‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 461 sur 614 · GUARINI · texte numérisé non relu

GUARINI

importantes , se servKde lui en plusieurs circonstances difhV ciles , mais ne loi accorda pour récompense que des éloges.

Justement irrité de cette ingratitude du prince, Gua» rini passa au service d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, qui le traita avec la même distinction et la même parcimonie; puis à celui de Vincent, duc de Mantoue , dont la conduite fut semblable à celle des deux autres princes. Tous ces petits souverains, rivaux de luxe et de gloire, se faisaient centres d'une civilisation factice et brillante, aux dépenses de laquelle ils ne pouvaient suffire, et qui obérait leur trésor. Guarini , plus indépendant et plus riche que ses maîtres, se relira dans son domaine de Guarini, près de Reggio. Hientôt après il perdit sa femme, et fut sur le point d'embrasser l'état ecclésiastique ; mais à peine ce poète, habitué au train des cours , fut-il sorti de sa retraite , l'appât de celte vie brillante et gaie qui l'avait si longtemps bercé revint le séduire; et il s'arrêta d'abord a la cour de Ferrare, puisa celle de Florence, dont le grand-duc, Ferdinand , l'accueillit avec des égards qui le charmèrent.

La délicatesse de Guarini n'avait pas calculé toutes les chances de malheur que l'amitié des grands peut offrir. 11 avait un fils de vingt ans, qu'il aimait beaucoup. Le grandduc, voulant se débarrasser d'une maltresse, la fit épouser au jeune homme, à llnsu de son père. Ce sanglant outrage, que Guarini apprit bientôt, l'irrita justement; il quitta la Toscane et la cour, sans même prendre congé. Après avoir passé quelques mois chez sa protectrice, la duchesse d'Urbin, il se réconcilia de nouveau avec le duc de Ferrare ; et la dernière mission qu'il remplit Tut son ambassade auprès du pape Paul V , en 1603.

Pourquoi le poète des amours et des voluptés ne pouvaitil renoncer à ce brillant servage des ambassades et des transactions politiques? Pourquoi s'obstinait-il à cet ingrat et malheureux métier? Sa fortune s'épuisait au milieu de ces voyages, de ces ambassades, de ces résidences dispendieuses dans les palais les plus somptueux de l'Europe; et sa famille , au sein de laquelle une exacte surveillance ne présidait pas , augmentait ses chagrins ; ses trois fils réclamaient leur légitime par la voie des tribunaux ; une fille tendrement aimée, Anna, mourait assassinée par un mari jaloux. Guarini, au retour d'une mission diplomatique, rentrait dans sa maison, habitée par sa fille et son gendre : au lieu de celte fille, qu'il espérait embrasser, il trouva son cadavre sanglant.

Tant d'émotions pénibles et cruelles ne purent tarir l'inspiration poétique dont la nature l'avait doté. Il parla«<>a avec le Tasse la gloire ou le malheur de transporter l'idylle amoureuse dans le drame : création singulière, vraie par les sentiments qu'elle exprime, mensongère «par le monde et les coutumes qu'elle invente, parfaitement appropriée à l'état social de l'Italie, À ses plaisirs faciles, à sa métaphysique voluptueuse. La composition de l'Aminfa du Tasse et celle du Pasteur fidèle de Guarini semblent se rapporter à la mémo époque. Ce* deux drames ont les premiers donné l'exemple, de ces fictions pastorales qui ont bercé nos pères pendant deux siècles , et dont le dernier reflet est venu se jouer au pie»! du trône fleuri de Louis XV. C'est une vie toute d'amour : la passion seule y règne. Toutes les nécessites matérielles disparaissent ; le langage des acteurs est la plu* douce des mélodies ; leurs pensées sont les plus doux rêves et le* plus tendres caprices. L'Europe accueillit avec transport cette étrange création. A peine YAminta et le Pastorjido furentils publiés, on en vit paraître des imitations sans nombre, en Espagne, en France, en Italie, en Angleterre. Guarini intitula sou œuvre tragi-eomédte en cinq actes et en vers, et la dédia au duc de Savoie, qui la fit imprimer k Turin, en 1585, avec une magnificence royale; une multitude de copies ou d'imitations italiennes, et quarante éditions publiées du vivant de l'auteur obtinrent un immense succès. Les premières é< lilions sont celles de Venue, Bonf-ildm (1590, in-4° ; 1602, id). La plupart des imitations de l\aminta et du Pastor fid° *°nt to^1*** dafl8 un 0MDH pro* tond. Le Pastor /do est re*U modèl» <* typu. Le plato»

