‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 22 sur 614 · FROMENT · texte numérisé non relu

FROMENT

tace ) aussitôt après la moisson. Lorsqu'il est séparé des balles, on le dispose en tas dans les greniers, on la renferme dans des sacs, dans des tonneaux, dens des panier* de paille, dans des greniers souterrains ou s i I o s : pli» il a de dispositions aux maladies qui lui sont propres , à l'envaltissement de» insectes, plus il doit être exactement prt's^rvé du contact de l'air. P. Gaubeht.

FRONDE, FRONDfcliR. La fronde est un instrument léger, formé de cuir et de cordes, servant à lancer au loin des pierres et même des balles. Il fut employé comme arme de toute antiquité ; mais on serait peu disposé à le croire susceptible de justesse , si le front de Goliath n'eût été atteint de la pierre lancée par David. Le mot frondeur rappelle les habitants des lies Baléares, les armées perses et carthaginoises, grecques et romaines. Xénophon dépeint les frondeurs comme étant pourvus, un jour d'action, d'un sac en cuir qu'ils portaient derant eux : c'était leur panetière , leur giberne. Quinte-Curce nous montre les frondeurs asiatiques portant leur fronde en manière de parure de tète , c'était leur coiffure. Les frondeurs no lançaient d'abord que des pierres : c'est l'arme de la nature. A mesure du raffinement de l'art, ils jetèrent des projectiles de plomb, qu'on nommait glands ou olivet; plus tard, ils se servirent et de traits enhammés nommés astioches, et de globules d'argile rougie au feu : c'étaient les grenades du temps. Les psililes grecs, devenus plus tard pe lias tes, combattaient la fronde à la main; mais leur arme prit diverses formes, maintenant mal connues : il y eut des frondes à bourse, des frondes à manche, des frondes d'Achaïe. Il y en avait qu'on appelait fustiballcs , d'autres Ubrilles, d'autres frondiballes : ces dernières étaient «le grand modèle. Les repas des enfants des Iles Baléares étaient la récompense de leur succès au tir de la fronde : une mère, dit Florus , no permettait à son enfant d'autre mets que celui qu'il avait eu l'adresse d'atteindre avec le projectile de sa fronde. Les femmes ornaient de frondes leurs cheveux, et les hommes ev avaient de trois calibres , pour proportionner le jet aux distances : l'une de ces trois frondes, suivant Diodore de SicHe, se portait en ceinture, l'autre en coiffure, la troisième à la main.

Les frondeurs romains se sout nommés accenses, addits, férentaires, roraires, vélites. Ils étaient d'abord en petit nombre ; ils s'accrurent ensuite, à mesure de la corruption de l'art et de l'augmentation des alliés, qui pour la plupart servaient comme frondeurs. Virgile et Vcgèce ne sont pas d'accord sur le maniement de la fronde; le poète dépeint Mézence imprimant à son arme une triple rotation; le tacticien affirme qu'il suffisait d'une seule circonvolution autour de la (été du frondeur; il prétend que la portée de l'objet lancé était de cinq à six cents pieds, mais cette portée semble exagérée; il est vrai qne le pied romain était moins fort que le notre. Il ne faut pas croire davantage au prétendu phénomène cité par Ovide et par bien d'antres encore, au dire desquels le plomb lancé par le frondeur était emporté par une impulsion si puissante, qu'il se Tondait en l'air.

