonctionnaires du lycée Bonaparte (métamorphose en collège royal de Bourbon) par son ardeur à applaudir au renversement de l'empire. L'enthousiasme des partisans du nouveau réaime tenait de te frénésie ; aussi quand arriva la journée du 10 mars 1815 (vogei Csxr Jouas), fut-ce un sauve-qui peut général parmi les plus compromia. Genou,

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qui s'était fait inscrire quelques jours auparavant sur la liste de* vvlontutres royaux, s'offrant à l'envi pour courir SUS a l'usurpateur, jugea prudent d'aller *e cacher dans son déet bientôt, m s'y croyant même plu* su dis amen sûreté, il «annale sol suisse. Recommande alors a M. de l'ohgaac, qui résidait à Ctiambéry avec des pouvoir» extraordinaire* de Louis XVlli, Genou, en sa qualité de volontaire royal, fut prit pour atde de car/tu par co champion de la légitimité, qui, à l'aide de cette qualification quelque peu ambitieuse, mais au fond très-innocente , attribuée à un simple secrétaire , comptait donner nn caractère militaire a une mission toute d'observation et ayant pour principal objet de fournir à farinée austro-sarde, qui m réuni suait en Suvote à l'effet d'envahir à un moment donne le sol français, des renseignements sors et exacts sur l'effectif réel et lei mouvements du corps d'année que de son cote" Napoléon s'occupait de rassembler au pied des Alpes et qui avait son

A la nouvelle du désastre de Waterloo, les royalistes réfugiés à Cfaambéry se ruèrent bien vite sur le sol français ; et * jours plu tard le capitaine Genou brillait parmi i arboraient le drapeau blanc à Grenoble, d'où, on pense bien, M accourut à Parts solliciter les récompenses dues à ses services. Avec ses antécédents éminemment monarchiques et bi protection de M. de Polignac, son ancien générai, Une lui fat pas difficile de se lancer dans une sphère d'intrigues plus élevée que celle dans laquelle il lui avait été donné jusque alors de se mouvoir. Dès Tannée précédente, H avait compris que la philosophie du dix-lrottièrne siècle n'était plus de saison. Il s'était donc converti avec tctal à ta refijdon révélée , avait pris bien ostensiblement unconfesseor ; puis faisant fin auto-«la-féoV>s oeuvres de Rousseau, de Voltaire, de Montesquieu, de Diderot, etc., qni seule* composaient auparavant sa bibliothèque, il les avait remplacées par des livres ascétiques et par les ouvrage* des principaux apologistes du catholicisme. Cette mise en scène, qui de la part d'un jeune homme de vingt-deux ans annonçait une habileté peu commune, une (bis achevée, il pensa avec raison que le moven le plus sftr d'élre remarqué au milieu des si nombreux dévouements qui après les cent Jours exploitèrent le gouvernement de la Restauration, était de se lancer dans la polémique politico-religieuse. Il annonça donc Tinlention de contribuer à la régénération religieuse et monarchique de la France en dotant son pays d'une nouvelle traduction de h Bible ; et pour donner nn avant-gout de son savoir-faire en ce genre, il publia en 1816 une todurtioa d'haie, saluée tout aussitôt dans les journaux de l'époque, par des amis complaisants, comme un chef» d'ieuvre, comme un véritable tour de force. Tous les livres de la Bible y passèrent les uns après les antres ; l'industrieux tra<hicteur y joignit même une traduction de 17mllatton (te Jèsus-Chrtst de sa façon, et tout cela trouva «V« acquéreurs empressé'», surtout parmi les fonctionnaires pohtie*.

au jeu naturel des institutions représenoctroyées a la France par on pouvoir qui avait espéré n'en faire jamais qu'on leurre, le parti national, écrasé a Waterloo , puis décimé par les proscriptions de fais, commençait è relever ta tete; et le journalisme (ni fournissait les moyens de lutter plus ou moins ouvertement contre le régime imposé au pays par l'étranger. De son côté, If parti monarchique, divisé déjà en royalistes satisfaits ou modérés, c'est-à-dire nantis de bons emplois ou de lucratives sinécures, et eu royalistes prtrs, c'est-à-dire oubliés d.nis le partage du Râteau, employait la même arme que les libéraux, la presse, pour combattre ses adversaires et faire I* siège en règle du pouvoir. A La Minerve, par exemple, il opposait le Conservateur ; et Genou, déjà posé par ses nombreuses publications ascétiques , était admis à y rompre de temps à autre des lances en faveur du principe monarchique, à y pourfendre dn même coup la révolution et l'esprit de doulc, d'examen et d'incrédulité. En vertu d'nne

| savonnette à vilain, gracieusement accordée déjà par I Louis XVni, son nom roturier y brillait non pas seulement précédé mais encore ««toi de la particule aristocratique, qu'aucuns usurpent avec si peu de vergogne. On racoute a ce propos que le vieux roi, au moment de signer les lettres patentes qui d'un (ils de calelier allaient faire un gentilhomme d'aussi bon aloi que si ses aïeux avaient été a la croisade, dit en riant que, pour combler tes vœux de l'impétrant, pour que plus lard on ne put jamais songer à elikaner sur sa noblesse ce défenseur si intrépide et si désintéres-sé du trône et de l'autel, il allait lui flanquer du ni. par devant et par derrière , entendant et voulant que le chevalier Genou s'aP|>etât dorénavant w; Oenou r*. L'esprit émiiiem ment sceptique et railleur de l'auteur de la Charte se retrouve dans cette saillie.

