HABITUDE
produire s'appelle habitude ( du latin habitus ). On voit en l'habitède diffère du penchant : celui-ci est une dis-
par te fait seul de la nature, et sans qu'elle ait tiesoin de lui avoir cède plusieurs fuis. L'impulsion que l'ame reçoit de l'habitude peut n'être pas un effet de sa constitution naturelle ; car, quoiqu'il arrive asaet ordinairement que noua nous laissions aller a certaines habitudes, à causettes penchants qui doua oui portes à repéter certains actes plutôt que d'autres, cependant il arrive aussi fort souvent que nous contractons des habitudes par l'effet de circonstances entieren>ent indépendantes de nos pencUanU primitif* : ainsi, {'exemple de nos semblables peut nous suggérer des actions que la nature ne nous aurait jamais inspirée*, et auxquelles nous deviendrons enclins alors, non par penchant, mais par habitude. L'éducation contrarie souvent la nature, et noua fait prendre des habitudes auxquelles nos penchants sont tout à fait étrangers. Un enfant apprend une langue par Itabitude, et il n'a pas plus de disposition pour apprendre cdle-là qu'un antre ; car, éleiré dans un autre pays, il en saurait tout aussi bien l'idiome, etc., etc. Mais l'habitude a de commun avec le penchant, de donner à l'âme me impulsion qui ne loi vient pas d'elle-même, d'exercer sur ses actes une puissante influence, et de prendre asset d'empire pour l'entraîner dans une direction qu'elle n'a pas choisie, et qui souvent même lui déplaît. Cest ee qui a fait dire que V habitude est une seconde nature. On peut considérer la nature et l'habitude comme deux moteurs qui agissent sur l'àme avec une égale énergie et se présentent à elle comme les deux puissants antagonistes dé sa liberté. Je ne sais même si l'influence de l'habitude n'est pas quelquefois la plus forte ; car il est plus facile de réformer par l'éducation certains défauts de nature que de réformer les vices mêmes de l'éducation. Mais quand la nature et l'habitude se donnent la main et se fortifient par une alliance qui n'est que trop commune, c'est alors qu'il est plus difficile à l'âme de résister a leurs efforts conjurés.
Comme l'âme ne peut se trouver que dans trois sortes d'états différents, l'état intellectuel, l'étal affectif et l'état actif, il y a autant d'espèces d'habitudes, les habitudes intellectuelles, 1rs habitudes affectives et les habitudes actives, qu'on appelle aussi morales.
Tehe est la nature de ftnteHigence humaine, qu'il lui est h peu près impossible d'acquérir des connaissances proprement dites autrement que par l'habitude. D'où l'on peut conclure que c'est à l'habitude seule que nous sommes redevables de nos acquisitions intellectuelles. La succession de nos idées dépend de nos habitudes intellectuelles ; car elles ne s'associent qu'au moyen des rapports que nous avons perçus entre elles. Cest en vertu de la même loi que nous pouvons apprendre par cœur et réciter de longs morceaux. Aristole dit que les sciences et les arts ne sont que des habitudes. Cela est vrai, non si on les considère dans le sens absolu du mot, mais si on les envisage par rapport à l'esprit qui les acquiert. En effet, cette prodigieuse facilité avec laquelle un orateur analyse et développe ses idées ou avec laquelle un musicien exécute un air sur un instrument ne dépendent que de l'habitude qu'ils en ont contractée. L'importance de la pratique ressort bien évidemment de ces considérations, et l'on voit quelles ressources immenses l'esprit retire de l'habitude, puisqu'elle lui permet de rendre imperceptible l'intervalle qui sépare deux actes, intervalle qu'il ne pouvait auparavant franchir qu'avec du temps et des efforts. Mais aussi, comme la nature de l'habitude est de persister en nous avec opiniâtreté, on conçoit toute l'importance qu'il y a pour l'esprit à ne point prendre de mauvaises habitude*.
