‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 376 sur 614 · GRANDMESNIL — G · texte numérisé non relu

GRANDMESNIL — G

GRANDMESXIL ( J a an-Ba itistf. FAUCHARD m) comédien célèbre, le meUlenr grime qu'ait peut-être jamais possédé la Comédie-Française, naquit en 1737, à Paris, où son [*re exerçait avec quelque distinction ia profession de dentiste. Celui-ci fit donner à son (ils une excellente éducation; et quand il eut terminé ses études juridiques, il le mit à même de s'établir comme avocat. Les débuts du jeune Grandmesnil au barreau ne furent pas sans succès; il eat le bonheur d'ailleurs de rencontrer une de ces causes qui lancent tout de suite un arocat. Il s'agissait d'nn procès que le fameux Rampouneau, ce Silène des Porcberons, faisait à un sieur Gaudon, entrepreneur d'un théâtre forain qtii ratait engagé pour paraître sur ses tréteau», spéculant, comme c'était certes bien son droit, sur l'inconcevable caprice de ta société parisienne , qui avait un beau jour fait une véritable notabilité d'un ignoble cabarctier dont la grotesque figure constituait d'ailleurs tout le mérite. Gaudon avait pensé que le public, qui allait se faire écraser aux Porcberons pour entrevoir Ramponneau à son comptoir et dans l'exercice de ses fonctions , ne manquerait pas d'accourir à la foire Saint- Laurent pour y contempler tout à son aise, et sur des banquettes bien rembourrées, las traits du héros du jour, à qui les vaudevillistes , fournisseurs habituels de son théâtre, taillèrent un bout de rôle dans un canevas comique arrangé pour la circonstance. Ramponneau, après avoir pendant quelque temps exécuté le contrat, essayait de s'y soustraire en alléguant notamment que sa conscience ne lui permettait plus de se prêter au rôle de baladin qu'un spéculateur sans pudeur lui faisait ainsi jouer. C'était en plein règne de M™' Dubarry que la chose se passait. C'était une véritable cause grasse que les clercs de la Bazoche eussent bien voulu pouvoir plaider lors des saturnales de la table de marbre. Voltaire lui-même ne dédaigna pas de s'en mêler et de publier à ce sujet un spirituel factum. Grandmesnil, lui aussi, en tira habilement parti. Pins tard , l'établissement du parlement Maupeou , en le mettant à même de faire de l'opposition comme on en pouvait faire alors, appela encore sur lui l'attention ; mais son père, qui lui avait acheté une charge de conseiller de l'amirauté, et toute sa famille, désapprouvèrent ces velléités d'indépendance. A ces désagréments vinrent se joindre quelques contestations avec ses propres confrères du barreau ; et de guerre lasse, Grandmesnil résolut de renoncer à une carrière qui ne lui offrait qu'embarras et tracasseries, pour en choisir une plus conforme à ses goûts. Il disparut.

Longtemps on ignora ce qu'il était devenu. Enfin, on apprit qu'il jouait la comédie à Bruxelles, dans les rôles dits de grande livrée. Plus tard, il fut successivement attaché à différents grands théâtres de province, notamment a ceux de Marseille et de Bordeaux ; mais ce ne fut que bien tard, lorsque déjà il avait cinquante-deux ans, que sa réputation, parvenue à Paris, engagea MM. les comédiens ordinaires du roi à essayer de l'attacher à leur compagnie. Grandmesnil comprit que le temps avait marché aussi pour lui , et que son Age et son physique ne convenaient pins aux rôles auxquels il devait sa célébrité. En débutant sur la scène de ia Comédie-Française, alors installée a COdéon, il se décida à aborder les rôles dits à manteaux, et parut pour la première fois dans le rôle d'ArnoMe de L'Ecole des Femmes Il aborda ensuite les rôles de Pranealeu de la Métromanie, du Commandeur du Père de Famille, de Chrysale des Femmes Savantes, d'Orgon de Tartufe, etc., etc. Son succès Tut incontesté ; cependant, on ne voulut l'admettre que pour jouer les utilités; et Grandmesnil, justement froissé, abandonna bientôt la Comédie- Française pour passer au théâtre rirai qui venait de s'établir rue de Richelieu, et qui prenait le titre de Théâtre de la République. Ce ne fut qo'en 1790, lors de la reconstitution complète de la Comédie- Française, qui vint s'établir dans la salle qu'elle occupe encore en ce moment, que Grandmesnil y fut admis avec le titre de sociétaire. Les contemporains le dépeignent comme un homme d'une taille très élevée, maigre, mais doué de la physio-