La discorde finit par se glisser dans les rangs des rédacteurs du Consert'o/eur. C'est aussi qu'il y avait là des tendances et surtout des amours- propres inconciliables. Genoude, avec une petite pléiade de purs, qui se groupa alors autour de lui, n'hésita donc point à élever autel contre autel, en fondant Le Défenseur, recueil qui n'eut au reste qu'une existence éphémère > et vers la fin de 1 KM on le voit créer un journal du soir, L'Étoile, qui tout aussitôt devint un redoutable engin de guerre aux mains de la fraction du coté droit, reconnaissant Villèle, Corbière, etc., pour chef* de file. Les hommes placés à la tète des affaires essayèrent d'en linir avec cette petite conspiration permanente, au moyen de quelques procès bruyamment intentés au journal qui osait leur faire la leçon en matières monarchiques, l.'édileur responsable de L'Étoile (qui cumulait avec ces fonctions celles de valet de chambre de Genoude) comparut donc à diverses reprises en police correctionnelle aux lieu et place de son maître. C'est dans l'une de ces occasions qu'à l'interpellation d'usagé: « Êtes- vous l'auteur de l'article incriminé? « Ce brave homme répondit avec une délicieuse naïveté : •< Non, monsieur le président; seulement on me l'envoyaT et je I A corrige A. ■

Quand Villèle, Peyrormet, Corbière et consorts eurent enfin réussi à enlever le pouvoir d'assaut, L'Étoile servit d'organe semi-officiel au ministère qu'ils constituèrent, et que )> loire a sugmaiise ue lepitiiete oe aepiot auie. i gements et les récompenses furent alors prodigué» [tar ce cabinet reconnaissant au journaliste qui, avec une vigueur et une résolution remarquables sous plus d'un rapport, le défendait aussi bien contre les libéraux de la gauche «pie

parmi les purs, fraction du parti royaliste composée d'hommes oublies encore une fois en IM1 dans la répartition des grandes ou lucratives positions, allant à l'origine prendre le mot d'ordre an pavillon Marsan, et demeuré jusqu'à la fin de la Restauratioa sous ta bannière de M. de la Bourdonnaie. Ces récompenses, ces encouragements, étaient de plus d'un genre, et la caisse des fonds secrets n'en faisait pas seule tous les frais. C'est ainsi qu'un beau jour l'écrivain bien pensant se trouva gratifié, sans bourse délier, d'un brevet d'imprimeur à ta résidence de Paris, enlevé par décision ministérielle à nn steuT Constant Cbantpie, coupable de prêter d'habitade ses presses pour l'impression de |>amphlets et d'ouvrages hostffes au gouvernement royal. C'était là une audacieuse violation <Pon article bien formel de la Charte, une odieuse confiscation, dont Genoude ne se fit pas scrupule de profiter, sans se soucier le moins du monde de la clameur et de l'indignation universelles qu'elle souleva, non plus que de savoir comment le malheureux industriel, dépouillé de son gagne-pain, pourrait maintenant nourrira femme et ses enfants.

En tMS, Genoude fut encore de la part de ses patrons, l'objet dé munificences autrement importantes. Ils réunirent à L'Etoile le Journal de Paris et la Gazette de Fi ance, l'un et Pautre récemment achetés par le gouvernement. Cette fusion avait lieu gratuitement, c'est-à-dire que Genoude profitait seul de l'accroissement du nombre d'abonnés et de

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lecteurs qui en résultait pour une feuille dont il continuait à être le propriétaire pour ainsi dire unique (M parts sur 34). La seule obligation qu'on lui imposa fut de la faire paraître désonnais sous le titre de Gazette de France, par égird pour la vénérable antériorité d'existence dupta g ancien des journaux de Paris, dont on constituait son Etoile héritière bénéficiaire; et encore Genoude, autant par orgueil qu'en raison de l'intérêt qu'il pouvait avoir à toujours conserver son individualité et sa personnalité bien distinctes, eut-il soin de flanquer le nouveau titre que force lui était de prendre de son titre primitif, placé désormais en soustitre; et le journal ainsi reconstitué, s'appela Gazette de Franc», Étoile, journal du soir. Le ministère, pour assurer le succès de la Gazette, placée maintenant sous la direction de l'homme investi de sa conliance, fit plus et mieux encore que de lui accorder une large subvention sur les fonds secrets; il y joignit un privilège important, celui de pouvoir partir avec les courriers du soir au moment de la dernière levée des lettres, alors que pour être expédiés dans les départements, les autres journaux devaient être remis à la direction des postes cinq heures plus tôt. Cette exception faite a la règle générale en faveur de la feuille ministérielle du soir, permettait à la Gazette de devancer ses concurrents de vingt-quatre heures pour la transmission en province et à l'étranger de toutes les nouvelles reçues dans la matinée et des farts importants qui pouvaient s'être passes à Paris dans la journée. Il y avait la, à part le caractère semiofficiel donné à ce journal, les éléments d'un fructueux succès, et il nemanqna pas non plus d'être obtenu. Il faut dire aussi que Genoude rat fort habilement tirer parti de la position privilégiée qui Ini avait été ainsi faite. Au moyen des extraits tres-étendut que, dans sa Revue des journaux, et sous prétexte de les réfuter, il publiait cliaque jour les articles les plus saillants des journaux libéraux de Paris, il donnait a sa feuille un intérêt tout particulier aux yeux d'un nombre immense de lecteurs. La Gazette de France n'inscrivait pas sur son titre qu'elle était journal reproducteur, mais elle agissait tout comme. Kl le compta donc des abonnés non pas seulement en province parmi les partisans des vieilles idées monarchiques, ou encore parmi les fonctionnaires publics secrètement hostiles aux hommes places à la tète des affaires, et qui se seraient compromis en s'abonnant au Courrier français, au Constitutionnel ou au Journal des Débats, etc., rien même qu'en les lisant dans leurs cercles, maisencore et surtout dans les pays étrangers, où la presse demeurait soumise à une sévère censure, où la lecture de quelques bribes d'articles tirées des journaux constitutionnels de Paris constituait une friandise des plus recherchées. Les réclamations unanimes de la presse de Paris furent, il est vrai, prises en considération par le ministère Martignac, et la Gazette de France dut alors, pour quelque temps, rentrer à cet égard dans le droit commun. Mais sa clientèle ne diminua pas pour cela; et la nouvelle législation intervenue à ce moment, en introduisant l'annonce dans la constitution générale de la presse périodique, valut à la Gazette, comme aux autres journaux qui possédaient notoirement de nombreux abonnés, un surcroit de bénéfices nets, allant, pour certains, à plus de 200,000 francs par an. En raison de la spécialité de sa clientèle, la Gazette de France passait pour l'un des journaux où l'annonce devait être la plus fructueuse ; aussi y afflua- t-ellc j>cndant longtemps. M. de Polignac, en prenant la direction des affaires, s'empressa de taire rendre a Genoude son privilège postal, et celui-ci ne le perdit plus qu'au 27 juillet 1830. Après ces détails, on ne sera pas surpris d'apprendre que la Gazette de France fût parvenue à compter de 13 a 14,000 abonnés, et que son principal propriétaire se trouvât alors seigneur suzerain d'une magnifique terre aux environs de Paris, valant plus de douze cent mille francs.

