‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 514 sur 614 · HABITUDE - HABLEUR · texte numérisé non relu

HABITUDE - HABLEUR

I insensibilité; ce qui fait que beaucoup de malheureux ! n'obtiennent de larmes qu'alors qu'ils oui cessé de souffrir. Ainsi, l'habitude, qui est un mal pour les jouissance», est un vrai bienfait pour les douleurs ; car, outre ceux de l'espérance , qui ne tarissent jamais, il est encore «les plaisirs possibles, même pour l'être condamné à des tourments perpétuels. Mais l'homme blasé sur les voluptés ne peut que souffrir, et c'est la une perspective affreuse. Aus«i les sages de tons les temps ont-ils répété d'un bout du monde à l'autre : Sperate, miseri ! cavete, felices !

Voltaire a ridiculisé dans un de ses ouvrages un vaniteux | qui n'aimait rien autant, après sa personne, que les plaisirs de Pliarmonie. Favori d'un roi homme d'esprit (Voltaire avait envueManpertuis, son heureux rival près du grand Frédéric), celui-ci résolut de lui faire donner chaque jour un concert délicieux , constamment le même , par les premiers artistes de sa cour et de sa chapelle. Chaque jour donc, et presque a chaque heure, on énoinérait à monseigneur, sur des nirs ravissants, les précieuses qualités dont il se croyait doué; on lui répétait sans cesse qu'il était riche, qu'il était beau , spirituel , glorieux , magnifique. Le premier jour fut comme une longue extase, les dieux à peine l'égalaient en bonheur. Le lendemain , déjà moins émerveillé, U Ait distrait; le surlendemain, U bailla, l'ennui lui vint. Voilà l'histoire de l'homme. Trop répété, le plaisir lui devient à charge, et l'habitude sert d'opium aux plus grands maux. Le même Voltaire a placé dans Candide un autre exemple du désenchantement que l'habitude mène après elle. Pococurante, riche Vénitien, retiré du monde sans avoir divorcé d'avec ses jouissances, offre aux yeux peu connaisseurs du Candide toutes les merveilles des arts, des galeries de magnifiques tableaux , de vastes jardins où s'acclimatent les diverses productions de l'univers, enfin des lacs limpides servant de miroir à un palais admirable , la demeure habituelle du mettre : « Que vous êtes heureux ! lui dit Candide, vous possédez tout ce que les autres désirent. Et ces deux jeunes c réatures , occupées à filtre mousser votre chocolat , mon Dieu ! qu'elles sont belles, et que je vous envie ! — Mon cher ami , lui dit Pococurante, on voit bien que vous ar- ; rivez. Je pensais comme vous il y a dix ans; maintenant , j ce que vous admirez m'ennuie. Tout est charmant au premier aspect; mais l'usage gâte le plaisir, l'habitude désen- j chante. Étes-vous quelquefois allé à Rome? ajouta le grand 1 seigneur. — J'en viens, répondit Candide. — Vous conviendrez alors avec moi que c'est un séjour fort ennuyeux , une cité détestable ! — Je pense différemment , répartit le jeune homme : il est vrai que je n'ai vu Rome qu'en passant ; je ne suis entré nulle part. — Agisses toujours de la sorte, lui dit Pococurante, c'est le seul moyen d'éterniser l'intérêt : la possession , je vous l'atteste, vaut mille lois moins que le désir joint à l'espérance. »

Non-seulement l'habitude nous tourmente par de constantes exigences, mais elle nous ote des plaisirs. La où elle s'établit en souveraine , c'en est fait de la curiosité, de la sensualité et de t'enthousiasme. Lasatiété,néede l'habitude, a plus d'une fois suscité des séditions , des révoltes. Si les Athéniens s'ennuyaient d'entendre parler du juste Aristide, les Français s'ennuyèrent d'ouïr constamment admirer Louis te Grand; et si Aristide subit l'ostracisme, les restes de Louis XIV lurent indignement outragés. Il n'y a pas Jusqu'à nos dernières révolutions qui n'aient dû leurs causes principales à ce sinistre poison que distille l'Iiabitude. On se fatigue gj promptement d'un prince, d'un roi, d'un ministre, d'une constitution !

Quiconque n'a pas connu les plaisirs de la convalescence ignore encore ce que c'est que le bonheur, et quelles voies y conduisent. Il faut si peu de chose alors pour être heureux ! on a des désirs si simples et si faciles à combler, on a tant d'Ame pour sentir ! La convalescence est véritablement l'image de la vie, si longue et si heureuse, des anciens palriarcl»es. Mais dès qu'on a repris des forces , dès qu'on a recouvré la santé, vite on s'affuble de ses vieilles

habitudes, momentanément mises à l'écart, vite on redevient l'homme de son siècle et de ses faiblesses, et l'on court follement après le bonheur, qu'on a laissé loin derrière toi.