nomie la plus expressive. Il excellait dans les vieillards , et le rôle de l'Avare était son triomphe ; peut-être bien est-ce à cette circonstance qu'il faut attribuer la tradition de coulisse qui le représente comme ayant dans ses habitudes privées poussé l'économie jusqu'à la parcimonie. Grandmesnil était, au reste , du petit nombre de ces acteurs auxquels les salons ne sont pas fermés, et à qui leur vie honorable, leurs mœurs honnêtes, non moins que leurs manières élégantes et polies , assurent toujours une place distinguée dans la bonne compagnie. Il prit sa retraite en l»t t, à l'Age de soixante-quatorze ans. Déjà depuis longtemps il était professeur au Conservatoire , et l'Institut le comptait au nombre de ses membres , pour la quatrième classe ( Académie des Beaux-Arts). Il mourut en 1815. Sa mort fut hâtée par le chagrin profond que lui causèrent les dévastations commises par les troupes ennemies dans le petit domaine de Grandmesnil, situé non loin de Versailles, que lui avait laissé son père.

GRAXD-MOGOL. On nommait ainsi les princes de la dynastie mahométanc fondée dans lesGrandes- Indes, en 1 526, par Babour, arrière- petit-HU de Tamerlan, à cause de leur origine mongole. Mais eux-mêmes prenaient le titre persan de chah, de même que la langue persane était celle en usage à leur cour et dans leur gouvernement. Les plus célèbres souverains de cette dynastie furent, après Babour, Akbar et A ureng-Zey h. Quoiqu'ils aient vu leur immense empire tomber successivement en décadence , jusqu'à ce qu'enfin , en 1803, le chah Alum II fut témoin de sa ruine complète, par suite de la prise de Delhy, sa capitale , tombée alors au pouvoir des Anglais, qui le firent lui-même prisonnier, les représentants de la dynastie des Grands-Mogols continuent encore aujourd'hui à conserver les attributs extérieurs de la puissance suprême , qu'exercent de fait en leur nom les agents de la très -honorable Compagnie des Indes . Celle-ci leur a constitué une liste civile magnifique, les a entourés de tous les Itonneurs extérieurs de la souveraineté, et leur a assigné Delhy pour résidence, afin de les y avoir constamment sous sa stricte surveillance.

GRAND-PAXETIER. Voyez PAsenw.

GRAXD-PEXSIOXXAIRE. Voyez. Pessiorsaire.

GRAXD-POXTIFE. Voyez Pontife.

GRAND- PRÊTRE, SOUVERALN POXT1FK, ou GRAND SACRIFICATEUR. Voyez Pomife.

GRAXD-PRÉYOT. Voyez Prévôt.

GRAXD-PIUEUR, religieux qui tenait le premier rang dans une abbaye où il y avait plusieurs supérieurs, comme à Cluny, à Fécamp, àSaint- Denis. Les ordres militaires et religieux de Saint- Jean de Jérusalem, ou de M a 1 1 e , et des Templiers avaient aussi leurs grands-prieurs.

GRAXD-PRIXCE, titre qne prenaient autrefois le souverain de Moscou et plusieurs autres princes souverains delà Russie, notamment ceux de Kiev* et de Novogorod, comme aussi le souverain de la Lithuanie , et par la suite, en cette qualité , les rois de Pologne. Aujourd'hui encore l'empereur de Russie prend le titre de grand-prince de Sroolensk, de Lithuanie.de Vothynie, de Podolie et de Finlande ; et avec la qualification d'altesse impériale qui y est jointe, ce titre est donné aux différents princes et princesses de la famille impériale. On le remplace généralement cependant dans les usages diplomatiques par celui de grand-duc. L'empereur d'Autriche est de tous les autres souverains européens le seul qui prenne encore le titre de grand-prince, à savoir: grand-prince de Transylvanie, depuis qu'en 1765 l'impératrice Marie-Thérèse a érigé cette province en grandepriruipaulé.