La révolution de Juillet faillit emporter la Gazette de France avec le trône de Charles X. Genoude des que la rélistante aux ordonnances s'était traduite en barricades et en

conps de fusil était allé se cacher dans son château féodal du Plessis les Tournelles, dont il avait fait lever les pontslevis, et où il s'était barricadé de son mieux contre les tentatives de pillage à main armée qu'il redoutait de la part do tous ces manants révoltés contre le roi légitime. Heureusement pour lui, l'un de ses collaborateurs, homme de téte et de résolution, resté à Paris pendant la lutte, M. Lubis, jugea que si la partie était perdue sans retour pour la légitimité, il fallait du moins songer à sauvegarder l'importante entreprise commerciale qui avait été si longtemps un instrument politique et qui pouvait encore le redevenir. Il prit donc sur lui de faire reparaître la Gazette de France dès le 29 au soir, sans attendre l'aveu de Genoude, dont il sauva ainsi la propriété. Faute d'un homme doué d'autant de sang-froid, l'organe de M. de Polignac, L'Universel, disparut dans la tourmente, et jamais depuis ou n'entendit reparler d'une feuille qui, par sa rédaction littéraire, avait su en très-peu de temps se faire un rang distingué dans la presse parisienne.

Si la révolution de Juillet avait renversé le trône de la brandie aînée, en revanche elle porta au comble la fortune de Genoude, qui avec son journal se trouva tout a coup le personnage le plus important, le plus influent d'un parti qui n'avait vu en lui jusque alors qu'un agent salarié. Avec sa Gazette, dont le chiffre d'abonnés resta encore pendant quelques années stationnaire, Genoude pesa bientôt sur toutes les décisions qui se prenaient dans la petite cour du roi déchu. Tous ces cordons bleus, tous ces gentilshommes datant des croisades, qui traitaient naguère avec tant d'arrogance et persistaient à regarder comme autant d'intrus les roturiers parvenus à se faire une position dans le parti légitimiste, durent s'humilier devant l'écrivain dont le journal, sous un régime de libre discussion, était encore une puissance; quelques-uns, dont la marmite avait été fatalement renversée par l'émeute triomphante, s'estimèrent même alors trop heureux de devenir les parasites et les flatteurs d'un homme que quelques mois auparavant cbex eux ils eussent volontiers envoyé dtner à l'office.

A ce moment, il faut l'avouer, Genoude déploya un talent qu'on ne lui connaissait pas encore, et prouva qu'il y avait en lui surtout l'étoile d'un écrivain d'opposition. Louis-Philippe et le système qu'il s'efforça si inutilement de faire pré* valoir n'eurent pas d'adversaire plus redoutable ni plus opiniâtre. La plupart des hommes qui entouraient le nou-. veau roi, Genoude les avait vus dans les rangs, d'abord si pressés, des amants de la légitimité, et bon nombre aux gages delà police de Louis XVII 1. Avec lui, ils avaient insulté à toutes les gloires, à toutes les grandeursde la France républicaine et impériale; avec lui, ils avaient été les instruments d'un gouvernement réacteur et anti-libéral; autant et même plus que lui, ils s'étaient compromis au service de l'absolutisme. 11 avait dès lors beau jeu à leur reprocher leur passé, à mettre en contradiction leurs discours actuels avec leurs actes et leurs dires antérieurs ; et il se montrait inexorable dans ces incessants appels à des souvenirs que les intéressés eussent bien voulu anéantir à tout jamais. La police de Louis- Philippe essaya de moyens indirects pour déterminer Genoude à se montrer plus oublieux du passé, plus circonspect dans ses allures ; on organisa de petites émeutes ayant pour but de briser les presses de sa Gazette. Loin d'être dupe de ces démonstrations, dont il connaisait parfaitement la source, Genoude abandonna le dédale de ruelles infectes où il avait un instant cru habile de transférer sa Gazette et ses presses, aux abords du Louvre et du Palais-Royal, ci s'en vint planter sa tente en pleine place du Carrousel, en face même du château des Tuileries; calculant avec raison que le jour où une véritable émeute parviendrait jusque la son but serait atteint, et que la royauté des barricade* aurait vécu. Cest en raison «te ce singulier voisinage qu'un article de fondation, publié pendant longues années dans son journal , par M. de Bcauregard, porta le titre de Lettres de la Voisine. Quelques-unes de ces lettres sont de mordants et spirituels

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pamphlets ; ils ne contribuèrent pas peu à maintenir La vogue de la Gazette et surtout son chiffre d'abonnés.

