TC GAILLARD
marqua une Vie de Gaston de Foix , écrite arec intérêt. Un an après, il publia Y Histoire de Marie de Bourgogne, Mie de Charles le Téméraire, qui eut un succès de vogue. Cette production et une collaboration très - importante au Journal des Savants ouvrirent à Gaillard les portes île l'Académie des Inscriptions et belles- lettres en 1760. Les quatres premiers volumes de Y Histoire de François /*', qu'il publia en 1768, prouvent de vastes et consciencieuses recherches ; mais l'ordre complexe qu'il a suivi enlève toute unité à l'ouvrage, et Tait disparaître la grandeur du sujet. Trois ans après il fit paraître les trois derniers volumes. L'Histoire de François 1" a été plusieurs fois réimprimée; elle est encore fort estimée, malgré ses défauts. On peut en dire autant de son Histoire de Charlemagne, publiée en 1782, quoiqu'on ait prétendu qu'elle était longue et plate, comme l'épée de ce héros.
Deux autres compositions historiques de Gaillard, qui ne sont pas sans mérite, pèchent encore par le plan : ce sont YHistoire de'Ja Rivalité de la France et de f Angleterre (1771-1777), el Y Histoire de la Rivalité de la France et de l'Espagne (1801). On lui doit encore le Dictionnaire historique qui fait partie de l'Encyclopédie méthodique; enlin, quatre volumes d'Observations sur r Histoire de France de Velly, Villaret et Garnier, et des éloges de Charles V, de Henri IV, de Corneille, de Molière, de La Fontaine, de Massillon , de Bavard, un discours sur les avantages de la paix, et différentes pièces de vers, qui obtinrent des prix ou des accessits à l'Académie Française et dans des Académies de province. Lors du concours de l'année 1760 , il envoya à l'Académie Française cinq pièces, dont une seule obtint l'accessit; elle avait pour titre Epilre aux Malheureux , composition très-faible, qui fit dire à Grimm que M. Gaillard était un gaillard bien triste. En 1755 il partagea avec Thomas le prix d'éloquence pour Y Eloge de Descartes. Il fut admis parmi les quarante en mai 177 1 - Dans son discours de réception , il donna le premier l'exemple de ne pas louer sans restriction le cardinal de Richelieu. Mais en février 1785 il éprouva une disgrâce sans exemple : un morceau qu'il lut sur Démosthcne fut outrageusement sifflé : il fallut lever la séance et emporter l'orateur évanoui. Quelques mois après, Gaillard se dédommageait de cette disgrâce en lisant une dissertation snr Jeanne d'Arc, qui fut plus goûtée. Retiré dans une studieuse solitude a Saint-Firmin , près de Chantilly, il échappa aux persécutions révolutionnaires. La classe d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut l'admit dans son sein en l'an tv.
Charles Do Roxoin.
GAILLARDE. C'est, dit Roquefort, une femme délibérée, aimant le plaisir et en prenant à son aise. On a donné encore ce nom à une danse venue d'Italie', appelée d'abord la romanesque, qui n'est plus en usage depuis longtemps, et qu'on exécutait tantôt terre à terre, tantôt en cabriolant. Thoinot Arbeau la décrit dans son Orchésographie. En imprimerie, la gaillarde est un caractère entre le petitromain et le petit-texte.
GAILLARDISE. C'est une certaine tournure d'esprit, gaie, vKe, féconde en allusions relatives aux plaisirs des sens, de sorte qu'on peut dire non -seulement que toute gaillardise est d'assez mauvais goût, mais qu'en général la morale la condamne. Elle est toujours déplacée dans la bouche d'un jeune homme. Entre gens d'un Age mûr, une gaillardise spirituelle et gazée peut quelquefois être permise. Dans la liberté d'un entretien particulier ou d'une correspondance épistolaire, une mère risque avec sa fille, surtout quand elle est mariée, des gaillardises, qu'on est tenté d'appeler charmantes : ainsi en use Mn* de Sévigné avec M"*" de Urignan. Mais hors ces exceptions, on ne saurait trop réprimer le penchant aux gaillardises. Saikt-Prospek. GAIIXET. Vogez Caiii.k-i.ait.