Les Frank* ont fait cux-mérnes assez longtemps usage de la fronde, surtout dans les sièges , car au temps d'Agalhias ils ne s'en servaient pas en rase campagne. Les frondeurs français maniaient sous Philippe-Auguste une fronde nommée en latin /unda, et plus tard en français fondelle. Il y avait dans les armée* espagnoles en 1367 des frondeurs. Dans le siècle suivant, les défenseurs d'Orléans étaient armés «Je frondes à bâton, comme le témoignent les récits de ce siège. On commençait alors à essayer de projeter des grenades avec des frondes, mais le danger de ce mode y fit renoncer. Les Bretons sous Philippe de Valois, les Gascons sous Charles VIII, combattaient encore à coups de fronde. La dernière fois que Phisloire mentionne des frondeurs français, c'est au siège de Sancerre : les protestants qui détendaient cette place furent tournés en dérision par les catholiques sous le titre d'arquebusiers de Sancerre. Le perfectionnement et l'usage plus général des armes à feu devaient entièrement discréditer la fronde en Europe. Ce-

- FRONDE

pendant dans les combats livrés à Oran en 1832, les Arabes se servirent encore habilement de cette arme.

6*' Barmn.

FKOiNDK (Guerre de la). « Il y avait en ce temps-là dans les fossés de la ville, dit Montglat dans ses Mémoires, une grande troupe de jeunes gens volontaires qui se battaient à coups de pierres avec de» frondes, dont il demeurait quelquefois des blesses et des morts. Le parlement donna un arrêt pour détendre cet exercice ; et un jour qu'on opinait dans la grand'chambre, un président parlant selon le désir de la cour, son fils (voyes Bachacmoitt ), qui était conseiller des enquêtes, dit : Quand ce sera mon tour, je fronderai bien l'opinion de mon père. Ce terme fit rire ceux qui étaient auprès de Ini , et depuis on nomma ceux qui étaient contre la cour Fnonncxms. » Donc, nul ridicule ae devait manquer a la Fronde, pas même son nom. Ce fut une ligue de vanité, une réaction d'intrigue contre la politique de Richelieu , tombée en héritage au souple génie de Maxarin (1C4S-I657).

Le drame que nous abordons se divise en deux actes trèsdistincts. Le premier commence à la mort du cardinal de Richelieu. Maxarin lui succédait : il avait ses créatures à lui, il fallait les satisfaire; puis les disgrâces prérédente^ se changèrent en intrigues. Cliatcauneuf,à qui Richelieu avait ôté les sceaux dix ans auparavant, et qu'il avait tenu depuis prisonnier à Angouléme, vint s'établir à Sceaux comme dans un centre de cabale. M" de Chevreuse , ancienne favorite , que Richelieu avait également tenue dix-huit ans exilée, reparut soudain. Mme d'Hautefort, plus récemment éloignée, vint se mêler aux mêmes ambitions. Mazariu fol surpris par ces apparitions d'intrigues, et leur opposa des exils nouveaux. Les princes de la maison de Vendôme formèrent le parti des importants , contre le duc d'Orléans, qui suivait la cour avec son caractère ambigu. Les brigues devinrent actives, les rivalités ardentes. Des querelles de femmes se mêlèrent aux anmiosttés politiques: M»edcLon g uevillc commençait à se montrer avec sa fierté jaloase : il fallut lui sacrifier M™* de Montbazon, qui avait laissé échapper quelques témérités sur sa personne. La cour se divisa davantage encore sous ces drapeaux divers. Le duc de Beaufort, le roi des halles, allait à cette guerre avec son caractère âpre et grossier. On l'accusa d'avoir votilo tuer Maxarin. H fut mis à la Bastille. Quelques duels eurent lien. Le duc de Guise se battit contre Cotigny. La éYonrfejustiliait déjà son nom.