GRAND-QUEUX. Voyez Quwnt.

GRAND-RÉFÉREXDAIRE. En 1814, le sénat, à qui Napoléon avait expressément délégué la haute mission de veiller à la conservation des institutions impériales, aurait pu être une source d'embarras pour le gouvernement provisoire : on s'empressa d'acheter son adhésion au nouvel ordre de choses moyennant rengagement pris de faire accot

GRAND-REFERENDAIRE — GRANDVAL

der par le gouvernement loyal qu'on allait restaurer une pension de 86,000 francs par an à chacun des sénateurs, pension réversible à raison du tiers sur la tête des veuves, et représentant tout juste la dotation que leur avait constituée l'empire. Les plus adroits eurent en outre à l'oreille promesse d 'être c ompris dans la pairie dont Louis XVI II devait gratifier la France. L'un des entremettturs les plus actifs de cette transaction fut le comte «le S è m o n v i 1 1 e. Ancien avocat général au parlement et doublure de Talleyrand pendant tonte la durée du drame révolutionnaire, il savait bien qu'à Dambray devait revenir de droit la présidence de la chambre des pairs, en sa qualité de chancelier de France, Louis XVIII lui en ayant expédié le brevet dès son avènement au trône, c'est- à -dire aussitôt après la mort du dauphin, (ils de Louis XVI. Sémonville, qui reprenait son titre de marquis, que lui avait enlevé la nuit du i août 1789, eut l'esprit de persuader aux faiseurs d'alors qu'il y avait intérêt pour le nouveau régime à lui créer, sous le titre tout nouveau de graiid-réfirendaire , une place en dehors des orages de la politique, et dont les fonctions, saus précédents ui analogues en Angleterre , consisteraient à faire , au prix de 80,000 francs par an , pour la chamdre haute ce que de simples questeurs faisaient, moyennant 12,000 francs, pour la chambre élective et roturière, c'est-à-dire à administrer le budget intérieur de ce corps, à le dépenser pour son plus grand lustre et aussi pour le plus grand profit de l'idée monarchique. Quanta la qualification imaginée, en touillant bien dans nos anciaiues annales, on eut peut-être fini par trouver que sous les rois de la seconde race le fonctionnaire préposé à la paille du sceau de l'État avait le titre non pas de chancelier, lequel n'apparaît que sous les rois de la troisième race, mais de référendaire, referendarius. Il n'était d.;s lors pa.s difficile de prouver que créer un grand-refrrendaire était l'idée la plus essentiellement conservatrice qui put cdore dans une cervelle royaliste. Ainsi fut fait ; et Sémonville jouit de cette fructueuse sinécure tant que dura la Restauration. Il réussit même à la sauver, en Is30, du naufrage dans lequel vint sombrer la monarchie légitime ; mais la place était trop belle pour ne pas être alors le point de mire de bien des cupidités. En homme habile, Sémonville n'attendit pas qu'on vint, sous le prétexte de son grand âge, lui demander sa démission; il s'arrangea donc, en 1834, avec M. Decazes, qu'il savait élre destiné par Louis-Philipi* à le remplacer à la première occasion favorable, et céda à ce conseiller intime du roi citoyen un titre et des fonctions qu'il ambitionnait ardemment , eu se réservant toutefois, sa vie durant, la moitié du traitement qui y était affecté. Toujours adroit et heureux, Sémonville vécut encore cinq années après cet édifiant compromis. Mais son successeur eut , pour se consoler d'un marche où il avait évidemment joué le rôle de dupe , neuf années de pleine et entière jouissance de tous les privilèges et avantage* spécifiés plus haut; et il n'a rien fallu moins que l'ouragan de février 1S48 pour lui faire perdre la tant douce habitude d'émarger chaque mois, pour se* menus plaisirs , les contributions de trois villages.

Avec le nouveau sénat a reparu un nouveau grand-référendaire. Le sénat de Napoléon I'r n'en avait poiot : est-ce un progrès?

GRAND-RUN ou GRAND'ltUE. Voyez Cochsivf.. GRAND SAINT- BERNARD. Voyez Saist-Ber-

Page 1