GAILLON, chef-lieu de canton du département de l'Eure, avec 1,559 liabitants, une fabrication de tissus de soie et peluches et une maison centrale, où les détenus
— GAIMARD
fabriquent des tresses de paille pour diapeain, de* en paille, de la bonneterie, de la rouennerie, de la ganterie. Cest une station du chemin de fer de Paris a Rouen et au Havre. La maison de détention a été construite sur l'emplacement de l'ancien château de plaisance des archevêques de Rouen, bâti par le cardinal Georges d'Ain noise; il n'en reste plus que des vestiges enclavés dans les mon de la prison, quatre tourelles gothiques, une galerie, une terrasse, line des façades, dites l'arc de Gaillon, a été transportée à Paris par les soins de M. Alexandre Lenoir. Elle a été réédifiée dans la première cour de l'école des Beaux- Arts à Paris. Cet édifice, ainsi que la plupart de ceux <iui ont été élevés à cette époque de la renaissance de l'art ea France, est de très-petite dimension, ce qui lui donne l'air d'une pièce d'orfèvrerie sculptée et ciselée avec tout le soin imaginable. Les portes et les fenêtres, par une singularité qui caractérise l'époque de transition à laquelle appartint le monument, ne sont ni en plein cintre ni en ogive. Les angles supérieurs des croisées sont arrondis, et l'arc de U porte est surbaissé.
Le château de Gaillon a été détruit en 1792; il se composait de quatre corps de logis de hauteur égale, formant une cour carrée irrégulière, au milieu de laquelle était une fontaine à plusieurs vasques de marbre blanc superposées. Elle se trouve aujourd'hui au Musée de la sculpture française au Louvre. Les stalles du chœur , les boiserie» de I» chapelle, travaillées avec un art infini, sont actuellement dai» l'église de Saint-Denis. Le château de Gaillon fut une de» premières et des plus belles productions du style de la renaissance ; le clocheton, la dentelure et l'ogive gothiques s'y mariaient sans desaccord avec le pilastre italien et le» arabesques florentines. Tous les auteurs qui ont parié de ce palais en ont attribué la construction à Giocondo, célèbre architecte véronnais que Louis XII fit venir en France i cette époque. Cette magnifique demeure était entourée de délicieux parterres, terrasses, pièces d'eau, orangeries, serres chaudes , grottes et pavillons à l'imitation des villas de l'Italie.
GAIMARD (Paul), médecin de la marine de l'Etat et zoologiste, a passé sa jeunesse à voyager, et (ut désigné . en 1831, avec le docteur Gérardin, pour aller étudier le choléra en Russie. Né dans le département du Var, vers les six dernières années du dix- huitième sièclo, Il se lia avec le docteur Quoy, aujourd'hui insiweteur général du service de santé de la marine française; suivit, comme lui, les hôpitaux de marine, fit avec lui divers voyages de long cours, et plusieurs fois le tour du monde , d'abord sous la conduite des capitaines Freycinet et Duperrey et plus tard avec Dumont d'Urville. Quoy et Gaimard forent pendant dix -sept ans des noms inséparables. Ensemble ils étudiaient des peuplades inconnues, suivaient ensemble les instructions de l'Institut et recevaient ses éloges ; tous deux attachant leurs noms à ces beaux voyages dont l'Etat favorisait la publication, de même qu'à ces innombrables et nouvelles espèces d'animaux dont le Muséum s'est enrichi par leurs récoltes. M. Gaimard est peut-être , de ces temps-ci, le seul voyageur homme d'esprit qui ait eu le don de plaire aux maîtres dogmatiques qui profitaient de ses découvertes en les classant et les décrivant. Il montrait tant de déférence pour les systèmes d'autrui et une telle indifférence à faire prévaloir ses idées particulières, que les académiciens les plus susceptibles ne voyaient en lui qu'un ambassadeur pour leurs amours-propres, qu'un délégué de leur génie. Cependant il arriva un moment où, fatigué de Dumont d'Urville encore plus que des voyages, M. Quoy résolut de rester sédentaire et d'en revenir à sa chaire et à son hôpital de Toulon. Ce (ut pour M. Gaimard l'occasion d'un grand ennui et d'une sorte d'embarras.
