GIBBON
moire* que la vie ma triste et mime le table assez mauvaise de la maison ©il il était retenu hâtèrent sa conversion. Cependant il demeura quelque temps encore à Lausanne ; il Hait reçu dans la meilleure société de ia tille, qui raffolait de lui et de sa conversation enjouée et spirituelle. L'amour d'ailleurs l'y retenait; il s'était épris d'une jeune lille, M"" de Curchod, qui rat depuis M™' Necker, et avait demandé sa main. Mais le père de Gibbon, qui avait d'autres projets, ne voulut point consentir à ce mariage. Le jeune gentleman, qui ne brillait pas par la force de caractère, se soumit de bonne grâce aux volontés paternelles; et retourna dans sa famille en 1759. Dès lors le travail l'occupa tout entier ; et l'année suivante 11 Ht paraître son Essai sur t'étudt de la littérature, écrit en français avec une rare correction ; car il possédait cette langue à l'égal de la sienne. Dans ce livre il révélait une partie des qualités qn'il devait réunir plus tard , et se montrait penseur original et souvent profond. En 1763, il se rendit â Paris, et, après y avoir séjourne quelques mots et avoir passé encore une année a Lausanne, il partit ponr l'Italie. Knfin, le voilà à Rome; et c'est alors que cette studieuse ardeur qui depuis dfx ans le préparait à l'intelligence de l'antiqotlé , que ces lectures de tous les hommes qui avaient fouillé daus les décombres de Rome agissent en lui , et qu'en présence des lieux la pensée de décrire la décadence et la chute de cette ville s'éleva tout a coup dans son esprit. Après avoir encore visité Naples, Il revint en Angleterre en 1765, et renonça alors à la position qu'il occupait dans la mlBee pour se livrer sans contrainte à la composition d'une Histoire de la Suisse, qu'il anéantit plus tard , parce qu'il en fut mécontent, mais surtout pour pouvoir faire le* longues et studieuses reclwrches qu'exigeait le grand ouvrage dont il avait conçu le plan. Dans cet Intervalle, il prit part à une compilation intitulée Mémoires littéraires de la Grande- Bretagne, et publia des Observations sur le sixième livre de V Enéide, le premier essai qu'il ait écrit en anglais.
La mort de son père, survenue snr ces entrefaites, le laissa maître d'une assez belle fortune. L'ambition loi vint alors et il se fit étire au parlement. Mais il n'y fit pas grande figure pendant les huit années qu'on lui continua son mandat II se borna à voler silencieusement tantôt avec l'opposition, tantôt avec le ministère, car il n'était pas né orateur. I.a vie polilique ne semblait même pas faite pour lui, tant il manquait d'énergie, sans néanmoins manquer de chaleur et de talent dans l'âme; Sun hésitation pei.sévéraule élait plutôt de la timidité ou une prudence modeste. Sous le ministère de lord Norlh , il accepta la productive place de lord du commerce (lord of trade) , qui fut supprimée après le renvoi de lord Jtorlh. En 1783, Il alla s'établir h Lausanne, où, en juin 1787, il publia le sixième et dernier volume de son Illstora of the Décline and Fait of the Roman Empire, dont le premier volume avait paru dès l'année I77C, et qui a été traduite dans toutes les langues de l'Europe. Le succès de ce premier volume avait été prodigieux ; trois éditions se succédèrent rapidement; m lis bientôt la critique passionnée se déchaîna contre lui. Tout le clergé anglican protesta contre ses tendances irréligieuses et impies ; l'intolérance cria a l'athéisme; l'auteur fut décrié dans les journaux, décrié en pleine chaire. Gibbon, quoique étonné et effrayé de cet Orage , persévéra dans une opinion qu'il avait soutenue avec trop de partialité peutêtre, mais avec sincérité, et publia sa Défense des quinzième et seizième chapitres de la Décadence et de ta Chute de l'Empire Romain. Celte défense victorleose prouvait cependant toute l'humeur que cet attaques avaient causée à Gibbon ; et il publia les volumes suivants dans le même esprit.
Les mérites qui distinguent VHistoire de la Décadence et de la Chute de l'Empire Romain sont assez puissant» pour lui assurer une durée aussi longue que celle de la langue anglaise. On y remarque une science profonde sans morgue el sans |»édantisme; une rare hauteur de vues et