pour les journalistes, comme pour les rois, il arrive it fatal , qu'on a si bien nommé le commencement de la Jln. Ce moment-là sonna de bonne heure pour Gcnoude Enivré de la position que les événements lui avaient faite, son orgueil ne connut plus de bornes ni de mesure. Il prétendit régenter en pédagogue hautain le parti dont il était l'organe le plus influent, lui Imposer ses prédilections et ses haines, et surtout ses idée* particulières 6ur toutes les questions politiques qui se présentaient. L'insuffisance de la réforme électorale opérée en 1830 par l'abaissement du cens de 300 à 200 francs fut une de celles qui surgirent le plus vite, soulevée qu'elle fut par les républicains en mémo temps que par les partisans de la légitimité , les uns et lai autres espérant rencontrer dans une extension quelconque donnée au droit de suffrage les moyens de faire prédominer leurs préférences particulières en matière de principe gouvernemental. Genoude le premier posa nettement, carrément, la question du suffrage universel, et s'efforça de prouver que le salut du pays, ce qui sous sa plume voulait dire rétablissement de la légitimité, était dans l'adoption de ce principe ; et les républicains n'eurent garde de ne point faire chorus avec la Gazette de France préchant le suffrage universel, convaincus que l'adopter c'était proclamer la république. Les journaux à la solde du gouvernement, comprenant tout ce qu'il y avait de dangers publics au fond des doctrines prechées sur cette brûlante question par la Gazette, les attaquèrent avec une violence extrême, et rencontrèrent alors des auxiliaires inespérés dans les autres feuilles légitimistes, heureuses de trouver l'occasion de pouvoir enfin secouer un joog qne le despotisme acerbe do Genoude avait fini par leur rendre intolérable. Les idées du la Gazette sur le suffrage universel (modifié par un système d'élection à deux degrés) furent formellement désavouées et condamnées par le représentant de la brandie aînée. Mais ce désavreu ne Gt qu'irriter et blesser an vif l'intraitable orgueil de Genoude, qui se piqua au jeu, et de sophisme en sophisme en vint à défendre son système a l'aide d'arguments que dans le camp légitimiste on déclara tout d'une voix infectés an plus haut degré du venin révolutionnaire. Aussi les gouvernements étrangers, déjà très-mal disposés par r article Revue des journaux de la Gazette, à l'aide duquel la contagion et la pestilence morales pénétraient chaque jour en contrebande sur leurs territoires respectifs, finirent-ils un beau jour par en interdire l'accès à cette feuille quasi-révolutionnaire, et à leurs yeux d'autant plus perfide dans ses tendances réelles, qu'elle affectait de défendre le principe et l'idée monarchiques. Successivement prohibée dans le royaume de Naples, dans les Etats de l'Église, dans le grand-duché de Toscane, à Modènc, en Piémont, en Autriche, en Russie, etc., à l'instar du National ou de tout aolre journal franchement révolutionnaire, la Gazette de France perdit en moins do six mois plus de la moitié de ce qui lui restait encore d'abonnés; et en 1S36, la création des journaux à 40 francs vint lui porter le coup de grâce, en réduisant à peu près a rien le produit de sa page d'annonces, donnais complètement discréditée.

Tout autre que Genoude se fut arrêté à ce moment. Lui, il per^ta à vouloir avoir raison envers et contre tous. Sa grande ambition maintenant fut même d'arriver à la chambre des députés , afin d'y protester à la tribune contre le électoral. Mais sa candidature, cause perpétuelle i pour les ministres, qui la combattaient à l'aide de tous les moyens licites ou illicites dont ils pouvaient disposer, n'avait peut-être pas d'adversaires plus acharnés que les légitimistes demeurés purs de tout pacte, de tout compromis avec le génie de la révolution , et aux yeux de qui l'inventeur du suffrage universel était, malgré ses sembla nts de royalisme, le plus dangereux des jacobins. Genoude ne fit que se roidir contre tant d'attaques et tant de haines, arasiteset ses thurifères (tout journaliste influent

WCT. DK tA C0XVER8. — T. X.

en a de nos jours autant et peut-être plus qu'un ministre ) n'eurent pas do peine à lui démontrer qu'il était le Galilée de la politique moderne; qu'il en avait trouvé les véritables bases , et que toutes les persécutions que sa découverte lui vaudrait de la part des esclaves de la routine et de l'ignorance n'aboutiraient qu'à faire très-procbainemeot briller sa gloire d'un plus vif éclat. Aussi bien une transformation nouvelle s'était pendant ce temps-là opérée en lui. Devenu veuf en 183-i, il avait pris les ordres sacrés et s'était fait conférer la prêtrise avec les pouvoirs qu'elle implique.

Cet acte de sa vie a été diversement apprécié. Ses admirateurs l'on présenté comme une détermination pieuse de renoncement au monde et à ses œuvres, inspirée par une profonde et inconsolable douleur. Ses <*"""T"« n'ont voulu y voir que le fait d'un incommensurable orgueil, croyant s'assurer de la sorte une domination incontestée sur un parti aux yeux duquel l'ordre du clergé continue à avoir la prééminence surf ordre de la noblesse, et à plus furie raison sur le tiers état. Si tel fut réellement le calcul de Genoude, ses ennemis devraient tout au moins convenir qu'il fil fausse route comme prêtre, en adoptant les doctrines de l'Egluu gallicane. En les défendant contre l'ultramontanisinc , aiusi qu'il le fit constamment et avec beaucoup de verdeur dans son journal, il courait grand risque d'être interdit.

Quoi qu'il en ait pu être, le caractère nouveau dont Genoude se trouva dès lors revêtu, nuisit encore à sa Gazette, dont il conservait toujours la direction suprême, en le forçant à apporter maintenant dans le choix des matières qu'il y faisait entrer une reserve assez peu du goût de la grande masse du public , qui s'abonne à un journal moins pour y trouver des lectures édifiantes que pour être toujours tenu au courant de ce qui se passe dans ce bas monde, et qui malheureusement n'a le plus souvent rien d'édifiant.

