‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 351 sur 614 · GOZLAN · texte numérisé non relu

GOZLAN

tible volonté le poussait vers la littérature; il y entra bientôt par une porte dérobée, celle du journalisme satirique. Son taleut vif, souple, mordant, le rendait merveilleusement propre à ce genre de travail , et cette production quotidienne et rapide fut pour sa plume déliée la meilleure des éducations. Il devint l'un des plus actifs collaborateurs du Figaro. Plein de saillies , original sans aller jusqu'à l'excentricité , il excellait dans le paradoxe, et mieux que personne il faisait Varticle de genre. Déjà habile dans l'art de raconter, il publia dans L'Europe littéraire et dans la Revue de Paris des nouvelles qui attirèrent sur son nom l'attention sympathique des bons juges. M. Gozlan , qui jusque là n'avait montré que de l'esprit , laissa dès lors paraître dans ses contes un sentiment passionné et une remarquable délicatesse d'observation. Bien qu'il n'eût pas beaucoup d'haleine, bien qu'on lui eut conseillé de s'en tenir aux courtes historiettes , il se hasarda dans le roman. On vit successivement paraître : Le Notaire de Chantilly (1836); Washington Levert et Socrale Leblanc ( 1838 ) ; Le Médecin du Pecq ( I83î) ) ; La Dernière Sœur grise (1842); Le Dragon" rouge (18ï3); Aristide froissart(ltei); Les Nuits du Père-Lachaise (1845); U Lilas de Perse ( 1853 ) , et Georges lll ( 1854 ).

M. Goilan avait dès sa jeunesse conçu le dessein de retracer, dans une série de romans qui devaient porter le titre général des Influences , le tableau des mœurs de certains hommes que leur condition dans le monde appelle à exercer sur ceux qui les entourent une domination avouée ou secrète. C'était certes un vaste cadre , et depuis le prêtre jusqu'au marchand , depuis le banquier jusqu'au journaliste , tous les acteurs de la comédie sociale auraient pu y figurer. Deux portraits de celte galerie seulement ont paru : Le Molaire de Chantilly et Le Médecin du Pecq. Tout en écriv ant ces livres, il n'a pas cessé d'enrichir les revues de petits romans, qui, pour être d'une dimension moindre, n'en furent pas moins applaudis. Quelques-unes de ces nouvelles ont été recueillies dans Les Méandres ( 1842); La Muit blanche (1844); Les Vendanges {\Zb3)i U Tapis vert (1855). On relira toujours avec un intérêt noureau la Frédérique, Comment on se débarrasse (Tune maîtresse, Un Homme arrivé, et cette amusante suite d'articles qu'il a rattaches par Tinvisible lien d'une pensée commune, Les Petits Macfuavels , contes charmants , où la réalité de l'observation le dispute à la saveur piquante du style. Mais ce qui le ne surtout, c'est une implacable ironie. Jamais la érudition ne fut aussi bien raillée que dans son Histoire de quatre Savants. Nous avons dit aussi quelle verve entraînante l'auteur des Méandres a su mettre dans le récit. Cette facilité de talent s'est fait principalement remarquer dans un genre de travail un peu plus sérieux, tache infinie qu'il a entreprise depuis vingt ans, et qui sera aux yeux de plus d'un son titre le plus Itonorable. Je veux parler de sou Histoire des Châteaux de France. Deux volumes seulement de cet ouvrage ont paru, sous le litre des Tourelles (1839); mais les revues en contiennent encore de brillants chapitres , qui bientôt sans doute seront recueillis. Le Château de Luciennes entre antres , quoique quelque peu entaché de manière, est un petit chef-d'œuvre. Ce livre, s'il s'achève , ne sera ni de l'histoire, ni du roman, ni de l'archéologie, et il sera pourtant tout cela, avec quelque chose de plus , le pétillant de la forme.

Doué de qualités si diverses, M. Gotlan a voulu s'essayer au théâtre. On pouvait craindre que la tiuesse de son dialogue ne fût pas à sa place sur la scène , qui demande avant tout des nuances tranchées , et qui s'accommode bien plus de celui qui frappe lort que de celui qui frappe juste. Il donna à l'Odcon La Main droite et la main gauche ( 1842), drame en cinq actes, qui obtint un succès légitime. U fut moins heureux avec Eve (1843), et avec Notre- Dame des Abimes (1845). Deux autres drames, Le Livre noir (1848), et Louise de Nanteuil ( 1854), n'ont pas été jouées longtemps. Il a continué cependant de plus belle, et il a même daigné faire des vaudevilles : Trois Rois, trois

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