Le rouir a ses habitudes comme Pinlelligence. La plupart de» affections se fortifient et jettent de plus profondes racines dans Pâme en raison du nombre d'occasions qu'elles ont eues de se manifester. On éprouvera peu de regret à •'éloigner d'un séjour agréable, si l'on y a passé peu de
temps ; on versera des pleurs en le quittant si on l'a habité plusieurs années. L'amour de la patrie n'est le plus souvent qu'une longue habitude contractée avec les lieux qui nous ont vus naître. L'amitié devient un sentiment d'autant plus vif et plus durable qu'on a vécu plus longtemps avec l'être qui en est l'objet. Les personnes d'une même famille ne sont souvent unies entre elles que par les liens de l'habitude, liens qui ne laissent pas que d'être solides, quoiqu'ils existent, comme il arriva fréquemment, indépendamment de toute sympathie de caractère et d'humeur. Quand les affections se développent ainsi par le fait de l'habitude , elles peuvent recevoir le nom d'attachement.
L'activité a aussi ses habitudes, et c'est même dans l'état actif qu'elles sont le plus en évidence , et que leur influence a été le plus remarquée. Rien, en effet, n'a plus d'importance que la manière dont nous agitions dans le vie : or, si l'habitude est un mobile d'actions, rien n'est plus capable ni plus digne d'attirer nos regards. Les action», considérées sous leur point de vue le plus essentiel, se divisent eu bonnes ou mauvaises. 11 en est de même des habitudes actives : elles sont dite* bonnes ou mauvaises, selon qu'elles nous entrai- Dent a des actes conformes ou non au devoir. Nou* arrivons de bonne heure a un âge ou la plupart de nos actions sont le résultat de nos habitude» plutôt que d'une volonté réfléchie, et â voir l'opiniâtreté avec laquelle chaque hotnine persiste dans les voies qu'U a déjà suivies, on serait tente uV niei la liberté humaine si un moment de réflexion ne suffisait pour dissiper cette erreur. On peut dire seulement, sans trop de hardiesse, que la plupart des hommes sont enchaînés au joug de l'habitude , et qu'ils demeurent à peu près les mêmes jusqu'au dernier moment de leur vie. Or, ce n'est pas , comme on pourrait le croire, le fait seul des penchants naturels ; car dans un âge peu a*ancé ils n'oppo sent pas une résistance aussi forte aux conseils de l'autorité ou de la raison. Le caractère de l'adolescent et du jeune homme est encore souple et maniable; mais plus tard, quand l'habitude est venue fortifier le penchant, c'est alors qu'il est pins difficile (je ne dois pas dire impossible) de changer de conduite et de loueurs , et il semblerait que plus l'homme avance en âge, plus il perd de sa liberté.
On doit comprendre par lâ toute l'importance d'une bonne éducation, puisque des premiers errements qu'ils ont suivis dépend la destinée de la plupart des hommes. « Résistez de bonne heure à vos mauvais penchante , s'écriait saint Augustin (cette exception sublime), car la passion à laquelle on s'abandonne devient une habitude, et l'habitude à laquelle on ne résiste pas devient un besoin. »
Mais, dira-t-on , puisque la liberté existe chez l'homme en raison inverse de ses habitudes , le mérite des actions doit-il donc aussi décroître en raison de l'accoutumance à faire le bien ? S'il était vrai que l'habitude privât l'homme de sa liberté, ce serait un grand malheur sans doute de lui enlever le mérite ; cependant , tout bien considéré , il vaudrait encore mieux que l'homme devint une machine a faire le bien qu'un aveugle instrument dn mal. Heiueuaement il n'en est point ainsi ; car si l'homme, au moyen de la raison qui veille toujours, conserve sa liberté lors même qu'il semble soumis au joug des plus déplorables habitudes, nous devons dire que les bonnes habitudes lui en laissent peut-être encore davantage; car nous rencontrons assurément de plus grands et de plus nombreux obstacles pour suivre notre loi que pour nous en écarter, et I auteur de la nature a donné aux mauvaises passions (et nul cwur n'en est exempt ) assez de force et d'influence pour que l'homme le plus habitué au bien ait à soutenu quelques luttes, à vaincre quelques résistances quand il s'agit d'obéir k te voix sévère du devoir. C.-M. Pavfe.
HABITUDE (Médecine). Tout le monde sait que des plaisirs trop fréquents engendrent peu à pou la satiété , et une les excès conduisent an dégoût de la vie, alors désenchantée par l'absence des désirs. On sait que des souffrances continuelles finissent par une sorte d'indifférence voisine de