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nisme du Tasse, la pureté exaltée Je son Ame , oui répandu sur ses œuvres une teinte plus élevée. Guarini est te véritable Italien tuoderne : luxe d'esprit, traita piquants, images ébloui ssan tes , descriptions enchanteresses, abondent dans son «euvre. Sa morale est tort relâchée : deux personnages celui d'un satyre et («lui d'une femme, sont chargés de revêtir d'une lueur poétique toute cette immoralité élégante, tout ce matérialisme amoureux , toute cette sensualité érigée en système , toute cette perfidie galante qui apparut au dix -huitième siècle en France, sous des lorines légèrement modifiées et beaucoup plus prosaïques. Aussi, le Pastar fido, né de l'élégant* dépravation des cours italiennes, joué dans toutes les villas des princes pendant le tcixièuie siècle, et même devant les papes, lut-il mis plusieurs lois a V index. Les théologien* remarquèrent surtout le passade où il s'étonne que « le péché soit si doux et le non-péché si nécessaire. » Peccar è tt dolca e il non peecarsi necessario.

Utdroptta, comédie en cinq actes et en prose, dont la représentation durait six heures (Rome, 1614 ), est d'une indécence achevée; on la joua h Turin avec des intermèdes.

La plus joue édition des œuvres de Guarini a paru à Fer* rare (1737, 4 vol. in-4°), avec vignettes . Son Trattato délia polUicà Libertà, qu'il eoni|K»*a vers 1699 , mais qui ne partit imprime pour la première fois qu'en 1816 , à Venise, prouve que cet esprit fin et délié n'avait pas traversé les fonctions publiques sans en recueillir le fruit.

Comme poète lyrique , Guarini se place très-haut : la plupart de ses sonnets et de ses odes contiennent des reauie^ de sentiment eiu expression. louime itomme, u eut les défauts de son temps et des qualités toutes personnelles. Il désavoua noblement, de la manière la plus positive, ceux qui lui attribuaient une part dans la composition ou la correction de la Jérusalem délivrée. Une lettre de Guarini, conservée dans les archives du doede Modène, atteste qu'il a seulement corrigé les innombrables erreurs que les copistes avaient répandues dans )'é|>opée du Tasse.

Fatigué du monde, Guarini chercha une retraite à Venise, et mourut le 6 octobre 1612, à l'ige de soixantequinze ans. Ptiilarète Ciusi.ks.

GUARINO (Vas mus), savant italien , né en 1370, à Vérone, se rendit à Constantiinople, en 1389, pour y apprendre la langue grecque. A son retour, il enseigna successivement a Vérone , a Padoue et à Bologne, puis devint précepteur des enfants du prince Lionel lo de Ferrare. Il servit, en 1438, d'interprète aux Pères grecs et latins réunis en concile à Ferrare, et mourut en 1460. Ce savant contribua beaucoup par ses travaux au réveil des études classiques ; il traduisît les dix premiers livres de Strahon cl plusieurs de Plutarque, commenta Cicéron, Perse, Juvénal, Martial et Aristote, et écrivit un CompendiumGrammaticx Grircx, qui fut imprimé en 1&09 à Ferrare. ' GUARINO. Voyes Favomhob.

GITARNERI on GUARNERIU8, nom d'une .amitié de Crémone qui, aux dix-septième et dix-huitième sîècl es , a fou rn i des luthiers justement célèbres. 11 règne quelque incertitude sur la véritable orthographe de ce nom , que les uns veulent écrire Guarneiri, et dont d'antres font Guarnerio. Un fait ceitain , c'est que les instruments sortis des ateliers de ce» artistes sont signés de leur nom latinisé, Qvarnerius.

Le plus ancien membre de la famille Guarneri qui ait acquis de la réputation comme luthier fut André, contemporain de Stradivarins et comme lui élève d'Amati. On estime beaucoup plus ses basses que ses violons, auxquels onrepToehede manquer de rondeur, encore bien que le timbre en soit argentin et pénétrant. Son fils et son neveu portèrent tous deux le prénom de Joseph ; mais c'est Joseph le neveu le plus célèbre de tous les luthiers du nom de Guarneri. Il mourut à la fleur de l'âge, après une existence des plus agitées, et parsuitc de laquelle il passa, on ne sait trop pour quel motif, de longues années en prison. Cest la qu'il exécuta, avec quelques mauvais outils, qu'il obtenait à grand'pcine, les admirables instruments dits de <o tm-

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