Cependant, la France soutenait des guerres plus sérieuses, et, comme Tu renne et d'autres grands noms, le jeune Condése signalait dans les batailles. Maxarin profita d'abord de ses succès pour s'affermir; mais le jeune héros vint à son tour se mêler aux passions qui s'agitaient autour du pouvoir. Son caractère était vif et superbe : il fallait que tout pliât. Gaston, duc d'Orléans, qui avait essayé de paraître à la guerre pour lui disputer un peu de gloire, ne put soutenir cette formidable rivalité. Condé arriva à la cour avec un cortège de seigneurs qu'on appela les petit s-maitres, parce qu'ils imitaient le ton fier et dominateur damaitre qui les traînait après lui. Sa gloire commença à paraître gênante, et Mazarin exerça son esprit à découvrir des subtilités propres à le délivrer de celte ambition. Le cardinal avait besoin de subsides ; le parlement résista pour lui en donner. 11 se tint un lit de justice, où Talon, avocat général, se lit, au nom du peuple^ l'auxiliaire des factions. Anne d'Autriche, régente du royaume, supporta peu patiemment ces résistances. Elle fit des plaintes dures aux magistrats. L'irritation n'en devint que plus vive. Le parlement proclama un arrêt d'union qui était une guerre ouverte. On enleva quelques magistrats, qu'on mit en prison. Le peuple prit parti pour eux, et s'accoutuma aux séditions. La reine manda le parlement, et lui parla de châtiments exemplaires qui étonneraient lapostérité. Mais Maxarin espérait tout calmer par des négociations. La violence, comme la ruse, fut inutile.

Condé avait laissé là les discordes et les petlts maUres : il

FRONDE

«lait «lié reprendre le c&urs de ses victoires. La nouvelle <te la bataille de Lent arriva parmi le* difficultés où se f routait la cour. Le moment parut opportun pour la vengeance. On profita de» solennités dn Te Destin pour enlever (M août 1649) les plus audacieux des conseiller», Brous» el en tète, magistrat populaire, bon homme au fond, qui servait d'instrument à des vanités de seigneurs et à des jalousie» (f ambitieux. A cette nouvelle, tout Paris se soulève, et alors se révèle inopinément un caractère qui jusque là s'est (rainé sourdement et mystérieusement dans les intrigues, le coadjuteur de Gondy , qui résume en lui les passions d'un mauvais prêtre et celles d'un hypocrite factieux, colorées par ile& semblants de morale et des rases de politique. // déposa, avoue -t- il , dans ees crises de rébellion, trente-six itnilr ecur en aumônes et eh libéralités, du 28 mars au 25 euoûl ( 1648). Toute cette charité avait servi a préparer des barricades; et pendant que le peuple se ruait furieux dans les mes et sur les places (37 août), le coadjuteur, se précipitant au travers des masses, courait au Palais-Royal, stof frant a la reine comme un homme de paix, résolu à calmer la révolte. Il y a de la révolte, lui répondit la reine, d tmapner qu'on puisse se révolter. C'était déjà fait; mais l'instinct de la colère royale tomba sur le coadjuteur. La reine lu porta la main au visage. Mazarin la calma comme il put.

Mais d'autres nouvelles de la ville arrivent. Le danger est c> and. On envoie aux mutins le maréchal de La Meilleraye et le coadjotctir. Celni-ci, dans la mêlée, reçoit un coup de pierre et est renversé; un mutin même porte la main sur kri, et va le tuer : Ah , malheureux ! si ton père te voyait , dit le prélat, et de ce mot il désarme le furieux. Il rentre au Palais-Royal, embarrassé du trop grand succès do ses libéralités et de ses aumônes, et commençant à soupçonner ce qu'il y a de sérieux dans ce jeu de faction et de révolte. Le raaréciial dit à la reine : Si vous ne mettes Brous sel en liberté, il n'y aura pas demain pierre sur pierre à Paris. Le coadjuteur appuie cet avis. « Allez vous reposer, monsieur, lui répond la reine, avec ironie; vous avez bien travaillé ! » Gondy sort en effet, tourmenté de mille pensées (f Ambition, de dépit, de terreur, de vengeance. La colère t'emporte. Il laisse faire ce peuple qu'il a si bien dressé, et pense feulement à donner des chefs à la sédition. Beaufort, échappé de sa prison, est son premier instrument. La nuit se passe en préparatifs de guerre; de son coté, la cour Mage à ses moyens de défense. Le parlement vient se jeter aa travers de ces conflits, avec des prières et des remontrance*. Tout le monde réclame la liberté de Broussel. La reine cède. Les prisonniers sont rendus au peuple, et la furear de la sédition devient la joie du triomphe, danget nouveau, plu* grand peut-être pour l'autorité.

