‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 2 sur 614 · ET CHEZ MICHEL LÉVY FRÈRES , LIBRAIRES, 2 BIS, RUE VIVIKNNE · texte numérisé non relu

ET CHEZ MICHEL LÉVY FRÈRES , LIBRAIRES, 2 BIS, RUE VIVIKNNE

M DCCCLV.

DE

FRÉRET (Nicolas), secrétaire perpétuel d« l'Académie des Inscriptions et belles-lettres , naquit a Paris, en 16sS Son père, procureur au parlement, eût désiré lui faire aivre la carrière du barreau ; mais reconnaissant combien pea il avait l'esprit des affaires, il finit par le laisser libre d'obéir an penchant qui l'entraînait vers les lettres. En elfet » Page de seize ans. Fréret , élève de Roltin , était déjà sn prodige d'érudition; aussi en 1714 ne pouvant encore prendre place parmi les membres de l'Académie, à cause de &i ;r-iïoea£e, y fut-il, en attendant, admis à titre d'élève. Son kkit fut signalé par un discours sur l'origine des Français, qui choqua les opinions alors admises, et blessa si vivement I tbbé de Vertot, qne celui-ci dénonça l'auteur au ministère. Freret fat mis à la Bastille. Duclos assure qne des propos ^discrets sur l'affaire des princes légitimés furent là véritable cause de sa détention. Quoi qu'il en soit, Fréret ocori les loisirs forcés qu'on lui faisait à retire attentivement les auteurs grecs et latins , acquérant ainsi une connaissance pu» approfondie de cette antiquité, qui fut l'objet des travaux de tonte sa vie. Dans l'ardeur de son zèlu pour U science, il voulut aller visiter la Chine, afin d'étudier par lui-même mis annales; mais, ne pouvant réaliser son projet, il apprit du moins le chinois d'un lettré de cette nation, km en France en 1711. Aidé des lumières d'un célèbre B>*«ionnaire , le père Ooubil , Fréret établit que- l'histoire •W Chinois, loin de se perdre dans la nuit des temps, était 6m* dans les livres de Moue , et ne remontait pas au delà fte ran J,»75 avant J.-C.

La géographie avait également été l'objet de ses travaux, • '. dans ses papiers l'on ne trouva pas moins de 1 ,357 caries tracées de sa main. Reconnaissant l'influence des idées r ieuses et philosophiques sur les révolutions des peuples, a «(reprit de débrouiller la cosmogonie en même temps que La ptulosophie des Orientai! i, puis celle des Grecs; et rien Je plus curieux et de plus instructif que les dissertations 1»"d composa sur ces différents sujets. Outre les langues aneanes, il savait l'anglais, l'italien et surtout l'espagnol. » connaissait aussi, dit Bougainville , son successeur a ' Académie, l'histoire naturelle et les procédés techniques des et possédait assez de géométrie pour devenir bon phy- *iea. Quoi qu'il poursuivit la renommée, il ne la désirait p* uniquement pour lui, mais surtout pour l« corps dont il tarait partie, et auquel il rapportait tous ses travaux ; c'est ce fi explique comment la plupart de ses écrits, disséminés •bas le recueil de l'Académie des Inscriptions, dont il fut du nwnibre en 1716, et secrétaire perpétuel en 1742, no tant rassemblés et publiés qu'après sa mort. Les systèmes historiques du Fréret, quelquefois en démet. DE LA COITTEM. — T. X.

saccord avec les livres saints, l'uni fait ranger parmi les philosophes de l'école de Voltaire et «le Diderot ; mais s'il attaqua ouvertement la religion chrétienne dans quelques écrits, il les garda soigneusement en portefeuille , ou ne les communiquant qu'à des amis discrets et éprouvés, l'assaut la plus grande partie de sa vie dans son cabinet , il n'avait point ces formes élégantes et polies que le grand monde seul enseigne. Aussi allait-il rarement dans les salons; il leur préférait de beaucoup le ca f é Procope, où il disputait sans cesse avec Boindin sur des questions de métaphysique et de philosophie. Ce fut là que lUiclos fit sa connaissance. Fréret mourut le 8 mars 174t>, à l'agcdc soixante et un ans.