Au vide et à la solitude que le désabonnement faisait insensiblement autour de la petite mais très-remuante coterie dont Vabbi de Genoude était depuis si longtemps le soleil, on imagina d'opposer la création, dans les départements, d'un certain nombre de journaux do localité, humbles satellites de la Gazette de France, mais s'inspirent de ses doctrines, réfléchissant ses idées, servant ses rancunes et ses vengeances, et surtout célébrant constamment sur tous les tons l'incomparable talent de son rédacteur en chef, en faveur de qui ils constitueraient une candidature perpétuelle aux plus prochaines élections. Ainsi naquirent successivement une vingtaines de Gazettes de province , toutes prêchant invariablement aux Français le même thème : « Adoptons le suffrage universel. Ccst le seul système politique qui puisse nous rendre libres et heureux, et l'abbé de Genoude en est le prophète. Donc nommons-le député I »

On ne peut disconvenir que le moyen était assez bien imaginé; malheureusement H était héroïque et coûta gros. La belle el rapide fortune que Vabbé de Genoude s'était faite par le journalisme, il la perdit presque aussi rapidement dans le journalisme. Sans doute les soixante-trois procès intentés a sa Gazette par le parquet et les cent et quelques mille francs d'amendes dont on muleta son langage irrévérencieux a l'endroit de l'ordre de choses bâclé le 7 août 1830 furent bien pour quelque chose dans sa déconfiture; mais c'étaient là des pertes qui eussent passé inaperçues dans un grand mouvement d'affaires , si la nécessité de faire vivre uu nombreux personnel d'employés de mutes espèces, n'ajant guère d'autres ressources que les libéralités d'un |vatron généreux du moment où l'on savait caresser son amour-propre, n'était pas venue agrandir de plus en plus le gouffre du déficit. De désastreuses opérations de librairie aggravèrent encore la position ; et la ruine de Genoude, longtemps dissimulée à l'aide des ressources d'un crédit dont il u'ahusa sans doute que parce qu'il se faisait illusion à lui-même, était a peu près irréparable à moins de quelque chance heureuse inopinément fournie par une révolution politique, quand il lui fut enfin donné de voir son nom sortir de l'urne électorale, a Toulouse, en 1840. Nous ne pouvons disla

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simuler qu'à la chambre, le bouillant journaliste fil fiasco.

La révolution de Février 1S48 se montra bien ingrate a l'égard de l'inventeur du suffrage universel. Le nom «le Genoude ne fut pas même prononcé à l'occasion de* élections pour l'Assemblée constituante ; et on peut croire qu'un poignant découragement s'empara alors de cet homme, qui ne s'était mêlé a tant d'intrigues et à tant d'agitation* , dont la vie, on peut le dire, n'avait été qu'un combat, que pour arriver, au déclin de sa carrière, à se trouver en présence de la ruine des siens et de l'imparable naufrage des intérêts politiques à la défense desquels il avait voué toutes ses force* «t toute son activité.

Genoude mourut à Hyèrcs, le 17 avril IHVJ. Comme à propos de tant d'autres acteurs de la comédie contemporaire qui, après avoir fait ici- bas beaucoup de bruit pour pas grand' chose, much noise about nothing, manquent aujourd'hui a l'appel, nous entendu»., souvent demander ce que dirait, ce que Ici ait, ou serait Y abbé de Genoude, s'il vivait encore; et a ces questions, il en est qui répondent que, suivant toute apparence désabusé, il se lût rallié avec empressement à la généreuse mai* utopiqua idée de la réconciliation des partis, et que dès lors il serait à l'heure qu'il est archevêque, sénateur, et en train de passer cardinal. Au (ait, les restrictions mentales n'ont-elles pas été inventées à l'usage de ces sortes de gens, pour leur permettre de concilier en tonte sécurité de conscience les urgentes nécessités du moment avec les véritables vœux de leur cœur, avec leurs secrètes mais indestructibles sympathies? Bien fol qui s'y fie!

GENOUILLERE, partie de l'armure des anciens chevaliers et gendarmes, couvrant le vide laissé entre les cuissards et les grèves ou jambières, et s'adaptant sur le genou de manière à le défendre sans en comprimer les mouvements. Dans certaines armures, elle formait sur le devant du genou un coin tranchant, et était garnie sur le coté exté- •ieur d'une pointe longue et aiguë , pour empêcher l'homme d'armes d'être serré de trop près par d'autres cavaliers , dont les chevaux auraient alors été blesses par le tranchant ou la pointe de la genouillère.

En artillerie, la genouillère est la partie du revêtement intérieur d'une batterie à embrasures, comprise enlre le sol et l'arête horizontale intérieure de l'embrasure. Sa hauteur est, au-dessus du terrain, de lro,l9 pour les batteries de plein rouet , et de l™^.! pour celles à ricochet.

GÉNOVÉFAINS» chanoines réguliers de Sainle-Genc- Tiève, connus également sous le nom de chanoines de la Congrégation de France, lureut précédés dans ce monastère par des chanoines séculiers, quel'imasiou des Normand» en chassa en M5 et R4C. Ils y rentrèrent cependant ; mai» le relâchement introduisit peu à peu de tels abus au milieu d'eux, qu'en 1 1 4s Eugène 111 n'hésita pas à renouveler cette maison. Il y appela des religieux de Saint-Victor, et l'erigea en abbaye. (Mon, élu premier abbé, y rétablit la discipline. Mais quand les guerres des Anglais \inrent de nouveau jeter la désolation dans tes environs de Paris, l'oubli de la règle pénétra avec elle dans l'abbaye, et parut pendant fort longtemps devoir résister aux efforts tentés pour l'extirper. Le parlement eut beau informer sous François I'T , le désordre ne persévéra |>as moins ; il parut même jeter des racines d'aulant plus profondes que l'abbé de l'ordre, Benjamin de Brithanleau , fils du marquis de Kangis, ('■tait aussi évêque de Laon, et que l'administration de son diocèse, en l'éloignant de son abbaye, lui rendait impossible une surveillance active. A sa mort, en 16 t 'J, Louis XIII donna Sainte-Geneviève au cardinal de La Rochefoucauld, dont le zèle rencontra d'abord des obstacles, mais qui, en 1C2», put enfin appeler de Senlis douze religieux, auxquels cinq seulement des anciens consentirent a se joindre, pour devenir avec eux le noyau d'une sage et pieuse réforme, qu'autorisèrent de* lettres patentes de tr.2fj Le père Faure fut nommé supérieur, et contribua par >:» modestie, *a douceur et sa piété, à seconder les vues du c i: ! nul-..; ! e ji.^piV. >a mort, u> lui»