Les intrigues parlementaires suivent leur cours. L'émeule des rues s'est réfugiée au palais , parmi les plus jeunes conseillers. Mais les anciens ont aussi leurs emportements de vanité et d'indépendance. - La barbe du premier président (rillustre Molé), si vénérable, dit Monfglat, ne les pouvait retenir. » Enfin, le duc d'Orléans vient, avec son caractère irrésolu, se Jeter parmi toutes ces agitations. On tient des conférences avec la cour; mais ses prétentions sont si extrêmes, qu'elle dut quitter Paris soudainement ( 6 janvier 1649). Ce fut un coup de foudre pour les divers partis.

Dès lors, tout se mêle. Le duc d'Orléans, moitié à la cour, moitié an parlement, dominé par l'abbé de La Rivière, son ministre , qui veut être cardinal, joue des rôles de toutes sortes. Condé ne sait plus quelle conduite tenir. Sa sceur, M™* «le Longueville, se sépare de lui, et le laisse à ses perplexités pour se livrer plus aisément à ses cabales. Un instant, d'Orléans et Condé parurent unis , chacun se disputant U popularité des actes qu'on voulait arracher à la cour. Mais Mazarin, tout en cédant et ramenant la cour à Paris (août if>49), semait la discorde parmi ses vainqueurs. Le chapeau, sollicité par Gaston pour La Rivière, était en mi me temps sollicité par la maison de Condé pour le prince de Contt La rivalité fut vive et longue. Deux femmes y ajou-

tèrent toute la ferveur de leurs vanités, tout le génie de leurs intrigues, M"* de Longnevillc et Mademoiselle, fille de Gaston. Le coadjuteur profilait de cette vaste anarchie pour ses essais de sédition, appelant à lui les curés, les docteurs, les religieux; et le peuple, depuis longtemps é|*ilsé par les batailles véritables, se satisfaisait à ces conflit* par des récits d'épigrammes et par des chansons qu'il allait Toir tous les matins placardées sur le Pont-Neuf. La cour recourut encore à la fuite; mais cette fois avec des plans concertés de guerre contre Pari! et contre le parlement. D'étranges divisions se firent en ce moment. Condé suivit la cour, et M™ de Longuet ille, sa sœur, resta à Paris, pour commander à la révolte. Le duc d'Orléans ne sortait pas de ses ambiguïtés ; mais il servait de drapeau à mille ambitions. L'armée royale assiégea Paris. Le peuple, sans savoir ce qu'il faisait, ni quelles étaient toutes ces querelles sans but, se laissa conduire par le coadjuteur et le doc de Beaufort. Il y eut des combats sérieux , sans profit pour les partis. Condé y allait avec son ardeur accoutumée. L'intrigue étrangère profita de ce désordre , et apparut en plein parlement. D'autre part, de grands noms furent emportés dans la défection : Turenne prit parti en Allemagne pour le parlement; mais ses tnonpcs I abandonnèrent.

Tout marchait cependant de plus en plus au hasard dans ce grand désordre. La désolation était extrême dans Paris; le peuple se vengea de sa misère en lâchant sur le palais du cardinal une tourbe de furieux : tont y fut dévasté; les livres de sa bibliothèque jonclièrent la rue et servirent d'aliment à un feu de joie. Lui, sur ces entrelaites, ne s'animant à aucune violence, négociait tranquillement et se croyait de plus en plus maître à mesure que la colère publique s'acharnait après lui. Il eut l'habileté de laisser ses ennemis étaler leur ambition , leur cupidité. H les perdit par leurs prétentions. La faveur des masses finit par se détourner de ces ambitions personnelles, à qui la fortune de l'État servait de prétexte. Alors Mazarin domina les négociations : un Te Deum fut chanté en l'honneur d'une paix rendue nécessaire pour tous les partis, et qui n'en devait satisfaire aucun. Ce fut la fin de la première Fronde.