Saiirr-I'KObrER jeune.

FRKRON ( Élik-Cathemixi: ), le fondateur du journalisme en France après Rcnaudol, naquit a Quimpei , en 1 7 i'J. Il était allié par sa mère à la famille de Malherbe. A la tin du dix-huitième siècle, à l'instant même où la pensée humaine commençait cette longue révolte qni a enfanté la plus longue, la plus difficile et la plus mémorable des révolutions, au moment même où toute l'Europe, éblouie et étonnée, disait à Voltaire : Tu seras roi, Voltaire! un homme arriva pour défendre, lui tout seul, la littérature du dix-septième siècle, qui était déjà de la vieille littérature, les principes du grand régne, qui étaient déjà de vieux principes, la croyance de Bossuetet de Louis XIV, qui était déjà de la vieille croyance. Cet homme, qui combattit seul toute sa vie pour la sainte cause du gont, et de l'art, et des règles, cet homme, qui eut pour mot d'ordre : Racine et Boileau , cet homme a été le plus courageux et le plus constamment courageux de son temps. Tout seul , lui qui n'était pas même le dernier des gentilshommes, ou le dernier des hommes d'Église, il a défendu, uuit et jour, la cause du roi et de l'Église, abandonnée par la France entière , par l'Europe entière. Tout misérable que vous le voyez là, perdu dans la foule, sans protecteur, sans appui, sans ami, sans conseil, tout seul , il a osé s'opposer à Voltaire , le Mahomet de ce temps- là ; il a tenu tête , tout seul, aux encyclopédistes ameulé* en masse, et à Y Encyclopédie, cette statue d'argile aux pieds d'argile!

H arrive à Paris tout jeune, fait ses études chez les jésuites et professe quelque temps au collège Louis le-Crand. Puis, à vingtans.il offre à l'abbé Desfontaines de travailler avec lui à ses Observations sur les écrits modernes et à ses Jugements sur quelques ouvrages nouveaux; et à peine a-t-il pris la plume, qu'il fait oublier son maître, qui meurt en 1745. Alors commence cette lutte de vingt ans entre Fréron et le parti philosophique. Chaque jour, matin et soir, il était sur la brèche, voyant venir les nouveaux hommes et

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tes œavre* nouvelles. Tout le dix-septième siècle passa de- Tant lui en hurlant des cris de rage; et lui, il jugea tranquillement et de sang-froid le dix-huitième siècle qui passait. Jamais vie littéraire ne fut plus occupée et plus remplie; à chaque instant c'était un nouveau venu dont il fallait s'occuper sans relâche : Tantôt Diderot, moitié abbé, moitié philosophe, arrivant de sa petile ville de Langres en sabots et* demi vêtu; tantôt un homtne qui all.nl aM>ir quarante ans, arrivant dv Genève sans argent, sans habits, sans renommé!;, sans protecteur, dévoré depuis vingt ans |4r d'invincibles ot puériles passions , et qoi allait être bientôt Jean- Jacques Rousseau, c'est-à-dire l'auteur de VÉmile, de VUéloise et du Contrat Social. Eb bien! non-seulement Fréron juge Jean-Jacques, Diderot, d'Alembert, mais encore Montesquieu et Buffon, deux grands seigneurs «Tan très-grand style.