— GENRE

Depuis cette époque , la congrégation de France devint une des plus nombreuses et de» plus distinguées de tonte* celles des chanoines réguliers : elle eut a la lois plus de cent maisons , répandues dans les différentes provinces de France. Elle comptait dans le royaume vers le milieu du siècle dernier, 67 abbayes, ?8 prieurés conventuels, 5 prévôtés et 3 hôpitaux de cet ordre; et dans les Pays-Bas, 3 abbayes , 3 prieurés , et un assez grand nombre de cure». Le chancelier de l'université de Paris était toujours prii parmi ses membres. C'est à l'un d'eux , le père Jean Fronteau, nommé en «648, que l'on doit la fondation de la Bibliothèque de Sainte-Geneviève, à laquelle le cardinal Le Tellier, archevêque de Reims, légua tous ses livres par son testament. Parmi les autres génovéfains littérateurs, il ne faut pas oublier les père Lallemand , Du Molinet , Le Bossu , Mercier de Saint-Léger, etc. La tourmente de 1793 ne repecta pas plus la congrégation de France que les autres maisons religieuses. Sa bibliothèque, riche d'ouvrages précieux, tant ascétiques que dogmatiques et de controverse, est tout ce qui reste de cette pieuse institution ; elle se compose de 150,000 volumes imprimés et de 3,000 manuscrits.

Quelques privilèges, assez singuliers pour mériter d'être cités, avaient été accordes à l'abbé de Sainte- Geneviève : ainsi, il donnait des monitoires comme les évêques, et quand, dans une calamité publique , on portait processionnel leruent la châsse de la patronne de Paris, non-seulement il avait, ainsi que ses religieux , la droite sur l'archevêque et sur le chapitre, mais il bénissait le peuple comme le prélat Les armes des génovéfains étaient d'azur à une main tenant un cuir enflammé, et pour divise : Super emineal chantas. Ils portaient habituellement une soutane de serge blanche, avec un collet fort large, et un manteau noir quand ils sortaient de l'abbaye; au chœur, pendant l'été, un surplis de toile, l'aumusse sur le bras gauche , et le bonnet carré; l'hiver, un long camail noir avec un capuchon à peu près semblable à celui encore en usage à Paris, et une chape également noire. Leurs constitutions ne les avaient pas tellement éloignés du clergé séculier, qu'ils n'en partageassent encore les sollicitudes et les fonctions. Us desservaient les paroisses , administraient spirituellement les hôpitaux et les maisons de charité, dirigeaient les séminaires , et rendaient aux fidèles tous les service.* du ministère L'abbé J. Dipuasis.

GENOVINO D'OR. Voyez Florin d'or.

GENRE (en latin .enus, en grec vivoc, race, famille, espèce ). Ce tenne désigne, dans les sciences, un groupe ou collection d'espèces analogues entre elles, et qui peuvent se réunir sous des caractères communs. L'espèce e*t constituée par l'identité des formes; le genre s'établit par leurs degrés de similitude. Sans doute, comme Butïbn le reprochait à Linné, l'âue n'est pas un cheval, mais il s'en rapproche par ses caractères plus que tout autre animal ; il appartient non à la même espèce , mais au même genre. Pareillement, le lion, le tigre, le léopard, etc. , sont de gros chats : formes du cor|is, dents, griffes, yeux brillants de nuit, instincts sanguinaires, rie» d'essentiel ne leur manque, ni l'art de guetter leur proie, ni le saut foudroyant pour la saisir. Toute la nature se trouve ainsi composée d'une Infinité d'autres espèces d'animaux (oiseaux, reptiles, poissons, coquillages, insectes, vers ) , et de plantes innombrables, ayant plus ou moins de ressemblances fraternelles, constituant une multitude de genres et de familles nat ii relies, qu'on sait même reconnaître à la première vue, pour peu qu'on s'habitue à cette charmante élude. C'est ce que les naturalistes appellent aussi habitus ( l'aspect ). Quel plaisir en effet de rencontrer dans telle fleur des Indes ou d'Amérique une congénère, et pour ainsi parler une parente , une so-ur de telle antre espèce de nos climats? Ainsi, des roses, des chênes, habitent diverses régions de l'univers : famille dispersée sur le globe comme les entants du premier père, et peut-être modifiée, dégénérée par la misère, ou enrichie par un sol fécond et prospère. Qui pourrai! nous dire toutes le* aventures par lesquelles «

GENRE

i pour qu'elles

différaient autant entre elles du type primordial? Ou bien ont-elles rte créées originairement diverses comme aujourd'hui et dus des formes fixes, inaltérables? Toujours est-il certain qu'on volt plantes, animaux, se grouper ea/amiUes naturelles, qui décèlent une origine commune, incontestable. Voilà ce qui forçait l'illustre Linnék soutenir que les geurta sont naturels.