Tout à coup il y a des revirements, des réactions, des retours de partis. Les petits-maîtres de Condé, fiers de la victoire qu'ils attribuent à leur brillant patron et à euxmêmes, injurient les frondeurs : il y a des cartels d'hommes et des injures de femmes. Les frondeurs ont des liens à la cour. Leurs intrigues sèment la défiance et la jalousie entre ceux qui suivaient tout à l'heure le même parti. D'autre part, M",e de tangucville, qui s'est rapprochée de son frère, lui reprorho de ne rien faire pour agrandir ta maison. Elle lui souffle son ambition. Mazarin voit naître ces dissentiments, et ne dit mot : il a, comme la reine, besoin de se débarrasser de ce patronage de Condé, dont la gloire pèse à sa politique tortueuse. Des prétentions de gouvernement, des demandes de faveur, des rivalités de mariage, vont hâter les ruptures. En même temps lo parlement de Bordeaux fait des réclamations contre d*Bpernon, gouverneur de la Gutennc. Condé baissait d'Épernon, Mazarin le défend. La discorde éclate. Condé, qui demande Pont-de-l'Arche pour son beau-frère, le duc de Longuevilk, essuie un refus ; sa colère est au comble : après une scène animée avec le cardinal, il s'éloigne en lui passant la main sous le menton et lui jetant ces mots d'ironie : adieu. Mars ! D'autres griefs f u Mes arrivent. La cour se divise pour des tabourets. Enfin, l'idée vient à la reine et à Mazarin de se délivrer de cette gloire importune en l'envoyant en prison ; coup d'État préparé par les femmes, et dans lequel M"* de Chevreute entraîne le coadjuteur : les princes sont arrêtés et conduits à Vincennes ( 1 8 janvier 1 650 ). C'était la vieille Fronde qui se frappait ellemême, et Mazarin lui servait volontiers d'instrument ; puis, par quelques retours de plus, la cour de Gaston, qui n'avait pas connu ce mystère, en eut du dépit. Les cabales se mêlèrent. La mère de Condé se fit suppliante auprès du parlement. On vit des scènes solennelles et attendrissantes là oh s'étaient

FRONDE

vues de scènes ignobles et ridicules. Le parlement de Bordeaux députa un orateur plein d'éloquence, Guyonnet, qui s'en vint demander la liberté des princes. Et pendant ce temps le peuple, dans la grossièreté de sa logique, (lisait justice des variations de la Fronde, et s'assemblait devant les hôtels des vieux frondeurs en criant : Uatarin ! Masarint

Ainsi tout allait à la confusion. Le duc d'Orléans, avec ses ambiguïtés mystérieuses, ne put échapper non plus à cette réaction du peuple , qui s'en allait crier Mazarin ! devant son palais. Alors il y eut entre le coadjuteur et Mazarin un jeu d'intrigues et de tromperies. Le coadjuteur, qui avait demandé l'arrestation des princes, demanda leur liberté. On les avait transférés au Havre, mais l'intérêt pour eu\ n'en était point diminué. Le coadjuteur s'appliquait a leur attirer le duc d'Orléans, et Mazariu s'appliquait à le retenir dans sa cause. Le chapeau de cardinal revint sur le tapis au milieu de ces manèges. Mais le coadjuteur y pensait pour lui-même. C'était une difficulté de plus. Quant à d'Orléans , il ne s'appartenait pas : il n'appartenait à personne. Le plus assidu était son maître, et le coadjuteur s'empara de lui par des tours d'habileté que secondait Mllc deClievrense. Il le dérida à vouloir la liberté des princes, et à l'aide de son nom il alla tenir des assemblées cicéroniennes au parlement. Une immense réaction se faisait partout : Mazarin se voyait vaincu. 11 songea â s'éloigner, mais doucement, afin de ne pas fuir. 11 partit pour Saint-Germain, couvant les choses deTu-il, et espérant les diriger encore par son génie de ruse et de mystère. Mais le peuple avait pris son départ au sérieux. La joie éclata de tous cotés avec une violence menaçante. Une première concession était faite : on fit toutes les autres. La reine signa la liberté de Condé. C'était consacrer la retraite de Mazarin; mais, chose singulière t Mazarin se crut assez de souplesse pour échapper à cette dernière nécessité, et il partit de Saint-Germain pour aller de sa personne ouvrir la prison des captifs, comme pour se donner le mérite d'une politique dont il n'avait pas été le maître. Sa soumission fut en pure (terte. L'orgueil de Coudé resta Inexorable devant le ministre obséquieux ; et Mazarin vit bien qu'il n'avait plus qu'A s'enfuir ; M s'acbemina vers la frontière. De leur coté, les princes se rendirent à Paris, tout étounés encore du mystère du leur liberté que le peuple, par sa joie hruyante et tumultueuse, leur rendit plus extraordinaire encore. Paris était dans l'exaltation ; des feux de Joie s'allumaient dans les rues ; les frondeurs s'embrassaient ; nul retour d'opinion n'avait jamais été si universel et si soudain.

