‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 253 sur 614 · S 00 GILBERT · texte numérisé non relu

S 00 GILBERT

zèle de cet enfant justement aimé, avaient en peu de tem|>s mis un terme à ces sacrifice», car Gilbert sortait à peine de sa douzième année que toutes ses études classiques étaient achevées. L'écolier-poète tourna d'abord ses regards vers Paris. Sitôt arrivé dans ta capitale, il demanda naïvement protection aux hommes poissants, ans lettrés, aux académiciens ; mais son Indigence , qu'il pensait être une vertu antique, un louable motif pour mériter l'intérêt, lui ferma toutes les portes. Cette première et triste épreuve du monde» cette espèce d'outrage, lui tournèrent sur le cœur, l'aigrirent et lui ravirent à jamais n>n parfum de jeunesse, car il serait difficile de rencontrer dans ses ouvrages un seul vers tendre , une seule plainte d'amour. Si ce ne sont quelques strophes qu'il composa huit jours avant sa mort, tout est dur, rude et hérissé dans ce poêle.

Cependant, chaque année la lice était ouverte aux poètes, dans l'Académie : le sombre et vigoureux Gilbert se sentit de force à y descendre. En 1772 il envoya au concours sa pièce intitulée : Le Poète malheureux, titre lugubre, qui fut repoussé de prime-abord les heureux de l'Académie; ils ne le mentionnèrent même point : ils n'avaient pas été seulement émus de ce vers si touchant, si noble, naïf préambule de la pièce :

Savrx-fom quel trésor euttaUifail mon cerur ?

l,a gloire ! i

L'année d'après, en 1773, Gilbert hasarda une pièce de haute poésie, une ode; il envoya son Jugement dernier au concours ; celte pièce eut le même sort que sa sœur aînée : elle tomba au sein de l'Académie comme la feuille séchéc d'un arbre mort. Cette ode est certainement loin d'être ram défauts; toutefois, on y remarque déjà des beautés lyriques ; l'image surtout qui la termine est peut-être une des plus belles qu'on ait hasardées dans notre langue :

L'Eternel a briaé «on tonnerre innlile ;

Et d'aile» et de fani dépouillé déformais,

Sar Ici moudes détruits le Temps dort immnbile.

Cette injustice, ou plutôt ce mépris, décida du genre de poésie auquel le jeune poète doit son illustration , la sati re. . Il publia presque immédiatement Le Dix-huitième Siècle , I dédié à Fréron, et Mon Apologie, satires auxquelles ilat- I tacha l'épouvantail de son nom, jusque alors dédaigné. Ce fut . «le là fine, sous le bouclier de Fréron, il décocha cette nuée de trait* sur l'Académie et la société d'alors , qui presque tous ont porté. Nombre devers de ces deux pièces sont demeurés proverbes. Voltaire, qui ne loi 'pardonnait pas d'y être appelé simplement par son mononyme Arouet, et dans Le Carnaval des Auteurs, Vol-à-Tcrre ; Sauterean (Sot-Trop), Durozois, Rudozol); Saint-Ange, Marmontel, Thomas, le lourd Diderot, le vain Beaumarchais, \e froid D'Aleutbert (telles sont les épilhètes que le poète leur donne) ; Saint-Lambert,

qui

En qwlre points mortels a rimé le* M nom ;

lia Harpe,

Qui, sifflé pour ses vert, pour ta prose siffle. Tout meurtri de» faut-pat deaa mute tragique, Tomba, de chiite en chute, au tronc académique;

tous, enfin, cherchèrent à débusquer ce tirailleur obscur qui leur tuait tant de monde. L'aristocratie des philosophes surtout, race vaniteuse, égoïste et implacable , trembla pour son existence. Le faible La .Harpe se chargea de l'affaire dans Le Mercure; mais plus tard, dans un rabécliage analytique sur les odes et satires de Gilbert, mauvais lambeau rattacbé a son Cours de Littérature, le pédant moqué finit par dire : ■ Il y avait là le germe d'un talent •

Toutefois, Gilbert s'honorait de l'estime de d'Arnaud, auquel il adressa une ode, La Reconnaissance; des suffrages et des bienfaits de l'abbé île Crillon , et de la protection de l'archevêque de Paris, de Reairmont, qui iui lit obtenir du roi une pension modique, il est vrai, mais suffisante aux premiers besoins de la vie. ce que Ia llar|«c appelait

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