Et en eflet, comment dix insectes ou plantes, dont l'un babite le Japon, l'autre la terre de Diémen, l'autre le nord de l'Europe, celui-d le Chili, celui-IA le Cap de Bonne-Espérance, etc. , auraient-ils des caractères analogues du papillon ou d'une bruyère, s'ils ne sortaient pas d'un moule analogue, sans être pourtant semblable ? Il y a donc des grnres. Mais parmi ces groupes plus ou moins nombreux en espèce» (car on a vu des genres qui en contenaient plusieurs centaine-» / , il est utile d'établir des subdivisions, des tousgenre* ou sections, afin de mieux distinguer leurs caractères et d'arriver plus aisément à la distinction des espèces. Or, c'est dans cette découpure de genres, que font plus ou moins arbitrairement les botanistes, les entomologistes surtout, que réside la dispute. Sans doute, à mesure que des espèces nouvelles viennent enfler immensément les catalogues, il convient do discipliner ces recrues en nouveaux bataillons et de leur nommer un chef; cependant, on doit conserver toujours l'uniforme du régiment ou te titre primitif de la famille. La dispute sur la fixité ou la mobilité des genres cessera, pourvu qu'il soit bien établi que, sauf les subdivision" fondées sur l'utilité de l'étude et livrées à l'arbitraire des auteurs, il existe de vrais genres ou familles d'êtres, voisins, alliés, analogues entre eux, soit pour les caractères de l'organisation , soit pour les propriétés et les attributs.

Ce n'est pas toutefois un travail stérile que cette classification des espèces en genres. D'abord, on apprend ainsi à les rattacher a un plan d'organisation ; l'on voit quelles parties sont plus fixes : par exemple, celles de la fructification chez les plantes, celles de la nutrition dans les animaux. On étudie ainsi la marche de la nature, les causes des dévia- 1 tion» des races et espèces, les affinités ou rapports qui rat- ; tachent entre elles les familles de ces créatures, les modifications dues au climat ou a la température, au sol, à la station montagnarde ou des bas-fonds, etc. ; comment les géraniées du Cap de Bonne-Espérance portent deux pétales plus longs ; pourquoi les herbes aquatiques submergées "présentent des feuilles subdivisées, laciniées ou fenestrées; comment des animaux des déserts sablonneux et arides ont les jambes conformées pour y courir, etc. Il en naît autant de caractères distinctib capables de motiver des sections génériques. J.-J. V«et.

GENRE ( Grammaire ). Il n'est peut-Ctre pas dans tontes les choses humaines une question qui ait été aussi fréquemment et aussi inutilement discutée dans tous les tenu* que le genre des noms. On doit remarquer d'abord qu'aucun des grammairiens de Rome et d'Athènes ne nous offre une solution du genre des noms de sa propre langue. Aussi, dans notre France, toute grecque et toute romaine au quinzième, au seizième, et au dix-septième siècle, gran<le tôt la |x-ine de nos grammairiens , qui, embarrassés de la tnple difficulté du genre des noms grecs, latins et français, voulaient trouver une solution qui expliquât d'un seul coup le genre dans les trois langues. Chaque fois qu'ils abordent cette grande question, comme irrités de l'inutilité de leurs efforts, ils manifestent leur mauvaise humeur par les mots sans cesse répétés d' 'absurdité, de sottise, d'arbitraire, etc. Cc>l dans un de ces moments de mauvaise humeur que Dodos a dit, dans son commentaire sur Port-Royal : « L'institution ou la distinction des genres est uue cho?e purement arbitraire, qui n'est nullement fondée en raison, qui ne partit pas avoir le moindre avantage, et qui a beaucoup d'inconvénients. » Ne trouvant de lumière nulle part, les auteurs de l'article Genre des noms dan^ la grande Enojclopdie ont été forcés de (aire cet aveu : « Ce serait une

peine inutile, dans quelque langue que ce fol, que de vouloir chercher ou établir des règles propres A taire connaître le genre des noms.» Depuis cette époque uos grammairiens n'ont pas été plus heureux dans leurs recherches. Notre grammaire générale n'offre pas plus une solution du genre que la simple grammaire des écoles ; et si l'une ou l'autre donne quelques règles, on peut presque toujours démentir ces règles par une foule d'exemples tirés de nos plus grands écrivains. L'Encyclopédie moderne a donc résumé la longue histoire de cette grande question de notre grammaire, quand elle a dit : « L'irrégularité et l'arbitraire qui régnent dans la distribution du genre , surtout en français, (ont de cette partie de notre grammaire une des plus grandes difficultés... Les maîtres semblent désespérer de la lever. - Heureusement ceci n'est plus aussi vrai. L'erreur de uos grammairiens était de vouloir expliquer par le même moyen le genre des noms dans toutes les langues. Il semblaient ignorer que chacune a des secret» qui n'ont leur solution que dans les mmurs du peuple qui la parle, el que si un principe explique le genre dans une langue, ce sera souvent un principe tout opposé qui l'expliquera dans une autre. Toutefois, nos grammairiens ont généralement senti qu'en français il doit exister une relation immédiate entre le genre d'un nom, sa signification et sa forme ; mais avaient-ils jamais soupçonné qu'il pouvait exister le moindre rapport entre le genre d'un nom et la pensée qui domine dans la phrase où il se trouve? Et cependant, c'est dans ,e rapport si méconnu qu'est tout le secret du genre des noms français. L'homme, comme on le sait, s'assimile dans la nature tout ce qui est fort ; il se l'approprie, il en fait sou domaine. Mais ce n'est point assez pour le Français de s'emparer de la force partout où elle se décèle ; par un travail bizarre, mais réel, de son imagination, il veut que fout être fort lui ressemble et soit masculin comme lui. Ainsi, lorsque Voltaire, dans La Henriade, veut peindre Elisabeth, tous les mots qu'il emploie sont masculins, et il finit par ce dernier trait, qui caractérise sa pensée :

El l'Europe f ou* comple au rang Je* pluj griud» bommci.