Cependant, après quelques jours d'exaltation et de triomphe , chaque parti revint à ses pensées, et la défiance reparut. Les ambitions étaient devenues plus ardentes par l'absence même de Mazariu. Chacun courait à ses dépouilles, et pourtant la reine ne voulait rien céder. Condé imposait des choix de ministres. Le parlement ajoutait des exclusions contre les cardinaux, pour envelopper Mazarin sans le désigner. Le coadjuteur, qui voulait être cardinal et ne désespérait pas d'être ministre, fit opposition. Puis, la noblesse demandait les états généraux; et Tu renne reparaissait, résolu cette fois de s'attacher a la reine. Des questions de mariage se mêlèrent aux questions politique*. Le coadjuteur avait besoin de marier Mn< de Chevreuse au prince de Conti pour se fortifier davantage. Condé avait accordé ce projet, puis il le refusa. Ce (ut un nouveau commencement de rupture. La reine, secrètement inspirée par Mazarin, excitait ces vanités les unes par les autres, pour rester maîtresse. Gaston, poussé par le coadjuteur, prit parti pour M1" de Chevreuse. 11 eut l'air d'avoir du courage; il tint des assemblées dans son palais. On lui proposait des violences ; il osa être d'avis de faire arrêter de nouveau les princes. Us étaient dans une salle voisine : M"* de Chevreuse dit qu'il ne fallait que donner un tour de clef ; et elle partait pour remplir cet office. Gaston la retint. Le coadjuteur se fâcha contre Gaston, et s'en alla bouder dans le clollre Notre-Dan*. Alors la reine

se tourna vers lui, espérant profiter de son rritauon. C'était le conseil de Mazarin, qui assistait de Brulb à tout ce conflit de vanités. Le coadjuteur se prêta a toulo» les combinaisons, mime au retour de Mazariu , pourvu qu'il fût cardinal. Seulement, pour ne pas perdre sa popularité, il stipula le droit de déclamer (outre Mazarin et de donner suite à ses pamphlets, s'engageant à brouiller Gaston et Condé, mais faisant ressortir surtout l'ambition dn prince, et demandant à chacun de s'affranchir de aa domination. Il remplit si bien son office, que la reine rappela, lui parla d'arrêter de nouveau Condé, et lui remit sa nomination au cardinalat.