Ce sont là des travaux t Nommez-moi un grand ouvrage du dix-huitième siècle qui ail échappé à l'analyse complète, à la Justice indépendante, au jugement toujours sûr de Fréron ! Et en même temps nommez-moi un grand ouvrais de ce siècle qui ne demande pas pour être jugé entièrement la vie d'un homme ! Et après les maîtres , pensez-vous aussi que les disciples n'aient pas eu leur tour dans cette histoire littéraire du dix-huitième siicle, écrite jour par jour par Fréron ? Les voici en effet qui arrivent les uns après les autres, tous les philosophes a la suite, tous les poètes à la suite, Grimm, Helvélius, le baron d'Holbach, Conduise, La Harpe, Chamfort , qui encore .» Ils arrivent tous en masse, en foule, en tombant sur la gloire, ou tout an moins sur la renommée , comme de pauvres morts de faim ; les économistes, les philosophes, les déistes, les athées, les vieillards et les jeunes gens, les plébéiens et les grands seigneurs, les républicains et le* théocratiques, Us arrivent tous, chacun apportant sa petite ruine, chacun apportant son petit sophisme, celui-ci ôtant à la langue, celui-là y ajoutant, tous détruisant, arrangeant, recomposant et massacrant cette belle langue du siècle de Louis XIV : et à tons ceux-là, qui accouraient en foule à la ruine de Carthage, il fallait qne Fréron tout seul répondit, l'un après l'autre, et à tous en même temps ; Fréron seul défendait pied à pied, pouce par pouce, ce beau royaume de ta philosophie, de la croyance, de Part et du goût au dix-septième siècle, attaqué et battn on brèche de toutes parts; et il publiait en 1746 ses Lettre* à M— la comtesse de ***, supprimées à cause de leurs violences contre les célébrités de l'époque, et de 17'*9à 1750, en collaboration avec l'abbé de La Porte, 13 volumes in- 12 de lettres sur quelques écrits du temps, qui auraient eu le même sort sans la protection du roi Stanislas.

Dans la liste formidable et très-incomplète des grands écrivains et des grands ouvrages auxquels Fréron eut affaire dans sa vie, je ne vous ai pas encore nommé le plus redoutable, le plus intrépide, le plus atroce de tous, Voltaire. Autant Voltaire aimait la gloire, autant il haïssait Fréron. Autant Voltaire adorait la toute-puissance, autant il haïssait Fréron. Oui, le grand Voltaire, ce mattre souverain de l'Europe philosophique et littéraire, ce grand poète qui a pense détrôner le Christ, ce roi tout puissant dont la capitale était Ferney, ce roi de l'esprit et des révolutions, des grâces et des paradoxes, ce prodige qui a renversé, en se Jouant, et comme il eût brisx* une porcelaine chez Mme de Pompadour, une monarchie et une religion de quinze siècles, s'il a été jaloux de quelqu'un dans sa gloire et dans sa toute puissance, ce grand Voltaire, il n'a été Jaloux ni de Racine, ni de Corneille, ni de Bossuct, ni de Jean-Jacques Rousseau, ni de Montesquieu, il a été jaloux de Fréron I Et Fréron a été attaqué par Voltaire autant et aussi souvent et plus violemment attaqué que Nôtre-Seigneur Jésus-Christ luimême ! Fréron a été traité comme une religion , attaqué comme une croyance, et ce rare esprit, Voltaire, a été aussi inquiété par F Année littéraire que par la Bible! Oui, Voltaire a été arrêté par ces lignes écrites avec sang-froid et sans colère! Oui, Voilaire a porté ses doux mains de fer et

de feu contre ce chiffon de V Année littéraire, et il n'a pu venir à bout de l'anéantir ! Lui Voltaire, arrêté dans sa gloire par cette misérable feuille, et jouant, lui Voltaire, vi*à-vis de Fréron, le rôle de cette princesse des contes de Perrault qu'une toile d'araignée empêche de sortir de sa prison, parce que la toile d'araignée renaît toujours! Lui Voltaire, ainsi arrêté par Fréron I Avouez avec moi qu'en effet celi est étrange, et qu'en effet Voltaire, se voyant vaincu comme CromvVell pat ce fratH de table placé là, é eu bien fit*» d'être furieux tonte sa rie, et de toute sa fureur, « titre Fréron.