Ce vers prouve mieux que tout raisonnement que la masculinité accompagne le penchant de l'homme à s'approprier tout ce qui annonce de la grandeur, de la force, et de ta su|iériorilé. L'exemple suivant nous prouvera, à son tour, que la fémininHé exprime cette douceur, cette grâce, cette bonté, cette touchante faiblesse, qui rendent la femme si Intéressante. Chateaubriand, dans le Génie du Christianisme, a dit : " Il n'appartenait qu'à la religion chrétienne d avoir lait deux soeurs de l'Innocence et du Repentir. -* Ce bel exemple, qui n'a jamais était cité, met dans tout son jour la vérité que nous essayons d'exposer. Elle brille ici du plus grand éclat ! Le Repentir, sœur de /' Innocence ! Vérité touchante! beauté admirable, mais qui eût pourtant écrasé uos grammairiens matérialistes, s'ils eusssent osé l'attaquer ! C'est à cette liarroonie qu'il faut rapporter le double genre des noms aigle, amour, automne, couple, orgue.eU.

Edouard Biuconmeii .

GENRE ( Peinture de). Pris d'une manière absolue, ce terme comprend la bambochade, les scènes de la vie qui n'ont pas le caractère du style assigné a celles du genre historique; la représentation, même de grandeur naturelle, des animaux considérés isolément, et non comme accessoires du paysage et du tableau d'histoire; les vues d'édifices aussi prises isolément, les intérieurs, les fleurs, les instruments, les ustensiles, enfin ce qu'on appelle lu nature morte. Longtemps les tableaux de cette dernière espèce ont été seuls compris sous la dénomination de tableaux de genre; les autres s'appelaient tableaux de chevalet.

La définition que nous venons île donner de la peinture de genre, n'est pas de celles qu'on accepte sans conteste, et on disputera probablement longtemps encore sur la question de savoir s'il convient ou non de comprendre sous cette dénomination telle ou telle production se rattachant |>eui-étr«

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plus directement à uoe spécialité nettement tranchée de l'art. La difficulté consiste en effet h bien déterminer , par exemple , le point de départ qui sépare la peinture historique de la peinture de genre, définie comme nous venons de le taire, alors qu'elle comprend des figures humaines. Ne peutun pas, au reste, dire qu'en représentant une figure humaine, un artiste a un but double : qu'il veut nous la montrer ou comme manifestation purement physique, dans cet état où tout individu ne vaut que ce qu'il est réellement, ou bien comme expression de lame humaine relativement à un (ail an-dessus de la portée des sens ? Dans le premier cas il fait, suivant nous, de la peinture de genre, et dans le second, de la peinture historique. Ainsi, lorsqu'il arrive à Beukelacr de nous peindre le Sauveur que Pilate montre au peuple, non pour nous le représenter dans ses souffrances, mais au milieu d'un grand marché, oii sur le premier plan nous apercevons des marchands de légumes et de poissons, tandis que le divin Rédempteur est relégué tout au fond du tableau; et quand Paul Véronèsc nous représente les noces de Cana comme un grand banquet, sans que rien y mette en saillie la présence de Jésus-Christ, qui doit cependant opérer des miracles, nous disons que Tune et l'autre de ces toiles n'appartiennent pas au genre historique, mais bien à la peinture de genre. Le peintre de ba tai lies qui traite un sujet conformément aux règles de ce genre, comme Van der Meulcn, nous fait apercevoir la bataille complète avec tous ses incidents ; tandis que, comme peintre d'histoire, Raphaël, dans la bataille de Constantin, nous peint le vainqueur avec son céleste secours au moment où son adversaire est vaincu; et c'est sur ce moment que l'artiste fait coopérer tous les autres groupes de son tabeau à l'expression de cette pensée. La peinture de genre s'accommode par conséquent tout aussi bien de scènes accidentelles de la vie que d'importantes situations historiques; elle n'a pas besoin de les traiter conlorméiuent aux règles élevées du beau, mais die les représentera accidentellement telles qu'elles sont. Pour elles aussi les accessoires n'ont pas moins d'importance que le sujet principal. Aussi le plus souvent les détails d'architecture ou de paysage occuperont-ils plus de place dans les tableaux de genre, tandis que les figures y seront de petite dimension.

L'antiquité avait déjà établi en peinture une classification analogue à celle qui est comprise aujourd'hui sous la dénomination de peinture de genre, laquelle a pour berceau le Mord et surtout les Pays-Bas. Après que l'école d'Eyck en traitant les sujets pieux eut montré du penchant à y représenter la nature vulgaire, sans pourtant négliger pour cela le caractère religieux et les exigences de la peinture poétique, Lucas de Lcyde et Albert Durer commencèrent à représenter dans leurs tableaux et leurs gravures de véritables scènes populaires. L'aîné des Breughee se servit de scènes triviales pour de» allégories burlesques, et les sujets empruntés par T én i c r s l'alné à la vie populaire des Pays-Bas ne tardèrent pas à être généralement goûtés. La réformation ayant porté par tous pays un grave préjudice à la peinture religieuse, l'art divisa alors ses forces entre la représentation des paysages et celle de scènes de la vie ordinaire. Les bambocliades de Pierre van Laar on Bamboche firent d'abord en Italie la fortune de cette brandie de l'art, qui parvint à une rare perfection en Hollande et en Flandre, grâce aux travaux de maîtres tels que Terburg, Brauwer, Van Ostade, Rembrandt, Téniers le jeune, Metiu, Gérard Dow, etc. Quel que soit, sous le rapport de la manière caractéristique et joviale dont la vie commune y est représentée, le mérite d'un grand nombre d'ouvrages de ces artistes, d'autres prouvèrent aussi que par une grande délicatesse d'imitation et une certaine habileté de pinceau on peut communiquer un cliarme indéfinissable aux ligures et aux scènes les plus indifférentes ; et comme il y avait là de quoi satisfaire un grand nombre d'amateurs et d'artistes, cette espèce de peinture perdit de plus en plus toute portée intellectuelle jusqu'à ce que dans

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