GABRIEL
teint était Wane, dit-il, comme la neige ; ses cheveux blonds, 1 tressés d'une façon admirable , lai tombaient en boucles sur les épaules; H avait an front majestueux, clair et serein, les dents belles et luisantes, les Jambes teintes d'un jaune de I safran. Ses vêtement* étaient tous, tissus de poil et de fil '. d'or très-pur. Il portait sur son front une lame sur laquelle étaient écrites deux lignes toutes brillantes et éclatantes de lumière : sur la première il y avait ces roots : II n'y a de Dieu que Dieu; sur la seconde ceux-ci : Mahomet est Fapâtre de Pieu. J'aperçus autour de lui 70,000 cassolettes pleines de musc et de safran ; il avait &00 paires d'ailes ; et ; d'une aile a l'autre il y avait la distance de 500 années de j chemin. »» Anaïs Sécalas.
G A BRI ELLE D'ESTRÉES. Voyez Est»ées.
GAI3H1ELLI (Catarika), cantatrice célèbre par ses succès et pli» encore par ses caprice», naquit a Rome, le tî novembre 1730. Son père était cuisinier du prince Gabrielli. 1 Elle ne put donc être initiée de bonne, heure aux secrets de l'art dans lequel elle devait briller ; H fallut qu'elle se révélât d'elle-même et sans le secours des maîtres, car de rares ; visites au théâtre, où la conduisait son père , furent d'abord j toute son éducation musicale. Mais, au retour, sa voK suave et fraîche répétait avec tant de charme les airs que son heureuse mémoire avait retenus ,Jque dans le palais on ne parla bientôt que de la petite cuisinière cantatrice, cochetta cantatrice. Le prince lui-même l'entendit ; et de ce jour le sort de Catarina fut fixé ; on ta transplanta des cuisines dans une école de chant. Porpora voulut présider a l'éducation du jeune prodige ; et produite bientôt au grand jonrsonslesauspices de J'illustre mae$tro,ei\e enleva tous les suffrages. Il ue fut plus bruit dans Rome que de In cochetta di Gabrielli. Le nom lui en resta si bien , que l'Europe entière ne distingua bientôt plus le nom de la protégée de celui du prince son protecteur. La Gabrielli n'avait pas dixsept ans que déjà elle était en possession de la plus brillante renommée à Lucques , où la So/onisbe de Galuppl avait servi à ses débuts, et où le célèbre Guadagni aida par ses conseils à la rendre une virtuose accomplie. A Naplcs , où elle parut en 17&0, son succès fut plus grand encore. Elle y souleva dans la Dldone du Métastase l'enthousiasme de tous les dilettanti. Le bruit de son triomphe eut du retentissement jusqu'à Vienne, où l'empereur François I'r l'appela sur l'invitation de Métastase. Elle devint chanteuse de la cour, et ce titre fut une puissance pour elle. Reine au théâtre par Métastase, son amant, soumettant à l'omnipotence de ses fantaisies les ambassadeurs de France et de Portugal, qui se disputaient ses faveurs, subjuguant l'empereur lui-même par le prestige de son talent , elle prolongea pendant quioze années son règne dans la capitale de l'Autriche.
A Palcrme , où nous la trouvons en 1765, la même faveur devait l'accueillir, la même puissance y fat son partage ; mais ta aussi, mieux encore qu'à Vienne, elle en abusa à force de caprices et de bizarreries. Un soir, sachant que le vice-roi désirait se rendre au Utéâtre pour l'entendre , elle résolut de tromper cette belle attente , feignit une indisposition subite, et refusa de paraître. On vint parlementer auprès d'elle, la supplier, et, de guerre lasse, la menacer de la prison : «■ Vous pouvez m'eroprisonner et me faire pleurer, dit-elle, mais me faire chanter, jamais. » Ce fut sa seule réponse; et pour que la dignité du prince qu'elle faisait si insolemment attendre fût sauve, Il fallut en effet user de rigueur et la faire enfermer. Elle s'y prêta de bonne grâce, fit de sa captivité une fête continuelle , régala royalement ton* les prisonniers, paya leurs dettes; et, libre enfin, quitta Païenne de peur d'y être de nouveau violentée dans ses fantaisies. A Parme, où elle se rendit, l'infant Plulippe se fit son amant déclaré, et malgré cette fortune, la plus haute que lui eussent conquise son talent et ses galanteries, Catarina ne changea pas. Le prince se vit, comme un amant vulgaire , sacrifié à ses inconstances , et chaque fois qu'il lui en faisait reproche, elle le raillait de la difformité de sa tulle, et se donnait le plaisir de l'appeler gobbo maledetto