Aussi, vous savez comment s'est exhalée cette immeirv colère de Voltaire , qui n'a jamais eu d'égale : tout ce qu'an j homme peut supporter et souffrir en ce monde, Fréron I» ! supporté et souffert. 11 a eu tous les genres de courage : on | l'a frappé à coups de béton, on i'a humilié dans sa personne, dans ses enfants, dans sa femme, dans son honneur, dans sa probité, dans ses mœurs, dans son foyer domestique; on l'a traîné sur le théâtre (chose inouïe depuis Aristophane)! i et là , devant le peuple assemblé, en présence de tous la grands seigneurs de la cour et de tous les puissants de U ville, ç'a été à qui lui cracherait le plus au visage tout ce que la haine a de fiel et la rage de venin, tout ce que le mépris peut imaginer dans ses accès de brutalité, tout ce qu« des crochetetirs pris de vin, tout ce que des femmes 4e U halle brûlées de soif, peuvent trouver dans leur gosier desséché d'horribles , de sales et d'infâmes ruenscoges , tout cela a été prodigue et versé à plein rase sur la tête de Fié ron le Journaliste ! Voltaire à cette grande occupation a |iassé une grande partie de sa vie. Voltaire voyait Fréron partoet, c'était pour lui l'abîme evtlr'ouvert qui épouvantait Pascal. Au milieu d'une grande dissertation historique, Voltaire s'interrompait poor attaquer Fréron. An milieu «Ton conte léger, il s'arrêtait pour insulter Fréron. En plein poème, il insultait Fréron. Partout, à chaque instant, Voltaire écrit le nom de Fréron. Fréron est insulté dans le même livre que la Pucelle d'Orléans. Fréron est insulté dans Conduit. Cest contre Fréron que Voltaire a lancé sa plus imniorkfe satire, le Pauvre Diable, cette horrible philippique degéait, à laquelle ou ne peut rien comparer , pas même les pis* horribles passages de Juvénal. Enfin, c'est contre Fréron qoe Voltaire a écrit L'Écossaise, cette horrible comédie, dans laquelle un homme vivant a été montré au doigt cointne le plus affreux des misérables. Le comédien qui le Jnoi i imité jusqu'à sa figure ; il s'est même procafé on de ses h»bits; il s'est avancé sur le bord du théâtre, et il a dit : Jt suis un voleur, un sot, un misérable, un mendiant, «» vénal; et pendant les cinq actes de la pièce il s'est Jet* à lui-même de la houe au visage, et personne n'a pris I» défense de cet homme, seul contre tous....

Cependant, à cette première représentation de L' Écossais, plus d'un cœur a dû battre, plus d'un front a dû péhr, qsand soudain, an dernier acte, au moment le plus grand de l'admiration générale, on vit aux premières loges une pamw femme qui tombait évanouie, et à l'orchestre un boni m-' éperdu qui se levait tout debout, en s'écriant avec des Urnes de désespoir : Ma femme ! ma femme ! Or, cette Itimw évanouie, c'était la femme de Fréron; or, cet homme q«l était resté Impassible pendant ces truis heures d'abominables tortures , et qui plairait voyant sa femme évanouie, c'était Fréron lui-même Sont-ce là, je vous prie, les vengeances d'un peuple civilisé* Ce jonr-là on homme était i côté de Fréron, et cet homme eut seul le courage de défendre l'homme attaqué, en lui parlant avec la considération dw au malheur. Celui qui osa soutenir Fréron contre toote cette foule soulevée, c'était Maleslierbcs, le même homme de bien et de courage qui osa plus tard défendre la viede Louis XVI. On composerait, du reste, plusieurs gros volumes des excellent'" <4pigrammes et des immortelles satires dont Fréron a ététfcablé ; il n'y a pas un homme de ce temps-là, même P*fi«°'. qui ne se soit trouvé de l'esprit et beaucoup d'esprit eonu* Fréron. Jean-Jacques Rousseau, qui garde si souvent le fl*

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