Cependant, l'homme d'esprit vint an secours du savant trop isolé. On était en 1837 ou 38, M. Molé était président du conseil, et M. de Rosamel ministre do la marine ; ce minisire connaissait M. Gaimard, et rendait justice à son caractère
GAIMARD
conciliant et à ses différent» mériter Or, à l'époque dont noua prions, un méditait une expédition ver» le Word. Louis- P t. ikppe avait à témoigner «le sa reconnaissance envers une fanme respectable vivant dansées contrées et dont il avait reçu ItMiepiUlfté dans l'exil. Le roi lui destinait une pendule de prix. Ce fut à l'occasion de cette mission personnelle qu'un voyage de découvertes fut décidé. Louis- Plu" lippe lui-même en traça l'itinéraire. Une commission scientifique fut alors mmyotée, et M. Paul Gaimard en fut nommé président. On fui adjoignit, selon ses vceux, MM. Martin*, Robert, X. Marmier, le peintre Biard et M" Biard, MM. V. Lottin, Bravais , Bevalet, savants français; et d'autres savants, danois, suédois, norvégiens et lapons: MM. Lœstadis», Kroyer, Due, Valil, Boeck, Mayer, Gyldenstolpe , Lilliebook , Sundevall , Siljeatrotn , en tout vingt savants sous se» ordres ; dix Prançals et dix étrangers. Cette académie voyageuse, qui ne se compléta que peu a peu, de royaume en rvyuune, fut embarquée a bord de La Recherche, corvette déjà célèbre, dont le capitaine Pauvre avait le commande- BttoL On visita successivement les Iles Perroe , H am merstest, W nord du Spitxberg , puis 111e Cberry et de nouveau HiiDutrsfestt d'où la corvette se rendit a Brest, pendant que b côtoie savante explorait la Laponie. M. Gaimard accompi&n la corvette, et passa à Paris le rigoureux hiver de 18 39. Lioaée avivante, les savants étrangers, qui avaient euxsèmes visité un instant leur patrie, durent se réunir du 1 5 au » Juin à Haromersfest , rendez-vous convenu avec M. Gaimard. Pendant cela, MM. Bravais et Lottin avaient établi a Bossekop, dans le West-Pinmark, plusieurs observatoires, Mit pour l'astronomie, soit pour le magnétisme et la météorologie. On recueillit de nombreux échantillons de plantes et d'animaux, à peu près de toutes les classes, productions jusque là presque inconnues, et dont l'Institut fit grand bruit et le Muséum son bénéfice. L'expédition lit au Spiti- . berg des observations dont quelques-unes semblent en désaccord avec celles de Saussure, HumboWt et Gay-Lussac. On remarqua que la température s'élevait au lieu de diminuer, à mesure qu'on s'éloignait du sol. Quatorze expériences successives, soigneusement laites, donnèrent des résultats leotblaMes, et tous contradictoires des lois établies : par exemple, la température était de 10 degrés centigrades audessous de 0 à la surface du sol, elle n'était plus que de 14 degrés ao -dessous de 0 a 60 mètres d'élévation dans l'atmosphère ; ce qui donne en effet 4 degrés de chaleur en pin*. Ce résultat inspira quelque étonnement à l'Institnt , qui évita d'en parler. Cependant les thermomètres dont on se serrît étaient de M. Walferdin ; de plus, etafin d'atteindre plus positivement leur but, les savants du Nord s'étaient munis de ballons à gaz hydrogène de a à 4 mètres de diamètre, I talions qu'on élevait dans l'atmosphère par un temps calme, et auxquels on appendait des thermomètres de Walferdin et des tlierrootiièires à index de Bunten, servant à se contrôler les cas les autres. On prit aussi la température des gei sers.
M. Gaimard se réserva personnellement les observations physiques et morales sur l'espèce humaine. Il étudia l'influence du Irotd sur la stature de l'homme et des animaux , comme aussi sur les dimensions du crâne ; cherchant à découvrir s'il existe quelques corrélations appréciables entre certains arrêts de structure et la somme de l'intelligence ou l'activité des instincts. Il fut d'ailleurs encouragé par des savants de premier ordre, accueilli de toutes parts avec distinction , même par des têtes couronnées , décoré des ordres de Suède et de Danemark, et les poètes de ces contrées {.taeiaks sortirent de leur léthargie séculaire pour le fêter un moment. Ce voyage célèbre eut cependant son mauvais tiAé , comme tant de choses de ce inonde. M. Gaimard se montra si généreux et si fraternel avec les savants ses cooixrateurs, si magnifique en terre étrangère, que celte noble conduite l'Induisit en des dépenses que les gouvernants d'àhn trouvèrent excessives. Dr Isidore Boiaoo*.
GAI.V Ce mot se dit en général de tout profit que l'on Dec de son travail , de son industrie ; il est opposé a i*rte.