GACHER
(maudit boaeo). Ces incroyables licence* furent cause qu'où la jeta encore en prison; mais, quoique de nouvelles galanteries du prince l'y attendissent encore , malgré la sotnptuo^ sité de l'appartement qu'on lui avait fait préparer et la nombreuse suite qui s'y était rendue pour U servir, die ne se sentit pas plus tôt libre qu'elle s'enfuit de Parme. La farouche fauvette avait peur même d'une cage dorée. On la demandait h Londres, mais elle refusa de s'y rendre : les désirs impérieux des Anglais et leur enthousiasme un peu brutal t'effrayèrent : " Là, disait-elle, si je m'avisais de ne vouloir pas chanter, le peuple m'assommerait, et à tout prendre, j'aime mieux la prison quand il me plaît de me passer une fistaisie. »
Elle partit pour la Russie, où Catherine II la faisait aussi appeler. Arrivée à Saint-Pétersbourg, elle traita de puissance à puissance avec la narine. Elle demanda dix mille roubles par an. « Mais je ne donne pas tant à mes frid-nuréchaux', dit Catherine. — Eh bien, que votre majesté fasse chanter ses feld-maréchaux. • Cette boutade eût pu ouvrir a la Gabrielli le chemin de la Sibérie , l'impératrice aima mieux en rire et céder. Quand la Catarina revint de Saint-Pétersbourg, elle n'avait pas moins de vingt mille écus de rente; mais cette fortune fut bientôt dissipée. A cinquante ans, elle fut obligée de se mettre à la solde de l'imprésario de Venise. Par bonheur, elle avait encore assea de voix pour étonner le fameux Pacchiarotti lui-ménic , et régner sans rivale. C'est seulement à Milan, en 1780, que Marchesi, alors dans la plénitude de ses moyens, lui ayant été oppose, elle craignit une concurrence. Cette première atteinte portée à sa réputation lui servit d'avertissement, et sage poarh première luis, elle se retira du théâtre. C'est à Rome, sa ville natale, qu'elle passa les dernières années de sa vie, toujours prodigue dans ses plaisirs, mais aussi, disons-le, dans ses aumônes. Sa famille fut la première à se ressentir de ses bien laits Cette conduite lui rendit l'estime que ses désordres passés lui avaient fait perdre ; et quand elle mourut, en avril 1790, elle était entourée de la considératioa universelle. Edouard Fournis*.
GABRYAS. Voyet Rabbios.
GABURON ou JUMELLE , pièce de bois creusée sur l'une de ses faces, arrondie sur l'autre, liée sur l'avant d'un navire par de nombreux tours de cordages et le garantissant des frottements du mit supérieur quaml on guindé celui-ci ou qu'on le cale (qu'on le monte ou le descend). Le gaburon recouvre le bas-mat depuis sa naissance jusqu'au quart environ de sa longueur au-dessous de la hune. Faisant corps avec lui, il renforce lo mât éclaté, endommage ou trop faible, et le préserve des contacts ruineux pour sa solidité. Garnir un mât de garnirons ou de jumelles, c'est le jumeler. A l'époque où le mât ne recevait pas encore un mât supérieur ou do hune, il avait à son sommet un gaburon de bois tendre, servant de coussin pour le frottement de la vergue. C'était un chaporon, caperuccio , caperont, dont par corruption on a fait gaberon, puis gaburon.
GÂCHER, GÀCHEUX, GÂCHIS. Le verbe gâcher s'appliquait d'abord seulement au travail de ces apprentis manœuvres qui préparent ou gâchent le plâtre pour les maçons. On en a fait un terme métaphorique et méprisant pour tout ce qui est exécuté avec maladresse ou négligence. Ainsi , nous avons nombre de manœuvres dramatiques qui gâchent des pièces , et d'apprentis littérateurs qui gâchent des volumes. Quant au mot gâcheux, il s'emploie surtout dans les collèges. Les malins écoliers ont surnommé ainsi le pauvre sous-maître , qui, devant veiller sur eux pendant les récréations, et contraint de rester dehors, quelque temps qu'il fasse, pour inspecter leurs jeux, se réchauffe en marchant, au risque de gâcher delà boue. Dana ta laague collégienne, le synonyme de ce terme est cAicit de cour.
Le gâchis, autre dérivé du verbe gâcher, est un mot dont on a souvent occasion de faire usage en France. Il désigne, en général, tout ce qui manque d'ordre, de raison, de clarté. La lecture d'un ouvrage mal conçu, la représentation