Condé , |K>ussé par ses ami», songeait à sa sécurité. Mais il eut le malheur de tourner ses regards vers les ennemis de la France i il fit des dispositions d'hostilité, «t sortit de Paris avec un cortège de guerre. Il n'y reparut que pour menacer chaque parti. Le parlement devint une arène. On s"> rua a coups de poing, a coup» d'epée. Les magistrats eurent peine à empêcher des meurtres. Le coadjuteur y parut avec un poignurd caché sous sa robe. Dans une mêlée, il faillit être étouffé sous une porte par le duc de La Rochefoucault , qui s'amusa a l'exposer aux coups et aux insultes de la populace II se vengea par des quolibets; et quelque temps après il fit une procession, où le peuple criait : Â «vu le coadjuteur ! Mais, par une bizarrerie de plus, celte procession ayant rencontré le prince de Condé, le prince descendit de carrosse, se mit a genoux dans la rue, et w fit bénir par le prélat. Les choses allèrent à d'autres excès. Condé , après avoir étalé des appareils d'hostilité dans les rues de Paris, s'en alla faire une guerre véritable en Guienne, où sa mère, pendant sa captivité, avait maintenu sa puissance. Une double anarchie se mit alors dans l'État, la cour combattant par des actes sévères le parti des princes , et le parlement, sans prendre i>arti pour eux, faisant des déclaration» de guerre ouverte contre Mazariu. La tête du cardinal-ministre fut même note a prix, ce qui ne l'empèclia pas d'entrer en France pour se réunir à la cour, qui marchait sur Bordeaux. De son coté* le coadjuteur, devenu cardinal, continuait son double rôle contre Mazarin et contre Condé. Mais le peuple n'en lut pas dupe, at suivit le parlement, qui restait dans l'opposition. Le coadjuteur faillit être mis en pièces dans la cour du Luxembourg ; il se sauva par un coup de hardiesse, en se montrant au milieu des mutins, et demandant aux premiers qui •'offraient, de pendre

les autres à la grille du palais.

Cependant , la guerre des princes se faisait sans trop d'éclat. Turenne avait suivi là cour, et allait balancer la fortune de Condé. Mazarin, qui avait joiut U reine, fit envahir les domaines du duc d'Orléans , dont on commentait à se défier. Beaufort voulut déterminer Gaston A venir défendre son apanage. Gaston refusa. Sa fille, Alademoueite, fut plus résolue ; elle alla se jeter dans Orléans. Ou la vit partir en AmaM'te, avec les comtesses de Fief tu et de Frontenac, qu'on appelait ses maréchale* de camp. U avait lallu lui donner deux conseillers au parlement pour tempérer son ardeur. Condé n'était point heureux à cette guerre fatale. Ses troupes lurent toujours battues par le comte d'Harcourt ; et comme il y avait eu rupture a Bordeaux entre M0** do Longueville et le doc de La Uo< heloucault , il s'en vint par des détours, pour fuir ces inlrigoe», à Orléans, où sa présence anima les troupes de Beaufort, que des échecs venaient de frapper. Il eut d'abord des sue ces. Lacour.qui était a Gien, fut dans l'épouvante. Turenne la sauva. Alors Conde court à Paris ; il t>'etiir>are de i'esprit de Gaston ; il domine le parlement. On propose en son nom une ligue entre toutes les villes de France. La fermentation • accroît. Le cardinal de Rets lutte encore contre Condé. Le peuple commence à faire des vœux pour le rétablissement de l'autorité légitime. Pendant ce temps, la guerre d'Or* léans a des succès divers. Mademoiselle manque d'être prise dam une revue de ses troupes; elle n'a que le temps de fuir du coté de Paris. Turenne voulait s'approcher de cette ville pour la disputer aux partis. Le désordre y était au

rombf Le corps munie ipal refus» de laisser entrer l'armée dcCMwM. Tontes le* troupes étaient ramassées autour de la rite. Une bataille était unmiuente. Onde essaya vainenwnt de faire déclarer Gaston. Alors il alla chercher son vues pour la diriger sur Paris; mais Tureane tomba sur Me irrière-garde. La bataille fut terrible. Coudé y déploya aea génie. Celai de la France l'emporta , Tureane fut vainqaw < ?, juillet 1661). U fallait sauver l'année du prince, H les portes de la ville restaient fermées. Mademoiselle ar» rariM da aesi père Tordre de les ouvrir, et courut au châttm de Vineennes tirer le canon sur l'armée do roi. Ce fut k «lut de Condé; mais Mazarin s'écria, dit-on : « Voilà un coup de canon qui vient de tuer «on mari! •