L'habitude et ses influences te retrouvent dans diaqut conjoncture de la vie; elles s'appliquent à tous nos besoin» comme à nos facultés. On s'habitue peu à peu a de raau\t< aliments et à une extrême sobriété, et même à des privation, comme à l'intempérance ; on s'habitue à un air infect et iwlubre. Les habitants des lieux où régnent constamment de» maladies endémiques sont préservés de celte mortelle »tluence par l'habitude même d'y être sans cesse e\po<*H. [>c pareilles maladies épargnent presque toujours les atUuAi du pays. Enfin , on s'habitue aux remèdes , aux excitants et même aux poisons : Mithridale et la Brinvilliers iTajrot obtenu de l'habitude l'horrible privilège de s'abreuver, su» risque pour la vie, des poisons les plus violents. Cert également au pouvoir de l'habitude que nous devons la porett de nos mœurs ou leur dissolution, l'incontinence ou la du*teté. Pourquoi certains hommes trouvent-ils m nais d'attente moins longs et moins pénibles que d'autres vingt-qiKtlft heures ? C'est encore un effet de l'habitude , tantôt malins par la volonté1, et tantôt lâchement satisfaite.

Il n'y a pas jusqu'à l'esprit qui ne subisse les effets A l'habi tude : si l'oisif été rend stupide, l'exercice de l'inteUcU en décuple la puissance. Une heure de travail vous ènene, dites-vous? prolongez chaque Jour le temps de l'élude, d dans deux ans vous pourrez , comme Boerhaave, lui dosas quinze heures sur vingt-quatre. L'exemple de Miloo esttMt aussi applicable à l'esprit qu'aux membres. On peut voir, k fût-ce que chez les trapistea, qu'on s'habitue même sa «lésa- Aristote et Caligula s'étaient , pour ainsi dire, désaaUw du sommeil. L'illustre Buflon voulut faire comme eoi, nu* sans y réussir. C'est à cause de l'habitude que les aJimsiU, même les plus salubres et les plus savoureux, veulent Un diversifiés. Trop uniformes, l'estomac resterait iadiflerest à leur contact , et la nutrition en pâtirait. J'en dis autant d« médicaments , il faut les varier : il faut en élever U dose, il faut en interrompre l'usage, on en diversifier l'espk*,** peine d'en voir manquer l'effet. L'abus du tabac conduit i l'ellébore , et U longue habitude des remèdes actifs fiait f* rendre les poisons même nécessaires. Royer-Collard, pi« s'être trop habitué à l'opium et à l'aconit , ne trou Tait tta de calmants propices à ses douleurs goutteuses. Il u') a p> ' que les quatre choses suivantes dont l'usage persévérant k nous fatigue jamais : l'air pur, l'eau potable, le via ou k tafia, et la fécule préparée. Les différents peuples offrent etlr? eux , sous ce rapport , are analogie parfaite.

J'ai dit qu'on finit par s'habituer aux plus vives douleurs et cela est vrai, même du cancer. Un calcul véacai, uar sonde dans l'urètre, causent d'abord de grandes souffrances, mais l'habitude vient verser son opium salutaire sur des serf» excédés parla douleur. Cest ainsi que l'habitude de soiltnr parvient à voiler, à adoucir, à dissimuler beaucoup de maladies. On s'habitue à voir souffrir comme à souffrir : la aaW foi qui fait le bon malade fait aussi le bon chirurgien, le h» peuple et le mauvais prince. D* Isidore Bocanos.

HÂBLEUR, HABLERIE: (de l'espagnol hablar, prier). CIhïz nous hâbler, terme qui vieillit, signifie park/ beaucoup, avec vanterie, avec exagération, avec «tertio» La hâblerie , qui s'est mieux conservée dans notre langa# et nos habitudes , sert à designer un discours habituell«»*! entaché de tous ces défauts ; et le hâbleur est encore, »■ jourd'hui comme jadis, dans notre belle France, le norld tumultueux et content de lui , qui hâble , qui aime 4 deWf des mensonges. Le peuple, dans son rude jargon, st) gnutt* de crac , ou craque , la liablerie de ses |>areiis et de» comme il faut. Un peu plus bas, elle prend le nom de*<«; gue. A tort ou à raison, on fait, de temps immèatoria! chez nous , honneur aux habitants des bords de UGsfn* de ce penchant irrésistible à l'exagération et à inypcrbuk. L'Irlandais est le gascon de la Grande-Bretagne, k P"*"" ou le Russe celui de l'Europe orientale, le Bergaw*-,*4

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