Ctoudé, rentré dans Paris, voyait expirer la Fronde dans les munisses du peuple; il tenta delà ranimer par des violences. Oa liât des assemblées a l'hôtel de ville. On échangea des M2w>de ralliement. On décida des massacre*. On s'arma de i iarendie. On croyait ainsi raviver l'esprit de faction, on m fit que le détruire. U fallut que Mademoiselle allât ellenène sauver de viens frondeurs enveloppés par les flammes à l'hôtel de ville. Les vomi pour la pain devenaient univerteU. Mazarin eut moins d'efforts à faire pour se retirer, eu a était vengé. U s'éloigna, et partit pour Bouillon avec nae lettre (laiteuse du roi. La cour l'accompagna jusqu'à nimnifcnri Ce fut de la part de la reine un coup d'Iisbileté de «e faire désirer par les raclions de Paris. Les princes ouvrirent de* négociations. Le cardinal de Ret* se donna le mérite de» «applications : il alla avec le clergé supplier le roi de rentrer dans sa capitale. Il fut froidement reçu, et asvail veiontiers recommencé ses intrigues ; mais le peuple était fatigué , et rien n'eut pu le remuer encore. Les amis de Coudé commencèrent à s'éloigner. Les secours qu'il aide l'étranger lui firent détauL Sa colère le poussa à : il courut aux Espagnols , emportant la promesse qu'il ne traiterait point sans lui. Dès lors tout fut libre. Beanfort quitta le gouvernement de la f utaie. Le roi, majeur depuis une année (il avait accompli sa quatorzième année le 7 septembre IG51 ), se rendit à La milice lui envoya une dépuration, qui fut r, et lui-même arriva enfin à Paris le il octobre 16â2, accueilli avec enthousiasme. Bientôt Mazar»o rentrait en France, accueilli de même par ceux qui l'avaient te plus maudit. Les villes encore rebelles tirent leur «otaràs&ion. Gaston alla épuiser à filois les restes d'une vie muUeiM-iit pansée dans l'intrigue; et Condé n'eut plus qu'à songer a abriter sa vieille gloire sous l'autorité du monar-

qw. LAUREftTlE.

FRONDEUR (Esprit). La fronde, celle arme offensive dont non» avons traité à paît, a reproduit cette exprauuen métaphorique. Fronder un homme , fronder un ouvrage, cela veut dire leur jeter la pierre. C'est surtout à l'époque de l'histoire de France qu'on appelle la Fronde que ee mot s'est répandu et popularisé chez nous dans cette accepUm. L'esprit /rondeur a eu ses beaux jours en France. Rivant et Cbampceneti y ont excellé dans le siècle dernier. • Il ne suflil pas, disait le premier, qu'un trait soit méchant, il faut encore qu'il soit bon. » L'esprit Irançais a toujours été, du reste, un peu «rondeur. Noêis épigrammatiques, vau.

odirs, couplets malins, autant de genres natio. , frondant sans cesse le pouvoir et le prochain. Il fut un temps ou chez nous le monde voulait tout fronder, à tort, a travers ; cette manie n'est pas encore complètement extirpée.

FRONSAC (en latin Franciacum), bourg de France, dieMieti <fa canton , dans le département de la G i r o nd e, à l kilomètres nord-ouest de Lihourne, sur la rive droite de la Dordocne , avec une population de 1,400 âmes environ et de nombreuses distilleries. On récolte dans les alentours d'excellents vins ronges et dos vins blancs agréables. Ce rot dans I origine une forteresse, construite en 709 par Cbartemagne pour tenir en bride les Aquitains turbulents. La terre de Fronsac , chef-lieu du Fronsadoii, était sous monarchie une des plus belles du royaume. Elle

Page 1